Les publics cibles de la communication européenne : les figures du citoyen européen (2/2)

Afin de réduire le déficit démocratique de la construction européenne, la communication avec les citoyens constitue l’une des priorités de la Commission européenne. Encore faut-il que l’UE identifie les motivations, les attentes et les besoins des citoyens et sache y répondre…

La figure du citoyen usager : fournir des informations pratiques sur les services de l’UE

Le citoyen usager est motivé par la recherche d’informations pratiques dans ses démarches avec les services administratifs de l’UE :

  • les pièces constitutives d’un dossier de demande de mobilité pour un étudiant, de candidatures pour un chercheur d’emploi…
  • les critères d’admission les modalités d’application ou les critères d’éligibilité pour bénéficier d’une aide ou d’une subvention (voir le guide des aides de l’UE)
  • les coordonnées de fonctionnaires européens…

Pour entretenir cette relation administré / administration, où le citoyen usager cherche à optimiser ses rapports avec les services « exclusifs » de l’UE, plusieurs outils sont mis à sa disposition :

  • Europe Direct, le service téléphonique gratuit d’information sur l’UE disposant de relais décentralisés, implantés dans les régions (environ 470 relais répartis dans les 27 États membres de l’Union, 45 relais Europe direct en France)
  • Office des publications de l’UE, le Journal officiel de l’UE
  • EU Whoiswho, l’annuaire officiel de l’UE

La plus value de la communication de l’UE serait de faciliter les mises en relation entre usagers assidus à travers notamment l’animation de réseaux permettant de prolonger la relation créée autour de l’usage.

La figure du citoyen électeur : fournir des informations politiques sur les actions de l’UE

Quoique plus rarement, au vue de l’abstention rédhibitoire à chaque scrutin européen, le citoyens peut néanmoins s’intéresser aux affaires publiques de l’Union et rechercher des informations sur :

  • les travaux des institutions européennes (ce qui va ou vient d’être voté par exemple),
  • les politiques publiques menées par l’Union,
  • les prises de positions des principaux responsables européens…

Dans cette relation électeur / élu, où le citoyen cherche en quelque sorte à contrôler l’activité de l’UE, plusieurs outils – plutôt développé par des observateurs – sont disponibles :

La plus value de la communication de l’UE serait de faciliter les débats de nature civique ou politique à travers notamment la diffusion de données structurées, permettant d’exploiter aisément les informations brutes.

Ainsi, la communication de l’UE aurait tout intérêt à mieux satisfaire les attentes des citoyens tant usager qu’électeur.

Pourquoi cette mode de la communication européenne pour les concours ?

La mode en 2010 semble définitivement aux concours de logo, de photo, de vidéo… ces opérations reposant sur une forte implication d’une minorité de « créateurs » et une faible intervention des « électeurs » dans la sélection finale…

Petit florilège non-exhaustif des concours de l’UE en 2010

La plupart des concours repose sur le même schéma de communication :

  • un appel à contribution pour créer un support de communication sur l’Europe, lancé le plus souvent auprès des jeunes et récompensé assez souvent lors d’une cérémonie par une prime ;
  • un site Internet dédié pour appeler à voter entre les propositions des finalistes sélectionnées par un jury, éventuellement complété par une présence sur les réseaux sociaux.

Concours d’affiches « J’♥ l’Europe » pour la Journée de l’Europe 2010

  • une compétition destinée aux jeunes graphistes (1 700 projets envoyés) ;
  • un jury composé d’experts européens du design et de la communication ;
  • une remise de prix (2 000 euros pour le lauréat) ;
  • un site designeurope2010.eu pour voter parmi les dix finalistes sélectionnés ;
  • un groupe Facebook « Design a poster for Europe Day 2010 » (2 845 membres à ce jour).

Voir notre billet sur ce concours que nous jugions raté.

