Campagne des élections européennes : quels enseignements pour la communication européenne ?

Alors que la campagne des élections européennes peine à commencer et que les médias et/ou l’opinion publique semblent s’en désintéresser, quels peuvent être les principaux enseignements pour la communication européenne ?

Premier enseignement : l’information commande l’élection

L’analyse universitaire qui veut qu’en période électorale l’information médiatique supplante la communication politique dans l’influence du vote des citoyens pourrait se confirmer pour cette campagne des élections européennes.

Cette analyse est menée par Jacques Gerstlé, professeur à la Sorbonne, dans « L’information supplante-t-elle la communication en conjoncture électorale ? », in Les Cahiers de la Société Française des Sciences de l’ Information et de la Communication, N° 1 – Juin 2007.

La stratégie de communication d’un responsable politique en campagne consiste :

  • d’une part, à organiser sa campagne autour des enjeux pour lesquels sa crédibilité sectorielle d’origine partisane est forte ;
  • d’autre part, à corréler sa campagne autour des thèmes de l’agenda médiatique afin que sa visibilité soit amplifiée par l’actualité.

Cette stratégie est étudiée par Philippe Cohen dans une interview à Ecrans : « Sarkozy est une machine à scoops pour les journalistes » : « Nicolas Sarkozy a inventé ou plutôt adapté à notre pays une stratégie consistant à co-produire l’agenda médiatique » (…) Il « se met en permanence à la place des journalistes, au point de se demander lui-même quel est le sujet à proposer à la conférence de rédaction. Sarkozy s’efforce, semaine après semaine, d’avoir toujours de bonnes informations à proposer aux journalistes ».

Quoique l’intérêt des citoyens pour l’Europe ne soit pas comparable à la cristallisation de l’opinion lors d’une élection présidentielle et bien que le scrutin européen chargé d’établir la liste des représentants des citoyens auprès de l’UE ne puisse être comparé à la compétition pour désigner le titulaire de l’exercice du pouvoir national ; l’enseignement que l’information commande l’élection pourrait se confirmer.

Deuxième enseignement : le web commande en communication

La pratique professionnelle qui veut que les programmes de communication sur le web se substituent aux campagnes de communication médias pourrait se confirmer pour cette campagne des élections européennes.

Cette pratique est décrite par Elie Ohayon, le président de l’agence McCann Paris lors du Buzz média Orange – Le Figaro du 31 mars dernier. Il ne s’agit plus pour communiquer d’acheter du « temps de cerveau disponible » avec une campagne d’achat d’espace publicitaire (affichage, print, web) mais de créer de « l’attention » avec un programme de communication.

Les programmes de communication sur l’Europe consisteraient à privilégier une approche participative (bottom-up vs top-down) prenant acte :

  • d’une part, de la disparition du monopole de l’information par des prescripteurs institutionnels, d’ailleurs jugés peu crédibles ;
  • d’autre part, de la circulation de flux d’informations, notamment de paroles citoyennes « terrain », de groupes d’intérêt ou d’experts.

Un exemple de programmes de communication avec : « Ensemble sauvons ces élections de l’ennui », une initiative de L’Express qui propose aux internautes de : participer aux enquêtes des journalistes sur l’UE en offrant notamment un journal de bord tenu par les journalistes au fur et à mesure de l’évolution de leurs recherches ; envoyer des pistes, des idées de traitement, des témoignages, et d’en discuter avec les journalistes et les autres internautes dans un forum dédié ; voter pour leurs enquêtes préférées.

Quoique la mobilisation de communautés autour de l’Europe ne soit pas comparable à l’animation des militants démocrates lors de la campagne présidentielle de Barack Obama et bien que le scrutin européen s’établissant dans les 27 États membres de l’UE ne puisse être comparé à une campagne électorale à l’échelle nationale ; l’enseignement que le web commande en communication pourrait se confirmer.

