Quelles leçons de la pandémie pour la communication européenne ?

Alors que nous sommes en train d’apprendre à vivre avec le virus, nous avons également beaucoup appris par ailleurs au cours de cette année de pandémie. Qu’est-ce que nous pouvons retenir jusqu’à présent, d’après Stavros Papagianneas, expert en communication et auteur de Rebranding Europe dans la revue Convergences n°15 ?

Le rôle primordial de la communication dans la soutenabilité

Nous sommes beaucoup plus résilients que nous ne le pensions, c’est sans doute dans notre ADN. Nous faisons avancer, à distance, nos vies personnelles et nos activités en restant socialement connectés. Mais, la situation actuelle comporte également un risque d’aggravation des différences sociales et économiques.

Ce que font les organisations en temps de crise, et cela vaut pour les institutions européennes, définit leurs marques et leur image pour de nombreuses années à venir. Tout ce qui était considéré comme normal avant a disparu. Sans doute pour toujours.

Investir maintenant dans la construction d’une stratégie innovante et durable de communication est d’une importance capitale. Les communicants agissant encore plus en tant qu’agents de confiance auprès des différents publics sont absolument indispensables.

Le numérique va-t-il nous libérer ?

Jamais dans le passé la connectivité numérique n’a été aussi critique, nous dépendons fortement dans notre quotidien de la connectivité numérique. Du coup, les publics sont beaucoup plus engagés et ont des attentes plus élevées.

C’est l’occasion pour les institutions européennes de renforcer la confiance et d’améliorer la réputation, à condition de bien se préparer, de répondre beaucoup plus rapidement et d’ajuster leur action et leur message afin qu’ils correspondent au bien public.

Le coronavirus tuera ou guérira-t-il l’UE ?

Il est trop tôt pour évaluer toutes les répercussions politiques de la pandémie en Europe, mais les décisions prises auront inévitablement un impact profond. Les dirigeants de l’UE n’ont pas réussi à communiquer une vision commune, prenant un réel engagement politique pour rassurer les citoyens européens que l’UE est là pour eux. Différents pays européens ont adopté une approche nationale, moins centrée sur la solidarité et la coordination.

Le plan de vaccination à court terme et le plan de reconstruction de l’Europe à plus long terme sont les modalités qui permettront – ou pas – de regagner la confiance des citoyens dans l’Union européenne et sa gouvernance. Les institutions européennes semblent conscientes du « top spot » dans lequel les placent à la fois les médias et le grand public. L’heure du jugement va bien sonner.

Combattre les mythes et la désinformation

Tant la circulation de fausses nouvelles innocentes ou portées par des théories du complot que les stratégies de désinformation et de propagande venues de l’étranger pèsent considérablement sur le public, érodant la confiance et sapant les responsabilités.

Le chantier majeur de la lutte contre les mythes et la désinformation tient disons en même temps de remplir le tonneau des Danaïdes qui fuit de partout et de nettoyer les écuries d’Augias, tant il s’agit d’employer des méthodes radicales.

Des valeurs fortes : faire preuve d’empathie et être authentique

Le coronavirus est une bonne occasion pour les marques et les institutions comme l’UE de montrer leur vraies attitudes afin de toucher émotionnellement les citoyens. Il est temps d’apprendre à créer des valeurs communautaires et des centres d’intérêt partagés.

Les prises de parole en ligne et dans les médias sont encore plus que jamais décryptées, analysées, interprétées en fonction de critères émotionnels, idéologiques, médiologiques. Toute distance avec la vérité et absence de transparence sera irrémédiablement condamnée.

La communication de l’UE peut mieux faire

Concernant la communication des pouvoirs publics et de l’UE, il faut traquer le trop plein d’informations techniques et le trop vide d’empathie et parfois de motivation. Par sa communication, l’UE ne doit pas oublier de motiver les citoyens, un point vital. Une langue claire est essentielle pour y parvenir. C’est exactement là que les choses continuent de ne pas s’améliorer avec des messages encore trop distants.

Toute conclusion est encore prématurée, mais des axes de progression se dessinent qui tendent à renforcer des tendances fondamentales.

Europe Talks : dialoguer pour lutter contre les idées reçues

Pour la première fois, la chaîne d’info France 24 rejoint le projet Europe Talks lancé par Die Zeit il y a 3 ans, regroupant désormais 18 rédactions européennes afin de lutter contre les idées reçues en mettant en relation des citoyens européens de tous les âges dans un espace de dialogue virtuel pour qu’ils confrontent leurs points de vue.

