Y a-t-il un effet « prix Nobel » pour l’UE dans le web social ?

Alors que les « présidents » de l’UE (Conseil, Commission et Parlement) ont reçu lundi le prix Nobel de la paix à Oslo qui a été accordé début octobre à l’UE, assiste-t-on à un effet particulier dans les médias sociaux à l’occasion de cet événement planétaire ?

Globalement : forte présence lors de l’annonce du prix, faible retombée lors de la cérémonie de remise du prix

Avec un pic spectaculaire le jour de l’annonce qui culmine avec plus de 1 200 mentions (requête sur les mots clés « EU Nobel peace prize »), dont plus de 1 000 Tweets, le volume est décevant le jour de la remise du prix à Oslo, lundi dernier avec seulement 262 mentions.

NB : une forte discussion sur des forums américains anime le web social à quelques jours de la cérémonie officielle.

Focus sur Twitter

Avec au total 2 071 mentions soit une estimation de 5,3 millions d’impressions, Twitter est le média social largement le plus actif.

Le tweet le plus important porte sur le texte des discours de Barroso et Van Rompuy avec 165,595 impressions et 83 mentions.

Les autres tweets « populaires » sont largement plus critiques :

  • « Not so noble, or peaceful: EU Nobel Peace Prize disappointment » (34 Retweets)
  • « In Giving Prize to EU, Nobel Peace Prize Committee Ignores the Real Heroes of Peace and Freedom » (22 Retweets)
  • « Brilliant piece on rise of Greek Nazism. Yet another reason why awarding EU Nobel Peace Prize was a black joke » (16 Retweets)
  • EU Nobel Peace Prize ‘like giving an Oscar to a box office flop (13 Retweets)

Néanmoins, les principaux hashtags sont davantage issus de comptes célébrant le prix Nobel de la paix pour l’UE avec « #eu » (263 mentions) et « #eunobel » (130 mentions), ce dernier ayant été créé par les institutions européennes.

Focus sur Youtube

Les vidéos les plus importantes – dépassant les 10 000 vues – sont toutes critiques quant à la remise du prix Nobel de la paix à l’UE ; la source « Russia Today » se montrant particulièrement active.

Au total, l’effet « Prix Nobel » pour l’UE est assez limité si l’on compare les volumes correspondant à l’annonce avec les retombées liées à la remise du prix. Tandis que les conversations sur Twitter sont relativement équilibrées, Youtube est largement plus défavorable, sans présence significative de l’UE.

Professionnalisation de la communication européenne : qui communique sur l’Europe ?

Lors d’une conférence le 19 novembre 2012 au Bureau d’information du Parlement européen à Paris, les étudiants en communication de la Sorbonne et de l’Université Paris-Est Créteil ont souhaité réfléchir à la « professionnalisation » de la communication européenne. Y a-t-il création d’une identité commune et/ou d’un cadre de référence commun aux acteurs européens qui communiquent sur et pour l’Europe ?

Les communicants européens : quelles trajectoires professionnelles au sein des institutions européennes ?

L’UE est l’une des rares institutions publiques a organisé, depuis 2007 – dans le prolongement de la création de la DG COMM au sein de la Commission européenne – des recrutements sur concours spécifiquement dédiés aux spécialistes de la communication.

Au-delà de l’observation des profils académiques et professionnels (formations, diplômes, background professionnels), assiste-on à la construction éventuelle d’une identité professionnelle des communicants institutionnels européens, voire à l’émergence d’une conscience commune, d’un sentiment d’appartenance à un métier spécifique au niveau européen ?

Tom De Smedt, Administrateur à la Direction communication, presse et évènements et au Secrétariat général du Comité des régions propose une analyse SWOT des communicants européens :

  • Atouts : nombre, mobilité professionnelle, profil, culture bruxelloise et bureaucratie formalisée ;
  • Faiblesses : position hiérarchique de la communication, mentalité en “silo” (entre et dans les institutions), manque de “leadership” de la communication et d’une stratégie commune, politique de recrutement et de carrière, manque d’innovation et d’interaction externe, externalisation de la communication, peu de résultats visibles à court terme et manque d’une mémoire commune ;
  • Opportunités : priorités interinstitutionnelles, réseaux formels et informels, professionnalisation de la communication publique, volontarisme des communicants, avec des projets “bottom-up” et la crise de l’UE ;
  • Menaces : économies budgétaires et personnelles, opinion publique contre l’« eurocratie », évolution intergouvernementale de l’UE, élections européennes en 2014: politisation de la communication.

