Archives de catégorie : Communication de l’UE

Billets sur la communication des institutions européennes

L’Europe : juste un problème de communication ?

Alors que la communication des institutions européennes a fait beaucoup d’efforts ces dernières années, surtout pour ses outils et en particulier numériques, le contenu n’est toujours pas de nature à faire aimer une Europe à l’image trop matérialiste et impersonnelle. Premier retour sur la conférence organisée à la Maison de l’Europe à Paris le 20 mars dernier.

Un problème de tuyau et de contenu, selon Philippe Cayla

Pour l’ancien président d’Euronews, « le tuyau est bouché », manière de dire que la communication européenne souffre de l’absence d’un point de vue vraiment européen.

En fait, le déficit d’émetteur primaire vient que les porte-parole monologuent en anglais à la place des Commissaires, tandis que le président de la Commission européenne s’exprime exceptionnellement dans les médias, et à fortiori à la télévision.

De fait, la fiction que les gouvernements seraient censés s’exprimer sur la politique européenne en tant que partie-prenante est entretenue, notamment par les médias, alors qu’ils ne font que relayer leur propres opinions sur l’Union européenne.

Pour Philippe Cayla, « le juridisme s’est emparé de la communication », les contenus de l’Union européenne portent exclusivement sur ses compétences limitées, des politiques sectorielles sans affectio societatis, hors des sujets plus empathiques (éducation, culture, politiques sociales).

Quelle solution pour communiquer sur l’Europe auprès du grand public, selon le président de l’ONG Européens sans frontières ? Des vidéos d’animation pour la TV et les cinés ! Pourquoi ? 1/ Un format attractif pour les 18-35 ans 2/ Un moyen d’échapper aux stéréotypes : il faut avoir l’air européen sans être d’aucun pays 3/ Un support aisé pour le multilinguisme 4/ Une œuvre culturelle qui peut être diffusée sur grand écran 5/ Une communication empathique.

Un problème de méthode, selon Pierre-Jérôme Henin

Pour l’ancien collaborateur de Michel Barnier et ancien porte-parole de la Commission européenne, l’Union européenne ne doit pas sombrer dans « l’obsession communicative » qui consiste à vouloir faire de la comm’ à tout prix, alors qu’on n’a rien à dire, ou plus précisément que l’on ne s’est pas mis d’accord sur le récit commun à raconter. Il faut remettre les choses dans l’ordre.

Qui sont les responsables ?

La presse : non seulement, la place accordée aux questions internationales se réduit dans les rédactions, faute de moyens, mais surtout tant que l’Europe sera traitée en politique étrangère alors que c’est de la politique nationale, les papiers sur l’UE passeront toujours à la trappe.

Les institutions européennes ne communiquent pas mais informent tant bien que mal. Les priorités devraient porter d’une part sur la coordination entre les institutions européennes et d’autre part la professionnalisation des fonctions communication.

Les classes politiques n’assument pas leur choix européen : non seulement le double discours des ministres dans les médias est extrêmement nuisible, mais surtout l’irresponsabilité des partis politiques, notamment dans la constitution des listes aux élections européennes est coupable.

Que faire ?

Avant de communiquer, il faut réfléchir ensemble à ce que l’on veut dire, donc clarifier et simplifier les messages et choisir les publics à cibler. On ne communique évidemment pas de la même façon auprès de publics différents : les institutions de l’UE parlent toujours au moi-citoyen alors qu’il y a plein d’autres figures pour cibler des populations. Les Représentations de la Commission européenne devraient être plus autonomes pour adapter la stratégie globale de communication au niveau local.

L’artisan de la promotion des consultations citoyennes européennes, plutôt que de regretter le sempiternel manque de moyens de la communication européenne, pointe un manque d’imagination, une paresse intellectuelle qui conduit les différents acteurs vers la facilité plutôt que l’exigence d’une découverte.

Au total, ces professionnels de l’information ou de la communication pointent à force de volonté et parfois de forcer les bonnes ou mauvaises volontés qu’une communication européenne grand public est possible.

Comment rendre l’UE plus visible dans les journaux télévisés ?

« Anti-télévisuel » ! C’est la principale raison de la très faible visibilité des enjeux politiques européens dans les sujets quotidiens des journaux télévisés, selon l’enquête menée par Rémy Broc et Théo Verdier pour la Fondation Jean Jaurès. Comment assurer une meilleure présence de l’Union européenne dans le traitement de l’actualité européenne des journaux télévisés ?

Incarner pour focaliser sur la politique européenne à la télévision

Face à la quasi absence de l’actualité européenne, le contre-exemple de la sur-représentation des États-Unis « prouve que les journaux télévisés sont en mesure de traiter massivement une actualité à la fois éloignée des citoyens français et relative à un système politique étranger ». D’où vient ce miracle ? De la capacité du président américain à incarner son pays et ses politiques.

