Archives de catégorie : Médias et Europe

Billets sur les enjeux d’information européenne

Porte-paroles de l’UE et journalistes : « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change » ?

Parmi les éléments visibles marquant l’entrée en fonction de la nouvelle Commission Juncker – au-delà de la nouvelle vitrine du site de la Commission européenne – se détache la (r)évolution du service de porte-parole de la Commission européenne. La célèbre expression de Tancrède dans Le Guépard « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change » semble particulièrement bien s’adapter en l’occurrence. Pourquoi ?

Beaucoup d’annonces, peu de changements : la nouveauté du « shadow press office » et la continuité du « pantouflage » d’anciens journalistes

Les effets d’annonces distillées aux journalistes quant aux évolutions futures du service des porte-paroles ont semblé donner l’impression de vouloir séduire la salle de presse de la Commission européenne.

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La lune de miel entre la nouvelle Commission et la presse semblait quasiment scellée lorsque Jean Quatremer publie samedi dernier « Une Commission Juncker moins hostile à la presse » pour parler de la « révolution culturelle » du service de presse de l’UE…

Parmi les motifs de satisfécits, un organigramme « époustouflant » réduit à une dizaine de porte-paroles, qui ne sont pas tous anglo-saxons, en vue « d’obliger les commissaires à descendre plus souvent en salle de presse afin d’expliquer leurs décisions » et la fin du « règne de la terreur théorisé et assumé » lorsque « l’appartenance à l’institution implique une défense totale des politiques adoptées, toute prise de distance (ne parlons pas de critiques) étant assimilée à une trahison ».

L’« opération séduction de la Commission Juncker vers les médias » selon le titre d’Euractiv, pourtant d’habitude très policé se montre très sévère : « nouvelle équipe, tout aussi pléthorique que la précédente » […] dispositif reste donc proche de la précédente Commission : très centralisé autour du Président ».

En effet, les porte-paroles qui peuvent s’exprimer en « on » dans les médias sont moins nombreux mais un « shadow press office », un service de presse de l’ombre fait son apparition avec des conseillers presse dans les cabinets des Commissaires qui parleront en « off » et qui seront en charge de traiter avec la presse de leur pays d’origine.

Au total, c’est une « armée mexicaine pour la parole de la Commission Juncker » : 17 porte-paroles + 30 attachés de presse + 28 conseillers presse en cabinet.

Mais surtout, près de la moitié des porte-paroles sont des journalistes. Un sacré problème de déontologie pour la profession, qui ne date pas d’hier. Gilles Bastin évoque même le « système Olivi » de la coproduction de l’information européenne qui privilégie des journalistes recrutés personnellement pour le service de presse de l’UE.

L’amour ne dure que 24 heures ?

Le coup de massue est venu réveillé les journalistes lundi matin quelques heures avant le premier Midday Briefing du nouveau service de presse de la Commission européenne.

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Par un email exigeant d’envoyer les questions par écrit avant 11h, tout le capital accumulé de « good will » s’est immédiatement dilapidé ; encore plus – malgré l’annonce qu’il s’agissait d’une maladresse – lorsque tout un chacun a pu constater le « business as usual » dans la salle de presse.

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Au total, les évolutions du service des porte-paroles de l’UE est symptomatique de la relation entre la Commission européenne et les journalistes, faite d’espoirs vites déçus et d’incompréhension réciproques et laisse entrevoir un verrouillage de la communication par la présidence.

Nouveauté de la communication sous Juncker : les relations avec les médias

Les premiers pas de la nouvelle Commission Juncker, sont les premiers signes de sa future communication. Aux vues de premiers faits saillants, la nouveauté annoncée et revendiquée dans la communication proviendrait de nouvelles relations avec les médias. Décryptage à partir de 3 études de cas précises…

Erasmus : 1 million de bébés, un vrai-faux coup de pub

L’info aura fait le tour des médias, littéralement, de la TV aux radios et aux journaux print et web : « un million de bébés nés grâce à Erasmus depuis 1987 ». Pour une fois, l’UE passe dans les pages ou les rubriques Société/Lifestyle des médias et ça ne passe pas inaperçu. Ainsi, par exemple, pour Libération, l’info « a été adorée par les lecteurs, c’est l’un des articles les plus partagés [de la] semaine sur le site de Libé ».

