Relative pérennisation des sites de présidence du Conseil de l’UE

Alors que la Présidence espagnole de l’UE, qui se déroule au 1er semestre 2010, lance son site Internet, le constat d’une forte pérennisation au regard des sites des dernières présidences de l’UE s’impose…

Forte pérennisation de forme sur le plan de l’ergonomie

Dans le prolongement des sites des présidences antérieures, l’ergonomie du site de la présidence espagnole de l’UE propose des contenus qui s’organisent de la manière suivante :

  • URL : construction en « EU » + année + extension dans la nationalité de l’État membre soit eu2010.es ;
  • Header : choix des langues (espagnol, anglais, français…), contacts et moteur de recherche
  • Barre de menu : rubriques à l’horizontale
  • Menu secondaire à gauche : navigation entre les pages intérieures des rubriques
  • Blocs à droite : agenda, liens et services (RSS…)
  • Footer : accessibilité et plan du site

Forte pérennisation de contenu sur le plan de l’arborescence

Dans le prolongement des sites des présidences antérieures, l’arborescence du site de la présidence espagnole de l’UE propose des rubriques qui correspondent au ciblage suivant :

  • pour ceux qui veulent mieux connaître la présidence espagnole : 3 rubriques : « La présidence espagnole » (Programme, Calendrier, Budget, Gouvernement…), « Agenda » et « Documents et Nouvelles » ;
  • pour ceux qui veulent mieux connaître l’UE : rubrique « L’Union européenne » (dates clés, Etats membres, organes et institutions, traités et législation, prise de décision, politiques, budget)
  • pour ceux qui veulent mieux connaître l’Espagne : rubrique « L’Espagne de plus près » (Pays charnière :l’Amérique latine, le monde arabe et la Méditerranée), L’Espagne aujourd’hui, Un pays multilingue, Rercherche&Développement&Innovation, Égalité et solidarité, Profiter de la nature, Culture, Sports
  • pour les journalistes : rubrique « Presse »

Faible pérennisation de service sur le plan des fonctionnalités

En rupture avec les sites des présidences antérieures, les fonctionnalités du site de la présidence espagnole de l’UE (qui n’est pas encore officiellement opérationnel avant le 1er janvier) propose des services en retrait par rapport aux pratiques suivantes :

  • fonctionnalités informatives (absentes pour le moment) : photos, audio et vidéo / RSS / Podcast / Streaming live audio et vidéo / Bulletins d’information ;
  • fonctionnalités sociales (temporairement absentes ?) : live blogging / Compte Twitter / Débat en ligne / Forum ;
  • fonctionnalités ludiques (durablement absentes ?) : Quiz / Carte postale électronique / Informations de voyage / Météo / Géo-localisation des réunions / Wikis / Rating-Starring du site sur des critères de lisibilité, d’exhaustivité ou d’absence de jargon.

Ainsi, l’itération que constitue l’exercice des présidences tournantes du Conseil de l’UE débouche sur la pérennisation de l’outil de communication que représente le site Internet officiel.

Comment réussir la communication européenne sur l’élargissement ?

Alors que l’UE vient de régler la question institutionnelle avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, la perspective de nouvelles adhésions à l’UE avec les pays candidats : Croatie, République yougoslave de Macédoine – sans même parler de la Turquie – relance les réflexions sur une stratégie de communication efficace.

Les intentions présentées en 2000 dans la stratégie de communication de la Commission européenne sur l’élargissement sont plus que jamais d’actualité.

En mai 2000, la Commission européenne publie sa « Stratégie de Communication dans la perspective de l’élargissement ».

Les enjeux identifiés demeurent :

  • corriger l’image peu positive – principalement due à l’ignorance des populations des États membres de l’UE – des pays candidats ;
  • lever les craintes quant à la capacité de l’Union d’absorber un tel élargissement, notamment exprimées sur la scène internationale.

Les objectifs de communication définis perdurent :

  • dans les pays candidats, mieux faire comprendre les enjeux et les implications d’une intégration dans l’UE ;
  • dans les États membres, expliquer les raisons de l’élargissement, son impact futur et les défis que l’Union devrait relever.

Les raisons de l’échec de la stratégie de communication sur les élargissements de 2004 et 2007 sont encore plus que jamais d’actualité.

