Archives mensuelles : mai 2014

Classement des nouveaux eurodéputés français sur Twitter

A peine élus, les 74 nouveaux eurodéputés français sont à 77% présents sur Twitter pour une audience cumulée d’un petit million d’abonnés. Quel est le portrait robot d’un eurodéputé français ?

Le succès du FN, une régression pour la présence des eurodéputés sur Twitter

Avec 12 absents sur 24 élus, les eurodéputés FN font baisser la présence des eurodéputés français sur Twitter, qui s’établissait à 86% lors de la mandature précédente, selon une récente étude.

Les stars, des étoiles européennes filantes sur Twitter

Seuls 12 eurodéputés dépassent les 10K followers. Mais, les plus suivis sur Twitter ne le sont pas principalement en raison de leur mandat européen, mais bien davantage pour leur statut de « présidentiables » (Le Pen, Mélenchon, Joly, ou Bové), d’ex ministres (Dati, Morano, Alliot-Marie ou Peillon) ou de « personnes vues à la TV » (Bové, Filippot, Aliot, Artuis).

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40% d’absents et d’inconnus

Entre 17 absents et 13 rassemblant moins de 1K followers, 40% des eurodéputés sont pas ou peu visibles sur Twitter.

Au total, les inégalités d’activité et de visibilité entre les nouveaux eurodéputés français sont très importantes – même si une certaine dynamique propre aux petites formations politiques (100% des élus de l’écologie et du centre sont sur Twitter) se dégage.

Elections européennes : dépôt de bilan de l’information et de la communication sur l’UE ?

« Cette fois-ci, c’est différent » : le slogan de la campagne de communication du Parlement européen nous avait prévenu… Au lendemain du scrutin, les différences apparaissent effectivement au grand jour, et ce ne sont pas de bonnes nouvelles pour l’information et la communication sur l’UE.

Les échecs d’une information européenne sur l’UE

Le traitement de la campagne électorale européenne dans les médias permet de dresser deux conclusions :

A l’échelle de l’UE, des médias européens sans journalistes : le paysage médiatique d’une information européenne sur l’UE n’a pas percé à l’occasion de ces élections européennes – les quelques médias européens demeurent marginalisés à une cible élitaire ;

A l’échelle des Etats-membres, des journalistes européens sans médias : les médias nationaux, demeurent non seulement dominants mais également très peu ouverts aux enjeux européens – les quelques journalistes spécialisés dans les affaires européennes sont plus que jamais marginalisés dans leur rédaction.

Autrement dit, le journalisme européen ne sort pas grandi de cette échéance électorale, l’européanisation de l’information sur l’UE n’a pas progressé, ni par le haut avec des médias européens bourgeonnants, ni par le bas avec des médias nationaux déclinants.

La faillite de l’information européenne s’est traduite – faute de moyens ou d’intérêts pour aborder les enjeux – par une reductio ad nauseum de l’UE à une succession de classements sans intérêt : classement des eurodéputés (avec des critères plus ou moins lisibles), classement des partis politiques selon leurs intentions de vote (avec une course de chevaux stériles), classement des vidéos d’incitation au vote…

Les défauts de la communication politique européenne

L’autre principal enseignement de la campagne des élections européennes porte sur la communication politique européenne :

La campagne des « Sptizenkandidaten », i.e. la compétition des partis politiques européens pour la présidence de la Commission européenne, n’est pas parvenue à s’adresser très loin au-delà des milieux européens ;

Les campagnes nationales s’articulant le plus souvent autour des changements à apporter à la construction européenne ne pouvaient que favoriser les positions les plus tranchées.

Autrement dit, la tentative des institutions européennes, portée par les partis politiques européens, à l’échelle européenne, de proposer un embryon de campagne électorale paneuropéenne et européo-centrée n’a pas réussi à sélectionner des candidats charismatiques, à façonner des programmes ambitieux ou à inverser la conversation nationale « pour » ou « contre » l’UE.

Au total, face au dépôt de bilan de l’information et de la communication sur l’UE lors des élections européennes de 2014, l’impérieuse nécessité d’une refondation s’impose.

