Écoute des podcasts de think tanks européens

La période estivale, propice au temps libre, est le bon moment pour faire le tour des podcasts disponibles dans la sphère, en plein développement, des think tanks européens. Retour d’expériences et conseils sur les podcasts à écouter…

Bruegel : « The Sound of Economics » – un podcast expert éco/fi et perfectible

Le think tank Bruegel est l’un des vétérans dans la sphère des podcasts ; depuis 2016.

Sur le fond, la qualité du podcast est incontestable, avec des experts intervenants différents selon les thématiques abordées autour d’une focale toujours très éco/fi des affaires européennes.

Sur la forme, le rendez-vous n’est pas pleinement satisfaisant : la récurrence très fréquente, l’absence de régularité fixe dans les publications et des durées très variables voire parfois trop longues rendent le podcast imprévisible et difficile à inscrire dans sa semaine.

Au total, le podcast s’adresse vraiment à une cible restreinte à un public exigeant, à l’aise sur les questions éco/fi et plutôt déjà très bien informé des affaires européennes. Le séquençage pas suffisamment rythmé, avec l’absence de format d’échanges différents ne facilite pas l’attachement.

ECFR : « The world in 30 minutes » – un podcast géo-pol. intéressant et pédagogique

Le think tank European Council on Foreign Relations propose un podcast le vendredi soir animé par Mark Leonard, un véritable anchorman qui éclaire les sujets européens, interroge et challenge des experts géopolitiques au bénéfice d’un décryptage pertinent, argumenté des enjeux européens.

Le podcast est convaincant, tant par la variété des sujets abordés, la qualité des intervenants, le rythme de la conversation avec les relances et remarques de l’animateur et surtout le dernier segment « On the bookshelve » qui permet à chacun de partager des conseils de lecture.

Au total, le podcast, rarement techno, jamais monotone, est un rendez-vous bien installé qui s’impose grâce en particulier à la personnalité forte de Mark Leonard. Un podcast à recommander aux personnes qui s’intéressent de près à l’UE ; sans avoir besoin de s’en revendiquer expert.

International Crisis Group : « War & Peace » – un podcast international et informatif

Le think tank International Crisis Group propose, plus récemment, un podcast hebdo autour d’enjeux géostratégiques internationaux liés aux conflits et aux problèmes globaux de la planète.

Le choix des sujets en lien avec l’actualité est toujours pertinent et les podcasts d’un format court (moins de 30 min) sont toujours instructif avec des discussions entre experts de qualité, dans le constat mais aussi les propositions et les solutions éventuelles.

Au total, l’écoute de ce podcast est plus aléatoire quand on s’intéresse en priorité aux enjeux européens, selon les sujets abordés, en sachant que le temps consacré n’est jamais perdu.

Autres podcasts de think tanks européens moins installés

Plusieurs think tanks européens ont lancé des podcasts, mais ne sont pas parvenus à les installer sur toutes les plateformes et de manière régulière :

Center for European Reform (CER) : une rubrique dédiée sur leur site, des podcasts réguliers également disponibles sur Soundcloud avec 170 épisodes ; mais sans identité forte, sans personnalité mise en avant, le format podcast n’est pas pleinement exploité, ce qui est dommage.

European Policy Center (EPC) : une rubrique sur leur site avec quelques podcasts disponibles et une liste complète de 6 épisodes sur une année ; sans identité propre (nom, logo) et sans accès sur les applis pour smartphones, le format n’est pas suffisamment exploité pour vraiment percer dans le paysage.

Carnegie Europe : des podcasts au niveau du think tank global, mais peu de sujets spécifiquement européens, ce qui est dommage car l’animatrice du blog « Strategic Europe » Judy Dempsey serait un profil parfait pour animer un podcast autour d’intervenants du réseau d’experts.

En conclusion, l’investissement des think tanks européens dans le format podcast est particulièrement dynamique, certains podcasts sont parvenus à s’imposer et trouver leur public, d’autres podcasts devraient davantage exploiter les plateformes pour percer. Les think tanks français sont totalement absents pour le moment.

Pourquoi et comment intégrer la délibération publique aux institutions démocratiques européennes ?

