Comment les citoyens européens jugent l’information et la communication européennes ?

Dans le cadre du projet « Horizon UE : un cheminement horizontal vers la citoyenneté européenne », Notre Europe – Institut Jacques Delors a réuni à Bruxelles environ 150 citoyens européens de 18 États-membres pour les interroger sur la construction européenne. Leurs opinions sur l’information et la communication européennes devraient être connues de tous journalistes ou communicants s’intéressant à l’Europe…

Les citoyens portent un regard sombre sur la qualité et la crédibilité de l’information européenne

Le tableau dressé par les citoyens européens de l’information européenne est très négatif, quoiqu’il doive être relativisé par leur maigre connaissance et appétence pour les sujets européens.

Les citoyens tendent à mettre en cause les médias, source d’information dominante, à commencer par la télévision, dans beaucoup de pays, pour la piètre qualité de leur traitement des affaires européennes.

Les causes d’une critique assez généralisée des médias de masse sont :

  • les sujets européens sont peu couverts et leur traitement est biaisé ;
  • l’information est « filtrée » par les préférences politiques des journalistes ou la ligne politique du journal, ou la tendance à rechercher le sensationnalisme, et à ne s’intéresser « qu’au négatif » dans l’UE ou au contraire une « langue de bois » qui « peint l’UE en rose ».

Globalement, rares sont ceux qui ont le sentiment d’être bien informés sur l’UE, et encore plus rares sont ceux qui pensent disposer d’une vision d’ensemble cohérente de ce qu’est et fait l’UE.

Toutefois, en grande majorité, les citoyens se reconnaissent passifs, attendant que l’information leur parvienne et peu disposés à faire un effort pour aller la chercher – sur des sujets qui sont complexes, en général sans impact direct sur leurs propres vies, voire rébarbatifs.

Les citoyens attendent que la communication européenne réponde à leur besoin de proximité, d’interactivité et d’échange

Les attentes des citoyens européens devraient constituer la feuille de route de la stratégie de communication de l’UE :

  • Un besoin de grande proximité : contacts avec des responsables communautaires en des lieux proches de chez soi (mairies, réunions de quartier, bureaux d’information ouverts au public, etc.) ;
  • Un appel très fréquent à l’usage des outils technologiques de communication : Internet et les réseaux sociaux, permettant de consulter les citoyens, de recueillir leurs avis, de recevoir des pétitions, d’organiser des débats, etc., même si ces dispositifs pourraient être complétés par des moyens plus classiques.
  • Une forte demande d’interactivité et d’échanges, dans l’utilisation des différents moyens.

Les citoyens européens tracent ainsi – au travers de leurs réserves – assez précisément comment pourraient évoluer les outils de communication de l’UE :

Le service Europe Direct comportant un bureau d’information ouvert au public dans la plupart des grandes villes et un service de réponse rapide aux questions posées quoique très mal connu est favorablement accueillis parce que répondant aux conditions nécessaires de facilité d’accès et de proximité, et dont on escompte contact personnalisé et possibilité d’explications et de discussion au-delà de l’obtention d’information brutes.

Les enquêtes Eurobaromètres paneuropéennes et par sondages, là encore méconnues, sont souvent approuvées, pour autant que les questions concernent et touchent concrètement les citoyens, et par ailleurs que les résultats soient aisément et rapidement accessibles.

L’organisation par la Commission européenne de consultation par Internet ouverte à tous les citoyens à chaque fois qu’une décision importante doit être prise dans l’UE est également dans l’ensemble bienvenue, Internet présentant des avantages d’accessibilité, de commodité et de modernité si toutefois des conditions de principe se concrétise : information nécessaire sur le lancement d’une consultation, ensuite information en retour vers les citoyens et prise en compte de leur avis par la Commission.

Un service interactif, utilisant Internet et les réseaux sociaux, pour recueillir en permanence avis, souhaits ou critiques sur les orientations de l’UE est très apprécié, notamment pour l’informalité à la fois dans la forme et dans le contenu de la communication permise même si ce « chaos » devrait être structuré pour permettre une exploitation efficace des contributions.

