Influences de la désinformation manipulative et des technologies artificielles sur la démocratie, que faire pour soutenir la démocratie européenne ?

Lors de la session d’ouverte d’EuropCom 2023, la question des menaces sur l’information afin de réduire et atténuer la désinformation et permettre aux citoyens de l’UE d’accéder à des informations fiables dans un écosystème sain de l’information.

La société civile pousse les institutions à mettre en œuvre des législations pour réduire et atténuer la désinformation

Flora Rebello Arduini, directrice des campagnes chez Ekō explique comment des campagnes de désinformation bien structurées et financées jouent en faveur de ceux qui les promeuvent en vue d’éroder la confiance des citoyens dans les institutions démocratiques en particulier pour remettre en question les résultats des élections.

Pour contrer la désinformation sur les plateformes de médias sociaux et exploiter tout le potentiel de la directive sur les services numériques pour réduire et atténuer la désinformation, il est nécessaire de mieux protéger la sécurité des citoyens sachant que plus de 70 pays et 2 milliards de personnes seront appelés à voter l’année prochaine.

La vérification des fausses informations évolue, quand les journalistes sont meilleurs pour vérifier les faits, les gens doivent aussi acquérir plus d’expérience

Jonathan Lundberg, journaliste et auteur spécialisé dans les guerres culturelles numériques, attire l’attention sur l’importance d’une perspective historique, affirmant que nous étions tous des êtres sociaux et qu’il y a toujours eu des mensonges. Seulement maintenant, avec l’avènement d’Internet, tout va plus vite. Les problèmes ne sont pas nouveaux, mais ils s’expriment de nouvelles manières. Cependant, Internet fournit également des outils qui aident à vérifier les faits. Les groupes marginalisés sont plus touchés par la désinformation renforçant la nécessité de trouver des solutions pratiques pour communiquer avec eux et gagner leur confiance.

La lutte contre la désinformation nécessite que tout le monde acquière des compétences journalistiques, car la désinformation est partout

Anna Słojewska, coordinatrice et correspondante de l’UE pour Rzeczpospolita, présente le projet Lie Detectors qui organise les visites de journalistes dans les écoles afin de partager des compétences en éducation aux médias avec les élèves. Parmi les outils pour lutter contre les fausses informations, la vérification des auteurs et des pages web, la comparaison avec des articles et des sources similaires, les discussions avec les membres de la famille et les professeurs, et l’utilisation du bon sens.

Contrer la désinformation avec l’IA : toutes les guerres se font aussi par la communication

Dmytro Bilash fondateur de Osavul se concentre sur le développement de solutions alimentées par l’IA pour protéger les États, les entreprises et la société contre les menaces informationnelles. La lutte contre la désinformation avec l’IA se compose d’une partie analytique des informations et d’une partie réactive pour répondre à la désinformation plus rapidement, qui nécessite une intervention humaine. Accroître la collaboration et la coopération avec les géants de la technologie est essentiel pour créer un marché plus ouvert afin de protéger notre société.

La démocratie ne peut plus être considérée comme acquise face à la désinformation

Confrontés à une bataille toxique en ligne d’une ampleur qui menace les fondements mêmes de nos sociétés libres et de nos élections libres, Delphine Colard, porte-parole adjointe au Parlement européen craint que la démocratie ne peut être tenue pour acquise. Nous devons nous unir avec pour objectif commun de défendre la liberté des personnes et de rendre la société plus résiliente face aux attaques en activant de bonnes pratiques.

Les citoyens ont besoin de voir et de sentir la démocratie européenne en action plus que jamais

Lors de la séance de clôture, Jaume Duch Guillot, directeur général de la communication au Parlement européen souligne l’importance de disposer d’une stratégie de communication axée sur la lutte contre la désinformation.

La première étape dans la lutte contre la désinformation, c’est par des législations claires telles que le RGPD et les directives DSA/DMA, ainsi que la future loi sur l’IA, défendant la société contre la désinformation.

La deuxième étape consiste à réaliser que personne ne peut rester seul, c’est une tâche collective, à partager entre les institutions, les médias, les plateformes de médias sociaux, la société civile, les éducateurs et les autres parties prenantes. Tout le monde devrait promouvoir une meilleure éducation aux médias et aider à diffuser des messages importants.