En novembre 2009, le think tank Notre Europe publie « La communication sur l’élargissement dans l’UE : quel bilan et quelles perspectives ? », Claudia Louati y analyse qu’après les élargissements, la plupart des Européens ont le sentiment d’avoir été « mis devant le fait accompli » et se sont forgés l’idée que « l’élargissement s’est fait dans le dos des citoyens ».

A cause de :

  • « la faiblesse des moyens de communication de l’UE », sans même parler des raisons structurelles liées à l’absence d’espace public européen, au déficit de débats, notamment médiatiques, sur l’Europe à l’échelle nationale, etc.
  • « l’insuffisant engagement des gouvernements nationaux dans la mise en place d’une communication pédagogique sur l’Europe ».
  • l’absence d’un message clair sur la construction européenne : le besoin d’exprimer la réconciliation des « deux Europe » a masqué la nécessité pour les Européens de réfléchir au sens de la construction politique de l’Union.
  • « l’incapacité des dirigeants européens à promouvoir une idée cohérente de l’Europe, un ensemble de valeurs attachées à un espace européen suffisamment défini » pourtant « indispensable au développement d’un sentiment d’appartenance et de légitimité de l’UE ».

Les solutions formulées en 2007 pour une stratégie de communication sur la construction européenne sont d’autant plus que jamais d’actualité.

En janvier 2007, la Fondation Robert Schuman publie « Après l’adhésion de la Bulgarie et la Roumanie : en finir avec l’opposition entre élargissement et approfondissement », Thierry Chopin et Luckas Macek y préconisent « le développement d’un effort de communication et d’éducation sur la construction européenne » avec « des moyens similaires à ce qui a été fait dans le cadre de la réconciliation franco-allemande » mais supposant 3 exigences :

  • aborder la question des limites de l’Union, qui est de « nature identitaire » par un discours politique clair ;
  • clarifier le projet européen autour « d’intérêts convergents, faciles à identifier » ;
  • formuler une définition commune du rôle géopolitique de l’Union.

Ainsi, une stratégie réussie de communication européenne sur l’élargissement passe par réflexion préalable sur le projet, les valeurs et l’espace européens et par une responsabilité partagée entre les institutions européennes et les États membres.

L’UE et le Web 2.0 : quelles stratégies pour l’UE dans le web social ?

Alors que les réseaux sociaux, notamment par leurs logiques de dialogue et de recommandation ont su capter majoritairement l’attention des internautes, quels positionnements stratégiques dispose l’UE pour utiliser les différents canaux du web social afin de diffuser efficacement un message précis à une audience cible ?

Voici une transcription à l’échelle de l’UE de l’excellente présentation de Loic Haÿ délivrée fin septembre 2009 à Rennes dans le cadre des Rencontres Nationales communication et technologies nouvelles.

Une stratégie de présence en ligne : le cas de la campagne pour les élections européennes du PE

Finalité : « aller à la rencontre de ses publics en étendant sa présence en ligne sur les plateformes et services du web social » afin de retenir leur attention sur le message plutôt que leur visite sur le site.

Modalité : « prendre en compte les règles du jeu et les usages de ces nouveaux territoires numériques », c’est-à-dire participer à la vie social du web sans se contenter de simplement pousser son info.

Pour la première fois lors de la campagne de communication sur les élections européennes de juin 2009, l’UE – à travers le Parlement européen – investit pleinement les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Youtube, Flickr, MySpace). Un excellent bilan, fait par l’équipe web du PE, est consultable sur Vimeo.

Une stratégie de partenariat(s) : le cas de la chaîne EU-Tube de la Commission

Finalité : « choisir une plateforme sociale existante et conclure avec elle un partenariat afin qu’elle soit mise en avant comme le service « recommandé » ou « légitimé » » par l’UE.

Modalité : mettre en œuvre des échanges de lien voire des widgets (modules externes) intégrés sur le portail Europa. Depuis septembre 2007, la Commission européenne expérimente la démarche avec une chaîne dédiée sur YouTube : « EU Tube ». Deux ans après, c’est 245 vidéos en ligne, 39 000 commentaires et 10 500 abonnés (pour la version anglaise).

Une stratégie d’intégration : le cas des plateformes « Les Euronautes » et « Placedeurope » en France

Finalité : « intégrer la plate-forme sociale directement dans le site et dans le système d’information ». Puisque l’un des objectifs de toute communication sur l’Europe est de favoriser le dialogue entre l’UE et les Européens et entre Européens, la légitimité de l’UE à créer son propre outil conversationnel et participatif semble forte.