Crowd-discussing : un projet pour encourager le dialogue entre Européens

Principes de l’aventure européenne Europe Talks :

  • Un questionnaire autour de sept questions sur des thématiques d’actualité qui font débat en Europe ;
  • Un algorithme pour « matcher » votre interlocuteur, le but étant de dialoguer avec un ou une autre Européen/enne aux opinions très différentes des vôtres ;
  • Un événement virtuel par vidéo le 13 décembre, point d’orgue du projet, où des binômes de participants débattront de leur vision de l’Europe ;
  • Une occasion unique de débattre des grands enjeux de notre époque au-delà de nos frontières.

Europe_Talk

Pour la présidence semestrielle allemande du Conseil de l’UE, qui soutient le projet, l’objectif est « aussi simple qu’audacieux : permettre à des personnes aux points de vue politiques discordants et vivant dans des pays européens différents de dialoguer en tête-à-tête de manière virtuelle sur des thématiques d’actualité faisant l’objet d’âpres débats en Europe ».

Un succès allemand qui s’européanise avec plus de 16 000 inscrits en 2019

Depuis son lancement, plus de 60 000 personnes ont confronté leurs points de vue en Allemagne dans le cadre de ce projet. L’idée a été reprise par d’autres pays et s’est transformée en une plate-forme internationale, baptisée « My Country Talks » (Mon pays se parle). Celle-ci a déjà organisé, en collaboration avec des médias européens, des dialogues citoyens dans treize pays, ayant réuni plus de 150 000 personnes.

En mai 2019, plus de 16 000 Européennes et Européens originaires de 33 pays se sont inscrits pour participer à la première édition du projet « Europe Talks – l’Europe se parle ». Plus de 500 d’entre eux se sont rencontrés directement lors d’une manifestation d’ouverture à Bruxelles et parmi eux, un grand nombre de participants ont entrepris de longs voyages pour se voir en personne.

Joanna Popiołekune, employée de l’université de Gdansk en Pologne, a parcouru plus de 1 000 kilomètres pour rencontrer Christoph, un gestionnaire de comptes allemand. Bien qu’ils ne se soient jamais rencontrés auparavant, ils ont pu échanger ensemble sur la politique migratoire et les relations de l’UE avec la Russie.

Le Britannique Tom Ross et l’Allemand Nils Nehring étaient aussi de parfaits étrangers l’un pour l’autre, avant de se rencontrer dans le cadre du projet Europe Talks. Tous les deux passionnés de foot, ils ont choisi comme lieu de rencontre le terrain historique de Cambridge, où les règles modernes du football ont été inventées. L’occasion d’échanger sur le Brexit et ses conséquences.

Ainsi, le projet Europe Talk réinvente la communication européenne citoyenne à l’heure du digital autour d’une forme ancestrale relookée qui redécouvre les vertus de la conversation.

EuroPCom 2020 : l’heure de la communica[c]tion est arrivée !

La pandémie provoque des changements sismiques dans la façon plus innovante et créative de communiquer. Les 7 et 8 décembre, la conférence EuroPCom 2020 sera à nouveau entièrement en ligne pour examinera les opportunités et les défis de la communication afin de garantir une implication pertinente et efficace des citoyens autour de trois dimensions d’une communication pour les Citoyens, autour du Climat, et forcément Connectée…

Europcom_2020

L’activation citoyenne de la communication européenne : #CoFEU

La Conférence sur l’avenir de l’Europe, retardée par l’épidémie, vise à donner à toutes les parties prenantes, y compris les citoyens, une plus grande voix sur ce que fait l’Union européenne et comment elle fonctionne pour eux. Le chantier de la rénovation de la démocratie européenne reste une priorité, à fortiori pour faire face à la nouvelle réalité. Des modalités nouvelles doivent être envisagées pour lancer un débat vraiment inclusif et mener à bien le processus de l’engagement des citoyens dans la prise de décision de l’UE.

Le jeu d’engagement FuturGov ; qui utilise des hypothèses d’anticipation des gens sur ce à quoi l’avenir pourrait ressembler pour générer des conversations, des négociations et des collaborations en concevant un processus par lequel les participants s’imprègnent de l’avenir, assument des rôles qui ne sont pas les leurs et élaborent des stratégies pour atteindre leurs objectifs ; génère un cadre participatif dans lequel un débat peut avoir lieu.