La troisième étape consiste à être proactif en matière de communication. Il ne suffit pas d’être réactif et défensif face à la désinformation : « La meilleure façon de lutter contre la désinformation, c’est par l’information ». Beaucoup de désinformation tend à dire que voter n’a pas d’importance, que voter est inutile, que le Parlement européen ne sert à rien – ce n’était pas vrai.

Tout le monde, des particuliers aux organisations de la société civile et même aux gouvernements nationaux, devrait aider les institutions européennes à promouvoir la lutte contre la désinformation.

Quelle campagne de communication aux élections du Parlement européen de 2024 ?

Les élections au Parlement européen constituent un moment crucial pour la démocratie européenne. Cependant, la participation électorale reste un défi majeur. Pour encourager une participation active des citoyens, il est essentiel de développer une stratégie de communication embrassant les principaux enjeux pour la future campagne de communication et de promotion des élections européennes.

La création d’un récit mobilisateur

La campagne de communication institutionnelle doit être fondée sur un récit mobilisateur qui valorise l’importance de la participation électorale au Parlement européen. Il est essentiel de souligner les enjeux cruciaux auxquels l’UE est confrontée, tels que les défis climatiques, la lutte contre les inégalités et la promotion des valeurs démocratiques. Le récit doit mettre en évidence le rôle déterminant du Parlement européen dans la prise de décisions et la représentation des intérêts des citoyens européens.

Façonner l’agenda médiatique

Autour des enjeux clés de l’élection, la campagne doit travailler en étroite collaboration avec les médias pour mettre en avant les questions pertinentes et susciter l’intérêt des citoyens. En sélectionnant judicieusement les sujets et en les mettant en avant de manière stratégique, la campagne peut contribuer à façonner l’agenda médiatique et à orienter les discussions publiques vers les thématiques essentielles pour l’avenir de l’Europe.

Adopter une approche de communication inclusive et participative

Pour susciter l’engagement des citoyens, la campagne de communication institutionnelle doit adopter une approche inclusive et participative visant par exemple à encourager les citoyens à utiliser des critères spécifiques afin d’évaluer les candidats et leurs programmes au regard des enjeux du scrutin. Par le biais de messages clairs et percutants, la campagne peut suggérer aux citoyens d’accorder une importance primordiale aux thématiques européennes lorsqu’ils prennent leur décision de vote.

Exploiter pleinement le potentiel des nouvelles technologies

La campagne de communication doit tirer parti de toutes les opportunités offertes par les nouvelles technologies pour atteindre les citoyens. En plus des réseaux sociaux, elle doit explorer d’autres outils technologiques tels que les applications mobiles, les plateformes de débat en ligne et les initiatives de démocratie participative numérique. Ces technologies permettent d’élargir l’accès à l’information, de faciliter l’interaction avec les citoyens et de favoriser leur participation active dans le processus électoral.

Renforcer la collaboration avec les acteurs locaux et les organisations de la société civile

La campagne de communication institutionnelle doit travailler en étroite collaboration avec les acteurs locaux et les organisations de la société civile. Les partenariats avec des organisations engagées dans la promotion de la démocratie et des valeurs européennes peuvent renforcer la portée de la campagne et mobiliser un plus large public. En encourageant la participation de ces acteurs locaux, la campagne peut toucher les citoyens à un niveau plus proche de leurs préoccupations et renforcer ainsi leur motivation à participer aux élections.

Mobiliser les jeunes électeurs par le biais des nouvelles technologies

Les jeunes sont une composante cruciale de l’électorat, et leur engagement est essentiel pour renforcer la légitimité démocratique des élections européennes. La campagne de communication institutionnelle doit comprendre des stratégies spécifiques pour atteindre les jeunes électeurs, en utilisant les plateformes et les réseaux sociaux qu’ils fréquentent régulièrement. Des formats de communication adaptés, tels que des vidéos courtes et percutantes, des infographies ou des contenus interactifs, peuvent capter leur attention et les encourager à s’engager.