Modalité : concevoir un nouveau service social en se donnant les moyens de gérer et d’animer ce type de plateforme. Il s’agit d’une part de s’appuyer sur une gestion de l’identification et de l’authentification ouverte et interopérable et d’autre part sur une « une gestion intelligente et ouverte de l’identité des utilisateurs » avec une animation éditoriale pertinente.

Lors de la Présidence française de l’UE au 2nd semestre 2008, la France à lancer 2 plateformes communautaires participatives :

  • « Les Euronautes » (euronautes.eu), pour les 15-25 ans : offre une approche interactive permettant les échanges pour aider et informer les jeunes souhaitant vivre à fond leur citoyenneté européenne.
  • « Place d’Europe » (placedeurope.eu), pour les élus locaux : offre une valorisation des initiatives européennes en faveur des collectivités territoriales et se veut également collaboratif avec un partage d’expérience et de bonnes pratiques.

Une stratégie « fédérative et servicielle »

Finalité : faire converger le projet d’ouverture vers le web social et participatif et le projet d’administration électronique ou de démarches numériques pour les usagers en vue d’unifier les relations entre administrations communautaires et usagers européens.

Modalité : créer des comptes par usager et non plus des profils par membre de la communauté et développer des modules d’e-administration composés d’un bouquet de services d’e-conversation, et d’e-participation.

Au niveau national, MonServicePublic.fr montre la voie vers l’ère de la relation en temps réel et personnalisée sur le web.

Spécial 500e billet : alors, c’est quoi la communication européenne ?

Qu’il s’agisse de la communication de l’Union européenne émise par la Commission ou le Parlement européen par exemple ou de la communication sur l’Europe réalisée notamment par les États membres – au fil des 500 billets publiés – quelles sont les controverses de ce qu’il convient d’appeler la « communication européenne » ?

Faut-il que la communication européenne vise à rapprocher l’UE des citoyens ou à installer le dialogue entre les citoyens et l’UE et entre les citoyens européens ?

La fausse bonne idée consiste à vouloir rapprocher l’Union européenne des citoyens européens. Une telle démarche se rapporte à imaginer que la holding d’un groupe multinational touche directement ses clients. Communiquer sur l’Europe devient alors mission impossible à cause :

  • des barrières linguistique et culturelle et des obstacles structurels comme l’absence d’espace public européen (ni médias, ni canaux de communication) ;
  • le respect du principe de subsidiarité disqualifie l’UE pour une relation de proximité ;
  • la démocratie représentative nécessite une distance entre le peuple et les élus.

La bonne idée semble davantage se trouver dans un double mouvement visant pour reprendre la comparaison à faire en sorte que les clients consomment tous les jours les produits et services de la multinationale. Communiquer sur l’Europe revient alors à tenter de :

  • placer les citoyens au cœur des politiques publiques européennes en encourageant les citoyens à débattre de l’Union et en incitant les décideurs à prendre en compte cette participation dans les politiques européennes ;
  • placer l’Europe au cœur de la vie quotidienne des citoyens en favorisant l’implication des États membres, de la société civile et des médias dans une meilleure information et un meilleur dialogue sur les politiques européennes.

Faut-il que la communication européenne adopte une approche « corporate » visant à créer une « image de marque » autour des valeurs européennes ou une approche « marketing » tournée vers à les « preuves concrètes », les « bénéfices » du produit UE ?

D’aucuns proposent une véritable labellisation des prises de parole européennes via une « marque UE » aisément reconnaissable par les Européens – quelle que soit l’institution source – favorisant ainsi une unification des émetteurs et une harmonisation des messages.

Cette approche ferait reposer la marque sur un prolongement/renouvellement de la valeur fondamentale de l’UE : de la paix (en période de guerre froide) à la norme (en période de mondialisation).

Les messages de la « marque UE » s’articuleraient autour d’une explicitation des projets de l’UE sous l’angle de la régulation : climatique et environnementale pour protéger la planète du changement climatique ou ’économique et financière pour sauvegarder l’économie sociale de marché…

D’autres envisagent un marketing-mix qui ne consiste plus à communiquer sur les promesses de l’Europe (exemple : la monnaie unique apporte le plein emploi), mais à simplifier pour tendre vers l’unique selling proposition qui va marquer les esprits du plus grand nombre (exemple : 1 Conseil européen = 1 enjeu).