Concours de logo pour le label biologique européen

  • compétition destinée aux jeunes designers (3 400 projets envoyés);
  • jury d’experts du secteur de l’agriculture et de la production biologique ainsi que de professionnels du design ;
  • www.ec.europa.eu/organic-logo pour choisir entre les 3 meilleurs projets sélectionnés (130 000 personnes ont voté en ligne en 2 mois) ;
  • groupe Facebook « Create the new EU Organic Logo! » (1 127 membres à ce jour).

Concours de photo pour les 10 ans de l’euro

  • compétition destinée aux jeunes de 14 à 18 ans avec un site dédié : www.euroinphoto.eu ;
  • jury constitué de 7 personnes: un représentant de la direction générale des affaires économiques et financières, un représentant d’une autre direction générale de la Commission européenne, un représentant d’un ministère national, un expert en communication, un enseignant, un photographe et un jeune activement impliqué dans une organisation de jeunesse ;

Concours de vidéo pour le MIPTV 2010 (le marché international des programmes de télévision)

  • compétition ouverte aux simples citoyens et aux sociétés de production pour réaliser un clip vidéo combinant au moins 50% d’archives audiovisuelles de l’UE sur le thème « Visions d’Europe » ;
  • jury composé par la Commission européenne pour sélectionner 3 clips finalistes (récompense de 10 000 euros), selon le règlement ;
  • « Picturing Europe Competition: Content 360» pour déposer le clip.

Tentatives de compréhension de cette multiplication des concours de l’UE en 2010

Il s’agit d’une démarche qui permet de réaliser à moindre frais des supports de communication sur l’Europe. Par l’organisation de ces remises de prix dans le cadre de concours, l’UE poursuit l’objectif de valoriser des travaux et des réflexions sur la construction communautaire ou les politiques européennes par un autre moyen que sa propre communication.

Dans la 1e phase « de création », le concours est un moyen de motiver une population sinon militante pour l’Europe du moins motivée par la création et de récompenser ses efforts d’auto-sensibilisation aux affaires européennes.

Dans la 2nde phase « d’élection », le concours est une occasion de compenser l’abstention forte aux élections européens par une incitation à un autre mode de participation plus simple du grand public.

Ainsi, quoique les concours soient des opérations de communication très filtrées, sans véritable participation du grand public, leur multiplication apparaît comme un ultime moyen aisé pour les communicants européens pour tenter de recruter et de fidéliser des Européens.

De l’efficacité des rencontres du « mouvement civique européen » pour promouvoir la citoyenneté européenne

Après le programme « Paroles d’Européens » – l’initiative gouvernementale de la France pour donner une dimension citoyenne à la Présidence française de l’UE à travers des rencontres de mouvements civiques et d’organisations non gouvernementales européennes – la présidence espagnole annonce un projet similaire et la présidence hongroise lors du premier semestre 2011 envisagerait de prendre le relais dans ce domaine. L’organisation de ces rencontres du « mouvement civique européen » est-elle efficace pour promouvoir la citoyenneté européenne ?

Quels sont les objectifs revendiqués de ces rencontres du « mouvement civique européen » ?

Les « Journées civiques européennes 2010 », du 7 au 9 mai à Malaga, rassemblant « près de 700 représentants d’associations et de plates-formes civiques européennes, en collaboration avec les réseaux européens Solidar et le Forum civique européen et soutenu par la Commission européenne et les ministères espagnols », visent plusieurs objectifs affichés sur le site de la présidence espagnole de l’UE :

  • renforcer le rôle des ONG en tant qu’éléments d’intégration et de cohésion sociale, et en tant qu’acteur dans une démocratie européenne plus participative, étant donné que le Traité de Lisbonne reconnaît le rôle actif du citoyen au moyen d’outils tels que le droit d’initiative citoyenne ;
  • créer un espace de débat et de réflexion sur le rôle des associations et des ONG dans la construction d’une Europe plus sociale ;
  • développer des canaux formels pour la consultation et la participation des organisations civiques dans la définition, l’exécution et l’évaluation des politiques de l’UE.

En résumé, les Journées civiques européenne vise à encourager la participation citoyenne dans la conception des politiques et dans la prise de décisions de l’UE.

Quelles sont les convictions renfermées en matière de formation de l’opinion publique ?