Une enquête de l’OCDE invite les décideurs publics à se saisir des nouvelles formes de participation des citoyens aux institutions démocratiques en prenant la vague de la démocratie délibérative in “Innovative Citizen Participation and New Democratic Institutions: CATCHING THE DELIBERATIVE WAVE”. L’institutionnalisation juridique et culturelle durable de la délibération dans la politique démocratique européenne, la gouvernance de l’UE et l’élaboration des politiques publiques pourrait garantir que les nouvelles institutions seront alignées sur les valeurs de la société…

Pourquoi institutionnaliser la démocratie délibérative à la gouvernance de l’UE ?

Prendre des décisions complexes visant à résoudre des problèmes difficiles que les décideurs ne sont pas en mesure de résoudre par eux-mêmes est l’une des forces de l’institutionnalisation des processus délibératifs. La participation des citoyens facilite l’identification des priorités de la communauté et surmonte la résistance des groupes d’intérêt et des divisions intra et interpartis, permettant d’agir sur des décisions de politiques publiques difficiles mais nécessaires.

Mener de meilleurs processus délibératifs plus facilement et à moindre coût : l’institutionnalisation peut faciliter le développement de processus, de documents, de capacités réutilisables moins vulnérables à la perte de soutien à mesure que les nouveaux décideurs prennent le pouvoir. Cela les rend également plus rapides à organiser à mesure que des problèmes surgissent, car le temps de démarrage peut être réduit.

L’institutionnalisation peut également améliorer la pratique en garantissant un apprentissage collectif et en facilitant l’expérimentation, l’évaluation et l’amélioration de la pratique au fil du temps.

Renforcer la confiance du public : les opportunités de participation du public, de nature ponctuelle dans la plupart des exercices de participation et limité à des questions spécifiques ont sans doute eu un impact positif. L’institutionnalisation de la délibération (et la conduite de beaucoup plus de délibérations citoyennes) peut aider à accroître la confiance du public, car elle ouvre davantage de possibilités à plus de personnes de se rapprocher du cœur de la gouvernance et de susciter une plus grande empathie pour la complexité de la prise de décision publique.

L’institutionnalisation peut également commencer à modifier fondamentalement les relations entre les pouvoirs publics et les citoyens.

Enrichir la démocratie en élargissant la participation citoyenne significative : la démocratie est gouvernée, mais aussi gouvernante. Grâce à l’institutionnalisation, plus de personnes peuvent se rapprocher et faire partie du processus de gouvernance apportant une plus grande diversité de perspectives dans la prise de décision démocratique.

Étendre la garantie d’égalité politique en matière de vote aux élections à la période entre les élections pourrait signifier d’avoir pour objectif que chacun reçoive une invitation à participer à un processus délibératif à un moment donné de sa vie.

Renforcer la capacité civique des citoyens : l’institutionnalisation étend et incorpore le privilège de la représentation parmi un éventail plus large de personnes. Le fait de représenter les autres est en soi une compétence et une forme d’aptitude démocratique qui mérite d’être étendu et cultivé par plus de gens. Cela signifie qu’une plus grande proportion de la société a la possibilité de servir sa communauté, de vivre la complexité de la prise de décision publique et de renforcer son sens de l’action et de l’efficacité.

Comment institutionnaliser la délibération des citoyens à la prise de décision de l’UE ?

Une structure délibérative permanente qui complète les institutions existantes de prise de décision représentative constitue la voie royale vers l’institutionnalisation. Les organes délibérants permanents ont des rôles qui comprennent l’établissement de l’ordre du jour, la surveillance, la fourniture d’informations en continu sur une question de politique publique particulière et des responsabilités similaires à celles des commissions parlementaires.

Une obligation pour une autorité publique d’organiser un processus délibératif sous certaines conditions représente une autre voie vers l’institutionnalisation. Cela consiste à fixer les conditions requises pour qu’une autorité publique organise un processus délibératif plus occasionnels.

Des règles qui permettent aux citoyens d’exiger qu’un organisme public européen organise un processus délibératif seraient la troisième voie pour institutionnaliser la délibération publique dans l’UE impliquant donc une législation ou une réglementation qui stipule que les citoyens peuvent demander d’organiser un processus délibératif sur une question spécifique si le nombre de signatures à l’appui de la demande atteint un seuil spécifié.

