Archives mensuelles : mars 2022

Une Realpolitik de l’Europe, un rêve pour l’Union européenne ?

Intervention lors des lundis de l’IHEDN de Jérémie Gallon diplomate, avocat et auteur de « Henry Kissinger, l’Européen » autour d’une réflexion sur une Realpolitik pour l’Europe…

Qui rêve encore d’un grand destin pour l’Europe ?

L’Après de la deuxième guerre mondiale, c’est la fin d’une Europe qui peut, seule, écrire l’histoire face à la force de l’armée rouge et du capitalisme américain. La gloire des Européens appartient au passé et l’Europe sort de l’histoire à grands pas et ne parvient plus à façonner les équilibres du monde.

Pourtant, la construction européenne, c’est la paix au sein de ses membres, les meilleures protections sociales, la civilisation des loisirs et le bien-être matériel ; bref une sacrée réussite inédite.

Mais, c’est se bercer d’illusions face aux menaces des puissances tierces entre guerres hybrides et désinformation où tout est bon pour déstabiliser les démocraties européennes. C’est sans compter sur nos vulnérabilités démographique et climatique, sachant qu’en un siècle, c’est un complet renversement du poids des populations entre l’Afrique et l’Europe. Les flux vont s’accroitre et continuer d’exercer une pression migratoire sur nos frontières poreuses, la libre circulation aurait dû avoir pour contrepartie le contrôle des frontières, sans parler de l’immigration illégale, nouvelle arme de régimes autoritaires.

Si nous voulons garder la capacité de transmettre notre héritage culturel, intellectuel et philosophique et offrir un futur aux futures générations qui ne soit pas dessiner par les autres puissances, nous ne devons pas nous résigner au déclin, à l’affrontement Chine-États-Unis, à l’abdication et à se résigner à la frilosité géopolitique avec une diplomatie des bons sentiments qui obtient peu de résultats et est en train de perdre jusqu’au respect des citoyens.

Quelle voie pour une Realpolitik pour l’Union européenne ?

Sans alternative possible pour répondre aux défis globaux actuels, la seule méthode d’action repose sur une analyse rationnelle des intérêts en présence, des circonstances historiques et politiques et des forces des idées afin d’atteindre des objectifs concrets.

Dans les Balkans, avec l’élargissement comme horizon unique et indépassable, l’Union européenne est parvenue à perdre sur tous les fronts : les citoyens européens sont exaspérés contre la machine bureaucratique, les résidents locaux sont humiliés, exaspérés, amers. Alors qu’une Realpolitik consisterait à bâtir des partenariats stratégiques pour barrer la route aux autres puissances.

La diversité est la première force de l’Union européenne, dans un monde en mutation, c’est notre meilleur atout pour comprendre les plis de l’histoire et le sens du temps long qui donne la densité nécessaire. Le statut de première puissance commerciale et de premier contributeur d’aide au développement est objectif.

La puissance normative pour la protection des consommateurs et la régulation des marchés est un modèle, correspondant à « l’effet Bruxelles » qui reflète nos valeurs, notre vision de l’individu et des libertés fondamentales ; sans oublier le potentiel de talents et d’expertises industrielles comme atouts européens à condition de lever les carcans sur la recherche, l’innovation et l’entreprenariat et de créer des écosystèmes vertueux.

Des obstacles sont à surmonter :

  1. Se doter d’une diplomatie européenne digne de ce nom, le SEAE n’est pas à la hauteur des espoirs, faute d’une culture stratégique et diplomatique commune vraiment partagée ;
  2. Passer à la majorité qualifiée plutôt que la règle de l’unanimité qui paralyse la diplomatie et favorise le véto des petits États-membres qui font du chantage sur d’autres sujets : le plus petit dénominateur commun n’est pas le reflet de l’intérêt général européen ;
  3. Mettre fin à la diplomatie en silo, surtout la politique commerciale et d’aide au développement, parce ce manque de synergies empêche une action cohérente dans le monde ;
  4. Mettre fin au mythe que prendre le chemin de la Realpolitik ne serait que la négation de notre identité européenne alors que la curiosité, comprendre l’altérité, le monde tel qu’il est, pas tel qu’on voudrait qu’il soit est au cœur de l’Europe.

Sans puissance militaire, la diplomatie ne peut être crédible. Mais, il ne faut pas se perdre dans des concepts comme l’armée européenne ou l’autonomie stratégique mais privilégier des projets industriels concrets et des interventions conjointes ponctuelles.

