Quand le « data storytelling » réinvente le journalisme européen

Les innovations dans les médias, liées aux évolutions technologiques se multiplient. Encore faut-il que les journalistes soient équipés en compétences digitales et inspirés. Une série de 8 « News Impact Summits » qui fera le tour de l’Europe en 2015 grâce au partenariat entre le Centre du Journalisme Européen et le News Lab de Google devrait y remédier. Le premier événement organisé à Bruxelles le 27 février dernier a porté sur les nouvelles approches de « data storytelling » pour couvrir l’Union européenne…

Quels sont les secrets pour transformer des données en « stories » ?

D’abord, c’est sans doute évident, mais il faut « tuer le format PDF » qui ne permet pas d’exploiter les données capturées dans les fichiers, sauf si des innovations encore imparfaites d’OCR permettent de les extraire sans erreur ou omission.

Ensuite, pour produire de l’info issue de vastes bases de données et faire de l’« international data driven investigation », les journalistes doivent s’appuyer sur des outils collaboratifs sécurisés, comme par exemple le consortium international pour les journalistes d’investigation @ICIJorg représentant aujourd’hui plus de 185 reporters, dans 65 pays et surtout #SwissLeaks et #LuxLeaks.

Enfin, pour intéresser le public, les journalistes doivent utiliser des outils de visualisation, que ce soit via le « media toolkit » de Google, Datawrapper, qui permet de créer des visualisations en quelques minutes ou tout autre outil en ligne.

Quels sont les outils disponibles sur l’UE pour faire du journalisme de data storytelling ?

euractor

EurActory, créé et animé par Euractiv, propose aux journalistes (et aux parties-prenantes) un annuaire des experts les plus pertinents et compétents sur les politiques de l’UE, classés selon :

  • Les influenceurs, la catégorie la plus subjective, mais également la plus intéressante ;
  • Les analystes
  • Les « policy-makers »

thumbs_europe

Thumbs of Europe vise à renforcer la transparence sur les positions des différentes partieos prenantes aux affaires européennes :

  • Les textes législatifs européens (en cours, adoptés et rejettés) sont présentés de manière synthétique, un travail de simplification très intéressant ;
  • Les élus et les lobbyistes sont également présentés sous l’angle de leurs votes pour les uns ou de leurs positions pour les autres.

Au total, le « data storytelling » offre la possibilité d’une nouvelle forme de journalisme à partir des données, entre le hack (l’investigation et le leak) et le code (la data-visualisation).

Bruxelles, lieu de pouvoir ? La preuve par le paysage médiatique bruxellois

La capitale européenne est-elle en train de devenir véritablement un carrefour d’influence, un centre décisionnel ? Ce ne sont pas les armées pléthoriques de lobbyistes ou le corps de presse efflanqués auprès de l’UE qui en apportent la preuve, mais de nouveaux acteurs dans le paysage médiatique bruxellois…

Enfin, avec Politico Europe un média d’investigation global sur la vie politique et les politiques publiques européennes

L’arrivée cette année de Politico Europe créé l’événement et représente tout un symbole.

L’événement : comment décrire autrement « the new kid in the block » avec ses 30 journalistes recrutés et ses 10 millions de dollars investis.

Le symbole : c’est la confirmation qu’il y a de la place pour un média d’investigation paneuropéen dédié à l’UE (à condition de racheter European Voice l’un des seuls médias aujourd’hui rentables…). C’est surtout la confirmation que la couverture des affaires européennes ne passe que par un modèle pour « happy few », puisque Politico aux USA est un média 100% politique de qualité, mais de niche.

Enfin, des médias décalés ou satiriques sur les coulisses et les arrières couloirs des allées du pouvoir bruxellois

La consécration de la scène bruxelloise comme véritable lieu de pouvoir se traduit, semble-t-il par l’émergence de médias en ligne satirique, portés par l’importance de Twitter dans la « brussels bubble » (cf. Le Monde « À Bruxelles, tu tweets ou tu meurs »).

Pour les médias satiriques, le modèle, c’est le blog Berlaymonster qui a imposé depuis longtemps son style et son humour ravageur, notamment sur Twitter @Berlaymonster. La prochaine étape ne saurait être autre chose que la sortie d’un média de type « Canard Ênchainé » pour faire circuler les bruits qui courent et dénoncer les abus et dérives.