Des campagnes d’information pour inciter les citoyens à s’intéresser aux débats et à participer à l’élection des euro-députés sont généralement reconnues comme souhaitable, quoique moins novatrices, si et seulement si ces campagnes sont informatives, « neutres » et non partisanes.

Au total, le jugement des citoyens, quoique parfois sévère, est très riche et précis pour éviter certains travers à l’information européenne et conforter/compléter certains outils de la communication européenne.

Vent d’optimisme de l’opinion publique européenne sur l’UE après les élections européennes

Les premiers résultats de l’Eurobaromètre standard 81 du printemps 2014 – réalisé entre le 31 mai et le 14 juin 2014, soit juste après le scrutin européen – sont connus depuis peu, et ils sont très positifs, un retournement…

Image améliorée de l’UE auprès des citoyens européens

Même si une majorité relative d’entre eux continue à avoir une image neutre de l’UE (38%, -1 point de pourcentage), les Européens sont plus nombreux aujourd’hui à en avoir une bonne image (35%, +4) et moins nombreux à en avoir une image négative (25%, -3) :

  • la plus importante évolution des opinions positives depuis l’enquête Eurobaromètre Standard du printemps 2007 ;
  • le plus important écart entre les opinions « positive » et « négative » depuis l’enquête Eurobaromètre Standard du printemps 2011 (EB75).

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Ma voix compte plus dans l’UE selon les citoyens européens

Là encore, l’évolution est très positive. Plus de quatre Européens sur dix estiment que leur voix compte dans l’UE (42%, +13 points de pourcentage depuis l’automne 2013) tandis que les citoyens européens qui pensent que leur voix ne compte pas reculent des deux tiers d’entre eux (66%), à un peu plus de la moitié (52%).

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L’analyse se montre mesurée en parlant de « conséquence probable des élections européennes qui se sont tenues juste avant le déroulement de l’enquête », cette amélioration est la plus importante jamais enregistrée. Les citoyens sont aujourd’hui plus nombreux à penser que leur voix compte dans l’UE qu’ils ne l’ont jamais été depuis 2004.

Futur optimiste de l’UE pour les citoyens européens

Dernier indicateur convergeant, l’optimisme à l’égard du futur de l’UE a gagné du terrain : plus de la moitié des Européens déclarent être optimistes (56%, +5), tandis que le pessimisme a reculé (38%, -5).

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Pour une fois, les Français ne sont pas classés parmi les peuples les plus pessimistes en Europe, qui regroupent la Grèce, Le Royaume-Uni et le Portugal – des pays qui sont dans une relation en tension avec l’UE en ce moment.

Citoyenneté européenne affirmée chez les Européens

Près des deux tiers des Européens ont le sentiment d’être des citoyens de l’UE (65%, +6), surtout grâce aux réponses enthousiastes « oui, tout à fait » (26%, +6) par rapport aux réponses modérées « oui, dans une certaine mesure » (39% ; 0).

Double résultat significatif, depuis que cette question est posée dans l’Eurobaromètre Standard du printemps 2010 (EB73) :

  • Pour la première fois, le sentiment de citoyenneté européenne atteint aujourd’hui son niveau le plus élevé ;
  • Pour la première fois, plus d’un quart des Européens répondent qu’ils se sentent « tout à fait » citoyens de l’UE.

Au total, sur tous les tableaux qui permettent de suivre les évolutions de l’opinion publique européenne à l’égard de l’UE (image, engagement, futur, citoyenneté), tous les clignotants sont au vert – une bonne nouvelle, assez rare, pour la communication de l’Union européenne.

Quelles leçons pour la campagne de communication du Parlement européen sur les élections européennes ?

En attendant le bilan de l’institution, la campagne de communication du Parlement européen pour les élections européennes semble fixer de nouveaux précédents – notamment la plus grande porosité entre communication institutionnelle et communication politique et la prégnance des médias sociaux – qu’il convient d’évaluer.

Une stratégie de communication autour des Spitzenkandidaten institutionnellement risquée mais politiquement gagnante

Véritable génie ou apprenti sorcier, chacun jugera du choix stratégique de la campagne de communication du Parlement européen de mettre en avant la nouveauté du scrutin de 2014 au niveau des « grands candidats », têtes de liste des partis politiques européens en campagne pour le poste de président de la Commission européenne.