En conclusion, l’institutionnalisation des formes délibératives à l’UE ne peut réussir qu’avec une meilleure communication publique mise à profit pour accroître les possibilités d’apprentissage public, pour informer le public sur le processus, les preuves présentées, les résultats et la mise en œuvre, et pour encourager une plus grande participation des citoyens.

Engagement des citoyens : préserver et pratiquer la démocratie directe européenne

Dans une excellente livraison « The practice of democracy: A selection of civic engagement initiatives », le think tank du Parlement européen explore les défis actuels et futurs de la démocratie directe via une sélection d’initiatives participatives et se concentre sur les tentatives actuelles de l’Union européenne de favoriser la transparence et l’inclusivité dans la prise de décision grâce à l’engagement des citoyens dans l’élaboration des politiques publiques de l’UE…

Comment l’UE peut réagir aux changements perturbateurs pour engager les citoyens dans l’élaboration des politiques publiques européennes ?

Les pouvoirs publics européens, comme les autres, sont actuellement confrontés à un dilemme : protéger les structures actuelles de la gouvernance démocratique, malgré la perception répandue de leur inefficacité ou les adapter à des scénarios en évolution.

Certes, le modèle classique de représentation des intérêts est mis à rude épreuve : faible participation électorale, montée des mouvements politiques populistes (ou anti-établissement) et mécontentement généralisé à l’égard des institutions publiques mettant à l’épreuve les fondements des systèmes démocratiques.

Cependant, la réalité est plus complexe. En effet, la décadence des valeurs démocratiques est rejetée sans ambiguïté par la naissance de nouveaux mouvements populaires, attestée par une mobilisation civique à une vitesse record (en particulier chez les jeunes) et soutenue par des manifestations de rue généralisées. Ces mouvements montrent que la demande mondiale de participation est vivante et dynamique.

Le choc entre ces deux tendances opposées soulève un certain nombre de questions auxquelles les décideurs doivent répondre :

  • Premièrement, de nouvelles formes hybrides de participation démocratique remplaceront-elles les systèmes de représentation classique s?
  • Deuxièmement, au milieu des processus de transformation, comment les rôles de pouvoir seront-ils redistribués ?
  • Une troisième série de questions examine ce qui motive la transformation des systèmes démocratiques.

Alors que les lieux de discussion et d’interaction politiques passent des mairies et des salles de réunion aux forums en ligne, il devient essentiel de comprendre si des pratiques démocratiques innovantes seront mises en œuvre presque exclusivement par le biais de plateformes numériques impersonnelles, ascétiques ou, si l’engagement civique sera toujours nourri par le biais de forums locaux en personne conçus pour encourager le débat.

L’apathie politique et la baisse de confiance dans les institutions politiques, les changements dans les méthodes de production et de partage des connaissances et la nature omniprésente de la technologie contribuent à la crise des modèles démocratiques traditionnels.

Comment raviver l’esprit civique du public européen et la démocratisation de l’Union européenne ?

La pandémie de coronavirus a de nouveau questionné l’efficacité de l’UE. En évaluant et en appliquant des méthodes testées pour engager les citoyens dans l’élaboration des politiques publiques, l’UE pourrait augmenter ses chances d’accomplir son mandat politique avec succès.

La revitalisation démocratique semble être efficace pour impliquer les citoyens dans la prise de décision publique lorsqu’elle structure les processus participatifs à la fois en ligne et hors ligne.

Opter uniquement pour la technologie numérique n’est pas optimal.

La négligence des canaux d’interaction non numériques peut entraîner un faible engagement de certains types de participants. La participation des personnes doit reposer simultanément sur le développement d’espaces en ligne pour interagir avec des individus numériquement compétents, tout en fournissant des espaces hors ligne pour l’interaction publique.

Certes, la pandémie a accéléré l’utilisation d’outils numériques dans la prise de décision et les consultations publiques. Cependant, alors que plusieurs organes législatifs, dont le Parlement européen, ont décidé de déplacer temporairement leurs activités en ligne, pour les initiatives d’engagement civique, la numérisation complète semble être plus problématique et exigeante en termes de temps et de coût.

