Quelles sont les grandes lois de la communication de l’Union européenne ?

En prenant un peu de hauteur par rapport à l’actualité, deux « lois » de la communication de l’Union européenne semble se dégager sur le long terme…

Loi historique : plus l’UE communique, moins les citoyens y adhèrent

Formulé ainsi, c’est sans doute un constat difficile à accepter comme tel pour les institutions européennes. Mais, sur un plan historique, plus l’UE s’est mise à communiquer sur ces projets, et à viser explicitement les citoyens et plus ces derniers ont manifesté leur incompréhension des orientations et leur rejet des institutions européennes.

Schématiquement, nous sommes passés de l’époque « glorieuse » du consensus permissif dans les années 1960 et 1970 lorsque les citoyens approuvaient tacitement la construction européenne, sans que le sujet soit débattu à l’époque contemporaine depuis maintenant une vingtaine d’années marquée par les rejets référendaires et les hausses d’abstention aux élections européennes.

Aujourd’hui, toutes les enquêtes d’opinion le confirment, l’Union européenne en tant qu’institution est rejetée par une majorité de citoyens, qui ne leur font plus majoritairement confiance.

Loi récente : plus les actions de communication de l’UE sont connues, plus les citoyens les approuvent

Là encore, le constat est particulièrement irritant pour les institutions européennes, leur stratégie de communication fonctionne… au moins auprès des citoyens qu’elles parviennent à toucher.

Qu’il s’agisse de l’initiative citoyenne européenne, des dialogues citoyens organisés lors de l’Année européenne des citoyens ou de la démocratisation de la sélection du nouveau président de la Commission européenne ; les citoyens approuvent, une fois et seulement lorsque ces initiatives ont été portées à leur connaissance.

Que faut-il en conclure ? Deux choses. D’une part, que l’UE gagne à ne pas être davantage connue des Européens, ce ne sont pas les institutions européennes qui peuvent redorer l’image du projet européen. D’autre part, la communication de l’UE doit cesser les demi-mesures pour informer massivement les Européens des résultats. Tout le reste n’est qu’accessoire.

Quels sont les enseignements de la campagne de communication gouvernementale pour les élections européennes de 2014 en France ?

Responsable de coordonner les campagnes de communication des ministères au Service d’Information du Gouvernement (SIG), Nicole Civatte a présenté au Club de Venise les résultats de l’ex-post, le sondage réalisé après la campagne de communication gouvernementale pour les élections européennes de 2014 en France. Que faut-il retenir ?

ouijevote.eu

La campagne d’incitation au vote : « Oui, je vote »

Pour interpeller et faire prendre conscience de l’impact du vote en faisant écho aux perceptions des Français sur l’Europe, le gouvernement français a mené une campagne d’incitation au vote au printemps 2014, s’appuyant sur :

  • Une campagne radio et web : « on a tous notre mot à dire sur l’Europe. Parce que c’est notre Europe. Choisir son député c’est choisir son Europe. »
  • Renvoyant vers un espace digital d’information ouijevote.eu

Une abstention en 2014 moins élevée que prévu

Les résultats au soir du scrutin du 25 mai 2014 sont connus, en France l’abstention a été de 57,9%, soit équivalente à 2004 et surtout inférieure à 2009, date du dernier scrutin européen.

Néanmoins, ce résultat global masque des disparités très fortes dans la société, notamment l’abstention plus forte chez les jeunes (près de 75%) et les catégories populaires : 70% chez les foyers aux revenus modestes, 65% chez les ouvriers, 60% chez les non diplômés.

L’abstention aux élections européennes a été motivée par :

  • Un désintérêt pour le scrutin (31% à 36% des citations)
  • Le mécontentement vis-à-vis des hommes politiques (26% à 38%)
  • L’absence d’impact des élections sur la situation des électeurs (23% à 32%)
  • Il n’y a pas de rejet de l’Union européenne (17% à 27% des citations) chez les abstentionnistes

Les principales motivations du vote aux élections européennes de 2014

Trois thèmes dominent les motivations du vote : l’immigration, la situation économique et la volonté de sanctionner le pouvoir exécutif.