Communication européenne de crise sur la pandémie de grippe porcine

Récemment, le risque d’une nouvelle pandémie mondiale de grippe a dû être réévalué suite à l’apparition de la grippe porcine au Mexique. Une planification méthodique, notamment en matière de communication de crise, des interventions au niveau de l’UE et des États membres peut aider à en atténuer l’ampleur et les répercussions…

La lutte contre les grandes épidémies, une intervention de l’UE pour renforcer la coordination entre les États membres

Depuis le traité de Maastricht de 1992, l’UE « veille ainsi à assurer un niveau élevé de protection de la santé humaine dans la définition et la mise en œuvre de toutes les politiques et actions de la Communauté » (article 152 TCE).

La Commission européenne a adopté deux plans d’action visant à se préparer à faire face à des menaces pour la santé publique au niveau européen :

  • sur le renforcement de la coordination de la planification générale de la préparation aux urgences sanitaires à l’échelon de l’Union européenne, 28 novembre 2005
  • sur la planification de la préparation et de l’intervention de la communauté européenne en cas de grippe pandémique, 28 novembre 2005

La gestion de la communication européenne de crise en matière de pandémie de grippe

Suivant le plan d’action en cas de grippe pandémique, les autorités publiques nationales doivent :

  • anticiper les événements suivant les six phases d’une pandémie de grippe telles que définies par l’OMS ;
  • se positionner auprès des médias comme une source d’information principale, sinon unique sur les événements ;
  • mener une politique de communication efficace à l’égard de l’opinion publique et des médias, notamment en coordonnant au mieux leur communication de crise et la transmission de messages précis et cohérents au public.

Aujourd’hui, 30 avril, les 27 ministres de la Santé de l’UE se réunissent, à Luxembourg, à l’initiative de la Commissaire européenne Androulla Vassiliou (Chypre) chargée depuis 2004 de la politique européenne en matière de santé publique et sous la présidence de Daniela Filipiová, ministre de la Santé de la République tchèque pour « coordonner la réaction de l’UE face à l’éclatement de l’épidémie de grippe porcine ».

Le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies (ECDC) au cœur de la stratégie européenne de coordination

Au niveau épidémiologique, un réseau de surveillance – géré depuis 2005 par le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies (ECDC) situé à Stockholm – permet de promouvoir une coopération et une coordination entre États membres afin de « renforcer les défenses de l’Europe contre les maladies infectieuses ».

Les propositions de la France pour une meilleure coordination européenne

Le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Bruno Le Maire a plaidé :

  • pour que l’UE rédige un « guide européen sur la prise en charge et le soin des éventuels cas avérés  » afin de définir un « protocole commun à tous les États membres ».
  • pour « une coordination accrue des messages passés aux citoyens en matière de déplacement, de prévention, de voyage ».

Interviewée, la ministre française de la Santé affirme, lundi 27 avril, qu’il existe « une première coordination à l’échelle européenne exercée par l’ECDC ». En septembre 2008, Roselyne Bachelot et ses homologues ont eu l’occasion de mesurer leurs divergences sur la gestion d’une telle crise.

Cette nouvelle crise sanitaire sera l’occasion de mesurer la communication européenne de crise en matière de pandémie grippale.

De l’importance des signatures des campagnes de communication européenne

Pour toute communication européenne, qu’il s’agisse de communication de l’UE (campagnes de la Commission ou du Parlement européen) ou de communication sur l’UE (campagnes de l’État membre exerçant la Présidence du Conseil de l’UE), la décision sur la « signature » de la campagne se révèle stratégique…

Pourquoi la signature d’une communication européenne est stratégique ?

En raison des enjeux de traduction : avec 23 langues officielles, plus de 506 combinaisons linguistiques sont possibles, puisque chaque langue peut être traduite dans 22 autres langues.

En raison des enjeux de compréhension : avec des traditions culturelles différentes dans chaque État membre, les mots ou expressions ont parfois un sens historique.

En raison des enjeux d’interprétation : avec des controverses politiques différentes sur chaque échiquier politique national, les mots ou expressions ont parfois une signification partisane.