Les citoyens sont plus susceptibles de s’engager dans la participation démocratique et la prise de décision publique s’il y a un équilibre entre des expériences participatives éprouvées et testées et des solutions originales.

L’engagement civique est mieux nourri par une combinaison d’innovation et de tradition.

Le lien entre le processus participatif (et ses résultats) et l’approbation institutionnelle peut avoir lieu à différentes étapes et à divers degrés de formalité. Les résultats de la participation doivent être ratifiés par les structures démocratiques traditionnelles.

L’échelle du processus consultatif doit être soigneusement calibrée sur les besoins réels des décideurs.

Les processus participatifs à grande échelle où les participants ne se connaissent pas et il n’y a presque aucune possibilité de réciprocité, risque d’aggraver le problème de l’action collective.

Les initiatives participatives à petite échelle, en revanche, attirent des citoyens plus motivés à contribuer et exigent donc une rétroaction responsable des décideurs.

Les problèmes de confidentialité et d’anonymat sont omniprésents dans les formes expérimentales d’engagement civique et restent un problème crucial.

L’anonymat a des résultats positifs car il permet aux gens d’exprimer des opinions critiques et controversées sans se soucier des effets potentiellement négatifs. Cependant, l’anonymat des utilisateurs peut conduire à des comportements incivils, car il réduit la responsabilité des gens pour leur conduite, pouvant saper la volonté des gens de participer aux processus délibératifs et les empêcher d’exprimer librement et sincèrement leurs opinions.

Comment l’UE peut augmenter ses chances d’accomplir son mandat politique avec le succès de l’engagement des citoyens ?

Évaluer et appliquer des méthodes testées pour engager les citoyens dans l’élaboration des politiques publique ; en d’autres termes : pratiquer la démocratie.

L’engagement de la Commission à organiser une conférence de deux ans sur l’avenir de l’Europe pour les citoyens de tous âges à travers l’UE et à suivre les actions convenues semble être une occasion unique d’engager de grands groupes de citoyens dans la réflexion collective, afin de façonner les futurs aspects structurels et procéduraux de l’Union.

Le succès de ce projet dépendra toutefois de la capacité de la Commission à adapter ce processus consultatif aux besoins et aux attentes des Européens ; particulièrement lorsqu’une pandémie fait peser de nouvelles menaces sur les systèmes démocratiques.

La tentative de s’engager plus systématiquement dans la prospective stratégique est également essentielle au renforcement de la démocratie dans l’UE.

Identifier les domaines dans lesquels les politiques, la recherche et les développements technologiques sont les plus susceptibles de conduire le progrès sociétal, économique et environnemental contribuera à aider les décideurs politiques de l’UE à améliorer la façon dont ils conçoivent les lois et les initiatives, et à développer des politiques tournées vers l’avenir.

Si les trois institutions de l’UE se mettent d’accord sur les mégatendances transformatrices nécessaires pour adopter une approche stratégique afin de développer une vision à long terme pour l’Union, alors l’engagement des citoyens s’inscrira dans une démocratisation incluant le recours à la démocratie directe.

Le potentiel de l’intelligence collective citoyenne européenne

Dans « Représentation et participation : réinventer la démocratie européenne » publié par le think tank Notre Europe, Gaëtane Ricard-Nihoul, ex-Secrétaire Générale adjointe pour les Consultations citoyennes sur l’Europe interroge le potentiel de l’intelligence collective citoyenne européenne…

L’urgence démocratie : la participation honore et oblige les Européens

Comment répondre de manière crédible à la demande de citoyens d’être plus régulièrement associés à la décision publique, à la fois d’une façon plus inclusive et délibérative que ne le proposent les bulles des réseaux sociaux et sans tomber dans le piège d’une démocratie directe présentée par les néo-populistes comme la seule « vraie » voie de l’expression citoyenne en opposition aux élites d’une démocratie représentative qui s’essouffle en divers pays ? That is the question.