Bien au-delà des missions normalement dévolues à la communication pédagogique de l’institution parlementaire européenne lors des élections européennes, le Parlement européen s’est saisi d’une matière très politique pour sensibiliser les électeurs à l’importance du scrutin de 2014.

Sans la conviction de Martin Schulz, rien n’aurait été possible. Le président du Parlement européen, suivi par les principaux groupes politiques de l’institution, a milité pour que les futurs « Spitzenkandidaten » façonnent la future campagne électorale et pesé dans l’évolution « parlementariste/démocratique » de l’UE donnant aux électeurs la possibilité de participer au choix du Conseil européen des chefs d’Etats et de gouvernements au point que la tête de liste du premier groupe politique leur ait été imposé comme futur titulaire de l’exécutif européen.

Mais fallait-il que l’institution, théoriquement neutre, s’engage à ce point à travers la campagne de communication « cette fois, c’est différent » dans le jeu politique entre les institutions européennes ? Ou plus précisément fallait-il que l’engagement de l’institution se traduise par l’instrumentalisation de la campagne de communication qui est normalement censée lutter contre l’abstention et qui s’est transformée en promotion d’une orientation politique manifestement à son propre bénéfice ?

Evidemment, si la réponse doit se trouver dans les résultats obtenus, alors le succès de l’opération justifie que le Parlement européen ait déjoué les règles à son avantage avec brio. S’agit-il d’un précédent qui s’imposera de nouveau à la campagne de communication du Parlement européen lors de la prochaine échéance électorale ?

Un déploiement des actions de communication moyennement convaincant

En revanche, le matériel de la campagne de communication, et surtout le slogan « Agir. Réagir. Accomplir. » doivent être sévèrement jugés à l’aune du franc succès stratégique : désarticulés par rapport au message de fond sur la nouveauté du scrutin de 2014 et globalement très sombres alors qu’un message sobre et sérieux aurait tout aussi bien pu se traduire par une charte graphique plus humaine et joviale.

En outre, sans entrer trop dans les détails, le séquençage de la campagne ne semble pas avoir été pleinement optimisé, ce qui a donné l’impression que beaucoup avait été fait très en amont dès 2013 laissant peu de moyens pour le temps fort de la fin de campagne mi mai 2014.

De même, le choix des canaux de diffusion – et la prégnance des médias sociaux à la fois revendiquée et constatée au fil de la campagne – laisse à penser que le Parlement européen, soucieux de son image en ligne, a peut-être surinvesti les médias sociaux, dont l’impact sur les citoyens dans le cadre d’une mobilisation électorale reste encore incertain.

Enfin, la démonstration ne semble pas apportée que le Parlement européen en assumant seul la charge de la communication sur les élections européennes ait été plus efficace et « impactant » que s’il avait agit de concert avec les autres institutions européennes, et les Etats-membres, dans le cadre des partenariats notamment. A l’heure où la mutualisation des moyens dans les administrations publiques devient une nécessité en période d’austérité budgétaire, l’exemple n’a pas été donné.

Au total, le bilan de la campagne de communication du Parlement européen est contrasté entre un franc succès stratégique en participant à imposer les Spitzenkandidaten et des interrogations sur le déploiement, le choix du slogan et des supports.

Elections européennes : quel aura été l’impact du web social sur le scrutin ?

Moment de vérité : « from ‘talking the talk’ to ‘walking the walk’ » comme disent les anglosaxons, l’impact du web social sur les élections européennes semble manifestement limité mais probablement décisif. Explications.

Le web social, le terrain de la campagne des Spitzenkanditaten pour les publics hyper-connectés à l’Europe et sevrés par les médias traditionnels

A défaut d’un traitement médiatique à la hauteur de l’enjeu, les médias sociaux ont au moins permis à ceux qui s’intéressent aux enjeux européens de suivre la campagne des principaux candidats des partis politiques européens dans la compétition pour le poste de futur président de la Commission européenne.