Le courage politique serait de regagner la confiance et l’estime de nos partenaires en respectant le seuil de 2% du PIB consacré à la dépense pour la défense, comme marqueur de notre effort. L’approche réaliste viserait à donner toute sa place à l’OTAN dans l’architecture de défense en Europe main dans la main avec l’allié américain face à des menaces auxquelles nous ne saurons pas répondre seul, ni maintenant, ni dans le futur ; sans oublier de renouer nos liens stratégiques avec le Royaume-Uni.

Qui peut incarner la Realpolitik européenne ?

L’exigence d’un monde de nuances qui ne se contente pas d’une grille de lecture manichéenne et offrant des options imparfaites, donc impopulaires est un héritage qui dépasse les personnalités. En tant que civilisation, la culture et l’histoire doivent nous offrir un regard unique sur le monde, qui nous rende digne de cet héritage. L’Union européenne s’est construite sur le déni de nos héritages façonnés par les siècles. Renouer avec la tradition de la Realpolitik européenne vise à puiser dans une culture européenne qui se différencie de l’Occident pour assumer ce que nous sommes, s’accepter pour accueillir et se projeter.

Les hommes deviennent des mythes par les buts qu’il se fixent, le temps est venu, à nouveau, d’avoir des grands rêves pour l’Europe, incarnés par une diplomatie de long terme.

Communication de la Commission européenne : le programme de travail en 2022

Avec pour mission de renforcer les liens entre les citoyens et les institutions qui les servent, de réduire l’écart entre les attentes et la réalité et de communiquer sur ce que fait l’Europe, la DG Communication se voit confier un vaste programme de travail pour l’année

Services de communication exécutive et corporate : 47 506 000 €

Deux lignes directrices animent la première mission de la DG COMM :

  • Une meilleure conceptualisation des politiques de l’UE : la communication fournit intelligences politique et économique et analyses spécifiques à chaque pays ;
  • Une meilleure image pour la Commission et l’UE : la communication assure la cohérence des messages autour des priorités politiques associée à une image de marque visuelle distinctive.

1. Le portail web Europa : le contenu politique des sites web de la Commission (par exemple, le Collège, les priorités, les actualités) et du site web interinstitutionnel de l’UE.

2. Les Eurobaromètres : les enquêtes génériques ou ad hoc portant sur des thèmes spécifiques et/ou des groupes cibles spécifiques, ainsi que des études qualitatives. Des synergies sont systématiquement recherchées par le biais d’une programmation annuelle avec d’autres directions générales et une coordination avec le Parlement européen.

3. Les studios de télévision et Europe by Satellite : des services audiovisuels, y compris la production d’actualités et de programmes audiovisuels et de clips vidéo pour les médias sociaux (YouTube, Facebook, Twitter, LinkedIn, Instagram).

4. La médiathèque et la production audiovisuelles : actualités vidéo (reportage en direct et en différé, actualité montée), principalement destinée à l’usage des médias ; production multimédia grand public ; événements d’information et soutien technique aux journalistes ; couverture vidéo et photo de l’actualité de l’UE.

5. Veille médiatique et analyse des médias : feedback continu sur la couverture médiatique de la Commission et de l’UE dans tous les États membres ; analyse quantitative et qualitative des médias sur l’impact médiatique des politiques prioritaires de la Commission dans les États membres, couvrant tous les types de médias (presse écrite, médias en ligne, médias audiovisuels et médias sociaux).

6. Abonnements à des sources d’information telles que agences de presse et fournisseurs d’informations.

7. Soutien à la communication, y compris conception graphique, concepts visuels, infographies, visualisations de données, contenus animés et interactifs.

8. Médias sociaux pour la gestion des comptes centraux et locaux : planification éditoriale ; animation communautaire ; surveillance et analyse des données ; alertes en direct lors de moments politiques clés ; soutien au réseau de community managers ; campagnes de communication, y compris l’achat médias.

Représentations de la Commission : 26 026 000 €

Produits et services de communication conçus pour informer et dialoguer avec les citoyens, par le biais de messages simples, clairs et compréhensibles, soit via une combinaison de canaux et de médias, soit directement avec les citoyens et en stimulant les échanges et l’engagement en face à face :

1. Communication :

  • Liens avec les autorités nationales, régionales et locales, les médias et les parties prenantes, et les citoyens en général ;
  • Appui à la préparation, à la conduite et au suivi des visites formelles ou informelles dans les États membres ;
  • Analyses et rapports approfondis, sur les principaux problèmes politiques, économiques et liés à la communication selon les sensibilités de communication nationales et locales.

2. Rayonnement local et coopération entre les représentations et les bureaux de liaison du Parlement européen, sous la marque “Maisons de l’Europe”.