Sensibiliser aux risques des nouvelles technologies

Il est crucial d’informer les citoyens, en particulier les jeunes, sur les risques liés aux nouvelles technologies dans le contexte politique. La campagne doit aborder les questions de désinformation, de manipulation des opinions publiques et de protection des données personnelles. Des contenus éducatifs, des vidéos explicatives et des campagnes de sensibilisation peuvent aider à renforcer la résilience des électeurs face à ces risques et à développer leur esprit critique.

Renforcer la transparence et l’authenticité de l’information

La campagne de communication institutionnelle doit mettre en avant la transparence et l’authenticité de l’information. En utilisant les nouvelles technologies, telles que les signatures numériques et les certifications d’authenticité, il est possible de renforcer la confiance des électeurs dans les contenus qu’ils consultent. La mise en place de partenariats avec des médias fiables et des organisations de vérification des faits peut également contribuer à fournir une information de qualité et à contrer la désinformation.

Renforcer les capacités critiques des citoyens face à la désinformation

La campagne doit mettre l’accent sur l’éducation aux médias et à l’information. Des initiatives telles que des ateliers de fact-checking, des programmes d’éducation numérique et des ressources en ligne peuvent aider les citoyens, en particulier les jeunes, à développer leurs compétences critiques face à la désinformation. Il est essentiel de les encourager à vérifier les sources, à croiser les informations et à remettre en question les contenus douteux.

Encourager la participation des acteurs de la société civile

La campagne de communication institutionnelle doit encourager la participation active des acteurs de la société civile dans la lutte contre la désinformation. Des partenariats avec des organisations spécialisées dans la vérification des faits, la protection de la vie privée en ligne et la promotion de la démocratie peuvent renforcer l’impact de la campagne et sensibiliser un public plus large.

Impliquer les partis politiques européens dans la campagne

Les partis politiques européens jouent un rôle fondamental dans l’animation de la campagne électorale et dans la mobilisation des électeurs. Ils doivent être encouragés à utiliser les nouvelles technologies et les médias traditionnels pour informer les citoyens sur leurs programmes politiques, leurs propositions et leur vision pour l’avenir de l’Union européenne. Des débats, des événements publics et des rencontres avec les électeurs peuvent être organisés pour favoriser le dialogue direct entre les partis politiques et les citoyens.

Les think tanks comme éclaireurs des politiques publiques de l’UE

Les think tanks, en tant qu’organisations de réflexion et d’expertise, jouent un rôle crucial dans la formulation et l’anticipation des politiques publiques de l’Union européenne. Leur participation à la campagne de communication institutionnelle peut apporter une valeur ajoutée en termes d’analyse, de débats d’idées et de propositions concrètes. Les think tanks peuvent organiser des conférences, des forums et des publications pour informer les électeurs sur les enjeux clés, les défis et les opportunités de l’UE, stimulant ainsi la participation éclairée des citoyens.

Coopération entre les partis politiques européens et les think tanks

La coopération entre les partis politiques européens et les think tanks peut renforcer l’impact de la campagne de communication institutionnelle. Les partis politiques peuvent s’appuyer sur l’expertise des think tanks pour affiner leurs propositions politiques, bénéficier de recherches approfondies et présenter des solutions pragmatiques aux problèmes européens. Cette collaboration peut également contribuer à promouvoir un débat politique de qualité, basé sur des faits et des arguments solides, et à établir une relation de confiance avec les électeurs.

Renforcer la sensibilisation aux enjeux environnementaux

Dans le contexte de l’urgence climatique et des préoccupations croissantes concernant l’environnement, il est essentiel d’intégrer la sensibilisation aux enjeux environnementaux dans la campagne de communication institutionnelle. Les électeurs, en particulier les jeunes générations, accordent une attention particulière aux politiques environnementales et cherchent des dirigeants qui s’engagent activement dans la transition écologique. Il est important de mettre en évidence les mesures prises par l’Union européenne en matière de durabilité, d’énergies renouvelables, de protection de la biodiversité, etc., afin de susciter l’intérêt et l’engagement des électeurs dans cette thématique cruciale.

Encourager la diversité et l’inclusion dans la participation électorale

La campagne de communication institutionnelle doit également mettre en avant l’importance de la diversité et de l’inclusion dans la participation électorale. Il est essentiel de souligner que chaque voix compte, indépendamment de l’âge, du genre, de l’origine ethnique ou du statut socio-économique. En encourageant une représentation équitable et diversifiée au sein des institutions européennes, la campagne peut inspirer une plus grande confiance et un sentiment d’appartenance chez les électeurs issus de différents milieux sociaux et culturels.