C’est peu, mais c’est déjà beaucoup. D’autant qu’au-delà de l’activité, particulièrement riche sur Twitter (cf. l’étude du Pew Research Center sur « The EU elections on Twitter » sur la modeste attention aux Spitzenkanditaten face aux partis anti-UE), plusieurs initiatives de data visualisation ont permis de suivre les grandes tendances :

  • le baromètre par TNS-Opinion des leaders européens pour suivre jour après jour, et par langue, les mentions du top10 des chefs d’Etat ou de gouvernement européens ;
  • l’infographie de Vigiglobe autour de # TellEurope à l’occasion du débat télévisé (47 chaînes, 25 pays) le plus important entre les Spitzenkanditaten qui récapitule les principales déclarations au regard de l’activité en ligne ;

infographie_tellEurope

  • le Twitter-dashboard du Parlement européen réalisé pour la soirée électorale récapitulant les données clés.

EP_Twitter_dashboard

D’une certaine façon, le web social semble avoir davantage été – pour ceux qui s’intéressaient vraiment aux enjeux de l’élection – un lieu d’observation de la campagne « over the top » des Spitzenkanditen et des phénomènes d’opinion en ligne.

Le web social, le champ de bataille politique aux effets limités de renforcement des prédispositions partisanes et d’activation de la participation électorale

Par rapport aux enseignements de la science politique, les médias sociaux sont plutôt à classés parmi les médias ayant des effets limités en termes de modification du choix électoral et de la participation civique.

Selon quelques électeurs-types ont pu trouver des sources de motivations en ligne :

  • le citoyen consciencieux qui avance le mobile d’aide à la décision ;
  • le partisan qui cherche du renforcement de ses prédispositions ;
  • le vigilant qui avant tout, prétend surveiller le contexte ;
  • le spectateur pour qui l’attente est principalement de divertissement.

Marek Zaremba-Pike sur EuropeDecides.eu estime, sans être totalement catégorique qu’il serait difficile d’argumenter que toutes les discussions en ligne n’ont pas soulever l’attention autour de l’élection et augmenter l’intérêt et améliorer la participation.

Overall, it would be hard to argue that all that discussion did not raise awareness about the elections, increase interest and improve turnout.

Au total, les effets des médias sociaux sur les électeurs en termes de conversion tant renforcement des prédispositions partisanes qu’activation de la participation électorale sont vraisemblablement faibles, et dans tous les cas très inégaux entre espaces publics.

Le web social, le moment de « surchauffe symbolique » le jour du scrutin

Puisqu’il convient d’évaluer l’impact des médias sociaux sur la campagne non seulement en termes de résultats électoraux immédiats, mais aussi sur un plan symbolique, la séquence de signes les plus significatifs dans la construction d’une réalité politique paneuropéenne a surtout été portée par les acteurs du web sur le jour du scrutin, indépendamment de la campagne de communication du Parlement européen.

Outre le doodle consacré aux élections européennes sur Google, sans doute l’un des signes les plus visibles pour les internautes, Twitter a affiché une bannière consacrée aux élections pour appeler les utilisateurs à aller voter entre le 23 et le 25 mai, et le bouton « je vote » sur Facebook a été utilisé pour la première fois en Europe, a été partagé plus de 2,7 millions de fois et a été vu par un électeur potentiel sur cinq dans l’UE (88,1 millions de personnes).

Ces infos communiquées par le Parlement européen (cf. « La campagne virtuelle et l’impact réel des réseaux sociaux sur les élections européennes« ) le conduit à affirmer :

Les réseaux sociaux ont-ils influencé les élections européennes 2014 ? Seuls le temps et des études indépendantes le diront. Ce qui est sûr, c’est que les élections ont eu une dimension virtuelle et virale.

Au total, l’impact des médias sociaux sur les élections européennes n’aura pas été l’heure du triomphe d’une démocratie participative digitale, sans doute mythifiée, sur la démocratie représentative traditionnelle bien vivante. En revanche, leurs effets auprès des hypers-connectés et sur un plan symbolique ne sont pas à négliger.