3. Les activités de soutien local couvrant la formation et le soutien des centres Europe Direct, des centres européens de documentation (CED) et du réseau Team EUROPE DIRECT.

4. Information des journalistes : organisation d’événements d’information, visites des institutions et organes de l’UE, studios de la Commission et soutien technique des journalistes, information, points presse et bulletins d’informations.

Services de communication aux citoyens : 17 504 000

Informer et dialoguer avec les citoyens par le biais de messages simples, clairs et compréhensibles pour aider les citoyens à accéder à des informations actualisées et conviviales sur les politiques et les valeurs de l’UE, en les incitant à s’engager directement :

1. Réseaux – gestion et soutien : centres EUROPE DIRECT, centres européens de documentation et réseau EUROPE DIRECT.

2. Services d’information : exploitation et développement du centre de contact Europe Direct, qui fournit des services gratuits d’information générale multilingue sur les questions européennes.

3. Dialogues citoyens, axés sur les panels de citoyens de l’UE, la plate-forme et les événements autour de la conférence sur l’avenir de l’Europe.

4. Centre des visiteurs : activités liées au centre d’information Experience Europe au Rond-Point Schuman à Bruxelles et Europa Experiences dans 5 États membres où ces espaces d’exposition interactifs existent actuellement, ainsi qu’à Paris et Rome, où Europa Experiences devrait ouvrir en 2022.

5. Rapport général et publications : production, diffusion et promotion de publications et de supports de communication en ligne et hors ligne pour les citoyens qui expliquent ce qu’est l’Union européenne, ce qu’elle fait, quelles sont ses priorités actuelles et comment elles affectent positivement la vie des citoyens.

Politique d’information et communication stratégique pour l’action extérieure : 2 795 000 €

Contributions de la politique étrangère et de sécurité commune, des relations extérieures, de la coopération et des partenariats internationaux, de la politique européenne de voisinage, de l’élargissement, de la prévention des conflits et des politiques/programmes humanitaires ; l’objectif général est de montrer la valeur ajoutée du soutien de l’UE dans différents domaines de la vie des personnes.

En 2022, la campagne NextGenEU continuera d’informer sur les efforts de l’UE dans la reprise de la crise mondiale du coronavirus, tant du point de vue de la santé publique que du point de vue économique. La campagne expliquera également le rôle moteur de l’Europe dans la lutte contre l’urgence climatique planétaire autour de l’objectif zéro carbone 2050, le Green Deal et les politiques environnementales connexes qui sont d’intérêt européen et mondial, par exemple dans le domaine de la biodiversité. La campagne NextGenEU s’adressera en particulier aux jeunes, d’autant plus que 2022 sera l’Année européenne de la jeunesse.

Ukraine : de l’extension du domaine européen

Entre le choc des événements autour de l’invasion de l’Ukraine par Poutine, le poids des émotions de la sidération, l’angoisse et la colère ainsi que le film des différentes décisions, sans oublier les scénarios d’avenir, nous voyons la marche de l’histoire. Grâce à la technique de l’agenda-framing qui vise en communication à comprendre les effets de cadrage, quels sont les principaux cadres anciens et nouveaux pour tenter une première lecture à chaud ?

Attractivité extra-UE où quand nous sommes dépassées par le mouvement ancien pro-européen

Appréciée de seuls ceux qui s’y intéressent, la capacité de l’Union européenne a attiré nous a semblé toujours, à nous « Européens de l’intérieur » très surprenant tant de la part des autres continentaux qui jettent un regard globalement bienveillant sur les promesses de l’Europe que surtout de la part des « Européens de l’extérieur », qui aspirent au-delà de la raison pure avec enthousiasme et passion à rejoindre la famille européenne.

Cette attractivité extra-UE de l’Europe, bien entendu de la part des Ukrainiens en particulier, est au cœur d’un premier cadre de compréhension pour dénouer le fils de la suite des événements. Sans une mobilisation populaire forte et continue depuis quelques années, les tensions ne se seraient pas manifestées avec la même intensité.

Réactivité de l’UE où quand nous avons accéléré grâce à la nouvelle fabrique de l’Europe

Décryptée de plus en plus largement par les experts européens, la capacité de l’Union européenne à prendre des décisions d’ampleur face à des défis inédits est au cœur de la dernière décennie d’apprentissage dans la douleur des crises : euro, migrants, Brexit, covid…

Ce logiciel intra-UE de la nouvelle fabrique de l’Europe, illustré avec éclat avec le plan de résilience #NextGenerationEU d’investissement post-pandémie, a permis à la machine européenne de se mettre en branle avec rapidité et efficacité pour réagir, prendre des mesures d’urgence, diverses sanctions. Sans l’enchaînement impopulaire des résolutions de crise – que Luuk van Middelaar analyse du « Passage à l’Europe » jusqu’à « Quand l’Europe improvise » et qui constitue notre 2e cadre d’interprétation – les décisions inédites et importantes n’auraient pas été prises avec la même réactivité.