De nombreuses régions et villes d’Europe sont bien plus avancées que la Conférence sur l’avenir de l’Europe en ce qui concerne la participation des citoyens aux processus décisionnels. Leur potentiel de mobilisation et d’implication dans des actions publiques a été clairement démontré. Les régions et les villes, acteurs du changement avérés, sont bien placées pour faire le lien entre l’UE et ses citoyens. Nombre se mobilisent désormais pour participer activement au débat sur l’avenir de la démocratie européenne.

L’activation climatique de la communication européenne : #EUGreenDeal

En 2019, pour la première fois dans une enquête Eurobaromètre, les citoyens européens ont déclaré que le changement climatique devrait être la priorité absolue des institutions de l’UE. Le pacte vert européen est la réponse de l’UE pour relever les défis dès l’entrée en fonction de la nouvelle Commission européenne. Le plan sera accompagné d’une importante campagne de communication pour engager le public dans des ambitions d’action climatique.

Apprendre de l’héritage de la mauvaise communication de la science du climat avec trop de détails et des résultats très techniques et conduisant à des messages trop complexes ou difficiles et donc mal compris.

Apprendre à créer des messages [et des cadres] persuasifs autour de la lutte contre le changement climatique qui comprennent la collecte de messages opposés et d’arguments critiques, la recherche de réponses puissantes et le recadrage de concepts positifs originaux pour une communication climatique réussie.

De la communication climatique, il faut passer au changement de comportement, favoriser le changement des gestes du quotidien, favoriser l’émulation, l’auto-motivation et l’ et stimuler l’impact escompté pour améliorer l’efficacité de la communication sur l’action climatique.

L’activation connectée de la communication européenne

Maîtriser la communication de crise consiste à gérer l’ingérable pour des pouvoirs publics sous pression constante. La gestion efficace de la communication de crise entre le personnel et vers le monde extérieur repose en particulier sur la préparation et l’anticipation. Des leçons à partager pour améliorer son difficile apprentissage.

L’avenir de la démocratie participative est numérique. Plus que jamais, les citoyens peuvent participer à la prise de décision en ligne. De nouvelles plates-formes de consultations hybrides combinent des éléments de consultation physiques et distants, et des formes numériques innovantes de démocratie participative complétant maintenant souvent la démocratie représentative.

Les tendances des médias sociaux autour de nouveaux formats de narration comme les lives ou les stories ainsi que les enjeux de modération des conversations invitent à partager ses expériences notamment avec journalistes et représentants des médias locaux et régionaux.

Contrer les récits de désinformation, l’épidémie de Covid conduit selon l’OMS à une « infodémie » qui nécessite de s’outiller en matière d’identification et de prévention de la diffusion de fausses nouvelles en particulier sur les réseaux sociaux.

Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de communication pour aboutir à l’action. Ne manquez pas le rendez-vous annuel EuropCom.

Information européenne, innovations éditoriales et médiatiques : « comment placer l’Europe à la Une »

Les 3e Journées de la presse européenne interrogent des acteurs qui mènent des initiatives éditoriales et médiatiques pour renouveler le traitement de l’information européenne et inventer de nouvelles manières de raconter l’Europe auprès du public…

Twitch : l’Europe, les jeunes et Internet avec Jean Massiet

Alors qu’Alexandria Ocasio-Cortez incite les jeunes Américains à voter sur Twitch, Jean Massiet, fondateur d’Accropolis, ex-Youtubeur vulgarisateur de la politique, investit la plateforme depuis plusieurs années pour développer un format de conversation interactive, sur la politique, autour par exemple des questions au gouvernement ou de la convention citoyenne sur le climat, en complicité avec un public massivement très jeune.

Partenaire du Bureau du Parlement européen en France, Jean Massiet a pu y aborder les dernières élections européennes ou encore les auditions des Commissaires au Parlement européen, qu’il a estimé très intéressantes.

Sur Twitch, le premier discours sur l’état de l’Union européenne d’Ursula von der Leyen a fait l’objet d’une couverture extensive entre le commentaire en direct du discours (trop déclaratif, pas assez dans l’action), puis l’échange avec des invités et enfin le suivi du débat parlementaire (le plus apprécié par les twitcheurs).

Producteur de l’émission « Sénat Stream » sur la chaîne TNT Public Sénat, Jean Massiet s’investit pour développer un format de talk-show hebdo en plateau avec invités politiques et chroniqueurs en vue des prochaines élections présidentielles françaises.