Construction médiatique de l’Europe : l’urgence démocratique de parler de l’Europe autrement

A quelques jours du vote, le bilan de la couverture de la campagne dans les médias est calamiteux. Non seulement la méconnaissance quasi générale des instances politiques de l’UE dans les rédactions a éclaté au grand jour, les journalistes ne tentant même plus de faire semblant ; mais surtout l’indifférence pour l’Europe, qui pourtant ne revient dans la chronique des médias qu’au rythme des élections tous les 5 ans semble dorénavant la norme jusque dans le service public de l’audiovisuel.

Il est plus que temps de passer à un « renouvellement des mises en scène télévisuelles de la politique » européenne, pour reprendre le titre du n°24 de la revue Questions de communication…

La pauvreté des dispositifs médiatiques de l’information politique européenne : l’interview journalistique ou le débat entre candidats

Selon les travaux de Jean Mouchon dans « La France et la construction médiatique de l’Europe : entre déficit démocratique et déficit informationnel », le traitement de l’information politique européenne, en particulier dans les médias audiovisuels, se caractérise par la pauvreté des dispositifs, en dépit de l’innovation des débats entre les « grands » candidats des partis politiques européens.

En effet, les formes de couverture de la campagne électorale dans les médias audiovisuels se révèlent très limitées en raison du double mouvement de désaffection générale par rapport au politique et de désintérêt particulier pour l’Europe.

Premier modèle « impositif » avec l’émission basée sur le questionnement journalistique

Pas loin d’être considéré comme le degré zéro de la construction médiatique d’un sujet, l’interview « met en scène le politique et un journaliste vedette qui fait figure d’animateur » et surtout « met délibérément le public à l’écart, réduit à une présence passive ».

Pour Jean Mouchon, « le cocktail composé de l’exclusion d’une catégorie importante d’acteurs sociaux et de l’offre d’un spectacle simpliste et édifiant donne la mesure du dépérissement ».

Face à un sujet à enjeux et compte tenu des moyens dont disposent les médias pour dynamiser l’antenne et intéresser le public, le questionnement journalistique ne devrait pas être la règle mais l’exception dans le traitement médiatique de l’Europe.

Deuxième modèle « interactif » avec le débat télévisé démocratique

De manière très intéressante, Jean Mouchon reconnaît que le débat télévisé démocratique assurant « la présence direct de l’homme politique face à des interlocuteurs inconnus » est « plus égalitaire » mais « peu développé », « la construction européenne n’accédant qu’occasionnellement à ce degré de visibilité dans l’espace public ».

Or, justement, l’innovation principale de la campagne 2014, ce sont les grands débats télévisés entre les candidats des partis politiques européens pour le poste de président de la Commission européenne.

Pour autant, Jean Mouchon prévoyait que ces débats télévisés démocratiques « ne jouent pas comme « produit d’appel » pour les programmateurs ». Le refus de France Télévisions de retransmettre les débats prévus ou d’organiser son propre débat participe de ce constat.

Ce format exigeant une maîtrise suffisante des codes européens par le public ne peut pas parvenir à assurer un traitement grand public de l’Europe dans les médias.

La nouveauté des dispositifs médiatiques de l’information européenne : la parole ordinaire, le vécu et l’expérience

Face à la parole politique ou experte sur l’Europe – deux voies sans issue pour toucher le grand public – d’autres formats, sans pour autant sombrer dans les talk show et les reality show, permettent au public de devenir acteur direct dans une nouvelle forme de « télévision de proximité », qui privilégie la parole ordinaire et le partage des expériences quotidiennes.

Troisième modèle de l’agora citoyenne ou du forum de studio

Pourtant, il ne s’agit pas de mettre en scène des gens ordinaires sélectionnés dans un dialogue entre des membres d’un panel populaire et un politique, « l’expression chaotique de leur conviction se transformant en spectacle émouvant répondant ainsi à l’esthétique ambiguë de la télévision ».

Il faut plutôt favoriser des échanges sur l’Europe entre des citoyens ordinaires. Si le public ordinaire et profane occupe le devant de la scène, alors un droit d’expression réel sur des thèmes de fond doit leur être permis : focalisation sur le récit d’expériences et sur le vécu sensible quotidien.

