Archives par étiquette : communication européenne

Et si pour toucher le grand public la communication européenne devait être « européennement incorrecte » ?

Une « fracture européenne » se serait installée entre l’UE et les Européens. Et si en fait l’idée « européennement incorrecte » serait plutôt que cette fracture se situerait entre les milieux européens intégrés et une large partie de la population…

La fracture européenne revisitée

Popularisée par le rapport Herbillon, rédigé au lendemain de l’échec du référendum sur un projet de Constitution pour l’Europe, l’expression de « fracture européenne » qualifie la relation compliquée existant entre les Français et l’Europe résumée par « Je t’aime, moi non plus… ». La fracture européenne est un phénomène électoral entre ceux qui souscrivent au projet européen et ceux qui s’y opposent ou proposent une vision alternative.

Et si en fait la fracture européenne ne se situait pas entre l’UE et les peuples mais bien davantage entre d’une part, les milieux européens évoluant dans un espace public européen envisagé comme rationnel entre gens connectés à l’UE et d’autre part, le débat public national sur l’Europe tel qu’il a lieu dans les médias nationaux, dans les foyers et sur Internet. La fracture européenne serait alors une différence de perception et d’appréhension de la chose européenne.

Quelles conséquences pour la communication européenne ?

Tandis que la fracture européenne, définie par le rapport Herbillon, s’analyse comme un enjeu d’opinion, la fracture européenne revisitée s’analyse comme un véritable problème de communication.

Indépendamment des convictions politiques pro- ou anti-européennes, la fracture européenne revisitée conduit à envisager une communication « européennement incorrecte » au sens où pour vraiment percer dans le débat public national, le sujet européen doit s’adapter – au risque d’apparaître « incorrect » aux yeux des milieux européens, c’est-à-dire à la fois lacunaire et hérétique.

La communication européenne devrait alors s’attacher à se débarrasser de tout ce qui empêcherait la pleine participation du grand public en raison d’un déficit de connaissance, d’un défaut de compréhension ou d’un obstacle en termes d’image.

Ainsi, cette nouvelle lecture de la fracture européenne débouche sur une nouvelle pédagogie sur l’Europe.

Communication européenne au carré : l’UE communique sur sa propre communication

La Commission européenne ne se contente plus seulement de communiquer pour chercher à faire connaître ses politiques auprès du grand public. Dorénavant, l’institution promeut également ses propres actions de communication en recherchant la reconnaissance ou la participation des communicants. Ou quand l’UE communique – non sans gloire ou cynisme – sur sa propre communication…

Gloire : prix Effie pour la campagne antitabac de l’UE sur les « Ex-fumeurs » ou quand l’UE recherche la reconnaissance des communicants

Pour la première fois, une campagne de communication de la DG Santé et consommateurs a reçu la médaille d’or du prix Effie (dans la catégorie santé) qui représente « la plus haute distinction de l’efficacité prouvée en matière de communication ».

Une prouesse d’autant plus remarquable qu’il s’agit, selon le communiqué de « la première initiative anti-tabac à être distinguée par un Euro Effie » alors les communications sur le sevrage tabagique sont plutôt réputées concurrentielles en matière d’innovation et de créativité.

Rappelons toutefois que la communication anti-tabac de la Commission européenne a déjà été récompensée avec 2 Grand Prix Empreintes pour « les meilleures innovations publicitaires dans le domaine de la santé publique ».

Il n’en demeure pas moins que la Commission européenne recherche et se félicite de gagner la reconnaissance de la profession des communicants.

Cynisme : campagne « 50 ans de PAC » autour des bonnes pratiques de communication ou quand l’UE recherche la participation des communicants

Pour marquer le 50e anniversaire de la PAC, la DG Agriculture et développement durable lance « une initiative pour mettre en valeur les bonnes pratiques de communication ». Une bien curieuse façon de célébrer cette occasion.

Sous prétexte de « créer un projet commun impliquant les principaux acteurs ruraux et les citoyens européens pour réfléchir et débattre de l’importance de l’agriculture dans notre vie », la campagne « 50 ans de PAC – un partenariat entre l’Europe et les agriculteurs » est en fait un vaste concours où pour faire partie du réseau « 50 ans », il faut présenter une idée de communication qui puisse éveiller l’intérêt du public.

Le « deal » entre les organisateurs de la campagne et les participants au concours est d’ailleurs explicite : « que diriez-vous de bénéficier d’un peu de publicité supplémentaire à l’échelle de l’UE en rejoignant notre réseau européen ? ».