Sauf que voilà, ce n’est pas forcément un chiffre vrai. Toujours selon Libération, « la romantique Commission européenne est allée un peu vite en besogne […] le « million de bébés », c’est du pipeau ».

Pourtant, la Commission européenne, sous Barroso, est plus habituée à démonter les mythes que les médias racontent sur des projets extravagants, au point d’avoir lancé un blog « Setting the fact straight ».

S’agirait-il d’une prise d’initiative isolée pour vendre le programme Erasmus ou bien plutôt d’une nouvelle démarche que la Commission européenne souhaite mettre en œuvre pour davantage intéresser les médias à ses actualités ?

Annonce de la nouvelle Commission européenne : un teasing savamment entretenu

La conférence de presse du président désigné de la Commission européenne Jean-Claude Juncker pour annoncer la composition et la répartition des postes au sein de son collège aura fait l’objet d’un teasing consommé, là encore assez inédit à une telle échelle.

D’une part, plusieurs « leaked documents » ont été diffusés à quelques médias européens : d’une part, un projet d’organigramme a été publié par Euractiv tandis que le Financial Times semble avoir également reçu des informations.

D’autre part, après la publication de ces documents qui semblaient destinés à brouiller les pistes et laissés des marges de manœuvre à Juncker, l’utilisation du hashtag #TeamJuncker ou #withJuncker s’est accompagnée d’une volonté délibérée de déjouer les pronostics et d’annoncer des surprises.

Là encore, un tel teasing n’avait pas été aussi ouvertement entrepris sous la Commission Barroso, faut-il donc s’attendre à ce qu’il s’agisse d’un précédent établit pour les futurs annonces importantes de la Commission Juncker ?

Négociation France-Commission sur le budget 2015 : un dialogue par média interposé

Dernier exemple en date de la nouvelle approche des relations médias avec Juncker, le dossier de la présentation du budget par la France à la Commission et les suites éventuelles.

Afin d’éviter une confrontation frontale entre la France et la Commission, Jean Quatremer dans « Budget 2015: comment la Commission use des médias pour éviter la guerre avec Paris » analyse que la Commission tente de faire passer ses messages au gouvernement français par l’intermédiaire d’indiscrets dans la presse, notamment Reuters et Le Figaro.

Une fois encore, la démarche d’activation délibérée des médias pour décupler l’impact des messages semble confirmer qu’il s’agit d’une tendance affirmée de la communication de la présidence Juncker.

Dès à présent, la nouvelle approche des relations avec les médias, plus proactive dans la communication sous Juncker, dessine une innovation qui devrait être appelée à s’imposer.

Eurobaromètre « Promesse de l’UE » : quelles sont les « recommandations » des citoyens pour l’information et la communication européennes ?

Huit ans après l’enquête qualitative « Les citoyens européens et l’avenir de l’Europe » s’inscrivant dans le cadre du « Plan D » pour écouter les citoyens et dialoguer avec eux, la Commission européenne renouvèle sa démarche avec l’Eurobaromètre qualitatif « La promesse de l’UE ». Que disent les citoyens, notamment pour améliorer l’information et la communication européennes ?

Rôle des médias : comment améliorer l’information européenne ?

Les citoyens obtiennent des informations sur l’UE auprès d’une grande variété de sources, les plus courantes étant les médias, Internet et les discussions avec des amis – très peu se sentent bien informés sur des affaires européennes concentrées dans la perspective des élections européennes.

Dans la plupart des pays, s’expriment des doutes quant à l’indépendance et l’objectivité des médias lorsqu’ils s’expriment sur l’UE, et un sentiment général que les médias ont tendance à dresser un tableau négatif de l’UE – les citoyens sont plus confiants dans la radiodiffusion publique et l’Internet, de même il n’y a pas de consensus sur une éventuelle différence entre les médias de service public et les diffuseurs commerciaux.

Les attentes des citoyens pour améliorer l’information européenne sur le contenu, le style et le format :

  • Davantage d’articles sur l’UE traitant de questions qui ont un impact sur leur vie quotidienne, comme l’éducation et le chômage ;
  • Des informations sur la manière dont l’UE est construite et sur ce qu’elle a réalisé ;
  • Des informations sur la manière dont les citoyens peuvent participer à l’UE ;
  • Davantage d’articles qui rendent compte de l’action de l’UE, à la fois plus positif et concret, avec des implications pour la vie des citoyens ;
  • Les informations doivent être fiables, accessibles et faciles à comprendre.