Les compte parodiques des personnalités politiques européennes font également parties de la rançon d’un certain succès, par exemple :

Pour les médias décalés, la liste ne cesse de s’allonger entre le magazine en ligne sur les affaires européennes « the EU Bubble » qui n’hésite pas à proposer une rubrique d’un goût incertain « Sexiest MEP » ou le futur « Eurohand » qui réalise sur Twitter @eurohand_org un teasing remarquable.

Au total, Bruxelles ne sera pleinement un centre de pouvoir qu’à la condition d’accueillir également un paysage médiatique pluriel (couvrant différents types de presse) et pluraliste (représentant différentes opinions).

Priorité au digital dans le budget de la communication de l’UE en 2015

Comme chaque début d’année, le budget pour la communication de l’UE est mis en ligne sur le site de la DG COMM. En 2015, au-delà des mouvements correspondants aux réaffectations de services entre DG souhaitées par Juncker, c’est l’importance sans cesse plus stratégique du digital qui ressort…

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Les principaux changements constatés en 3 chiffres clés

Moins 21 millions d’euros, c’est le montant de la baisse du budget consacré à la communication de l’UE en 2015 pour s’établir à un montant global de 72,3 millions d’euros. Cette baisse correspond en grande partie à la perte par la DG COMM du service distribuant des subventions aux médias.

Mais, en fait, cette perte s’établit à un montant total de quasiment 25 millions d’euros, la subvention à Euronews représentant à elle seule 18 millions d’euros;

Du coup, le solde positif, soit un peu plus de 3 millions d’euros, est réaffecté au digital, et plus particulièrement au projet de rationalisation de la présence en ligne de la Commission européenne, ainsi qu’à la pérennisation du projet « Share Europe Online » correspondant à l’animation d’un réseau de community managers placés dans les 28 Représentations afin de communiquer localement dans les réseaux sociaux.

Le reste des mouvements correspond à l’épaisseur du trait.

Les principaux postes de dépenses de la communication de l’UE en 2015

Pour la première fois, c’est tout ce qui correspond aux actions en ligne qui prend la tête des dépenses avec une enveloppe globale de plus de 21 millions d’euros.

Deuxième poste de dépenses, traditionnellement très important, les relais d’information formés par les Centre Europe Direct représentant plus de 14 millions d’euros.

Troisième budget, l’animation des Représentations dans les capitales européennes et les villes principales d’Europe, pour un total de près de 12 millions d’euros.

Au-delà de ces grandes masses, les projets récurrents de la DG COMM sont par ordre d’importance :

  • Les Eurobaromètres : 6,4 millions d’euros
  • Les studios de radio/TV et les équipements audiovisuels : 5,5 millions d’euros
  • L’information aux médias, en particulier l’intensification et la diversification de la production audiovisuelle et multimédia, à l’intention des médias et du grand public : 5,2 millions d’euros
  • Les visites à la Commission : 3,6 millions d’euros
  • Les publications écrites d’intérêt général : 2,2 millions d’euros

Au total, le budget de la DG COMM pour 2015 reflète les intentions politiques de concentrer la communication de l’UE autour de quelques priorités renforcées, tels que l’information aux médias ou le digital.

Quel est le bilan de l’année européenne 2014 sur Twitter ?

Année électorale, 2014 aura également été l’année de Twitter pour l’UE : tous les Commissaires y sont dorénavant, plus de la moitié des eurodéputés, de très nombreux journalistes européens, et surtout de plus en plus de citoyens européens. Quels ont été les sujets les plus abordés ?

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Les hashtags institutionnels les plus populaires correspondent :

  • #EP2014 : les élections européennes avec près de 1,5 millions mentions ;
  • #EPhearings2014 : les auditions des Commissaires désignés devant le Parlement européen avec 140,000 mentions ;
  • #EUCO : les Conseils européens avec 103,000 mentions ;
  • #TeamJunckerEU avec 45,000 mentions.

Plus de 400,000 tweets le jour des élections européennes le 25 mai 2014 avec #EP2014

Lors de la seule journée du 25 mai – date des élections européennes – ce sont plus de 400,000 tweets publiés avec le hashtag officiel. Les tweets les plus retweetés portent sur les résultats, et en particulier le succès des droites extrêmes.