Au total, bien plus que de partager des profils communs, les communicants européens ont besoin d’un cadre commun et d’échanger leur expertise.

Les professionnels de la communication sur l’Europe : quelle autonomie ?

Au-delà des fonctionnaires européens, d’autres professionnels communiquent au quiotidien sur l’Europe :

  • Matthieu Collet, Président fondateur d’Euroagency évoque l’émergence d’un champ de professionnels indépendants et spécialistes du sujet, notamment dans des agences spécialisées ;
  • Bertrand Millet, Responsable communication Europe à la délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (DATAR) de Paris intervient sur l’organisation des pratiques des communicants au sein des structures nationales et sur leur autonomie vis-à-vis de Bruxelles à partir de l’exemple de la communication sur les fonds européens ;
  • Pascale Joannin, Directrice générale de la Fondation Robert Schuman traite des enjeux de militantisme et de neutralité en s’interrogeant pour savoir si la communication européenne doit être dépolitisée pour être efficace ? Du communicant militant « européiste » historique au communicant technicien « neutre » ?

Au total, la professionnalisation progressive de la communication européenne semble également passer par la constitution d’un corps divers d’experts au sein des institutions européennes et autour.

Opération transparence sur les plus importants cabinets de lobbying européen

A partir de la liste des plus importantes « EU lobby firms by income » publiée par l’EUObserver et du registre de la transparence de l’UE, il est possible de dresser un panorama des principaux cabinets de lobbying à Bruxelles…

143 cabinets de lobbying basés à Bruxelles et 401 cabinets inscrits au registre de la transparence

Globalement, la liste d’EUObserver contient 143 cabinets de lobbying basés à Bruxelles tandis que le registre de la transparence rassemble 401 « cabinets de consultants spécialisés ».

Sur les 30 premiers cabinets de lobbying européen basés à Bruxelles, les deux tiers jouent la transparence ; seulement 9 cabinets ne sont pas encore inscrits sur le registre de la transparence de l’UE.

65,5 millions d’euros pour les 35 plus gros cabinets de lobbying européen

En ajoutant les trente plus importants cabinets de lobbying basés à Bruxelles ainsi que les principaux réseaux de communication, on arrive à une estimation très approximative de 65,5 millions d’euros, dont une vingtaine représente chacune plus d’un million d’euros.

Top cinq des plus gros cabinets de lobbying européens en fonction des intérêts déclarés au registre de la transparence de l’UE :

  1. Fleishman-Hillard Brussels : quasiment 10 millions d’€ et 44 lobbyistes déclarés ;
  2. Burson-Marsteller Brussels : près de 9 millions d’€ et 60 lobbyistes déclarés ;
  3. Apco Brussels : près de 5 millions d’€ et 40 lobbyistes déclarés ;
  4. Hill & Knowlton Brussels : 4,5 millions d’€ et 30 lobbyistes déclarés ;
  5. Kreab Gavin Anderson : près de 4 millions d’€ et 45 lobbyistes déclarés.

Principaux intérêts représentés : Banque/Finance, Energie/Pétrole, Pharma/Chimie, Alimentation/Agriculture et Media/Telecom

A partir d’une analyse de ces 35 principaux cabinets de lobbying européen (cf. tableau complet), la liste des principaux clients permet de faire clairement ressortir des secteurs dont les intérêts sont particulièrement représentés :

Banque/Finance : Visa Europe, Mastercard, Goldman Sachs, Standard & Poors, Blackrock, Barclays Capital, JP Morgan, Morgan Stanley, Crédit Suisse, Bank of America Merril Lynch, UBS, NYSE Euronext, Lloyds Banking Group, HSBC, Moody’s, Deutsche Börse, The Royal Bank of Scotland, BNP Paribas

