Campagne de communication sur les fonds européens en France

Avec environ 27 milliards d’euros alloués pour la période 2014-2020 d’aides à des organismes publics ou privés – soit un projet toutes les 3 minutes – les fonds européens ont un rôle décisif pour favoriser la croissance et l’emploi et faire face à la crise et aux grands défis de l’UE. Pendant tout l’été, une campagne pluri média, vise à communiquer sur l’importance de l’action des fonds européens en France.

« Notre pays bouge, l’Europe s’engage Rendez-vous compte ! »

Selon le gouvernement, la campagne de communication se donne trois objectifs :

  • mettre en lumière l’importance de l’action des fonds européens en France ;
  • interpeller les citoyens ;
  • donner envie de découvrir ces actions au plus proche de chez eux.

D’où un dispositif très régionalisé reposant sur France 3 et Internet avec :

  • une émission « L’Européen d’à côté » de 66 reportages sur des porteurs de projets, diffusés sur France 3 à 18h55 du lundi au vendredi, du 9 juin au 8 septembre ;
  • un spot publicitaire diffusé en télévision et sur le web, du 16 juin au 9 juillet.

Une campagne tirant les enseignements des actions précédentes

Après les campagnes de 2008 « J’avance avec l’Europe » et 2010 « L’Europe s’engage », la nouvelle campagne de 2014 tire les enseignements des actions précédentes :

  • Sur le pilotage : de nouveau, les 4 ministères responsables de la gestion des fonds européens en France mutualisent leur communication ;
  • Sur le message : de nouveau, l’orientation « terrain » est privilégiée pour toucher les citoyens par des « histoires » rendues possibles grâce aux fonds européens ;
  • Sur le dispositif : nouveauté, l’articulation entre promotion et information est plus équilibrée avec un unique teaser largement diffusé et de multiples programmes courts sur France 3 – évitant la déperdition de nombreux spots pub TV difficilement mémorisable comme lors des campagnes antérieures ;
  • Sur le web, nouveauté, l’articulation entre diffusion TV et mise en ligne est mieux intégrée en recourant à Youtube pour élargir la dissémination dans les médias sociaux.

Au total, après les élections européennes et pendant l’été, la période n’est pas la plus propice, mais la campagne de communication sur les fonds européens – dorénavant traditionnelles – est l’une des seules occasions – trop rares – pour le grand public d’entendre parler des actions concrètes de l’UE.

Parole publique de l’Union européenne sur Twitter : une « novlangue de coton » ?

La polyphonie des discours des institutions européennes sur Twitter, analysée par Sandrine Roginsky dans « « parler neutre ou « parler vrai » ? » rabat-elle les cartes des enjeux de la communication de l’Union européenne ?

Y a-t-il une stratégie de communication de l’UE sur Twitter ?

Sandrine Roginsky décrypte le dispositif de communication des institutions européennes où la confusion semble prédominée :

  • Confusion parmi les émetteurs aux statuts multiples du simple fonctionnaire gazouillant à titre individuel au Commissaire engageant l’institution par sa parole ;
  • Confusion parmi les registres de communication entre la parole expressive (point de vue personnel), la parole argumentative (opinion politique) et la parole informative (message institutionnel) ;
  • Confusion parmi les publics cibles entre information technique pour les spécialistes, information compréhensible par tous les citoyens et informations personnelles et politiques incitant à l’expression.

En résumé, « Twitter permet de mélanger différents types de communication notamment parce qu’il confond les différents statuts des locuteurs qui sont mis au même niveau de lecture ». Difficile de s’y retrouver au point de s’interroger sur l’éventuelle existence d’une stratégie de communication de l’UE « over the top » sur Twitter…

Une communication sur Twitter à l’image des institutions : hybridité et paradoxe

Sandrine Roginsky poursuit son analyse en remarquant que la communication de l’UE sur Twitter est à l’image des institutions, à la fois par les constats que l’on peut y faire et par les évolutions que l’on y observe sur la durée.

En matière de constat, l’hybridité est sans doute l’élément le plus frappant. Les tensions entre personnels administratif et politique sont partiellement résolues par le statut hybride des porte-parole, i.e. des fonctionnaires exerçant une fonction politique tandis que le personnel administratif dépend du personnel politique dans la tonalité de la communication.

En matière d’évolution, le paradoxe est le plus intéressant. L’injonction contradictoire consiste dans le même mouvement à appeler les fonctionnaires européens à utiliser les médias sociaux, selon la charte d’utilisation, tout en les invitant à respecter une série de règles qui dépersonnalisent et encadrent la parole.