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7 Commissaires désignés les plus cités lors des auditions parlementaires avec #EPhearings2014

Avec un total de plus de 140,000 tweets, les auditions des Commissaires désignés ont été inégalement suivies selon les Commissaires : le plus cité est l’espagnol Canete, puis le britannique Hill, suivi par Bratusek, Mogherini, Timmermans (le Premier vice-président), Moscovici et Katainen.

EPhearings2014

7 Conseils européens sur Twitter, dont 15,000 tweets le 30 août 2014 avec #EUCO

L’utilisation du hastag #EUCO utilisé lors des Conseils européens retrace fidèlement les réunions des chefs d’Etat et de gouvernement au cours de l’année écoulée, notamment les 3 plus importantes :

EUCO

Au total, l’actualité européenne sur Twitter, à travers les quelques hashtags les plus populaires a été particulièrement riche en 2014.

Politico et Axel Spinger investissent la scène médiatique bruxelloise en rachetant European Voice

Branle bas de combat à Bruxelles où Axel Springer et Politico s’unissent à 50/50 et un budget de 10 millions de dollars pour lancer dès le printemps 2015 un nouveau Politico européen…

Un nouveau monopole de l’information européenne à Bruxelles

L’ambition de créer la publication la plus influente en matière de politiques européennes (publiques et politiciennes) sur le continent européen est en passe de se réaliser pour Axel Springer et Politico.

Hier, lors d’une conférence de presse, les modalités du lancement ont été dévoilée : non seulement Politico.eu sera richement doté en termes de moyens, mais surtout, son lancement passe par le rachat de European Voice, un média lancé en 1995 par The Economist et vendu l’année dernière.

C’est un peu compliqué, mais disons que pour simplifier European Voice, fondé par The Economist et l’un des seuls médias européens rentables à ce jour, est repris par Politico et Axel Springer pour disparaître et laisser le champ libre à Politico Europe.

Autrement dit, comme le souligne Jon Worth, le seul média à Bruxelles qui aurait pu faire de la concurrence à Politico Europe, à savoir European Voice a été racheté plutôt que de risquer une émulation coûteuse ; un bon point pour le modèle économique mais mauvais pour la pluralité de la presse à Bruxelles.

Des moyens inédits pour couvrir les affaires européennes

Le futur media Politico Europe est doté, selon le communiqué, d’une équipe de 70 personnes et de 30 journalistes, avec un siège à Bruxelles et des reporteurs dans les principales capitales européennes.

Les principaux acteurs de ce nouveau media mastodonte sont des professionnels expérimentés dans les affaires européennes :

  • Matthew Kaminski, @KaminskiMK, aujourd’hui au Wall Street Journal et demain directeur de la rédaction ;
  • Florian Eder, @florianeder, aujourd’hui correspondent auprès de l’UE à Die Welt et demain rédacteur en chef ;
  • Shéhérazade Semsar-de Boisséson, aujourd’hui propriétaire et éditeur d’European Voice et demain directrice générale.

Quelles conséquences pour le fragile paysage médiatique bruxellois ?

Plusieurs clés de lecture se chevauchent pour analyser l’entrée d’un éléphant dans un magasin de porcelaine :

Pour certains, c’est le yankee qui débarque en Europe, ils veulent y voir le média américain Politico et son modèle de journalisme fait d’enquête et d’investigation. C’est notamment le point de vue de Jean Quatremer : « Encore une fois, ce sont les Américains qui viennent lancer un nouveau produit dans la vieille Europe ».

Pour d’autres, certains signes, notamment le poids d’Axel Springer, leader en Allemagne, le recrutement du rédac-chef à Die Welt ou le développement du business de conférences à Berlin font pencher la balance pour un renforcement dans le paysage médiatique bruxellois de l’Allemagne, première puissance continentale ; alors que les anglo-saxons dominaient jusqu’à présent par leurs méthodes et leurs poches profondes.

Au total, hormis l’inquiétude quant à la pluralité et à la viabilité à terme de la scène médiatique bruxelloise fragile, l’arrivée de Politico Europe est un événement important, dont l’impact devrait porter bien au-delà de Bruxelles.