Les organisateurs des « Journées civiques européennes 2010 » sont convaincus des effets diffus de la communication sur le public. Leurs convictions reposent sur une conception héritée des travaux de P. Lazarsfeld et E. Katz dans « The two-step flow of communication » remontant à 1956.

Puisque l’attention que le public porte à l’information est fonction de la relation que ce public noue avec certains leaders d’opinion, qui ont pour mission de vidanger les messages dérangeants pour le public au profit de messages confirmant leurs opinions, alors il faut qu’un maximum de ces leaders d’opinion soient sensibilisés aux questions européennes afin d’élargir leurs messages auprès de leur public.

La conformation progressive des opinions sur les questions européennes se fera par les relations interpersonnelles entre membres d’un même groupe de référence, exerçant une nouvelle pression conformiste, davantage favorable aux messages européens.

Ainsi, « l’unique événement promu par des citoyens durant le semestre de la Présidence espagnole » afin de promouvoir la citoyenneté européenne repose sur une médiatisation auprès de l’opinion publique, non pas par les « médiateurs » au sens journalistique du terme mais par des « groupes primaires » portés par des « leaders d’opinion » au sens des travaux de Lazarsfeld et Katz…

Quelles leçons pour la communication européenne à l’heure du bilan de la présidence suédoise ?

Du 1er juillet au 31 décembre 2009, la Suède a assuré la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Dans un « contexte particulièrement trouble, lié à la double crise économique et institutionnelle » : le Parlement européen venait d’être élu, le Président de la Commission européenne n’avait pas été renouvelé et un référendum sur le Traité de Lisbonne était prévu en Irlande ; la Suède qui avait pour slogan, « Assumer les défis », affichait « des ambitions à la hauteur des espoirs suscités », selon le bilan d’Euractiv.fr : « Des réussites et quelques frustrations »

Un bilan médiatique en demi-teinte entre avancées institutionnelles et échec du sommet de Copenhague

Certes, la présidence suédoise a permis de régler l’évolution institutionnelle de l’Union avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, le 1er décembre 2009 et les nominations des deux nouveaux responsables européens, Herman Van Rompuy et Catherine Ashton.

Mais, cette résolution des problèmes de l’UE, véritable soulagement pour les États membres et les institutions communautaires s’est révélée une altération temporairement positive du jugement médiatique de la présidence suédoise.

En revanche, l’échec du Sommet de Copenhague (voir notre billet sur le « Flopenhague ») – quoique la responsabilité en soit mondialement collective – d’un impact médiatique considérable à constituer une profonde frustration des citoyens européens entraînant une coloration définitivement négative du jugement médiatique de la présidence suédoise.

Pour Elvire Fabry, auteure de l’article « La présidence suédoise vue de Paris » dans « The Swedish Presidency: European Perspectives », « il faut se rappeler du cas français. Sans l’adoption du paquet Énergie-Climat (lors du dernier Conseil européen de la présidence française de l’UE), l’appréciation de la présidence aurait été très différente ».

Une communication défaillante avec presque aucune campagne autour de la présidence

La présidence suédoise a déployé des efforts importants pour fournir un bon niveau d’information sur ses réalisations avec notamment une bonne communication sur le web :

  • un site officiel www.se2009.eu, notamment dans la mise à disposition des agendas et des documents en ligne ;
  • un blog événementiel personnel pour la ministre des affaires européennes Cecilia Malmström ;
  • une équipe chargée de Twitter  » les temps forts de la présidence suédoise.

Néanmoins, pour reprendre les propos Elvire Fabry, auteure de l’article « La présidence suédoise vue de Paris » dans « The Swedish Presidency: European Perspectives » : « la Suède pourrait avoir sous-estimé la nécessité d’une communication proactive. Sur l’échelle d’une population de 500 millions d’euros, la transparence ne permet pas de compenser un manque de marketing politique ».

« Après l’énorme couverture médiatique de la présidence française, on s’attendait à autre chose et il y a eu un effet de dépression de communication », selon Elvire Fabry. Quoique les experts estiment que le pragmatisme et la sobriété suédois ont permis d’obtenir des résultats, le manque de communication auprès des citoyens donne « l’impression qu’une présidence suédoise très discrète pourrait être assimilée à tort à un leadership faible ».