La campagne des élections européennes : illustrations de signatures de communication de l’UE « décalées »

« It’s your choice ! », la signature de la campagne d’incitation au vote, réalisée par Parlement européen soulève un débat contradictoire sur la question du « choix » :

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« Can EU hear me ? », la signature de la campagne d’incitation au vote des jeunes, réalisée par la Commission européenne en partenariat avec MTV révèle également le décalage entre l’enthousiasme participatif et la réponse somme toute logique : « Ohé l’Europe, tu m’entends ? J’ai voté « non » ! ».

La présidence tchèque de l’UE : illustrations de signatures de communication sur l’UE ambiguës

« Nous sucrerons l’Europe », la signature de la campagne de communication nationale sur la présidence de l’UE – qui a un double sens : elle peut à la fois dire adoucir, mais dans son usage le plus courant, elle signifie écœurer – révèle l’ambigüité de la position tchèque dans l’UE entre un gouvernement pro-européen et un président très eurosceptique, qui « s’est inquiété que l’intégration européenne puisse voir l’identité tchèque se dissoudre comme un sucre dans une tasse de café », selon Le Figaro.

« Une Europe sans barrières », la signature de la Présidence du Conseil de l’UE se révèle également un bon indicateur de l’ambigüité selon que l’on suive la couleur politique du gouvernement tchèque et l’option libérale-fédéraliste est évidente ou que l’on s’inscrive dans la référence aux valeurs européennes d’une « Union sans cesse plus étroite » et l’option communautaire s’éclaircit.

Ainsi, l’importance des signatures des campagnes de communication s’illustre dans leurs distinctions de ce qui relève pour chacune de ces campagnes des présidences de l’UE, des priorités de fond, des questions de coordination ou de « timing » politique.

Union européenne et Internet : pour la création de « EU community managers » pour une communication européenne « de la demande » ?

Alors que le métier traditionnel de communicant reposait sur la maîtrise d’une offre de contenus et l’utilisation de canaux de diffusion de l’information, la communication européenne sur Internet nécessiterait la création de « EU community managers » chargés de répondre aux inévitables demandes des internautes-citoyens ?

Rapprocher les citoyens de l’UE + Web 2.0 = communication européenne « de la demande » sur Internet

La tendance irrésistible (?) d’une communication européenne « de la demande » s’explique par :

  • d’une part, la stratégie de communication de l’UE qui vise à rapprocher les citoyens de l’Union avec des actions en phase avec les préoccupations des citoyens – Communiquer sur l’Europe par l’Internet, décembre 2007 ;
  • d’autre part, les interfaces du web 2.0 qui permettent aux internautes d’interagir à la fois avec le contenu des pages mais aussi entre eux – Web 2.0 – Les internautes au pouvoir, février 2007.

Ainsi, « Internet a le pouvoir de rapprocher les gens par la participation et l’interactivité » selon la DG Communication de la Commission européenne.

La mission de la communication européenne consiste alors à :

  • favoriser une participation occasionnelle de l’internaute ;
  • nouer une relation régulière avec les blogeurs-commentateurs ;
  • réaliser, in fine, une animation de communautés.

Les défis des « EU community managers » chargés d’une communication européenne « de la demande »

Métier aujourd’hui inexistant, les « EU community managers » serait des médiateurs, des créateurs de liens entre l’UE et les internautes, plus particulièrement responsable :

  • du monitoring et du feed-back : veille sur le web, état des lieux de l’e-réputation de l’UE + rétroaction ;
  • de la mise en place de contenus : gestion des User Generated Content (UGC) et Social Media Optimisation (SMO) ;
  • de la création et l’animation de communautés : fédérer et fidéliser les internautes autour de la marque UE en créant une communauté conviviale ;
  • de la visibilité de l’UE auprès des réseaux sociaux ;
  • du webmarketing : référencement du site, netlinking, partenariats entre sites web, affiliation…

Ces « EU community manager » auraient pour défis :

  • intégrer intelligemment les témoignages participatifs dans la stratégie de communication de l’UE :
  • mieux communiquer avec sa communauté pour que celle-ci puisse elle-même mieux communiquer ;
  • garder un contrôle relatif sur l’agenda des débats et la diversité des angles.