Contextualiser les enjeux géopolitiques mondiaux

Lors des élections européennes, il est essentiel de contextualiser les enjeux géopolitiques mondiaux, tels que l’invasion de la Russie en Ukraine et les tensions entre la Chine et l’Amérique. Ces événements ont un impact significatif sur l’Union européenne et peuvent influencer les politiques et les décisions prises au niveau européen. La campagne de communication institutionnelle doit fournir aux électeurs une compréhension claire de ces enjeux et de leur implication potentielle pour l’Europe.

Il est crucial de souligner comment l’Union européenne aborde ces défis géopolitiques, en mettant en avant les efforts diplomatiques, les mesures de sécurité, ainsi que les positions prises pour défendre les valeurs européennes fondamentales. Informer les électeurs sur l’importance de ces enjeux géopolitiques dans le contexte des élections européennes peut renforcer leur compréhension de l’impact de leurs choix électoraux et les inciter à participer activement au scrutin.

Au total, la future campagne de communication institutionnelle pour les élections européennes doit relever de nombreux défis, mais aussi saisir les opportunités offertes par les nouvelles technologies et les enjeux géopolitiques actuels. En informant, en engageant, et en mobilisant les électeurs, la campagne peut contribuer à promouvoir une participation électorale engagée, informée et démocratique afin de garantir l’intégrité des élections du Parlement européen en 2024, de renforcer la participation électorale et de consolider la démocratie européenne.

Facts et Fake : comment les Européens s’informent ou se désinforment sur l’UE ?

Résultats d’une enquête menée auprès de 300 personnes provenant de cinq pays européens par Paulina Fröhlich, Sophie Borkel et Christian Mieß, qui ont cherché à comprendre d’où les citoyens européens tirent leurs informations sur l’Union européenne ainsi que les sources de désinformation auxquelles ils sont exposés. L’objectif était de mettre en lumière les médias et les canaux de communication les plus utilisés, ainsi que les mécanismes qui conduisent à la propagation des fausses informations.

L’information sur l’UE se présente de manière occasionnelle

Interrogées sur les sources à partir desquelles les participants obtiennent leurs informations sur l’UE, la plupart mentionnent divers médias, mais aussi des conversations privées ainsi que des échanges avec des collègues. De manière frappante, mais sans surprise, ce sont les participants plus jeunes qui ont tendance à indiquer les médias sociaux et/ou les médias en ligne comme leurs principales sources d’information.

Les bibliothèques, les brochures, les conférences ou les événements d’information sont également mentionnés de manière occasionnelle. En plus de ceux mentionnés, il y a cependant des personnes qui soulignent qu’elles ne s’informent pas du tout. Plusieurs personnes mentionnent avoir délibérément décidé de ne pas avoir d’abonnement à la télévision ou aux journaux.

Ceux qui se considèrent comme étant activement impliqués et politiquement informés utilisent plus souvent des podcasts, des newsletters et d’autres supports d’information (médias à la demande) en plus des journaux et de la télévision (médias classiques) pour se forger une opinion sur l’UE que ceux qui se disent plus éloignés de la politique. Ces derniers ont tendance à se limiter à la télévision et aux médias sur Internet et, s’ils sont plus jeunes, aux médias sociaux tels qu’Instagram et surtout Facebook.

Ce qui ressort particulièrement de cette discussion, c’est que la plupart des participants ont démontré un niveau élevé de compétence médiatique en ce sens que, quel que soit le canal utilisé, ils ont toujours examiné de manière critique les sources et les ont comparées à des informations de seconde et de troisième main. Dans certains cas isolés, la perception du contenu médiatique apparaît déjà sceptique et fondamentalement méfiante.

La réceptivité aux fausses informations s’explique de différentes manières

La plupart des participants sont conscients de la désinformation. Cependant, seulement après y avoir réfléchi un moment. La source de fausses informations la plus fréquemment mentionnée dont ils ont conscience est la chaîne de télévision Russia Today (RT). Les participants la décrivent comme de plus en plus difficile à identifier en tant que fausses informations, surtout lorsqu’elles apparaissent sur les médias sociaux.