« L’absence de figures médiatiques représentatives de l’Union apparaît en effet constituer pour les rédactions un des facteurs majeurs de la faible représentation de la politique communautaire dans les journaux télévisés. »

Par conséquent, pour apparaître à la télévision, l’Union européenne doit combler sa carence existentielle et offrir une incarnation de premier plan. Un « président de l’Europe » apparaît d’un point de vue cathodique comme la priorité impérative de l’Union européenne, LA condition sine qua non d’un traitement renforcé des enjeux européens par les journaux télévisés. Peut-on se mettre à rêver ?

Raconter pour fédérer autour des politiques européennes à la télévision

Face aux défis des journaux télévisés généralistes et populaires, confrontés à la concurrence pour l’attention née de la diversification des sources d’information, au désintérêt du public pour les sujets institutionnels et aux méconnaissances des téléspectateurs, l’équation de l’audience se résout en construisant des narrations didactiques qui fédère le plus grand nombre de gens.

« L’actualité de l’Union européenne sous sa forme actuelle apparaît inadaptée aux exigences de l’information télévisée (…) les journaux télévisés ne parviennent pas à présenter à leurs téléspectateurs une juste représentation de la vie politique et de l’action de l’Union européenne. »

Aussi, les efforts de la communication de l’Union européenne auprès des rédactions doivent clairement s’intensifier pour améliorer la couverture paneuropéenne des politiques publiques européenne autour des bénéfices, des résultats, en dehors de Bruxelles, sur le terrain, avec des illustrations concrètes, des exemples accessibles, des récits du quotidien. En clair, les « success stories » racontés par l’UE doivent être d’abord pitchés aux médias audiovisuels.

Faciliter la couverture des actualités européennes

Sujet plus technique, mais fondamental, la question des moyens doit être abordée de front. « Entre la couverture de l’actualité des institutions européennes à Bruxelles et à Strasbourg et les prises de position nationales des États membres, le cadre de la vie politique de l’Union européenne impose aux rédactions d’importantes contraintes sur le plan de la logistique et de la gestion des expertises dans l’organisation de leurs équipes ».

« La couverture de l’actualité européenne demande des moyens conséquents, afin de mobiliser au bon moment et au bon endroit les expertises permettant de « dépasser la scénographie nationale ». »

« En ce sens, l’Union européenne pourrait se poser la question d’un soutien au réseau international des chaînes, dont le modèle économique a minima, reposant sur un réseau de « fixeurs » et de correspondants en free-lance, semble compliquer la couverture approfondie de l’actualité du continent, en dehors de nos voisins directs. »

Décloisonner l’information européenne dans les lignes éditoriales

A plus long terme, la couverture de la politique européenne dans les sujets des journaux télévisés ne passera que par une meilleure organisation des rédactions offrant une place de premier plan aux journalistes, spécialistes des enjeux européens pour insuffler des angles et opérer la transition vers une couverture accrue de la politique européenne.

« A moyens constants, la revalorisation des enjeux européens et de ceux qui les portent dans les rédactions dépasse les seuls journaux télévisés (…) et tiendra à l’engagement éditorial des chaînes dans leur ensemble. »

Au total, les solutions pour répondre au défi majeur de l’actualité européenne à la télévision appartiennent autant aux rédactions, sans n’être qu’une question de moyens, qu’à l’Union européenne, en présumant une volonté ferme de sortir d’une communication pour happy fews.

Comment réformer et relancer le projet européen ?

Dans « L’Europe utile : retrouver un avenir commun » (éditions HERMANN), Jean-Michel Arnaud estime que jamais l’écart entre les opinions publiques eurosceptiques et la nécessité d’une Europe unie et déterminée à affronter les défis à venir n’apparait aussi grand. Le temps d’une relance de l’Europe par le couple franco-allemand, traditionnel moteur de la construction européenne, est peut-être révolu. Comment retrouver le savant dosage de la méthode « des petits pas » d’un pragmatisme au service d’un réalisme pour permettre au projet européen de retrouver cohérence et utilité ?

Quelle démarche pour l’Europe ?

La complexité du fonctionnement des institutions européennes, alimentées par l’équilibre dessinée au cours de la construction européenne, issus de nombreux compromis, entre logiques communautaires et intergouvernementales, nuit à la compréhension des opinions et à l’efficacité des politiques.

Parmi les 5 scénarios envisagés par le Livre blanc de la Commission Juncker sur l’avenir de l’Europe, « faire moins, mais de manière plus efficace » apparaît comme à la fois le plus crédible et le plus souhaitable pour recentrer l’Europe sur des sujets qui intéressent les gens.

Quelles réformes institutionnelles ?

