Contraint d’en parler en raison de l’importance que revêt dans l’actualité le lancement de la Présidence française de l’UE alors que l’Europe est en panne et ne fait pas recette, Libération réalise un dossier original consistant à parler d’Europe « non sous l’angle des institutions (…) grippées, mais sous l’angle de ceux font avancer l’Europe ». A travers le portrait de 36 personnalités européennes, Libération dresse l’image d’une Europe partageant des valeurs de diversité, d’ouverture et de démocratie.
Inauguration de la PFUE : recentrage de la communication gouvernementale pour « être concret et dans l’action »
Le 1er juillet prochain, la France prend la Présidence du Conseil de l’UE et l’exercera pendant 6 mois. A quelques jours de l’inauguration de la PFUE, quel est le positionnement stratégique de la communication gouvernementale ?
Souhaitant transcender l’opposition stérile consistant à communiquer sur la PFUE comme un retour de la France dans l’Europe pour la communication auprès des nos partenaires européens et comme un retour de l’Europe en France pour la communication nationale, le gouvernement s’est orientée vers un positionnement stratégique consistant à valoriser la dimension citoyenne d’une présidence au service des Européens.
Affirmé par le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet lors du débat sur la PFUE organisé au Sénat les 19 et 20 juin, ce positionnement consistant à « apporter des réponses concrètes aux préoccupations des citoyens » a été confirmé à l’occasion du 60e anniversaire du Secrétariat général des affaires européennes (SGAE) par le Premier ministre qui « veut regagner la confiance des peuples européens ».
Propositions du rapport Lamassoure pour "rendre la vie des citoyens européens plus facile"
Mandaté en janvier dernier par le président de la République, Alain Lamassoure, remettra officiellement au chef de l’Etat, vendredi 27 juin, son rapport sur « le citoyen et l’application du droit communautaire ». Le député européen souhaite, dans une interview à Touteleurope « profiter de l’espace européen comme espace de vie professionnelle et familiale » pour « rendre la vie des Européens plus facile ».
« L’Europe du citoyen est en retard »
Alors que l’intégration économique et monétaire est allée très loin avec le marché commun et la monnaie unique, l’union des peuples et des citoyens « reste balbutiante ». L’Europe demeure trop éloignée des préoccupations quotidiennes des citoyens.
Outre une législation européenne « trop souvent inadaptée ou insuffisante » et une défaillance française dans la transposition des directives communautaires, les citoyens souffrent d’un défaut d’information sur le droit communautaire : « les sources d’information existent, mais personne ne sait qu’elles existent ».
« L’Europe à l’échelle humaine du citoyen »
Aussi « pour faire appliquer un droit communautaire encore largement ignoré », Alain Lamassoure propose de mettre en place un système d’information :
- inspiré du « Bison Futé » français sur la sécurité routière ;
- identifié par un symbole fort, comme Ulysse ou Tintin ;
- relayé localement par un réseau de correspondants ;
- orienté vers les « casses têtes de la vie quotidienne : reconnaissance des diplômes et des qualifications / droit familial, patrimonial et successoral tel que mariage entre Européens, successions entre Européens…
Par ailleurs, afin de donner un dimension symbolique forte à la citoyenneté européenne, Alain Lamassoure propose de créer une « carte de citoyen européen » qui rassemblerait les informations suivantes : identité, nationalité, situation familiale, situation au regard du droit au travail, situation sociale pouvant justifier le bénéfice d’une aide publique…
Les registres de la fracture européenne sous l’angle de la communication
Décryptée pour la 1ère fois dans le rapport Herbillon en 2005, la fracture européenne peut être analysée de plusieurs manières…
La fracture européenne, comme déficit d’information et de communication
Partant d’un constat d’échec des politiques de communication sur l’Europe (peu impactantes, trop dispersées…) et d’une défaillance des médiateurs naturels, le rapport de Michel Herbillon analyse la fracture européenne comme un double déficit d’information des citoyens et de communication des gouvernements conduisant à un déficit d’intégration de la France dans l’Union européenne.