Energie/Pétrole : Exxon Mobil, BP, RoyalDutchShell, Total, Suez-Environnement, GE, Nabucco Gas Pipeline International, European Partnership for Energy and the Environment, European Climate Foundation, Ketchum (for Russian Federation), Diversified Energy Communications (for Gazprom Export)

Pharma/Chimie : Novartis, Pfizer, Boehringer Ingelheim, BASF, Roche, Schering Pharma, Afton Chemical, ESIG – CEFIC Petrochemical Programme, Colipa Cosmetics Europe, Abbott Laboratories, Merck Serono, Arizona Chemical, PlasticsEurope, Bristol-Myers Squibb, Biogen Idec, LEO Pharma, Daikin, European Federation of Pharmaceutical Industries and Associations

Agriculture/Alimentation : Monsanto, Cargill, Nestlé, Wrigley, Johnson & Johnson, Coca Cola, Procter & Gamble, Danone, Pepsico, Heinz, Bayer CropScience, European Crop Protection Association, Federation of European Rice Millers, Burger King, Meat & Livestock Australia

Media/Telecom : Schibstedt, AT&T/VOX, Microsoft, France Telecom, Microsoft, Nielsen, Apple NBC Universal, Nokia Siemens Networks, British Sky Broadcasting Group

Industries lourdes : World Steel Association, Solae, European Photovoltaic Industry Association, International Platinum Group Metals Association, Halliburton, New Energy, European Aluminium Association, EADS

Transport/Automobile : Scania, Amadeus, Nissan, Hertz

Au total, l’analyse croisée des principaux cabinets de lobbying basés à Bruxelles et de la liste des cabinets de lobbying inscrits au registre de la transparence de l’UE est très instructive.

Comment informer et communiquer sur l’Europe avec les nouveaux formats du web ?

Au cours de l’été, Taybot de l’équipe web du Parlement européen a publié un papier d’angle très intéressant sur les tendances éditoriales actuelles en ligne : live coverage, citizen journalism, social media stories, crowdsourcing, infographies et data journalism… Quelles sont les exemples de ces nouveaux formats du web en matière d’information et de communication européenne ?

Infographie : « les Français et l’Union européenne »

Présenter l’Union européenne : son fonctionnement, sa place dans la vie quotidienne et l’opinion des Français, c’est la prouesse réussie par une infographie réalisée par la Représentation de la Commission européenne à Paris.

En matière d’infographies, le Parlement européen est d’ailleurs devenu un spécialiste et propose un Tumblr et un board sur Pinterest. La Commission européenne se lance également avec des infographies tels que « Are your in control of your personnal data? » ou sur la qualité des conditions de consommation dans l’UE.

Cartographie interactive : « la crise en Europe »

CNN propose une carte interactive des chiffres clés des pays européens : chômage, PIB, croissance et dette. Un exercice factuel très lisible qui souffre néanmoins de l’absence d’analyse.

Data visualization : le réseau des dettes en Europe

Le New York Times réalise une data visualization des flux de dettes entre les principaux pays en crise en Europe : Espagne, Italie, Portugal, Irlande et Grèce. La complexité demeure relativement plus accessible, en tout cas pour un public plutôt averti, quoique malheureusement les données ne sont pas mises à jour depuis la publication en mai 2010.

Animation : l’évolution du personnel politique de Maastricht au traité budgétaire

Le Monde publie une petite frise chronologique animée sur les positions successives de la plupart des responsables politiques sur les principaux traités européens. Une illustration éclairante des parcours individuels et des mouvements collectifs depuis 20 ans.

« Appli » : lecture augmentée du traité budgétaire

Rue 89 réalise une « appli » qui présente le texte du traité et surligne les parties techniques ou sensibles pour en proposer une explication simplifiée. Une lecture facilitée, quoique le commentaire limpide soit plus engagé que pédagogique.