Solidarité des opinions publiques européennes où quand nous partageons un sentiment d’appartenance commun

Manifesté dans la plupart des capitales européennes, le soutien aux Ukrainiens cristallise plusieurs réactions, en priorité à destination directe des Ukrainiens pour les défendre et partager leur combat mais aussi mezzo voce à destination des décideurs nationaux pour les pousser à la mobilisation et aux solutions pour résorber le conflit. Le rôle éminent du président Volodymyr Zelinski, dont la communication est exemplaire, contribue à galvaniser son peuple et à rendre sa fierté à l’Europe toute entière.

Ce moment européen, certains parlent même d’un printemps européen, comme il y avait eu un printemps arable, correspond à un phénomène de cristallisation des opinions publiques européennes qui exprime un sentiment d’appartenance peut-être pour la première fois dans sa dimension et son intensité à une même communauté et qui partage en même temps et de manière très consensuelle un nouveau cadre d’interprétation, le 3e, de la réalité.

Souveraineté européenne où quand nous détenons notre destin entre nos mains

Discutée à l’occasion du Conseil européen, réunissant les chefs d’État et de gouvernement à Versailles, sous présidence semestrielle française du Conseil de l’UE, la capacité de l’Union européenne à prendre en main son destin ne pourra se faire sans parvenir à maintenir la cohésion et l’aspiration à approfondir les modalités nécessaires d’une construction européenne confrontée à des défis vitaux.

Cette scène européenne pourrait symboliser – il s’agit là du dernier cadre d’interprétation –  les fonds baptismaux d’initiatives historiques tant dans l’élargissement de l’Europe vers l’Ukraine, la Géorgie et la Moldavie. Un premier débat indispensable, mené dans l’urgence, sur le destin des frontières de l’ensemble européen, de sa place géographique donc historique dans le monde ; même si les perspectives d’adhésion ne peuvent pas être immédiates. Un second débat s’articule évidemment autour des capacités autour d’une Europe plus souveraine, grâce à sa politique d’auto-défense, sa politique d’indépendance énergétique, sa politique climatique et technologique pour protéger les biens publics européens à transmettre aux prochaines générations.

Au total, l’agression contre les Ukrainiens est un électrochoc pour les Européens qui vont devoir s’exercer à la fabrique de l’Europe forgée par la volonté politique et le sang-froid.

Illusions institutionnelles et monolinguisme de la communication européenne sur les médias sociaux

Dans un système de 23 langues officielles, certaines sont en pratique plus égales que d’autres, et en particulier les institutions européennes se sont illusionnées en sacrifiant à la promotion d’une sphère publique européenne, des pratiques de communication linguistiques hégémoniques où l’anglais domine, selon Kaisa Koskinen dans « Social media and the institutional illusions of EU communication »…

Des « illusions institutionnelles » du multilinguisme plus théorique que pratique

Dans la théorie littéraire, le concept de “la suspension volontaire de l’incrédulité” ou “foi poétique” développé par William Coleridge en 1817, fait référence à l’acceptation par les lecteurs de la fictionnalité de la fiction. Nous acceptions les règles de la fiction pour profiter d’une histoire divertissante.

Les politiques linguistiques institutionnelles reposent sur une attitude quelque peu similaire en ce sens qu’elle implique une ignorance volontaire de certains aspects pragmatiques de la vie quotidienne au profit d’un principe d’« illusions institutionnelles ». Le multilinguisme peut être à jamais inaccessible dans la vie quotidienne, mais il peut être nécessaire de continuer “comme si” il était la réalité car l’abandonner ferait s’effondrer la construction d’ensemble.

De la “cyberécologie linguistique” virtuelle : le monolinguisme pragmatique des institutions européennes

Les illusions institutionnelles d’égalité et d’équivalence entre les langues n’ont pas survécu au passage aux médias sociaux. Le choix de l’anglais en tant que lingua franca européenne s’est réalisé sans discussion des questions d’égalité et d’accès à l’information, afin de favoriser un dialogue européen en atteignant directement les citoyens intéressés par les affaires européennes au détriment du multilinguisme institutionnel. L’anglais devient la langue commune par laquelle les Européens se comprennent ; rien à voir avec l’impérialisme linguistique britannique ou américain et tout à voir avec l’aspect pratique.