Au total, la construction médiatique des élections de 2014 correspond à une forme de degré zéro de l’information et du débat public attendus en période électorale. Le pourcentage très élevé d’électeurs abstentionnistes résonne comme une sanction du non travail des journalistes et des hommes politiques.

Elections européennes, piège à abstention ?

Alors que l’échéance électorale approche, tout le monde s’interroge sur l’abstention et notamment sur les raisons de sa progression d’un scrutin après l’autre. Est-ce l’attention des médias à la campagne qui mène les électeurs à voter ou plutôt la propension générale de certains électeurs à voter qui induit un intérêt de leur part pour le travail des médias ?

Le “storytelling” des bouc-émissaires de l’abstention aux élections européennes

A première vue, les choses sont claires et les avis tranchés sur les causes de l’abstention aux élections européennes.

Pour les uns, c’est la faute aux politiques :

  • C’est bien connu, l’offre électorale – quoique pléthorique – ne répondrait pas aux attentes des électeurs qui boudent ;
  • La poussée de l’abstention, c’est la traduction de la force des populismes face à la faiblesse des partis politiques gouvernementaux qui se déplument ;
  • Surtout, l’absence de pédagogie sur l’UE ou la duplicité des discours sur « Bruxelles » justifie l’évaporation des électeurs.

Pour les autres, c’est la faute aux médias :

  • D’abord, la couverture médiatique de la campagne électorale européennes stricto-sensu est indigente, notamment la faible retransmission de l’innovation des débats entre les « grands candidats » ;
  • Ensuite, les compétences européennes plus largement dans les rédactions nationales sont squelettiques, ce qui se traduit dans l’actualité ;
  • Enfin, l’intérêt des journalistes pour les affaires européennes – serait à l’égal de celui des électeurs – réduit au service minimum.

Et ne parlons pas de tous ceux – nombreux – qui estiment que la cause de l’abstention aux élections européennes doit être trouvée dans l’Europe elle-même, lointaine et complexe. La lecture du policy paper d’Yves Bertoncini détaillant « un grand nombre d’éléments explicatifs de nature politique et institutionnelle » d’une « abstention naturelle » ne peut que leur être conseillé.

Faut-il vraiment blâmer les médias d’information ?

L’avis nuancé dans “Blaming the Messenger? Political Communications and Turnout in EU Elections” de Pippa Norris de l’Université d’Harvard est éclairant.

L’hypothèse la plus plausible correspond plutôt à un cercle vertueux entre le suivi de l’actualité médiatique et des prédispositions civiques : l’attention aux médias cristallise les choix électoraux, et inversement.

Tout comme les fans de sport lisent la presse sportive ou les investisseurs achètent la presse business, les électeurs ayant une prédisposition électorale s’intéressent à l’actualité politique. Rapporté à l’échelle européenne, les bataillons de lecteurs/auditeurs/téléspectateurs fort réduits expliquent mécaniquement la faible participation électorale.

Dans ce cadre, ce ne peut pas être un surcroit d’actualité européenne qui permettent de toucher les abstentionnistes potentiels. La diffusion d’un débat entre candidats européens sur une grande chaîne ne représenterait à coût sûr ni un succès d’audience, ni un antidote contre l’abstention.

A l’évidence, la couverture des affaires européennes dans les médias d’information ne devrait pas être blâmée à la place d’inégalités dans les compétences éducatives ou les ressources socio-économiques qui sont des facteurs d’apolitisme dans les sociétés européennes.

Mais alors, faut-il être condamné à voir passer les trains de l’abstention ? Autrement dit, comment augmenter soit l’intérêt aux médias sur l’actualité européenne, soit la propension civique à s’engager lors de scrutin européen ? Seul l’apprentissage sur le long terme permet de corriger ces tendances de fond…

Faut-il alors s’appuyer sur les partis politiques ?

Puisque l’activité des médias est limitée – en période électorale – pour lutter contre l’abstention, seuls les partis politiques peuvent motiver les électeurs, selon Hoblot et Spoon dans “Motivating the European Voter: Parties, Issues, and Campaigns in European Parliament Elections”.

Les comportements des électeurs sont différents lors des scrutins européens, parce que leurs orientations partisanes sont « contrariées » à la fois par une offre attractive des partis de niche segmentés selon des enjeux européens et par la tentation d’un vote stratégique protestataire à peu de frais.