Autrement dit, l’initiative se présente comme un appel à propositions déguisé où « agences de communication, médias généralistes ou spécialisés… » sont invités à présenter leurs idées, non pour pouvoir les réaliser mais pour travailler leur propre notoriété auprès de l’UE.

Il demeurera toujours moins couteux de lancer un concours sur les bonnes pratiques de communication avec une remise de quelques prix plutôt que de mettre en œuvre la meilleure idée de communication issue d’un concours.

Au total, la Commission européenne semble bien avancée dans sa « mue communicationnelle » au point de récupérer quelques travers de la profession des communicants comme la recherche de leur reconnaissance ou de leur participation.

Comment informer et communiquer sur l’Europe avec les nouveaux formats du web ?

Au cours de l’été, Taybot de l’équipe web du Parlement européen a publié un papier d’angle très intéressant sur les tendances éditoriales actuelles en ligne : live coverage, citizen journalism, social media stories, crowdsourcing, infographies et data journalism… Quelles sont les exemples de ces nouveaux formats du web en matière d’information et de communication européenne ?

Infographie : « les Français et l’Union européenne »

Présenter l’Union européenne : son fonctionnement, sa place dans la vie quotidienne et l’opinion des Français, c’est la prouesse réussie par une infographie réalisée par la Représentation de la Commission européenne à Paris.

En matière d’infographies, le Parlement européen est d’ailleurs devenu un spécialiste et propose un Tumblr et un board sur Pinterest. La Commission européenne se lance également avec des infographies tels que « Are your in control of your personnal data? » ou sur la qualité des conditions de consommation dans l’UE.

Cartographie interactive : « la crise en Europe »

CNN propose une carte interactive des chiffres clés des pays européens : chômage, PIB, croissance et dette. Un exercice factuel très lisible qui souffre néanmoins de l’absence d’analyse.

Data visualization : le réseau des dettes en Europe

Le New York Times réalise une data visualization des flux de dettes entre les principaux pays en crise en Europe : Espagne, Italie, Portugal, Irlande et Grèce. La complexité demeure relativement plus accessible, en tout cas pour un public plutôt averti, quoique malheureusement les données ne sont pas mises à jour depuis la publication en mai 2010.

Animation : l’évolution du personnel politique de Maastricht au traité budgétaire

Le Monde publie une petite frise chronologique animée sur les positions successives de la plupart des responsables politiques sur les principaux traités européens. Une illustration éclairante des parcours individuels et des mouvements collectifs depuis 20 ans.

« Appli » : lecture augmentée du traité budgétaire

Rue 89 réalise une « appli » qui présente le texte du traité et surligne les parties techniques ou sensibles pour en proposer une explication simplifiée. Une lecture facilitée, quoique le commentaire limpide soit plus engagé que pédagogique.

Au total, de nombreuses et multiples exploitation des nouveaux formats du web pour présenter différemment une actualité européenne qui demeure complexe, à l’image de la réalité de l’Union européenne.

Si vous avez des suggestions, n’hésitez pas à les proposer en commentaire.

Quel dispositif de communication numérique autour du 3e discours sur l’État de l’Union de José Manuel Barroso ?

Pour la 3e année consécutive, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso a prononcé devant le Parlement européen un discours sur l’Etat de l’Union. Entre ouverture d’un compte personnel sur Twitter, teasing sur Youtube et hangout sur Google+, quel est le dispositif de communication ?

Une communication numérique disposant d’une « mentalité sociale »

A peine une semaine avant ce discours annuel, José Manuel Barroso s’est finalement lancé – après une quinzaine de Commissaires européens – sur Twitter avec un compte personnel @BarrosoEU. Comme l’année dernière, le président de la Commission est l’invité d’une émission diffusée simultanément sur Euronews et Youtube, dont la vidéo-teaser (ci-dessous) est particulièrement dramatique. La nouveauté du cru 2012 réside dans l’organisation en parallèle d’un hangout (chat vidéo) avec ses portes-paroles sur Google+.

Le déploiement en ligne via des médias sociaux permettant le dialogue indique que la communication numérique du président de la Commission réalise progressivement une mue sociale.

La communication en ligne n’est plus inspirée par une démarche exclusivement top-down pratiquée à l’époque des médias traditionnels. Bien davantage toute communication en ligne s’inspire d’une mentalité sociale, qui place l’internaute-citoyen au cœur de la démarche.