1. L’immigration : un enjeu désormais prioritaire

  • Un thème important pour 31% à 40% des électeurs, contre 14% en 2009
  • Le premier motif de vote pour 64% à 88% des électeurs FN, devant l’insécurité et loin devant le chômage (24% à 48%) ou le pouvoir d’achat (32% à 44%)
  • Un des sujets désormais le plus important chez les électeurs UMP (42% à 57% contre 14% en 2009) mais marginal chez les électeurs de gauche, plus préoccupés par les sujets économiques et sociaux

2. La situation économique : un thème logique compte tenu de la crise

  • Une préoccupation plus forte chez les électeurs de gauche, et notamment le chômage pour 40% à 50% d’entre eux

3. La volonté de sanctionner l’exécutif : un motif non majoritaire mais en progression par rapport à mars 2014 et 2009

  • Près de 50% des électeurs disent qu’ils n’ont pas été influencés par leur opinion vis-à-vis du Président et du Gouvernement
  • 33% à 38% déclarent cependant avoir voulu sanctionner l’exécutif, contre 23% à 30% en 2009

Quels enseignements pour la communication publique ?

La valeur de la campagne d’incitation au vote est relative suivant le regard que l’on porte sur les contraintes, les résultats ou la place de la communication publique.

1. Une contrainte forte pour la communication publicitaire gouvernementale :

  • Le seul message possible : inciter à voter
  • Elle ne peut favoriser aucun parti politique, ni intervenir dans les thèmes du débat, et ne peut pas se substituer à la campagne politique

2. Un résultat inégal :

  • Un dispositif de communication important pour les municipales et une progression de l’abstention
  • Un dispositif plus réduit pour les européennes et un recul de l’abstention

3. Une confirmation des limites de la communication qui peut :

  • Rappeler la date, le fait qu’il n’y a qu’un seul tour
  • Informer sur les nouveautés, les modalités du vote par procuration
  • Faire prendre conscience de l’enjeu du vote
  • Faire se déplacer des potentiels abstentionnistes ?

4. La nécessite d’utiliser d’autres leviers, comme pour les autres sujets de l’action et de la communication publiques.

Au total, la campagne de communication gouvernementale d’incitation au vote lors des élections européennes de 2014 – faute ou à défaut d’un impact suffisant – semble indécisive.

Quels pourraient être les KPIs de la communication européenne ?

Les réflexions théoriques ne devraient pas empêcher d’aborder des enjeux tout aussi essentiels, portant sur les objectifs, chiffrés et mesurables, de mobilisation et de sensibilisation des opinions publiques au projet européen. Il s’agit des fameux « key performance indicators » ou KPIs, qui se trouvent notamment définis dans le projet d’avis au CoR de Christophe Rouillon « Reconnecter l’Europe avec ses citoyens »…

Le suivi de l’opinion publique européenne, le premier des indicateurs

Naturellement, les questions posées tous les semestres dans l’Eurobaromètre standard constitue le point de départ pour suivre les évolutions de l’opinion publique européenne et l’impact des éventuelles actions menées, notamment :

Une majorité de citoyens interrogés dans les enquêtes «Standard» d’Eurobaromètre sur les items : « ma voix compte en Europe », « je comprend les principaux processus de décision et les grandes politiques de l’UE », « je suis bien informés sur les questions européennes » et « j’ai une image positive de l’UE »

Les contacts directs avec les citoyens, l’indicateur le plus qualitatif

Quelque soit le canal de communication indirect privilégié (TV, radio, print, web…), la qualité du contact sera toujours moindre qu’un contact direct. Compte tenu de la complexité des enjeux européens et de la faible connaissance des citoyens, ce contact direct doit être privilégié, notamment via :

500 « Dialogues citoyens » organisés sur cinq ans, en veillant à quadriller l’ensemble du territoire de l’Europe et en évitant de se réunir systématiquement dans les grandes métropoles souvent déjà très sensibilisées à l’UE et saturées de colloques