Comment l’UE doit communiquer ?

Sans surprise hélas, malgré tous les efforts de communication de l’UE, les citoyens reprochent le jargon officiel que vous ne pouvez pas comprendre et aspirent à ce que l’UE utilise la langue de tous les jours, dans un style concis et attrayant.

Bref, les citoyens aspirent plus que jamais à ce que l’UE communique d’une manière plus personnelle et moins institutionnelle – ce qui veut également dire qu’ils privilégient le contact direct sur les approches médiatisées.

Du coup, même sans en avoir entendu parler, les « dialogues avec les citoyens » (menés lors de l’Année européenne des citoyens en 2013 et 2014) et l’initiative citoyenne européenne sont deux concepts en général appréciés.

En outre, d’autres moyens pour l’UE de dialoguer avec les citoyens sont suggérés, notamment :

  • La création d’une plateforme sur laquelle les citoyens pourraient donner leur opinion sur différents sujets
  • L’organisation des initiatives sous la forme de référendum
  • La participation à des enquêtes / votes en ligne

Enfin, les réseaux sociaux, les portails en ligne, les forums ou les blogs pourraient être davantage utilisés pour communiquer les décisions clés.

Avec cette nouvelle enquête qualitative portant sur l’information et la communication européennes, la Commission européenne peut prendre conscience du chemin parcouru, ou plutôt de l’étendue à encore parcourir.

Comment les citoyens européens jugent l’information et la communication européennes ?

Dans le cadre du projet « Horizon UE : un cheminement horizontal vers la citoyenneté européenne », Notre Europe – Institut Jacques Delors a réuni à Bruxelles environ 150 citoyens européens de 18 États-membres pour les interroger sur la construction européenne. Leurs opinions sur l’information et la communication européennes devraient être connues de tous journalistes ou communicants s’intéressant à l’Europe…

Les citoyens portent un regard sombre sur la qualité et la crédibilité de l’information européenne

Le tableau dressé par les citoyens européens de l’information européenne est très négatif, quoiqu’il doive être relativisé par leur maigre connaissance et appétence pour les sujets européens.

Les citoyens tendent à mettre en cause les médias, source d’information dominante, à commencer par la télévision, dans beaucoup de pays, pour la piètre qualité de leur traitement des affaires européennes.

Les causes d’une critique assez généralisée des médias de masse sont :

  • les sujets européens sont peu couverts et leur traitement est biaisé ;
  • l’information est « filtrée » par les préférences politiques des journalistes ou la ligne politique du journal, ou la tendance à rechercher le sensationnalisme, et à ne s’intéresser « qu’au négatif » dans l’UE ou au contraire une « langue de bois » qui « peint l’UE en rose ».

Globalement, rares sont ceux qui ont le sentiment d’être bien informés sur l’UE, et encore plus rares sont ceux qui pensent disposer d’une vision d’ensemble cohérente de ce qu’est et fait l’UE.

Toutefois, en grande majorité, les citoyens se reconnaissent passifs, attendant que l’information leur parvienne et peu disposés à faire un effort pour aller la chercher – sur des sujets qui sont complexes, en général sans impact direct sur leurs propres vies, voire rébarbatifs.

Les citoyens attendent que la communication européenne réponde à leur besoin de proximité, d’interactivité et d’échange

Les attentes des citoyens européens devraient constituer la feuille de route de la stratégie de communication de l’UE :

  • Un besoin de grande proximité : contacts avec des responsables communautaires en des lieux proches de chez soi (mairies, réunions de quartier, bureaux d’information ouverts au public, etc.) ;
  • Un appel très fréquent à l’usage des outils technologiques de communication : Internet et les réseaux sociaux, permettant de consulter les citoyens, de recueillir leurs avis, de recevoir des pétitions, d’organiser des débats, etc., même si ces dispositifs pourraient être complétés par des moyens plus classiques.
  • Une forte demande d’interactivité et d’échanges, dans l’utilisation des différents moyens.

Les citoyens européens tracent ainsi – au travers de leurs réserves – assez précisément comment pourraient évoluer les outils de communication de l’UE :

Le service Europe Direct comportant un bureau d’information ouvert au public dans la plupart des grandes villes et un service de réponse rapide aux questions posées quoique très mal connu est favorablement accueillis parce que répondant aux conditions nécessaires de facilité d’accès et de proximité, et dont on escompte contact personnalisé et possibilité d’explications et de discussion au-delà de l’obtention d’information brutes.