Ils attribuent généralement plus de fausses informations aux médias sociaux qu’à la presse écrite ou aux chaînes de télévision, par exemple. Le manque de citations de source émane pour eux d’un manque de sérieux. Tous les participants n’ont pas encore rencontré consciemment de désinformation. S’ils l’ont fait, ils l’ont rencontrée parmi des connaissances ou des amis (des liens vers des blogs ou des vidéos douteux ont été transmis par message), ou ils entendent des rapports sur les fausses informations provenant des médias de confiance.

L’exemple le plus courant ici concerne les fausses informations sur le coronavirus. Les participants des groupes de discussion soulignent qu’ils considéraient les « fausses informations évidentes », telles que l’affirmation selon laquelle les produits laitiers protégeraient contre le virus, comme moins dangereuses que les informations dont la véracité était plus difficile à déterminer. Avant même que des cercles sociaux d’extrême droite ne soient soupçonnés de fausses informations, d’autres pays étaient suspectés d’en être les acteurs.

De plus, les tentatives d’expliquer pourquoi les citoyens ont tendance à croire les récits alternatifs ou les fausses informations étaient très remarquables. Il existe ici des différences nettes entre les participants qui s’informent activement sur les événements politiques et participent également politiquement, et ceux qui s’intéressent aux événements politiques en marge et ont également tendance à ne pas participer en général : tandis que le premier groupe tend à chercher les raisons dans des facteurs socio-économiques (éducation, position économique, âge), le second groupe voit les raisons davantage dans la recherche de cohésion et de solidarité des personnes. Dans le même temps, les citoyens prétendument non mobilisés expriment une grande compréhension pour cette façon de recevoir des informations. On a soutenu que, de manière similaire à une communauté religieuse, les gens cherchaient la sécurité dans un monde complexe.

En conclusion, l’enquête révèle que les Européens s’informent sur l’UE à travers une variété de sources, allant des médias traditionnels aux médias sociaux et aux conversations privées. Les médias en ligne et les réseaux sociaux ont gagné en importance, surtout parmi les jeunes générations, tandis que certains participants ont exprimé leur volonté de s’éloigner des médias traditionnels en optant pour des sources plus sélectives, telles que les podcasts et les newsletters.

Parallèlement, la sensibilisation à la désinformation est présente, bien que souvent après réflexion. Les participants identifient les médias sociaux comme étant une source fréquente de fausses informations, soulignant la difficulté de distinguer la vérité de la manipulation en ligne. Les résultats montrent également des différences dans la réception de ces informations entre les citoyens politiquement engagés et ceux qui se tiennent à l’écart de la politique, avec des explications allant de facteurs socio-économiques à la recherche de cohésion sociale.

Il est encourageant de constater que la plupart des participants ont démontré une compétence médiatique élevée, en examinant de manière critique les sources et en comparant les informations. Cependant, la persistance de la désinformation et la propagation de fausses informations soulignent la nécessité de renforcer l’éducation aux médias et la capacité des individus à discerner les informations fiables des tromperies.

Pour promouvoir une société bien informée et résiliente, il est essentiel de continuer à encourager la vérification des sources, le questionnement des informations et la recherche de diverses perspectives. Les médias, les plateformes en ligne et les institutions politiques ont un rôle crucial à jouer pour fournir des informations crédibles et combattre la désinformation. En outre, une coopération internationale visant à contrer les campagnes de désinformation et à promouvoir la transparence peut contribuer à renforcer la confiance des citoyens dans l’information qu’ils reçoivent.

En comprenant mieux les schémas d’information et de désinformation, il est possible de développer des stratégies efficaces pour promouvoir une culture de l’information basée sur des faits et pour contrer les effets néfastes de la désinformation sur la société et la démocratie.

Élections européennes : que faut-il attendre de l’impact des intelligences artificielles ?