277 déplacements d’un Commissaire européen dans chacune des régions d’Europe organisés chaque année pour écouter nos concitoyens et pour valoriser l’action de l’UE

Les principaux supports de communication, les indicateurs chiffrés

Au-delà des quelques campagnes de communication de proximité démontrant les effets concrets des politiques et de la législation européenne dans tous les Etats membres avec un volet interactif, la communication de l’UE doit reposer sur des outils efficaces et mesurables, dont par exemple :

100 000 supports de communication clefs en main et sans jargon pour toutes les collectivités locales et régionales dans l’UE… et surtout distribué auprès du grand public

100% de mention « Cofinancé par l’Union européenne » en remplacement des sigles de type FEDER, FEADER, FSE incompréhensibles par l’homme de la rue liés aux obligations de communication liées à l’attribution de subventions européennes

Le budget, l’indicateur essentiel

Parmi les chiffres clés, le budget est la variable qui conditionne tout le reste. Aussi, cet indicateur doit être suivi avec le plus grand soin :

100% des ressources dont disposent les institutions européennes pour leur communication pour la période 2014-2020

20 % du budget de communication de l’UE décentralisé au plan national et local, notamment vers les Centres d’information «Europe Direct» – Maison de l’Europe

Les partenariats, l’effet multiplicateur

Dernier indicateur à prendre en compte spécifiquement pour la communication européenne, les partenariats conclus avec différents types d’acteurs susceptibles d’activer un effet multiplicateur :

500 accords de partenariat avec télévisions et radios locales pour valoriser l’action de l’Europe et mieux faire comprendre ses mécanismes de décision via des débats donnant la parole à ceux qui vivent et bâtissent l’Europe au quotidien

500 partenariats stratégiques budgétisés entre les Représentations de la Commission et les autorités régionales et locales sur le modèle à plus petite échelle des projets-pilotes de partenariat stratégique, mis récemment en place entre Représentations de la Commission et autorités régionales

5000 municipalités, villes et régions « Amies de l’Europe » dans un réseau, afin de mobiliser, former et assister les responsables de la communication dans les États membres

Au total, évaluer les « indicateurs de performance » définis dans le plan de communication 2015-2019 de l’UE sur la base d’une méthodologie commune permettrait de mesurer l’impact des communications sur l’UE.

Quels sont les premiers signes de la réorientation de la communication de la Commission européenne ?

Avant la séquence très attendue des auditions des Commissaires-désignés devant le Parlement européen qui devrait être un temps fort de communication, quelques signes correspondant aux premiers pas de la Commission Juncker dessinent une réorientation future de la communication de l’UE…

Réorientation de la prise de parole officielle : vers plus de politique dans les médias

Suivant les analyses de Cécile Ducourtieux, correspondante du journal Le Monde à Bruxelles sur le blog « la Bataille de Bruxelles » portant sur une Commission moins « langue de bois » I et II, le premier signe perceptible de la réorientation de la communication porte sur le service des porte-parole.

Jusqu’à présent, l’organisation actuelle du service des porte-parole avec un porte-parole par Commissaire conduit à la fois à verrouiller l’accès direct des Commissaires aux journalistes et à renforcer l’usage d’une langue technocratique polissant les réponses accordées aux médias.

Dorénavant, le service serait réduit autour d’une dizaine de porte-parole thématique chargée de coordonner les prises de parole par les Commissaires, ce qui devrait contribuer à densifier la communication de la Commission européenne et in fine faciliter le travail des médias.

Après une communication de la Commission Barroso sous l’éteignoir, la politisation de la prise de parole de la Commission Juncker devrait renouveler l’intérêt des médias.

Réorganisation de la présence en ligne : vers plus de dialogue avec les citoyens

Le second signe, imperceptible et conjecturelle pour le moment, devrait porter sur les conséquences que la Commission européenne devrait donner aux conclusions d’un Eurobaromètre qualitatif « La promesse de l’UE » portant notamment sur la communication en ligne.