Au total, de nombreuses et multiples exploitation des nouveaux formats du web pour présenter différemment une actualité européenne qui demeure complexe, à l’image de la réalité de l’Union européenne.

Si vous avez des suggestions, n’hésitez pas à les proposer en commentaire.

2013, année européenne des citoyens : comment communiquer sur la citoyenneté européenne ?

« Mieux les Européens connaîtront leurs droits en tant que citoyens de l’Union européenne, plus ils pourront prendre des décisions en toute connaissance de cause dans le cadre de leur vie privée, et plus la vie démocratique européenne sera riche à tous les niveaux ».

Cette présentation de l’année européenne 2013 résume parfaitement l’ambivalence d’un double message : l’année européenne sera-t-elle l’année où la citoyenneté devient participative à l’échelle de l’UE ou bien l’année où l’UE entre de plein pied dans la vie quotidienne des citoyens ?

Communiquer sur la citoyenneté européenne en tant que participation à la vie démocratique

La première orientation possible de la communication sur l’année européenne des citoyens consiste à faire que la campagne soit dirigée par les citoyens au niveau national et local (approche bottom-up) et soit axée autour d’une « Année de l’écoute des citoyens de l’UE ».

Recommander de communiquer sur la citoyenneté participative, c’est aider l’UE à :

  • être plus en phase avec l’évolution des besoins au niveau local et national ;
  • utiliser concrètement l’« expertise citoyenne » afin d’adapter les politiques européennes ;
  • réconcilier pratique et rhétorique.

Cette conviction est la principale conclusion d’un rapport sur la citoyenneté participative dans l’UE, qui après consultation des Etats-membres stipule que « l’année européenne 2013 pourrait échouer, causer des dommages et exacerber les sentiments anti-UE », si les projets et initiatives dans les différents pays n’auraient pas pour but d’écouter les citoyens et de se concentrer sur les formes participatives de la citoyenneté.

La communication sur l’année européenne des citoyens pourrait s’incarner dans des « journées européennes de la citoyenneté participative », des événements de formation sur la démocratie européenne organisés autour de groupes de discussion dans tous les pays avec des auditoires clés, tels que les jeunes ou les ONG.

Par ailleurs, les usages et pratiques issus des médias sociaux sont de plus en plus répandus dans les sociétés européennes et pourraient être judicieusement utilisés pour illustrer la citoyenneté participative européenne.

Communiquer sur la citoyenneté européenne en tant que réalité concrète dans la vie quotidienne

La seconde orientation de la communication sur l’année européenne des citoyens s’oriente plutôt sur la valorisation de la citoyenneté civile européenne correspondant aux libertés fondamentales : les droits de vivre, de circuler et de travailler dans toute l’Union. (La citoyenneté sociale européenne résultant de la création de « droits à » socio-économiques ne peut pas être valorisée faute d’arguments suffisants.)

Cette approche semble clairement privilégiée par Viviane Reding, la Vice-présidente de la Commission européenne, qui affirme que son mandat en matière de citoyenneté consiste à « montrer la voie en matière de promotion de la citoyenneté européenne (…) mettre l’accent sur des mesures concrètes destinées à promouvoir et à protéger les droits des citoyens dans leur vie quotidienne ».

La communication sur la citoyenneté européenne en tant que réalité concrète semble privilégiée dans l’opinion publique européenne. Selon un Eurobaromètre flash 294 sur « La citoyenneté européenne », les Européens portent un intérêt à l’UE non pas pour apporter leur contribution mais en fonction de ce qu’ils reçoivent de l’UE.

De plus, les Européens qui reconnaissent l’impact de l’UE sur leur vie quotidienne ont plus tendance à trouver les informations sur l’UE utiles (73 % contre 59 %) et intéressantes (69 % contre 55 %). Ils sont également plus enclins à les trouver intelligibles que ceux qui perçoivent l’UE comme plus éloignée de leur vie quotidienne (54 % contre 49 %).

Ainsi, alors que 2013, année européenne des citoyens représente une opportunité pour faire avancer la citoyenneté participative, force est de constater que tant les Européens que la Commission européenne privilégient la citoyenneté concrète.