Les enquêtes Eurobaromètres paneuropéennes et par sondages, là encore méconnues, sont souvent approuvées, pour autant que les questions concernent et touchent concrètement les citoyens, et par ailleurs que les résultats soient aisément et rapidement accessibles.

L’organisation par la Commission européenne de consultation par Internet ouverte à tous les citoyens à chaque fois qu’une décision importante doit être prise dans l’UE est également dans l’ensemble bienvenue, Internet présentant des avantages d’accessibilité, de commodité et de modernité si toutefois des conditions de principe se concrétise : information nécessaire sur le lancement d’une consultation, ensuite information en retour vers les citoyens et prise en compte de leur avis par la Commission.

Un service interactif, utilisant Internet et les réseaux sociaux, pour recueillir en permanence avis, souhaits ou critiques sur les orientations de l’UE est très apprécié, notamment pour l’informalité à la fois dans la forme et dans le contenu de la communication permise même si ce « chaos » devrait être structuré pour permettre une exploitation efficace des contributions.

Des campagnes d’information pour inciter les citoyens à s’intéresser aux débats et à participer à l’élection des euro-députés sont généralement reconnues comme souhaitable, quoique moins novatrices, si et seulement si ces campagnes sont informatives, « neutres » et non partisanes.

Au total, le jugement des citoyens, quoique parfois sévère, est très riche et précis pour éviter certains travers à l’information européenne et conforter/compléter certains outils de la communication européenne.

Quels sont les facteurs de coopération entre les correspondants de presse à Bruxelles ?

Bruxelles représente un des centres de presse les plus grands au monde. Dans une étude qualitative des correspondants de presse à Bruxelles « Covering the EU : Alone or Together ? Cooperation Patterns of Brussels Press Corps », Alena Sobotova estime que la coopération est une partie essentielle du travail, par delà les nationalités…

La coopération intensive, l’élément distinctif du corps de presse à Bruxelles

Le « networking » intensif est l’un des traits distinctifs du « milieu » des correspondants de presse à Bruxelles, par rapport à d’autres endroits où être un correspondant dans un pays étranger est généralement un travail solitaire.

Forte concentration des lieux de pouvoir, la condition matérielle de la coopération

La coopération est rendue possible par l’extrême concentration des journalistes, qui travaillent ensemble tous les jours, dans les mêmes lieux :

  • Le « Midday-Briefing » à la Commission européenne devient une rencontre institutionnalisée, certes pas particulièrement appréciée par les journalistes pour l’information officielle, mais considérée comme un hub permettant d’effectuer « échange d’informations », « reality check » et « networking ».
  • Les diverses réunions du Conseil de l’UE et du Conseil européen permettent également aux journalistes de se livrer à l’échange d’informations en attendant les résultats des négociations politiques qui filtrent derrière des portes closes et surtout à l’interprétation de ces infos, souvent d’ailleurs l’objet d’une réflexion collective.
  • Last but not least, les voyages de presse organisés deux fois par an par les présidences tournantes sont favorables à la formation de contacts sociaux.

Isolation des journalistes et complexité des informations, le cocktail de la coopération

Une grande partie des journalistes est envoyée à Bruxelles seuls. L’isolement de la plupart des correspondants de leur rédaction, sans l’appui éditorial de leurs collègues les conduits à rechercher des liens sociaux et professionnels en dehors de leur média afin de compenser le manque d’infrastructures qui va de pair avec des ressources éditoriales limitées.

La complexité des questions à traiter dans les affaires européennes implique nécessairement le recoupement pour vérifier si l’information est bien comprise, mais aussi pour neutraliser l’influence des institutions qui fournissent beaucoup d’informations aux journalistes.

En ce sens, la coopération est un moyen de garantir une plus grande objectivité. C’est également un outil d’analyse comparative, pour voir ce qui est pertinent pour les autres est utile à l’angle de ses propres histoires.