Le développement simultané de se connecter directement aux citoyens en adaptant la communication aux besoins locaux s’est traduit, si l’on peut dire par le détachement d’une partie des traducteurs dans des bureaux locaux et la création d’une unité de traduction web distincte à Bruxelles. Les traducteurs de ces deux unités ont pour tâche explicite de briser l’illusion d’équivalence dans leurs stratégies de traduction et de commencer à localiser les communiqués et pages web en adaptant à la fois leur style et leur contenu aux mieux se conformer aux intérêts locaux dans la culture cible.

Sur les réseaux sociaux, la plupart des profils dans des langues autres que l’anglais sont ceux mis en place par les représentations locales et la coexistence avec d’autres langues que l’UE est devenue rare.

L’anglais est en effet majoritaire sur la chaîne Youtube de la Commission européenne EUtube qui permet les commentaires, et il y en a souvent, majoritairement en anglais. EuroparlTV, en revanche, la webTV du Parlement euuropéen est une chaîne à sens unique, diffusant des informations dans plusieurs langues mais n’invitant à aucune réponse.

Dans ces lignes directrices pour une action responsable dans les médias sociaux, la Commission européenne ne s’exprime pas sur les langues à utiliser. La pratique où l’anglais domine a été autorisée à se développer de manière organique, car L’utilisation d’une langue commune dans les discussions accroît les possibilités d’une sphère publique européenne commune.

Du « linguicisme » : le monolinguisme dans la participation des « citoyens »

Les principes du multilinguisme institutionnel sont bouleversés dans les médias sociaux : le multilinguisme institutionnel a traditionnellement permis aux citoyens de rester individuellement monolingue, mais comme l’institution est désormais plutôt monolingue en n’utilisant que l’anglais dans les médias sociaux, c’est aux commentaires des citoyens d’introduire davantage de langues. Cependant, peu d’entre eux sont disposés à le faire. La majorité des commentateurs optent pour le renforcement du choix linguistique préétabli par l’institution.

Si l’objectif est de permettre une participation démocratique de tous les groupes linguistiques, l’absence de toute régulation institutionnelle des pratiques langagières dans les médias sociaux est donc frappante. Cette absence de politique linguistique explicite laisse place à une évolution que l’on pourrait qualifier de linguicisme, c’est-à-dire de pratiques qui légitiment ou reproduisent une répartition inégale du pouvoir et des ressources sur la base de la langue.

Si la Commission européenne avait une politique de traduction réfléchie pour les médias sociaux, elle aurait pu résoudre différemment la question du multilinguisme. L’unité de traduction web distincte aurait pu élargir sa portée pour inclure les médias sociaux, sachant qu’il existe désormais des services de traduction commerciaux qui fournissent des traductions automatiques pour les besoins des médias sociaux instantanément.

De deux choses l’une sur les réseaux sociaux, soit les pratiques soutenant l’hégémonie de l’anglais sont le résultat accidentel d’un développement organique des stratégies de communication de la Commission européenne, soit il existe des motivations considérées comme plus précieuses qu’un régime linguistique égalitaire pour créer une identité européenne commune et un sentiment d’appartenance et in fine une sphère publique européenne partagée.

Il est évident que l’utilisation croissante des médias sociaux par les institutions de l’Union européenne a un effet profond sur leur paysage linguistique virtuel. En l’absence d’une politique linguistique explicite, les pratiques entraînent une perte importante des formes démocratiques de multilinguisme et une augmentation de la prédominance d’une langue, l’anglais.

Si l’égalité entre les langues officielles demeure l’idéologie dominante, il y a très peu de preuves de tentatives de sauvegarde de l’illusion d’égalité. Il s’ensuit que la question de l’équivalence ne se pose même pas dans la plupart des cas. L’illusion d’équivalence n’a donc pratiquement aucune place dans ces forums.

Si l’on devait identifier quels types d’illusions sont venues remplacer les anciennes : la première illusion est que si la politique linguistique n’est pas explicitée, elle n’existe pas ; la seconde est que tout le monde connaît l’anglais ; la troisième pourrait être que la langue n’est qu’une question pragmatique de communication, sans rapport avec les questions d’identification, d’idéologie, de politique, de pouvoir ou d’éthique.

Sur les médias sociaux, la politique linguistique hégémonique émergente basée sur l’anglais peut bien soutenir l’objectif politique de créer la sphère publique européenne, mais il faut accepter que cette sphère publique ne sera pas « sociale », mais sera alors une construction d’élite non accessible à ceux qui ne sont pas adeptes du numérique et ne maîtrisent pas bien l’anglais.