Podcast : donner la parole à l’Europe avec Antoine Lheureux

Fondateur de l’agence de production de podcasts à Bruxelles Bulle Media, Antoine Lheureux, passionné de radio, s’est imposé ces dernières années comme le premier producteur de podcasts européens rassemblés, si vous souhaitez les découvrir, sur la plateforme Europod.

Après un mémoire sur la vassalisation des médias aux Gafam, Antoine Lheureux a produit son premier podcast sur l’influence de Google en lobbying à Bruxelles en partenariat avec La Libre Bruxelles. Bulle Média ayant un business model stabilisé, des productions propres seront lancées au premier semestre 2021.

Les conseils du spécialiste pour réussir un podcast et prendre par la main l’auditeur sont :

  • Une bonne conceptualisation du mode de narration et de bons invités à mettre en musique ;
  • Une post-production de qualité pour le montage, le mastering et le mixage du son ;
  • Une promotion sur les réseaux sociaux pour fédérer une communauté ;
  • Un partenaire média pour donner une légitimité et une audience immédiate.

Pour Antoine Lheureux, les podcasts européens explorent des sujets qui européanisent l’écoute et participent à la constitution d’un espace public européen.

Radio : de la hiérarchie de l’info et des rendez-vous dédiés hebdo sur l’Europe

Stéphane Leneuf, rédacteur en chef adjoint à France Inter et producteur pendant 10 ans de « Question pour l’Europe » et actuellement à l’antenne chaque dimanche matin avec « Café Europe » estime que l’actualité horizontale des pays européens a largement progressé puisque l’Europe est notre cadre de vie et notre actualité au quotidien car les gens ont envie et besoin d’Europe.

Pour l’actualité de l’UE, la hiérarchie de l’actualité nationale impose des choix dans les journaux de la radio en fonction de l’intérêt des sujets et de la ligne éditoriale du média. Résultat : on ne peut pas imposer un sujet européen. Solution : il faut développer des émissions hebdomadaires dédiées à l’Europe pour compenser l’absence de l’actualité européenne dans les journaux.

Contexte : pour expliquer les prises de décision aujourd’hui, il faut être à Bruxelles

Jean-Sébastien Lefebvre, responsable du bureau de Contexte à Bruxelles justifie la couverture des institutions européennes en raison des décisions politiques prises par des élus qui concerne les individus, les entreprises et les organisations partout dans l’UE.

La politique européenne est d’autant plus intéressante que sa dimension multinationale la rend plus multiforme, interculturelle mais aussi avec une instabilité plus importante et parfois des retournements spectaculaires face aux crises.

Pour avoir accès à l’information, il vaut mieux être lobbyiste que journaliste à Bruxelles !

VoxEurop : l’information sociétale à hauteur d’Européen

Catherine André responsable de VoxEurop, un média paneuropéen en 10 langues, veut faire de la bonne vulgarisation, c’est-à-dire donner les clés aux lecteurs pour qu’ils se fassent leur propre opinion.

Hors du suivi quotidien de l’activité des institutions européennes, VoxEurop se concentre sur :

  • Le traitement d’enjeux sociétaux qui traversent les frontières comme tous les thèmes globaux et les sujets de politiques globales ;
  • La publication des positions de la société civile ;
  • Des analyses et interviews de spécialistes au regard paneuropéen ;
  • Un dessin de presse hebdo sur l’Europe.

La série consacrée au Dreamers européens, ces enfants d’immigrés sans papier, illustre la puissance de récits concrets et humains qui concernent les Européens et renforcent le lien vivant.

Ouest France : l’Europe au cœur face aux algorithmes

Fabien Cazenave, journaliste à Ouest France, estime que sur tous les sujets européens, il faut aller aux enjeux, ne pas se perdre dans la technicité et aller sur le terrain pour illustrer et rendre concret l’action de l’Europe.

Le sens journalistique devrait davantage guider à faire des choix au profit de l’actualité européenne, compte tenu de son importance pour les Européens, mais le temps des institutions européennes est beaucoup trop long entre les annonces et leurs mises en œuvre.

La puissance des algorithmes et de la recommandation automatisée reposant sur l’exploitation des datas risque de pénaliser les sujets européens et les choix éditoriaux des médias disponibles dans leurs éditions papier et leur site web.