Afin de réduire ce déficit d’information et de communication, des investissements massifs doivent être réalisés afin de faire entrer l’Europe dans les écoles, via des programmes pédagogiques ; dans l’administration, via des formations ; dans les médias, via des émissions TV/radio et des publications web…
La fracture européenne, comme « double contrainte »
En termes de communication, la fracture européenne peut être analysée comme une situation de « double contrainte », c’est-à-dire une expression de deux contraintes qui s’opposent.
En effet, les responsables politiques critiquent « l’Europe de Bruxelles », dès que les propositions de la Commission, représentant de l’intérêt communautaire, s’opposent aux intérêts nationaux. Ce premier mouvement invite explicitement les citoyens à rejeter l’Union européenne. Pourtant, les responsables politiques critiquent également le rejet de la construction européenne par les citoyens, lorsqu’ils sont consultés par la voie référendaire. Ainsi, face à ces injonction paradoxales d’ordre et de contre ordre les citoyens ne savent donc plus comment agir…
La fracture européenne, comme déficit de politisation et de citoyenneté active
Sur le plan de la communication politique, la fracture européenne peut être analysée classiquement comme un enjeu électoral et symbolique.
Lors des consultations à caractère européen (référendum de ratification ou élections européennes), la classe politique se divise en cinq familles, selon les travaux d’Olivier Rozenberg, cités dans Le Monde :
- les pro-européens d’une part,
- quatre idéologies critiques d’autre part : l’europhobie d’extrême droite, fondée sur la défense d’un « nationalisme fermé », le souverainisme républicain, fondé sur la défense de la nation comme lieu exclusif de la démocratie, le « localisme ruraliste » et l' »antilibéralisme altermondialiste ».
Sur le plan symbolique, la construction européenne est un enjeu de représentation de la puissance (du point de vue des politiques) et de la protection (du point de vue des citoyens) et de l’identité (pour tous) : s’agit-il sur d’une construction communautaire entre États souverains, d’une intégration politique au sein d’une fédération ou d’une union entre des peuples… une nécessité économique, voire même une fatalité ? un bouclier culturel, voire même un contre-modèle ? une perte d’identité, voire même une menace technocratique ? une valeur d’usage pour le voyageur-consommateur ?
La fracture européenne, comme fin de l’idée d’Europe
Sur le plan intellectuel, la fracture européenne peut être analysée en France comme une rupture entre l’idée d’Europe – héritée des pères fondateurs Robert Schuman et Jean Monnet – et l’Europe réelle et concrète. Illustré par Jean-Michel Apathie sur son blog « L’idée d’Europe est morte », cet argument consiste à considérer que la construction européenne d’aujourd’hui, plutôt libérale et faiblement intégrée aurait échappé à l’esprit français souhaitant réaliser « une union sans cesse plus étroite »…
Eurobaromètre de printemps : « détérioration spectaculaire des attentes » des Européens à la veille de la PFUE
Depuis 1973, la Commission européenne effectue un suivi régulier de l’opinion publique dans les États membres, à travers l’Eurobaromètre.
La vague 69 de l’Eurobaromètre sur l’opinion publique dans l’UE, publiée cette semaine, indique une morosité ambiante liée au ralentissement de la croissance et à la hausse des prix.
Ce retournement du moral des Européens sur les questions économiques (le pouvoir d’achat prend la tête des préoccupations des Européens devant le chômage ou l’immigration) n’est pas sans répercussion sur leur attitude à l’égard de l’UE. Les indicateurs portant sur la question de l’appartenance à l’Union montre que la proportion d’opinions positives sur l’appartenance à l’Union (52 %) a quelque peu reculé (- 6), de même que la part des citoyens (54 %) estimant avoir bénéficié de l’appartenance de leur pays à celle-ci (- 4).
Plus inquiets que la moyenne européenne, les Français attachent moins d’importance à l’appartenance de la France à l’UE (48% considère que l’appartenance de la France à l’UE est une bonne chose). En revanche, 86 % des Français interrogés considèrent que la voix de la France compte dans l’UE.