La « participation » à l’échelle européenne honore car l’UE pourrait être le premier espace politique international à réinventer la pratique démocratique en conjuguant représentation et participation de façon innovante et engageante. Elle oblige car elle implique de ne pas s’arrêter au milieu du gué et de prendre au sérieux les signaux faibles de nos démocraties actuelles.

L’heure n’est plus ni au débat de chapelles entre experts ni à la micro-expérimentation : les problématiques sont connues, les expériences ont livré leurs enseignements et les outils existent.

Gaëtane Ricard-Nihoul invite à prendre la mesure des enjeux, qu’il s’agisse de répondre à l’essoufflement de la démocratie représentative et à la montée du néo-populisme, de faire vivre la démocratie libérale européenne ou d’oser l’innovation démocratique afin de remettre la délibération au centre du fonctionnement de nos démocraties.

L’UE est un laboratoire extraordinaire, et la démocratie européenne la potentielle pionnière des formes futures de démocratie transnationale : un vaste champ potentiel d’innovation afin de répondre en même temps à deux impératifs d’évolution de nos démocraties : conjuguer le national et le transnational, d’une part, la représentation et la participation, d’autre part.

La démocratie participative n’est plus une option sympathique pour colorer la démocratie représentative, elle est devenue la condition de sa survie au travers du dialogue citoyen transnational.

Les bonnes questions à se poser : objectifs ? participants ? méthodologies ?

Trois objectifs sont distingués :

  • Responsability – Diptyque participation et information : Distinguer les équipes et les moyens au sein des institutions européennes qui se verraient confier d’une part la communication politique, qui doit être davantage assumée et d’autre part, l’information civique européenne des citoyens, qui doit être totalement transparente.
  • Accountability – Du sentiment d’appartenance à l’impact sur les politiques : Contribuer à créer un sentiment d’appartenance à l’UE et de former à la citoyenneté européenne active ; même si l’impact sur les politique publiques européennes ne doit pas être négligé.
  • Credibility – Une meilleure articulation entre participation et représentation : Une réponse doit être formulée respectant l’engagement initial et lisible pour le citoyen, cette capacité de feed-back ou « devoir de suite » a des conséquences très pragmatiques consistant à maintenir une capacité administrative pour organiser cette phase de restitution comme gage de confiance.

Les participants soulèvent trois séries d’interrogation :

Partenariats, tirage au sort, complémentarité des modalités :

  • Inclusion et diversité sont assurés par le tirage au sort et un certain nombre de critères géographiques ou sociologiques afin de constituer un panel le plus représentatif du public ;
  • Des partenaires qui travaillent avec des publics plus éloignés de la politique pour viser des populations très précaires ;
  • Une combinaison des différentes modalités de participation pour une mise en commun de différents faisceaux de contributions, en particulier le mélange entre participation en ligne et évènements physiques.

Conjuguer dynamiques transnationale et nationale implique à la fois d’inventer de nouvelles formes de participation citoyenne transnationale et d’européaniser la démocratie nationale et locale afin de répondre réellement à la problématique de la distance entre citoyens et politique européenne.

Mieux penser la place de la société civile organisée signifie de penser une participation citoyenne qui soit en dialogue constructif avec les formes de représentations au sein de la société civile organisée.

Trois principes doivent inspiré les choix méthodologiques :

Les vertus de la méthode délibérative :

  • Les exercices de participation citoyenne réussis s’accompagnent d’une ingénierie de la concertation permettant d’amener les citoyens à dialoguer jusqu’à la proposition collective nécessitant rigueur et professionnalisme.
  • Les formats permettant une délibération qui s’étale sur un temps long et conjugue travaux de groupes et de plénières, avec l’aide de facilitateurs et d’animateurs, sont souvent ceux qui produisent les meilleurs résultats mais aussi le plus haut taux de satisfaction chez les participants.

Des ressources souvent gage de rigueur :

L’ensemble des 21 Conférences citoyennes du Grand Débat ont représenté environ 2,5 millions d’euros quand le coût d’une élection se compte en plusieurs centaines de millions et qu’il n’est pas rare de voir se monter des campagnes ou évènements de communication à plusieurs dizaines de millions d’euros.