Du coup, une campagne européenne à la fois plus polarisée sur des enjeux européens (ce que les partis politiques ne savent pas faire) et plutôt critique contre l’UE (ce que la plupart des partis ne savent que trop bien faire) offre plus de chance de motiver les électeurs à sanctionner ou sauver (c’est plus rare) la construction européenne.

Au total, l’information des médias et la communication des candidats impactent à la marge des électeurs d’autant plus abstenant qu’il s’agit d’Europe.

Médias et Europe : je t’aime, moi non plus

Les élections européennes semblent à bien des égards se transformer en campagne contre les médias dans leur traitement déficitaire de l’Europe au point que le secret des sources sur France culture s’interroge : le désintérêt médiatique pour l’Europe : choix ou incompétence ? Quelle est la relation entre l’Europe et les médias aujourd’hui ?

Journalistes et eurocrates : même combat face à la défiance du public

La défiance du public envers les journalistes est au moins aussi importante que celle envers les eurocrates. Le métier de journaliste est quasiment le pire au monde, selon les classements internationaux, à moins que ce ne soit celui de fonctionnaire européen.

La crise de la presse traditionnelle – sa perte de lecteurs et d’annonceurs – est au moins aussi béante que le déficit démocratique de l’UE. Autrement dit, a distance entre les journaux et les citoyens devient équidistante de celle entre l’UE et les citoyens.

Résultat ? Les médias tentent de sauver leur fond de commerce et l’UE aurait intérêt à regarder ce que tentent les journalistes pour restaurer la confiance…

Les pure players, nouveau modèle du journalisme européen ?

La principale disruption dans le monde des médias ces dernières années est constituée par l’apparition et le développement international des pures players de l’information : Huffington Post, Slate, Buzzfeed, The Onion, Vice, Quartz, Upworthy…

Ces sites d’information qui cartonnent en Amérique du Nord et débarquent en Europe représentent un nouveau modèle de « journalisme » qui ne repose pas seulement sur le low cost mais surtout sur l’irrévérence, le décalage et les médias sociaux pour attirer l’audience.

Evidemment, l’UE n’est pas « médiagénique » et cette tare génétique n’est pas prête de changer. Pour autant, les nouveaux acteurs de l’information en ligne sont autant de sources d’inspiration pour un journalisme européen renouvelé :

  • les journalistes tentent d’intéresser avec de nouveaux angles, sur le fond, qui s’appuient sur les nouvelles lignes de fracture dans la société entre les inclus et les exclus mais aussi sur les nouvelles cultures de la TV, du cinéma, des séries TV…
  • les journalistes innovent, sur la forme, avec des nouveaux formats de narration…

Au-delà du modèle de l’information institutionnelle sur l’UE

Trop souvent, l’association entre information européenne et grande presse d’information et d’opinion apparaît comme une évidence irréfutable. L’information européenne correspondrait à un type de médias très particulier rassemblant une couverture technique de l’actualité institutionnelle européenne et un lectorat de CSP+ multilingue, enfin plutôt bilingue anglais. Autrement dit, la presse européenne, ce serait, de facto, quelques médias anglo-saxons ou bruxellois.

Pourtant, plusieurs exemples de journalisme européen mêlant boradcasting et interactivité démontrent qu’il est tout à fait possible d’intéresser le grand public à l’Europe en s’y donnant la peine :

  • Fish Fight : une émission dans le genre de Thalassa, version UK, a lancé une pétition en ligne pour lutter contre certaines techniques de pêche destructrice des fonds marins en complément d’un reportage ;
  • Battle Front : une série de TV réalité consacrée au chômage des jeunes s’appuyant sur le suivi de quelques jeunes encadrés, notamment par des « coachs » recourant aux programmes d’aides européennes ;
  • Voting Aid : un programme à la TV finlandaise de sondages via les médias sociaux en temps réel et accompagné de fact checking permettant aux électeurs de se positionner lors d’un scrutin législatif…

Au total, les médias comme l’UE sont chacun en rupture avec leur public et à défaut d’une prise de conscience sur les tentatives des uns et des autres pour restaurer la confiance, la crise de la presse comme le déficit démocratique de l’UE ne sont pas prêts de se résorber.