Davantage encore que dans les précédentes enquêtes, les citoyens expriment les nombreux obstacles limitant leur intérêt pour les affaires européennes : image floue des responsabilités, complexité des sujets, faible influence ressentie et surtout passivité quant à leur recherche d’information et a fortiori à leur participation.

Du coup, il n’est pas interdit d’imaginer qu’une nouvelle étape pourrait être franchie dans la réorientation de la communication de l’UE en ligne visant à simplifier la navigation et les contenus destinés aux citoyens, ce qui est actuellement en cours mais aussi à renforcer les possibilités laissés aux citoyens de s’exprimer dans le cadre d’une démarche dont les résultats seraient vraiment considérés.

Au total, les premiers signes de la réorientation de la communication de l’UE – la politisation des prises de parole et la participation rationnalisée en ligne – correspondent à une direction relativement consensuelle et attendue par les principaux acteurs.

Eurobaromètre « Promesse de l’UE » : quelles sont les « recommandations » des citoyens pour l’information et la communication européennes ?

Huit ans après l’enquête qualitative « Les citoyens européens et l’avenir de l’Europe » s’inscrivant dans le cadre du « Plan D » pour écouter les citoyens et dialoguer avec eux, la Commission européenne renouvèle sa démarche avec l’Eurobaromètre qualitatif « La promesse de l’UE ». Que disent les citoyens, notamment pour améliorer l’information et la communication européennes ?

Rôle des médias : comment améliorer l’information européenne ?

Les citoyens obtiennent des informations sur l’UE auprès d’une grande variété de sources, les plus courantes étant les médias, Internet et les discussions avec des amis – très peu se sentent bien informés sur des affaires européennes concentrées dans la perspective des élections européennes.

Dans la plupart des pays, s’expriment des doutes quant à l’indépendance et l’objectivité des médias lorsqu’ils s’expriment sur l’UE, et un sentiment général que les médias ont tendance à dresser un tableau négatif de l’UE – les citoyens sont plus confiants dans la radiodiffusion publique et l’Internet, de même il n’y a pas de consensus sur une éventuelle différence entre les médias de service public et les diffuseurs commerciaux.

Les attentes des citoyens pour améliorer l’information européenne sur le contenu, le style et le format :

  • Davantage d’articles sur l’UE traitant de questions qui ont un impact sur leur vie quotidienne, comme l’éducation et le chômage ;
  • Des informations sur la manière dont l’UE est construite et sur ce qu’elle a réalisé ;
  • Des informations sur la manière dont les citoyens peuvent participer à l’UE ;
  • Davantage d’articles qui rendent compte de l’action de l’UE, à la fois plus positif et concret, avec des implications pour la vie des citoyens ;
  • Les informations doivent être fiables, accessibles et faciles à comprendre.

Comment l’UE doit communiquer ?

Sans surprise hélas, malgré tous les efforts de communication de l’UE, les citoyens reprochent le jargon officiel que vous ne pouvez pas comprendre et aspirent à ce que l’UE utilise la langue de tous les jours, dans un style concis et attrayant.

Bref, les citoyens aspirent plus que jamais à ce que l’UE communique d’une manière plus personnelle et moins institutionnelle – ce qui veut également dire qu’ils privilégient le contact direct sur les approches médiatisées.

Du coup, même sans en avoir entendu parler, les « dialogues avec les citoyens » (menés lors de l’Année européenne des citoyens en 2013 et 2014) et l’initiative citoyenne européenne sont deux concepts en général appréciés.

En outre, d’autres moyens pour l’UE de dialoguer avec les citoyens sont suggérés, notamment :

  • La création d’une plateforme sur laquelle les citoyens pourraient donner leur opinion sur différents sujets
  • L’organisation des initiatives sous la forme de référendum
  • La participation à des enquêtes / votes en ligne

Enfin, les réseaux sociaux, les portails en ligne, les forums ou les blogs pourraient être davantage utilisés pour communiquer les décisions clés.

Avec cette nouvelle enquête qualitative portant sur l’information et la communication européennes, la Commission européenne peut prendre conscience du chemin parcouru, ou plutôt de l’étendue à encore parcourir.