40 ans des Eurobaromètres : de la connaissance de l’opinion publique en Europe à la représentation de l’opinion publique des Européens

L’Association Jean Monnet et la Représentation en France de la Commission européenne, sans doute l’une des Représentations parmi les 28 recourant le plus aux enquêtes d’opinion selon la Chef de la Représentation Anne Houtman, ont organisé un atelier pour dresser un bilan et dessiner des perspectives à l’occasion du 40e anniversaire des Eurobaromètres. Après avoir acquis une certaine respectabilité, notamment auprès des milieux européens et des sphères académiques, comment les Eurobaromètres peuvent-ils conquérir une légitimité certaine auprès des gouvernements et des citoyens ?

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Jacques-René Rarbier, fondateur des Eurobaromètres : l’esprit de prudence et d’audace

Le fondateur des Eurobaromètres, ancien collaborateur de Jean Monnet qui affirmait : « Il faut que les gens sachent ce que nous faisons » a rappelé la genèse de l’attention des institutions européennes pour les sondages.

En 1962, le Service de presse et d’information de la Communauté européenne fit faire par Gallup international une première enquête, dans les six pays que comptait alors la Communauté. Les résultats en ont été publiés dans la revue « Sondages ». Simultanément,  quatre monographies ont été réalisées dans quatre villes : Unna (Allemagne), Sedan (France), Voghera (Italie) et Wageningen (Pays-Bas).

Par la suite, en tant que directeur général à l’information, Jacques-René Rabier intéressait le Parlement européen, et notamment le Rapporteur pour l’Information, à ce genre d’enquêtes. Ce fut lorsqu’il fut amené à quitter son poste, début 1973, à l’arrivée des Britanniques, qu’il proposa au Président Ortoli de créer un système permanent de sondages périodiques, afin de permettre à la Commission de mieux informer les Européens.

Approuvé par la Commission et le Parlement européen, le premier « Eurobaromètre » fut mis sur le terrain, dans les neuf pays membres, en avril-mai 1974, et publié en juillet. Le choix des questions relève à la fois de la prudence et de l’audace :

  • Quels sont les problèmes les plus importants pour votre gouvernement national ?
  • Quelle sera l’importance probable de ces problèmes dans 4/5 ans ?
  • Quelle serait votre préférence pour résoudre ces problèmes entre une action solidaire entre les Etats-membres ou des actions indépendantes de chaque Etat ?

Parce qu’on ne peut parler des Eurobaromètres sans poser quelques questions, Jacques-René Rarbier a conclu par une série de questions adressées à ses successeurs :

  • Sont-ils satisfaits de l’attention portée par les medias aux résultats des Eurobaromètres ?
  • La politique d’information de la Commission tient-elle compte suffisamment des résultats des Eurobaromètres ?
  • La coopération entre les services de la Commission et ceux du Parlement européen, dans ce domaine du suivi de « l’opinion publique » est-elle suffisante ?

Dominique Reynié, Professeur à Science-Po : la conquête des sciences sociales et le défaut politique des Eurobaromètres

Les Eurobaromètres ont une singularité méconnue, une utilité multiforme et une potentialité énorme.

Au niveau des fonctions des Eurobaromètres, c’est dans l’ambition de départ (l’acte politique fort de mesurer pour comprendre et pour agir) que réside l’ambiguïté d’aujourd’hui (la suite politique aurait été de mesurer pour mieux se connaître soi-même dans une dialectique acceptée entre le public-objet de mesure et le public-acteur).

Au niveau des « passagers clandestins » des Eurobaromètres, c’est le triomphe méthodologique dans les sciences sociales qui souffrent d’un biais stato-national : « les Eurobaromètres ont dénationalisé les sciences sociales ». Mais, c’est également le défaut de toute dimension politique… qui va avec tout le reste des défauts de la construction européenne.

Comment les Eurobaromètres pourraient-il contribuer à représenter le peuple européen différemment ? Comment pourraient-ils permettre aux Européens de se découvrir comme une communauté en propre ?

D’abord, en articulant de manière plus rapide et fréquente les Eurobaromètres avec des controverses entre Européens. Mesurer des questions en tension et des différences d’opinion pourraient fonder nos accords et nos désaccords en tant que communauté.