Tandis que la campagne des élections présidentielles aux Etats-Unis est déjà lancée avec une vidéo 100% générée par l’IA, ce qui est totalement inédit, lancée par les Républicains pour critiquer une réélection potentielle du Démocrate Joe Biden, le Far West de la communication politique à l’ère des intelligences artificielles interroge sur leur impact sur les prochaines élections européennes…

Comment l’IA transformera les élections en 2024

Un Position Paper de la Brookings « Comment l’IA transformera les élections de 2024 » estime que les progrès des technologies numériques fournissent de nouveaux outils où la création et la diffusion numériques en masse en particulier en matière de génération de textes, d’images et de vidéos vont avoir lieu grâce à des modèles faciles et peu coûteux à utiliser par un large public.

Les impacts, difficiles à mesurer, pourraient porter non seulement sur la difficulté à distinguer le faux du vrai mais également la façon dont les électeurs, les politiciens et les journalistes feront la campagne sans compter une incertitude majeure quant à la manière dont l’élection sera affectée.

Des réponses instantanées

Avec l’IA générative, les équipes de campagne pourront réagir quasi instantanément aux développements de la campagne, sans les couteux tournages et montages, simplement avec un prompt demandé à l’outil afin de créer une vidéo, qui soit capable de scanner le web, de réfléchir à une stratégie en termes de message et de proposer un call-to-action percutant.

Pour les élections européennes, il s’agit d’une belle opportunité et d’ores et déjà d’un développement qui peut potentiellement rebattre les cartes, avec un effet d’égalisation des chances, en particulier pour les listes qui n’auraient pas eu les moyens d’assurer une production rich media indispensable pour assurer la visibilité d’une campagne, a fortiori à l’échelle paneuropéenne et multilingue.

Un ciblage précis des messages

Deuxième atout de l’IA, les outils permettent un ciblage d’audience très précis, ce qui est crucial dans les campagnes politiques, en particulier lorsqu’il s’agit de bien cibler le petit nombre d’électeurs qui pourrait décider de l’élection proprement dite – un potentiel beaucoup plus poussé aux Etats-Unis où les données personnelles ne font pas l’objet de la même règlementation qu’en Europe.

Pour les prochaines élections européennes où les évolutions des forces politiques représentées au Parlement européen se font lentement d’un scrutin à l’autre, le petit pourcentage de l’électorat potentiellement indécis sera encore plus « chassé » par les campagnes boostées par les IA – un risque de surinvestir certains publics au détriment d’autres électorats moins connectés. Résultat ? Sans doute, un match nul pour les IA.

Démocratiser la désinformation

Troisième effet des IA, la probable démocratisation de la désinformation en apportant des outils sophistiqués aux citoyens lambda. Les gens n’ont plus besoin d’être des experts en codage ou en production vidéo pour générer du texte, des images ou des vidéos. Tout un chacun peut simplement utiliser des technologies avancées pour diffuser des messages élaborés. En ce sens, n’importe qui peut devenir un créateur de contenu politique et chercher à influencer les électeurs ou les médias.

Selon l’intention des auteurs utilisant des IA, leurs effets pourraient autant galvaniser un camp que stigmatiser un autre, voir créer du bruit et de l’incertitude et développer de faux récits afin de gagner la course.

Lors des prochaines élections en 2024, tant américaines qu’européennes, les IA seront des outils majeurs d’engagement et de persuasion, capable de surfer sur des émotions intenses (mécontentements, peurs, angoisses ou colères) et sans doute également de divulguer fausses nouvelles et désinformation, hors de tout contrôle.

Ni les individus – électeurs et candidats – ni les organisations – partis politiques et médias d’information – ne sont préparés à faire face à l’utilisation massive des IA génératives pour fabriquer et diffuser des campagnes. Les élections, plus que jamais, vont reposer sur la responsabilité, au cœur de la promesse démocratique.

Comment l’Union européenne lutte contre la propagande ?

Dans « Les politiques européennes de lutte contre la propagande », Marie Robin pour la Fondation Robert Schuman décryptent les armes communicationnelles et narratives pour faire avancer leurs propagandes dans un conflit et sur la scène internationale, l’invasion de l’Ukraine par la Russie étant accompagnée d’opérations d’influence, de désinformation et de propagande, la plupart antieuropéennes. L’Union européenne directement concernée par les discours de propagande tente donc de développer des stratégies de lutte contre les contenus propagandistes et leurs effets…

Fausses nouvelles et propagande, un problème pour la démocratie en Europe

66% des citoyens en Europe déclarent lire ou entendre des fausses nouvelles au moins une fois par semaine, nous « subissons une pression grandissante et systématique pour faire face aux campagnes de désinformation et d’informations trompeuses et à la propagande contre la notion même d’information objective ou de journalisme éthique, en ne diffusant que des informations partiales ou servant d’instrument au pouvoir politique, et qui nuisent également aux valeurs et aux intérêts démocratiques ».