Télévision : l’Europe aux défis du dépaysement, des référendums et des fake news

Face aux préjugés des dirigeants de l’audiovisuel qui rechignent à investir dans l’Europe car ce n’est pas assez dépaysant, les journalistes européens à la TV doivent redoubler d’efforts pour leur prouver que mettre l’Europe à l’écran ne fait pas fuir les téléspectateurs.

Véronique Auger, ex présentatrice des émissions sur l’Europe à France 3, pointe depuis 2/3 ans que les JT de France 3, qui ne couvrent pas l’actualité de l’UE, commencent à couvrir les élections dans les autres États-membres : Allemagne, Italie, Royaume-Uni et même les élections municipales en Hongrie. Il est plus facile de traiter l’Europe dans les JT de France 3 Régional parce que les actions de l’UE y sont visibles par rapport à France 3 National.

Caroline de Camaret, rédactrice en chef à France 24 reconnaît qu’il est difficile même sur sa chaîne de vendre à sa propre rédaction l’Europe en tant que sujet en soi mais se félicite que France 24 anime un réseau de 12 correspondants dans l’UE, notamment davantage à l’Est.

Pour Véronique Auger, le traumatisme du référendum de 2005 explique la situation actuelle : on ne peut plus parler de l’Europe en bien, parce que les téléspectateurs ne l’ont pas apprécié, mais on ne veut pas parler de l’Europe en mal, donc on n’en parle plus. En vue de la présidence française du Conseil de l’UE en 2022, les choses devraient évoluer.

Pour Caroline de Camaret, le choc du référendum a mis l’Europe sous le tapis. L’Europe doit y mettre du sien pour que les MEP et les Commissaires répondent aux invitations des médias, comme ils l’ont davantage fait pendant le confinement. La question de l’accès aux institutions européennes aux journalistes est entre parenthèse tant aux Conseils européens à huis clos qu’au Parlement européen qui n’a plus siégé à Strasbourg depuis le début de la pandémie. Il y a un risque d’entre-soi.

Même au sein de l’UE, l’exercice du métier de journaliste est périlleux. Outre, les héros du journalisme que sont les deux journalistes assassinés en raison de leur enquête sur les mafias en Slovaquie et à Malte, les pressions sont nombreuses : la liberté de la presse est fragilisée, la crise économique fragilise les pigistes, la concurrence des réseaux sociaux mais aussi le cyber-harcèlement qui peut frapper notamment les femmes-journalistes.

Face aux fake news, le débat s’anime entre Véronique Auger et Caroline de Camaret :

  • Véronique Auger estime que les médias se perdent à essayer de contrer les fake news, que c’est même une grave erreur que les médias dit sérieux crédibilisent des fake news en leur donnant un écho. Les médias audiovisuels devraient miser sur l’enquête et l’éducation aux médias pour permettre aux gens de vérifier par eux-mêmes.
  • Caroline de Camaret juge que la BBC, qui est restée neutre lors de la campagne du Brexit n’a pas fait le job de vérification au jour le jour et n’a pas tenu informé les citoyens sur la base des faits, ce qui constitue sinon au moins une grave erreur peut-être une faute professionnelle compte tenu des conséquences.

Les fake news à usage électoral, surtout lorsque les institutions européennes ne réagissent pas, doivent être débunkées par les médias audiovisuels.

La comm’ de l’UE en procès

Maria Udrescu, journaliste à La Libre Bruxelles pointe plusieurs défaillances dans la communication européenne :

  1. La « religion des effets d’annonce » joue trop au sein des institutions européennes, comme l’illustre le fiasco de la conférence sur les 100 jours de la nouvelle Commission européenne qui passe sous silence le Covid en pleine période de confinements des États-membres.
  2. Le « maquillage de la comm’ en info » montre trop les efforts pour embellir les discours sans parvenir à valoriser les véritables décisions parmi les intentions déclamatoires et les déclarations de principe sans effet sur la machine décisionnelle.
  3. La « religion du secret » verrouille l’accès indispensable des journalistes aux brouillons (les draft) des futures législations. En fait, l’information la plus importante n’existe pas officiellement tandis que l’information officielle n’est d’aucune utilité pour les journalistes.

Pour aller plus loin, toutes les vidéos sont disponibles sur Facebook et le Taurillon publie également une vaste enquête qui nous plonge dans les quinze années écoulées, à la recherche de l’Union européenne dans les médias français.

Faut-il aussi un plan de relance pour la communication européenne ?

Plongée dans le chaos, la communication européenne, hoquetant au gré des décisions nationales de lutte contre la pandémie du Covid ou encore les négociations budgétaires entre les États-membres, a vu son crédit particulièrement endommagé cette année. Comment redonner un nouveau souffle ?