Un contrôle indépendant des principes :

Tout en laissant le décideur endosser l’initiative et la responsabilité de la démarche, il est impératif d’associer à ces processus des personnes tierces indépendantes qui pourront jouer le rôle de garants tant pour une analyse finale fair play sur les avancées et la qualité des résultats mais aussi sans concession sur les faiblesses mais aussi au-delà de la tenue du débat, afin de pouvoir être également des gardiens de la prise en compte des résultats par les représentants et un relai de cette redevabilité des autorités publiques auprès des citoyens.

À l’heure où le landernau européen phosphore sur les voies possibles de l’association des citoyens à la Conférence sur l’Avenir de l’Europe, ceux qui croient la démocratie libérale indissociable de la construction européenne ne peuvent baisser les bras face à ses atermoiements comme face à ses détracteurs. Les pères fondateurs de l’Europe étaient visionnaires, avant-gardistes et créatifs. Ne perdons pas le sens de leur héritage par manque d’audace et d’imagination.

Comment améliorer les consultations publiques de l’UE pour engager les citoyens ?

Avec plus d’une centaine de consultations publiques par an, la Commission européenne dispose d’un cadre de bon niveau, bien noté par ceux qui répondent aux enquêtes. Cependant, des améliorations pourraient mieux garantir que les citoyens puissent participer facilement et efficacement…

Suivi des consultations publiques

La Commission devrait s’améliorer en définissant des indicateurs spécifiques à surveiller et à communiquer pour les consultations publiques afin d’évaluer systématiquement si les consultations publiques atteignent tous leurs objectifs.

Stratégie transparente de consultation

La Commission européenne devrait se fixer l’objectif de participation du public à l’élaboration de la législation de l’UE avec la meilleur sensibilisation possible des citoyens de l’UE.

À cette fin, la Commission européenne devrait préparer et publier des stratégies de consultation expliquant :

  • quelles activités de consultation utilisées et comment les activités sélectionnées se compléteront (par exemple, consultation publique, consultations avec les partenaires sociaux, experts, lobbyistes, enquêtes Eurobaromètre, groupes de discussion, échantillons de citoyens sélectionnés au hasard, auditions publiques, dialogues avec les citoyens) ;
  • quels objectifs spécifiques des consultations publiques, leur utilisation prévue et les ressources de la consultation (par exemple, informations de base, feuille de route, rapports factuels et synthèses, etc.).

Activités renforcées de sensibilisation

Pour améliorer la portée de ses consultations publiques, la Commission européenne devrait accroître ses activités de sensibilisation et adapter ses mesures de communication pour promouvoir une plus grande participation des participants potentiels et mieux impliquer les représentations de la Commission dans les États membres et les autorités nationales en vue de diffuser davantage d’informations sur les consultations publiques.

Dispositions linguistiques et questionnaires

Afin de permettre à tous les citoyens de participer facilement et efficacement, la Commission européenne devrait veiller à ce que les questionnaires et autres documents de consultation clés soient traduits dans toutes les langues officielles pour toutes les initiatives prioritaires et les initiatives d’intérêt général et veiller à ce que chaque consultation publique soit basée sur un questionnaire général pour le public avec un ensemble supplémentaire de questions pour les spécialistes si nécessaire.

Traitement et sécurité des données

La Commission européenne devrait protéger le processus de consultation publique contre la manipulation des résultats, notamment la mobilisation coordonnée de militants. Pour toutes les consultations publiques, la Commission devrait systématiquement vérifier si les contributions soumises sont uniques et non créées artificiellement. De même, des rapports systématique sur ces contrôles ainsi qu’un traitement cohérent des réponses aux consultations publiques permettraient de renforcer la légitimité des résultats.

Rétroaction pour les répondants

Afin de garantir que le processus de consultation publique soit aussi transparent que possible, la Commission devrait fournir aux participants des informations en temps opportun sur les résultats de la consultation.

Dans l’ensemble, le choix et l’étendue des canaux de communication utilisés y compris les médias sociaux devraient être renforcés afin que l’approche de la Commission européenne pour atteindre et impliquer les citoyens permette d’augmenter la participation.