Ainsi, les leçons de communication :

  • le jugement médiatique sur la présidence tend à se former en fonction du dossier le plus médiatique qu’elle ait à traiter : cette règle vérifiée avec l’adoption du paquet climat-énergie pour la présidence française semble confirmée avec l’échec du Sommet de Copenhague pour la présidence suédoise ;
  • l’opinion publique sur la présidence tend à confondre intensité de la communication et capacité de leadership : cette règle éprouvée à l’issue de la PFUE comme le confirmaient les sondages ici et semble vérifiée pour cette présidence d’un pays à la culture politique si différente.

Comment s’informer sur le traité de Lisbonne ?

Après près de dix ans consacrés à la réforme institutionnelle des institutions européennes :

  • lancement lors de la « Déclaration de Laeken sur l’avenir de l’Europe » en décembre 2001 convoquant la « Convention sur l’avenir de l’Europe » et débouchant sur le projet de « Constitution pour l’Europe », approuvé à l’unanimité en octobre 2004 ;
  • rebondissement lors des ratifications des États membres avec les rejets référendaires en France (29 mai 2005) et aux Pays-Bas (1er juin 2005) ;
  • achèvement, après la rédaction d’un mini « traité modificatif » en 2007, par le 2nd référendum de ratification en Irlande en octobre 2009 ;

le traité de Lisbonne, qui « n’a rien simplifié mais réforme réellement les institutions européennes », selon Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman, est entrée en vigueur le 1er décembre 2009.

Comment s’informer sur le texte qui « rénove l’architecture des institutions, assouplit la prise de décision et renforce la représentation extérieure de l’Union » ?

En mode « débutant » : les synthèses des apports du traité de Lisbonne

Pour les plus pressés, voir « le traité en bref », il est possible d’appréhender, après résumé :

les 4 réformes essentielles :

  • la personnalité juridique de l’UE, permet de conclure un accord international dans tous ses domaines de compétence ;
  • la présidence stable au Conseil européen, crée la représentation extérieure de l’Union en matière d’affaires étrangères et de sécurité ;
  • les pouvoirs du haut représentant de la politique étrangère européenne, assure la conduite la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union ;
  • la simplification du processus de décision au Conseil de l’UE. (Pour aller plus loin sur les différents processus de décision : co-décision, majorité qualifiée, règle de la double majorité).

les 4 principales avancées :

  • la possibilité d’initiative citoyenne ;
  • le renforcement du rôle des Parlements nationaux, avec un meilleur respect du principe de subsidiarité ;
  • la clarification de la répartition des compétences entre l’Union et les Etats membres. (Pour aller plus loin sur les différentes compétences exclusives, partagées ou de coordination) ;
  • la Charte des droits fondamentaux acquiert une force juridique contraignante pour une majorité des Etats membres.

En mode « confirmé » : la parole des experts sur l’avenir de l’Europe

Pour les plus intéressées, plusieurs interventions récentes de spécialistes ouvrent des perspectives, ainsi résumées :

Quelles pratiques ? : avec une tribune dans Le Figaro de Valéry Giscard d’Estaing se dresse 2 conceptions :

  • « La 1e conception est celle du projet des pères fondateurs, réactualisé par le traité constitutionnel : une Union d’États gérant en commun une branche fédérale » ;
  • « La 2e conception dérive de l’ancien projet de zone de libre-échange et vise à établir une grande zone de commerce libre et ouverte, coiffée sur le plan politique par des institutions de type confédéral ».

Quelles priorités ? : avec une interview à Touteleurope de Jean-Luc Sauron, Professeur et Président de l’Association des Juristes Européens se détaille 3 enjeux « qui attendent l’UE » : la maîtrise de l’énergie, l’éducation (l’économie de la connaissance) et la politique de voisinage.

Reste pour les plus courageux, les pages Europa dédiées au traité ainsi que le texte intégral.