La principale menace identifiée quand il s’agit de propagande en Europe a trait à la propagande antieuropéenne du Kremlin, vue comme un potentiel risque de « rideau de fer informationnel » : narratifs et armes de propagande pour justifier sa guerre contre l’Ukraine tout en diffusant des récits anti-européens potentiellement déstabilisateurs.

La propagande chinoise est principalement dénoncée non pas pour ses propres intérêts directs, mais comme relais et soutien du Kremlin au sein de l’Union.

L’extrême droite, appartenant aux mouvances suprémacistes, néonazies et/ou conspirationnistes, souvent inspirées des mouvements QAnon aux États-Unis, diffuse des discours haineux, extrémiste et violent anti-immigration, antiféminisme, conspirationnisme, antisémitisme et anti-élite. Les groupes d’extrême droite diffusent des contenus anti-démocratiques, visant à déstabiliser la cohésion européenne et à promouvoir des visions strictes des frontières.

Lutter contre les contenus de propagande, terroristes ou non, destinés à déstabiliser l’Union européenne ou ses États membres

Garantir des principes fondateurs : liberté des médias, accès à l’information, liberté d’expression, pluralisme des médias.

Identifier et connaître avant de lutter contre les contenus de propagande : saisir, comprendre et analyser, l’Union européenne cherche à agir en tant que « forum de coordination » entre les États membres, favorisant le partage d’informations, l’échange de bonnes pratiques tout en développant, à l’échelle supranationale, des initiatives de recherche et de renseignement destinées à saisir ces contenus.

Empêcher la diffusion de contenus de propagande non-terroristes, c’est-à-dire suspendre la diffusion de certains médias, comme les chaînes russes TV RT ou Sputnik dans les États membres.

Idéalement, supprimer les contenus dans une temporalité rapide afin d’en éviter la viralité. interdire les médias qui diffusent des contenus de propagande et empêcher le recrutement par des acteurs propagandistes étrangers de relais d’influence au sein de l’Union.

Contrer ne peut se faire avec les armes des adversaires sous forme de contre-propagande, l’Union européenne privilégie plutôt de déconstruire (debunker) et de promouvoir des voix modérées

« Debunker la désinformation » passe dès 2015 par une Task force de communication stratégique dans le voisinage oriental (East StratCom Task Force) via le site EUvsDisinfo pour « expliquer et dénoncer les récits de désinformation et sensibiliser à l’impact négatif de la désinformation provenant de sources pro-Kremlin. »

Refuser de faire de la contre-propagande, c’est montrer le faux et exposer les mensonges proposés dans les discours de propagande, réfuter et diffuser des informations utour des valeurs démocratiques et des politiques publiques proposées par l’Union européenne

Former pour mieux lutter contre les informations partiales ou erronées véhiculées par les discours de propagande ou de désinformation, l’Union européenne promeut un journalisme de bonne qualité en soutien à la liberté des médias et en renfort des médias indépendants

Potentiels défis de la responsabilité commune à l’Union européenne et aux États membres

« Si tout le monde est responsable, alors peut-être qu’in fine, personne ne l’est », la dualité, louable en principe peut néanmoins se révéler un obstacle en certaines occasions et conduire à de potentielles injonctions contradictoires.

Le choix de l’Union européenne de promouvoir un discours positif n’est pas sans obstacle dans un contexte de montée du populisme dans plusieurs États membres mettant en cause le caractère fondamentalement démocratique de l’UE.

Contrer les accusations de technocratie ou de prise de décision made in Bruxelles, c’est la mission des institutions européennes, de rendre leur fonctionnement, et les mesures adoptées, accessibles et compréhensibles pour les citoyens.

Contrer les discours anti-européens dans et en dehors de l’Union européenne passe, avant tout, par le renforcement du projet européen, de la cohésion entre ses États membres et de son accessibilité auprès de tous les Européens.