L’information européenne étant par nature transnationale, il est également nécessaire de recueillir des informations sur les positions des autres pays, sur l’impact potentiel des décisions politiques prévues. Les autres journalistes sont une source importante à cet égard, car ils fournissent un raccourci utile pour résumer la position et les réalités d’un pays. Les collègues sont ainsi souvent contactés sur la base de leur nationalité, en tant qu’experts sur leur pays d’origine.

La nationalité reste centrale dans le choix des partenaires de coopération

Tous les journalistes s’accordent sur l’absence relative de concurrence à Bruxelles comme l’un des principaux facteurs qui rendent toute coopération possible.

La coopération « naturelle » avec les co-nationaux

Certes, une légère concurrence affecte les relations avec ses compatriotes, mais beaucoup plus petite que celle qui règne à la maison. Les co-nationaux forment le premier cercle « naturel » des contacts sociaux et reste le principal point de référence et de contact social pour la plupart des journalistes, qui se retrouvent à couvrir les mêmes sujets, d’intérêt pour leur public national.

La coopération avec les autres nationalités

Puisque les espaces publics nationaux restent très isolés, il n’y a pratiquement pas de concurrence avec des journalistes étrangers. Les collègues d’autres nationalités sont également pour tous les journalistes des sources potentielles de coopération.

L’influence du pays entre petits et « nouveaux » États-membres ayant moins de correspondants et leurs homologues des « anciens » et grands Etats-membres est un critère important dans le choix de ses collègues d’autres nationalités.

D’autres critères existent, le simple fait de partager une frontière commune ne constitute pas une condition suffisante pour initier une coopération, des affinitiés culturelles sont nécessaires.

De même, la grande taille du pays joue un double rôle : un plus grand nombre de correspondants à Bruxelles et des grands pays généralement considérés comme plus influents expliquent pourquoi « leurs » journalistes peuvent être considérés comme potentiellement des contacts utiles.

Les compétences linguistiques sont un facteur important de coopération. Les langues sont des outils de base de coopération. La sympathie personnelle et le hasard sont au total des facteurs qui influencent de manière décisive le choix de leurs partenaires de coopération.

Le double rôle des collègues étrangers

La coopération du corps de presse à Bruxelles est à la fois une nécessité matérielle et une conséquence très appréciée de la nature cosmopolite de l’UE permettant aux journalistes de comparer leurs points de vue et perspectives nationales afin d’obtenir une image plus équilibrée de l’entreprise complexe qui est de l’UE.

La coopération donne un nouvel éclairage sur le rôle que joue la presse à Bruxelles dans la formulation de l’information européenne :

  • Les collègues étrangers agissent souvent comme des experts, des informateurs nationaux n’impliquant aucune adhésion à la position gouvernementale de leur pays mais offrant leur point de vue potentiellement critique (et idéalement objectif) – l’une de ses principales valeurs ajoutées recherchées par leurs collègues.
  • Les collègues étrangers agissent comme des interprètes de leur opinion publique nationale, ils parlent aussi au nom de leurs publics, en expliquant quelles sont les opinions de leurs compatriotes sur les questions politiques. Cela n’est pas considéré comme de la spéculation, mais offre des informations contextuelles utiles à ceux qui connaissent les réalités de leur pays moins bien.

La valeur ajoutée de la coopération : une couverture plus équilibrée de l’actualité européenne, au moins partiellement européanisée

S’appuyer sur un collègue d’une autre nationalité pour compléter ses propres sources d’information est utile pour nuancer le caractère fortement ethnocentrique du discours présenté par les responsables politiques nationaux et passer ainsi d’un point de vue strictement national à quelque chose de plus équilibré, au moins avec une partie internationale.

Tenir compte des différents points de vue des pays est également utile pour politiser l’information européenne que la nature consensuelle a tendance à être exagéré par les différents services de communication des institutions européennes qui ont tendance à faire taire les désaccords Etats membres potentiels.

Last but not least, le recoupement des faits avec d’autres collègues étrangers va à l’encontre de la tendance générale des politiques nationales de rejeter constamment la faute de toutes les décisions impopulaires sur « Bruxelles » et d’autres Etats membres.

Ainsi, le corps de presse à Bruxelles se caractérise par des mécanismes de coopération intensive. Toutefois, le contact social et professionnel avec des collègues étrangers est toujours dominé par l’appartenance nationale et les pratiques de coopération transnationale ne se traduisent pas directement par plus de contenus transnationaux, les médias étant toujours dominés par les cadres essentiellement nationaux.