Référencement des sites de campagne et respect du code électoral : quels enjeux et conseils pour les communicants politiques ?

Le Conseil d’Etat a annulé, le 13 février 2009, l’élection du Maire de Fuveau parce que la liste du candidat vainqueur avait acheté des liens sponsorisés sur Google alors que le code électoral prohibe toute activité publicitaire pendant la campagne.

Quels sont les enjeux de cette décision sur le référencement des sites de campagne, sachant que le référencement est l’une des principales sources de trafic sur un site aujourd’hui ?

La nouvelle jurisprudence du Conseil d’Etat : le référencement commercial d’un site à finalité électorale est interdit par le code électoral

Le raisonnement du Conseil d’Etat est tout à fait évident :

D’une part, le code électoral interdit aux candidats toute publicité commerciale pendant la campagne.

« Considérant qu’aux termes du premier alinéa de l’article L. 52-1 du code électoral : « Pendant les trois mois précédant le premier jour du mois d’une élection et jusqu’à la date du tour de scrutin où celle-ci est acquise, l’utilisation à des fins de propagande électorale de tout procédé de publicité commerciale par la voie de la presse ou par tout moyen de communication audiovisuelle est interdite. »

D’autre part, le référencement par liens sponsorisés du site de campagne revêt le caractère d’un procédé de publicité commerciale.

« Considérant que le référencement commercial d’un site à finalité électorale sur un moteur de recherche sur internet revêt le caractère d’un procédé de publicité commerciale, interdit par l’article L. 52-1 du code électoral. »

Ainsi, le référencement commercial d’un site à finalité électorale est interdit par le code électoral.

En d’autres termes, les résultats d’une élection peuvent être annulées si le candidat vainqueur est reconnu coupable d’avoir acheté des mots clés sur un moteur de recherche afin d’afficher un lien commercial sur la première page de résultats du moteur de recherche.

Les conséquences de la nouvelle jurisprudence du Conseil d’Etat sur les pratiques de référencement

La nouvelle jurisprudence du Conseil d’Etat ne sera pas sans conséquence sur les pratiques de référencement des sites de campagne des listes candidates.

Le Search Engine Optimization serait permis par le code électoral

On peut considérer que le Search Engine Optimization, l’ensemble des actions consistant à optimiser le site de campagne afin d’améliorer son référencement naturel, est permis par le code électoral.

Seraient ainsi permis :

  • l’optimisation du code HTML autour des mots clés pertinents dans les pages ;
  • l’indexation manuelle du site sur les outils de recherche les plus consultés par les internautes.

Le Search Engine Marketing serait interdit par le code électoral

On peut considérer que le Search Engine Marketing, l’ensemble des actions consistant à positionner le site de campagne inévitablement en tête des résultats des moteurs de recherche, est interdit par le code électoral.

Seraient ainsi interdits :

  • le lien sponsorisé, c’est-à-dire l’achat de mots clés sur les moteurs de recherche ;
  • le netlinking, c’est-à-dire l’indexation payante sur des annuaires, des magazines online et des portails, bénéficiant de forte notoriété.

Quid du Link building ?

Doit-on considérer que le Link building, la politique d’échange de liens entre webmasters serait permis ou interdit ?

Au vue des atouts de l’échange de liens qui sont nombreux, le link building semblerait plutôt permis :

  • D’abord, il ne s’agit pas – stricto sensu – de pratiques commerciales, donc considérés comme illégales par le code électoral puisque l’échange de liens est réalisé pour des raisons éditoriales/idéologiques et non commerciales.
  • Ensuite, cela permet une amélioration du positionnement dans les moteurs et une augmentation de la popularité et de la fréquentation de visiteurs directement de site à site sans recourir à des pratiques commerciales.
  • Enfin, sur le plan électoral, cette pratique permet de créer un réseau de sites « amis ».

Au final, la décision du Conseil d’Etat semble lourde de conséquence sur les stratégies de référencement des webmasters de sites de campagne. Les élections européennes seront le prochain scrutin pour étudier les pratiques…