Puisqu’il est aujourd’hui illusoire d’envisager de réformer les traités européens pour approfondir l’Union, il faut privilégier les évolutions différenciées de fait, prévues par les traités afin de permettre à ceux qui veulent faire plus de le faire ensemble. Un élément de réponse se situe dans le traité de Lisbonne et dans la mise en œuvre de davantage de coopérations renforcées.

Quel budget et pour faire quoi ?

Avec un budget d’environ 1% du PIB des États-membres pour l’UE, l’équation du prochain cadre financier pluriannuel 2021-2027 est complexe :

Nonobstant le Brexit, l’Union doit traduire ses priorités en actes avec des investissements financiers concrets en matière de défense, de sécurité, de protection des frontières, de relance industrielle, de transition climatique et numérique… dans un contexte de stagnation des ressources, des économies doivent être réalisées sur des politiques emblématiques comme la politique agricole commune ou la politique de cohésion, malgré quelques nouvelles ressources propres de l’UE. Un exercice quasi impossible, sans même parler du budget de la zone euro… alors que la situation internationale devrait conduire à la situation inverse.

Comment redonner de la visibilité au projet européen et en montrer les bénéfices concrets ?

L’européanisation partielle des politiques européennes renforce le sentiment d’impuissance de l’UE, alimenté par la lâcheté, la démagogie ou l’opportunisme d’une partie des responsables politiques nationaux.

Des initiatives concrètes de coopérations intergouvernementales d’« esprit européen » qu’impulseraient quelques États-membres pour relever des défis communs dans des domaines clés permettraient de retrouver de la souveraineté face aux grandes puissances.

Face à des citoyens en demande d’une Europe de la sécurité, à la fois sur le front intérieur (terrorisme, criminalité) et extérieure (cyber-sécurité, trafics), les réponses européennes en cours et à venir sont nombreuses. L’Europe de la défense, récemment incontestablement renforcée, est indissociable de la sécurité pour préserver l’autonomie stratégique des États.

Tout en préservant le renforcement de la défense de ses intérêts économiques et de ses ressources stratégiques, l’Europe doit faire émerger de nouveaux acteurs industriels d’envergure mondiale, comme Airbus dans l’aéronautique, dans le secteur numérique et de l’intelligence artificielle en priorité.

Pour conclure, répéter que l’union fait la force ne suffit pas, il faut le démontrer aux citoyens – les réalisations concrètes plutôt que les grands concepts – afin de retrouver une « vraie » souveraineté, qui selon Mario Draghi, est la capacité à répondre aux besoins des citoyens.

Élections européennes : quelle couverture médiatique ?

L’émission « du grain à moudre » du 1er mars sur France Culture pose une excellente question : « L’Europe sera-t-elle absente des élections européennes ? ». Tour de table pessimiste mais réaliste entre journalistes européens sur les enjeux des prochaines élections européennes…

Comment traiter l’Europe en campagne ?

Plusieurs angles sont possibles pour des journalistes désireux de proposer des papiers à leur rédaction autour des élections européennes :

La figure de style imposée conduit à se fixer sur le président de la République en France, auto-proclamé le chevalier blanc de l’Europe et scénariste en chef de la campagne avec un coup d’envoi officiel prévu via une tribune diffusée dans la presse de tous les États-membres, une sorte de « Sorbonne bis » pour donner les lignes de force et formuler des propositions concrètes.

Le service minimum pour les journalistes, c’est de couvrir les stratégies et les personnalités de la politique intérieure : s’attacher à la course de chevaux des têtes de liste à défaut de s’intéresser aux questions de fond au-delà toutefois de la question migratoire, le point d’orgue de la campagne.

L’exercice de curiosité consiste plutôt à écouter les voix des autres acteurs dans la société civile, en particulier les traces d’Europe que l’on peut retrouver notamment au travers du grand débat national afin de creuser des histoires plus intimes de parcours et de relations avec l’Europe.

La radicalité pousse à choisir de traiter tous les sujets de politique nationale sous l’angle européen, pour européaniser les esprits et comprendre que la crédibilité des exécutifs nationaux est en jeu dans de nombreux États-membres, à l’instar du test d’opinion que ces élections représentent en France pour Macron et ses oppositions.

Quels sont les enjeux des élections européennes pour l’Europe ?

S’attacher aux questions de fond, c’est s’affranchir de la caricature superficielle entre des « pro-européens » favorable à davantage d’intégration mais sans réelle capacité d’action sans disant en raison de tensions interétatiques pourtant médiatiquement construites et des « anti-européens » désireux par principe de moins d’Europe sans vraiment préciser concrètement de quoi il s’agirait compte tenu de la complexité des liens interétatiques juridiquement accumulés.