Au total, ce n’est pas tant la complexité, voire la confusion entre le « parler neutre » d’une communication consensuelle et neutralisée et le « parler vrai » d’une communication personnelle et orientée qui frappe, comme l’analyse dans le détail Sandrine Roginsky, mais bien davantage de prime abord une « langue de coton ».

La parole publique des institutions européennes sur Twitter correspond à une sorte de novlangue faussement post-idéologique pour initiés qui souffre d’un « politiquement correct » européen enfermant les discours des institutions européennes afin d’éviter la frontalité des controverses, doublé d’un respect prudent de la « net-étiquette » afin d’éviter tout dérapage et « bad buzz ».

Parce qu’elle représente l’une des plus importantes innovations récentes de la communication des institutions européennes, leur parole publique sur Twitter est révélatrice des tendances de fond : stratégie en chantier décevante, hybridité confusante et injonctions paradoxales décourageantes.

Le journalisme franco-allemand, un modèle vers le journalisme européen ?

Entre un espace public vraiment transeuropéen encore en gestation et des espaces publics nationaux cloisonnés, la volonté politique liée au rapprochement franco-allemand s’est notamment traduite par l’émergence d’un espace médiatique franco-allemand. C’est la démonstration du mémoire de Marjorie Even portant sur le journalisme franco-allemand comme modèle vers le journalisme européen…

Des limites d’un espace médiatique transeuropéen ne reposant pas sur une légitimité politique forte

A défaut d’une volonté des peuples européens et de leurs représentants de fonder une communauté de destin européenne pleinement souveraine, les médias transeuropéens seront toujours faibles… et l’Europe aura toujours la portion congrue dans les médias nationaux.

Pour les médias transeuropéens, la règle est somme toute assez cruelle : l’importance des publics est inversement proportionnelle au traitement de l’UE. Autrement dit, les médias transeuropéens de masse ne traitent quasiment pas de l’UE tandis que les médias les plus européens quant à leur couverture de l’UE s’adressent à un public de facto restreint.

Dans les médias nationaux, que l’on juge qu’il s’agisse d’un problème d’offre (les médias nationaux et les politiques ne savent pas vendre l’UE) ou de demande (les citoyens ne s’intéressent pas à l’UE), le résultat est pareil : les médias octroient à l’UE l’importance que les citoyens et les politiques lui donnent.

Tant que le lieu de légitimation du politique et la scène de compétition de la politique resteront nationaux, l’espace médiatique transeuropéen sera restreint, donc les médias transeuropéens seront exsangues.

Des bénéfices d’un espace médiatique franco-allemand reposant sur la légitimité politique du couple franco-allemand

Aussi perfectible que soit la volonté politique de rapprocher la France et l’Allemagne, cette légitimité permet à un espace médiatique franco-allemand d’émerger et à des médias franco-allemands de trouver leurs publics.

Le modèle franco-allemand, autant qu’on puisse s’en inspirer, offre une série de bénéfices qu’il convient néanmoins de modérer :

Certes la volonté politique fonde une nouvelle réalité institutionnelle franco-allemande qui s’impose, mais dans les sociétés, seule une minorité agissante y participe activement.

Quand bien même l’opinion publique dans son ensemble valide et légitime la construction franco-allemande, l’espace médiatique franco-allemand n’apparaît pas de lui même et s’autonomise avec difficultés.

Sur le chemin d’une médiatisation franco-allemande massive, les résultats – quoique meilleurs comparés aux médias transeuropéens, rapportés à l’échelle des 2 peuples – sont quand même modérés, qu’il s’agisse de l’audience d’Arte ou du lectorat du magazine Paris-Berlin.

Au total, le mémoire de Marjorie Even sur le journalisme franco-allemand, comme modèle vers un journalisme européen est à lire pour comprendre l’articulation entre volonté politique pour le franco-allemand (ou la construction européenne) et émergence d’un espace médiatique franco-allemand (ou transeuropéen) au sein desquels des médias peuvent enfin trouver leurs publics. Publics, néanmoins de plus en plus apathiques, ce qui n’est pas sans conséquence sur la crise de la presse ou celle de l’UE.

Elections européennes : quel bilan pour la campagne des partis politiques français ?

Après les résultats, quelques questions restent encore sans réponse comme par exemple : Les élections municipales ont-elles bénéficié de plus de visibilité que les élections européennes ? Le Front national a-t-il également dominé la compétition en ligne entre les partis ?

Match Municipales vs Européennes : un équilibre global qui masque des disparités

Sur l’année 2014, la visibilité en ligne des « élections municipales » par rapport aux « élections européennes » est globalement très équilibré. Une surprise si l’on en juge tant par l’intérêt supposé des Français pour les élections locales que par les émois réguliers des milieux européens sur le déficit de médiatisation des affaires européennes en France.