Contre les veilles recettes et les promesses au coin de la rue

Il ne s’agit plus de « vendre » l’idée d’Europe par une information de masse dont les publicitaires ou les médias, notamment télévisuels, maitrisaient tantôt la pratique. L’époque des mass-médias est largement morte et enterrée au profit d’un engagement permanent, avec le poids massif acquis par les médias sociaux.

La promesse jadis de placer les citoyens au cœur du débat européen est devenue en ligne une réalité quotidienne qui dépasse des institutions européennes qui doivent s’adapter en urgence.

Il ne s’agit plus de « promouvoir » les politiques européennes, chacune conduite séparément, mais bien de faciliter le débat partout en cours sur la pertinence de l’action, sur leur légitimité et sur leur utilité pour les nouvelles phases de « gouvernance » de l’Union européenne.

La promesse d’une énième conférence sur l’avenir de l’Europe, surtout sans innovation démocratique est un hochet d’un maniement sensible quand la crise gronde et que les solutions divergent.

Il ne suffit plus d’éduquer à l’Europe des citoyens mal informés, quand la circulation des informations et des fake news est exponentielle et que la croyance individuelle à détenir la vérité voir des vérités alternatives rabat violemment les cartes des connaissances sur l’Europe que des millions de citoyens s’approprient à leur manière, très différente de celle des connaisseurs de l’UE.

La promesse d’entendre les Européens dans leurs situations quotidiennes, idéalement de les écouter en les faisant participer à la préparation de l’action publique menée en leur nom est d’une actualité brulante.

Il ne suffit plus comme le font les institutions depuis quelques vingt ans, de persévérer dans des plans d’action pour une meilleure communication de l’Europe autour d’intentions bonnes de coordonner les activités de communication pour optimiser les efforts et mieux utiliser les moyens de communication.

La promesse de plans internes et d’objectifs de mutualisation ou de standardisation, voire d’auto-régulation n’est plus à la hauteur des enjeux technologiques et pédagogiques actuels.

Renoncer à ces vieilles recettes suggèrent que pour toucher le grand public, il est temps de faire une vraie relance de la communication européenne.

Une communication de l’Europe plus que jamais appelée à faire ses preuves

Aujourd’hui, le contexte mondial et les craintes sociales incitent à bouleverser les idées reçues sur la relation par laquelle les citoyens peuvent adhérer à un projet européen. Les temps de crises accentuent les doutes, les interrogations et les demandes d’explication sur les décisions. Les crises paraissent œuvrer pour une plus grande cohésion européenne, face à la gravité des situations. Mais – très vite – la disparité des intérêts déstabilisent la crédibilité des messages.

La principale problématique aujourd’hui de la communication européenne, c’est de retrouver du crédit, de devenir plus crédible auprès des ses parties prenantes en priorité du grand public plus généralement. Si le discours sur l’état de l’Union de la présidente de la Commission européenne donne une cohérence ponctuelle, l’activité quotidienne et les multiples effets d’annonces la réduisent en cendre. Il faut sans cesse renouveler l’effort de clarté, de lisibilité.

La distance entre l’UE et les citoyens est un autre serpent de mer. L’UE doit se reconnecter au réel, donc elle doit répondre davantage aux attentes de valeurs et ne peut plus être à l’écart des évolutions sociétales. Le sens doit diriger les prises de parole.

La surinformation, de la part des institutions européennes qui multiplient les communiqués paradoxalement crée chez les journalistes et ceux qui veulent de bonne foi suivre l’actualité de l’UE de l’anxiété, une sorte de débordement cognitif. Cette logique de « carpet bombing » est tout sauf une stratégie : plus on bombarde ses cibles, plus on risque par susciter le rejet, le dégoût. L’essentiel doit guider les propos.

La spécificité de la relation entre l’UE et les citoyens ou la communication européenne demeure trop de conviction, souvent curative, défensive, poussive et en fin de compte peu crédible n’est plus adaptée à l’ère numérique. Plus la communication est descendante, longue et fastidieuse, moins elle est consommée. Plus la proximité et l’intérêt humain sont présents, et plus l’attention sera captivée. En somme, les vertus cardinales de cette rentrée devraient être : sincères, authentiques, engagés et empathiques.

Face aux crises, il est urgent de repenser la communication européenne pour s’ouvrir et s’adapter à une authentique société de communication.