S’intéresser à l’avenir du Parlement européen, c’est voir le paysage spectral des partis politiques européens entre l’effondrement des forces politiques traditionnelles (droite chrétienne et social-démocratie) qui ont fait la construction européenne et la poussée des forces populistes en ordre de bataille dispersé. Pour le Parlement européen, ces élections européennes représentent tout simplement la plus grande recomposition des groupes politiques depuis fort longtemps et donc des perspectives de coalitions de circonstances et de majorités à la carte dont on ne soupçonne pas encore les conséquences potentielles.

S’inquiéter du projet européen dans son ensemble, c’est comprendre que le marasme de l’Union européenne – rejetée par beaucoup pour des torts en partie infondés, mais aussi parce qu’elle pourrait répondre davantage et mieux aux attentes et aux besoins des Européens – n’est malheureusement pas prêt de se résorber, faute de bonne volonté, de souffle mais aussi de nouvelles lignes de fracture en raison d’intérêts et donc de priorités divergents.

Au final, si la campagne électorale dans les médias parvient à poser la question de la démocratisation de la prise de décision de l’Union européenne alors le désir et l’esprit européens pourront progresser.

Élections européennes : comment parler d’Europe ?

Une conférence au Collège des Bernardins sur « Qui veut encore de l’Europe ? » le 12 février dernier invite à creuser le dilemme d’un divorce qui semble toujours davantage consommé entre les institutions européennes et les citoyens alors qu’on ne cesse de parler d’Europe, en particulier lors des multiples crises. Alors, justement, comment peut-on parler d’Europe aujourd’hui ?

Comment définir l’Europe ? Regards croisés sur la construction européenne

Sur le plan intellectuel, l’Europe fait face à un monde post-idéologique qui se cherche après les effondrements des principales idéologies entre la fin du socialisme et donc à l’Est une envie de libertés et la fin du libéralisme, en Occident, avec moins d’envie de défendre les libertés. Définir l’Europe, c’est repartir de la philosophie d’un projet reposant sur l’individu s’accomplissant dans une communauté afin d’intégrer non seulement les sociétés politiques mais aussi les sociétés civiles à un niveau plus culturel.

En termes juridiques, l’Union européenne est une fédération démocratique d’Etats-membres démocratiques mise à l’épreuve par quelques régimes autoritaires qui créent une tension entre la subsidiarité, donc l’autonomie des nations et les valeurs, donc le respect des droits fondamentaux, dont les prochaines élections pourraient être l’épreuve de vérité pour cette communauté de droits qui est parvenu jusqu’à présent à étendre un acquis de domaines et de champs d’application des droits.

Pour Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, la vision politique de l’Europe consiste à voir le verre à moitié plein, comme on le fait quand on n’est pas dans l’Union européenne, à savoir le seul espace qui accorde la même valeur à la liberté individuelle, à l’esprit d’entreprise et à la justice sociale en même temps. Un esprit démocratique « olympique » en quelque sorte.

Face à la transition numérique et climatique, l’Europe dessine les nouvelles frontières de la régulation à l’échelle internationale. La civilisation européenne est au rendez-vous des enjeux de notre temps, comme réponse pour maitriser notre capacité de destin.

Comment faire campagne sur l’Europe ? Convergences et combats pour la construction européenne

De manière largement consensuelle, le principal défi des prochaines élections européennes réside dans les réponses apportées pour poursuivre un projet qui n’a jamais été autant nécessaire afin de faire face aux nouveaux enjeux et menaces extérieures alors que ce projet n’a jamais été aussi difficile compte tenu des oppositions et divisions internes à l’Europe.

De manière plus polémique, tandis que Nathalie Loiseau joue la carte du rassemblement contre les partisans d’une autre Europe qui défait les solidarités de l’UE, Justine Lacroix, politiste, estime plus précisément qu’il ne faut pas confondre les oppositions à certaines politiques européennes et l’opposition au projet européen. De manière chaotique, se dessine un espace public européen en train d’émerger en fonction d’une part, des mobilisations des sociétés civiles : pressions citoyennes pour la transparence dans les négociations commerciales, pour le climat, contre la pêche électrique…. et d’autre part, des classes politiques : pression conservatrice contre les migrations…

Au final, selon Justine Lacroix, tout le monde veut plus d’Europe, mais pas avec le même modèle, ce qui constitue un conflit intégrateur finalement positif, permettant un débat plus ouvert qui sort de l’affrontement binaire entre pro et anti. La fin de l’impératif moral quant au soutien à l’Union européenne et ses politiques, c’est le début d’une véritable politisation de l’Europe, qui sache inclure ses oppositions.

Parler d’Europe, c’est passionnant lorsqu’il s’agit d’y penser un peu contre elle-même (discours trop techno) et beaucoup avec les autres (discussion civique et dialogue interculturel).