Ensuite, en revenant en information auprès des Européens, en offrant un reflet immédiat auprès de ceux qui sont mesurés afin que nous nous reconnaissions comme une entité politique et que nous développions un sentiment d’appartenance.

Enfin, en incluant des questions propres aux Européens sur leurs valeurs (place des religion, importance de l’égalité homme/femme, respect de l’homosexualité, diversité…) qui permettrait de représenter un point de vue européen dans le monde, et aux yeux du monde entier.

Dominique Reynié a conclu son intervention par une invitation à poursuivre et amplifier les Eurobaromètres pour « sismographier » les opinions dans les réseaux sociaux, via le big data…

Sixtine Bouygues, Directrice stratégie et communication corporate : l’héritage à transmettre et les réformes/innovations à mener

Les missions des Eurobaromètres se sont peu à peu précisées :

Dès le départ, la première mission consiste à suivre les phénomènes d’opinion au sein des Etats-membres de l’UE.

Au fur et à mesure, l’instrument a permis de renseigner les acteurs politiques européens, à la fois pour illustrer avec des données chiffrées mais également pour orienter certaines politiques publiques européennes, comme par exemple les actions de l’UE concernant le Roaming.

Plus récemment, les Eurobaromètres ont été utilisés à des fins de communication, pour confirmer et légitimer le besoin d’une meilleure information des citoyens sur l’Europe ou d’un message clair de l’UE.

Aujourd’hui, le besoin de reformes et d’innovations est un chantier en cours visant notamment à mieux les diffuser, à révéler des tendances sociétales, à exploiter des résultats conjointement avec l’étude des réseaux sociaux, à assurer l’open-data des données…

Yves Bertoncini, Directeur de Notre Europe : les Eurobaromètres, une mine d’or à ciel ouvert, sous exploité mais aussi à creuser

Entre l’UE et les opinions publiques, l’intérêt n’est pas réciproque. Tandis que l’UE adore s’intéresser aux opinions publiques, l’inverse est loin d’être vrai. Pourtant, les Eurobaromètres qui servent à informer les acteurs politiques européens devaient surtout toucher les Européens eux-mêmes.

Comme le fondateur des Eurobaromètres, Yves Bertoncini s’interroge sur la bonne prise en compte des résultats, et des différences, dans les politiques d’information et de communication de l’UE dans les Etats-membres.

Concernant l’intérêt des décideurs pour les Eurobaromètres, Yves Bertoncini suggère qu’en complément des Eurobaromètres semestriels actuels, des « Eurothermomètres » qui soient plus « à chaud et à vif » mesurant des sujets conflictuels… la dictature des sondages à l’échelle de l’UE n’étant pas une crainte à court terme contrairement à l’échelle nationale où les hommes politiques doivent se soucier de leur réélection.

Concernant l’intérêt des citoyens pour les Eurobaromètres, Yves Bertoncini insiste pour rendre plus visibles les résultats dans les médias, ce qui soulèvent toute une série de recommandations allant du site à améliorer, aux rapports à mieux présenter, à une meilleure exploitation des réseaux sociaux et à des voies complémentaires touchant à des enjeux de sociabilité plus impertinents, des comparaisons internationales et des enquêtes qualitatives.

Carine Marcé, Directrice à TNS Sofres : les Eurobaromètres, le rêve et le cauchemar du sondeur

Le rêve, c’est évidemment les données disponibles dans le temps et dans l’espace (à l’échelle de l’UE depuis 1974) qui permettent des usages pour partager et enrichir les analyses, pour comparer et fusionner des enquêtes…

Le cauchemar, c’est davantage le défaut d’une vision globale et d’une réflexion transversale, accessible et synthétique.

L’enjeu est à la fois de conserver le meilleur de l’enquête de terrain tout en parvenant à mieux valoriser les résultats tant par l’opendata que par la visualisation des données.

Au total, les 40 ans des Eurobaromètres ont permis de mesurer le chemin déjà parcouru vers une meilleure connaissance de l’opinion publique européenne au bénéfice des acteurs publics européens et des chercheurs en sciences sociales et le chemin qui reste à parcourir pour que les Européens aient une meilleure représentation, notamment dans les médias, de leurs opinions en tant que communauté.