Cette approche semble s’inspirer des pratiques observées dans la campagne électorale des présidentielles américaines, qui selon Tony Lockett sur « European Union 2.0 », s’anime autour d’une « mentalité sociale » dans toute la communication numérique.

Une communication numérique souffrant d’« infobésité »

Avec ces multiples canaux numériques, la communication de José Manuel Barroso en ligne est quasiment passée du silence à la cacophonie. Les multiples sources d’information rendent plus imperceptible le fond du message. Que faut-il retenir du discours sur l’Etat de l’Union ?

L’infobésité – pour appliquer le raisonnement de Cadde Reputation à la communication numérique du président de la Commission européenne – ne doit pas seulement être entendu comme un excès de volume mais davantage comme un déficit de qualité.

La communication européenne souffre d’un seuil de tolérance auprès du grand public particulièrement faible, qui entraîne un risque aisé à l’indigestion. La communication autour du discours sur l’Etat de l’Union en multipliant les angles et les canaux déstabilise le régime de consommation de l’information européenne et augmente dangereusement ce seuil d’acceptabilité au sein du grand public, à condition de limiter les messages et de contextualiser toute prise de parole.

Ainsi, la communication numérique de José Manuel Barroso autour du discours sur l’Etat de l’Union doit trouver son point d’équilibre entre une mentalité sociale indispensable et un seuil de tolérance incontournable.

Communication européenne et esprit national : comment les pays communiquent sur l’Europe ?

Chaque nation européenne noue une relation particulière avec l’Europe et par voie de conséquence toute communication européenne est fortement imprégnée par l’esprit national. Comment l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France communiquent-ils sur l’Europe ?

Communication européenne affirmative de l’Allemagne autour de l’autorité : « I will Europa »

Lancée récemment, la campagne de communication allemande sur l’Europe s’appuie sur l’héritage historique de la construction européenne vue par les Allemands. A cause de la seconde guerre mondiale et du regard des Européens, les Allemands ne pouvaient pas ouvertement affirmer leur volonté européenne, sans doute de plus en plus frustrée par une culpabilité de moins en moins présente dans la société.

Sous cet angle, la campagne « I will Europa » (Je veux l’Europe) libère la parole des Allemands qui désirent enfin pouvoir exprimer publiquement leurs visions de l’avenir de la construction européenne. La communication européenne de l’Allemagne est une forme d’exutoire de l’affirmation d’une autorité retrouvée dans la famille européenne.

Communication européenne démonstrative du Royaume-Uni autour des intérêts : « EU, what’s in it for me? »

Plus ancienne, la campagne de communication britannique sur l’Europe s’inscrit dans un contexte national spécifique : la société est sensiblement plus europhobe et toute affirmation pro-européenne n’est pas envisageable. Fruit de l’héritage conservateur de Margaret Thatcher (cf. « I want my money back »), la relation des Britanniques à la construction européenne est marquée par le pragmatisme et la défense des intérêts nationaux.

Dans ce cadre, la campagne « EU, what’s in it for me? » joue sur la principale attente du peuple britannique de connaître les bénéfices concrets apportés par l’UE, dans une relation utilitariste : “a No-Nonsense Guide for UK Citizens to what the European Union Delivers”. La communication européenne du Royaume-Uni démontre et contre-argumente avec des faits sur les intérêts tirés de la cohabitation avec les pays européens continentaux.

the-eu-and-me.org.uk

Communication européenne imaginative de la France autour de la grandeur : « les grandes étapes de la construction européenne »

En France, la communication sur l’Europe se réalise sur un autre registre : ni dans l’affirmation d’une autorité, ni dans la démonstration des intérêts, l’Etat présente – depuis plusieurs décennies – la construction européenne comme un projet permettant à la France d’être plus que la France, d’être en quelque sorte la France en grand.


Elections Européennes – 7 juin 2009 par SIG-PM

Avec cette ambition, la dernière campagne d’incitation au vote lors des élections européennes de 2009 illustre cette approche de la construction européenne, résumée aux grands hommes européens, particulièrement français et aux grands projets européens, d’inspiration partiellement française. La communication européenne de la France montre l’inspiration et la grandeur de l’union des nations européennes.

Ainsi, les campagnes de communication européennes menées par chaque Etat-membre de l’UE se révèlent particulièrement éclairantes sur les relations qu’entretiennent chaque société avec l’Europe.