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Néanmoins, cette égalité globale masque des différences significatives en termes de présence en ligne. Des différences qui confirment que les médias s’intéressent beaucoup moins aux élections européennes (39%) tandis que Twitter, un réseau qui il faut le rappeler n’est utilisé que par moins de 9% de la population française, est largement dominé par le sujet européen.

Match entre les partis politiques français : le Front national domine la campagne, le jour du scrutin et les résultats

Que ce soit au cours du dernier mois de la campagne électorale européenne, le jour du scrutin le dimanche 25 mai dernier ou la semaine de commentaires et d’analyses des résultats, le Front national domine la compétition en ligne entre les partis politiques français.

1. Au cours de la campagne, le Front national est non seulement le parti qui arrive en tête en termes de présence dans les médias en ligne ou sur Twitter mais c’est également le seul parti à assurer une meilleure visibilité sur Twitter (52%) que dans les médias (34%). Le PS est le « 2e parti de France » pendant la campagne des élections européennes à la fois dans les médias (25%) et sur Twitter (20%). L’UMP (17%) assure une présence très moyenne, équivalente dans les médias et sur Twitter. Tous les autres partis sont moins présents sur Twitter que dans les médias et UDI-Modem, Front de gauche et EELV sont souvent à moins de 10%.

Au cours de la campagne :

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2. Le jour du scrutin, le Front national est encore plus dominant à la fois dans les médias (36%) et surtout sur Twitter (71%) qui ne semble s’intéresser qu’à lui ; tous les autres partis politiques sont quasiment invisibles sur Twitter. De manière intéressante, la présence des partis politiques dans les médias en ligne est beaucoup plus importante en volume dans les médias en ligne – qui annonce le soir les résultats – que sur Twitter, qui normalement assure une caisse de résonance lors des « grands événements ».

Le jour du scrutin :

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3. La semaine après le scrutin, les commentaires et les analyses du scrutin européen offrent une place toujours aussi importante au Front national à la fois dans les médias en ligne (44%) et sur Twitter (68%). Là encore, et de manière assez rare, le sujet est beaucoup souvent traité dans les médias en ligne que sur Twitter.

La semaine des résultats :

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Au total, la visibilité de la campagne des partis politiques français à l’occasion des élections européennes permet de conclure d’une part que le Front national a non seulement dominé les résultats dans les urnes mais également en ligne ; et d’autre part, les élections européennes sont davantage un sujet d’actualité qu’un objet de conversation.

Communication de l’UE : quand moins rime avec mieux

Comme chaque année, la lecture du « management plan 2014 » de la DG COMM de la Commission européenne confirme la vision quantitativiste attachée aux objectifs de communication : toujours plus, c’est toujours mieux. Enfin, justement, pas toujours…

Stratégie pro-active et réactive auprès des médias : baisse du nombre de communiqués de presse

3 492 communiqués de presse auront été publiés par la Commission européenne en 2013. Pour la première fois, l’objectif ne consistera pas de dépasser ce volume invraisemblable de 14 communiqués de presse en moyenne par jour ouvré. En 2014, l’objectif s’établit à « seulement » 2500/3000.

Enfin, la DG COMM semble comprendre l’impossibilité évidente pour les journalistes de couvrir sereinement l’actualité de l’UE avec un tel volume de contenus diluant les informations importantes et réduisant in fine l’impact de la couverture médiatique de la Commission européenne.

Quant au style des communiqués de presse, peu de place pour le changement, car selon Koen Doens, le chef du service des porte-parole de la Commission européenne, expliquait récemment dans un entretien à PR Week que le ton dépassionné, monotone et un peu « boring » était délibéré et correspondait à l’expression des valeurs de la marque « Commission » qui est « multi-idéologique ».

Stratégie de rationalisation de la présence web : baisse du nombre de sites et de pages sur europa.eu

Autre exemple où « moins, c’est mieux » avec la rationalisation de la présence web de la Commission européenne qui ne s’enorgueillit plus de posséder le plus vaste portail au monde, mais qui cherche à créer une présence en ligne rationalisée.

Là encore, les objectifs sont revus à la baisse – et c’est tant mieux – avec 50% de sites en moins et 30% de pages en moins sur les sites conservés. De plus, dès 2014, la DG COMM travaille sur un prototype pour un nouveau site de la Commission européenne, et de la newsroom.

Au total, ces deux innovations dans le dispositif de communication de la Commission européenne sont deux bonnes nouvelles qui démontrent que ce n’est pas toujours par une hausse métrique que des résultants tangibles peuvent être obtenus.