Cette approche ferait reposer le « produit Europe » sur les bénéfices concrets dans la vie quotidienne des Européens de la construction européenne.

L’Europe serait ainsi une valeur d’usage courante orientée autour de la protection, de la simplification des démarches, de l’harmonisation des normes de sécurité, de la défense des consommateurs, de la valorisation de la diversité culturelle…

Faut-il que la communication européenne s’inscrive dans une logique de court terme avec des prestations de services auprès des parties prenantes ou dans une logique de long terme et de formation civique, notamment auprès des jeunes ?

La priorité de la communication européenne doit-elle se concentrer hic et nunc sur des efforts au bénéfices des parties prenantes :

  • simplifier le travail des journalistes, au-delà des accrédités à Bruxelles avec des formations afin de leur permettre de mieux comprendre les institutions communautaires et des sources aisément exploitables, fortement contextualisées…
  • simplifier le travail des acteurs décentralisés, notamment les élus locaux avec des outils d’analyse de l’opinion (Eurobaromètre flash rapide et thématisé) ou des outils pour comprendre l’UE et des messages pour qu’ils se valorisent en parlant de l’UE…

La priorité de la communication européenne doit-elle favoriser la mise en place d’un « cours d’éducation civique européenne », à destination des acteurs de l’Europe de demain.

  • c’est l’avis du Comité économique et social européen : « Comment concilier dimension nationale et dimension européenne dans la communication sur l’Europe » adopté le 10 juillet 2008, dont la rapporteur Béatrice Ouin « recommande au niveau européen, de mettre à disposition un socle commun de connaissances » rassemblant l’essentiel de l’histoire et des valeurs européennes pour former les jeunes.
  • c’est également la résolution « Dialogue actif avec les citoyens sur l’Europe » adoptée le 24 mars 2009 par le Parlement européen qui « relève qu’il est nécessaire de défendre un modèle actif d’éducation civique européenne qui donne aux jeunes la possibilité de s’investir directement dans la vie publique et de s’engager ».

Quelle articulation entre déficit démocratique de l’UE et communication européenne, selon Jacques Delors ?

Président de la Commission européenne de 1985 à 1995 et considéré comme l’un des « pères de l’Europe », Jacques Delors – interrogé à l’occasion de l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne par Euractiv – précise l’articulation qu’il envisage entre déficit démocratique de l’UE et communication européenne….

La communication sur les avancées du traité de Lisbonne en matière parlementaire pour résoudre le déficit démocratique vécu de l’UE

Pour Jacques Delors, « avec l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, il y a quand même deux points très positifs » :

  • d’une part, le Parlement européen aura plus de pouvoirs, ayant ainsi le dernier mot pour l’ensemble du budget ;
  • d’autre part, les Parlements nationaux pourront invoquer le problème de la subsidiarité.

Pour résoudre le déficit démocratique vécu par les acteurs-institutions de l’UE, les Parlements nationaux et le PE « vont devoir faire des efforts pour expliquer à l’opinion » ces avancées issues du traité de Lisbonne.

La communication en partenariat entre les Etats membres et l’Union pour résoudre le déficit démocratique perçu de l’UE

Pour Jacques Delors, « la grosse lacune en matière de communication réside dans le fait que les gouvernements nationaux n’expliquent pas ce qu’ils font en Europe. Souvent, ces derniers disent, « grâce à nous, j’ai obtenu une victoire ». Mais l’Europe est une famille. Les gens ont du bon sens et se disent « c’est extraordinaire cette famille qui se réunit et où en sortant un ou deux des frères disent “on a gagné sur l’Europe”. Tout cela est contre-productif. »

Pour résoudre le déficit démocratique perçu par les spectateurs-citoyens de l’UE, la stratégie de communication européenne en partenariat, initiée en 2008, va devoir poursuivre les efforts pour communiquer de concert sur des priorités communes.

La communication sur l’Europe (par les gouvernements nationaux) plutôt que la communication de l’UE (par les institutions communautaires)

Pour Jacques Delors, « on ne peut pas demander aux institutions européennes de communiquer comme un gouvernement national. L’agora naturelle est la nation, et les nations demeurent. L’obligation de faire comprendre l’Europe – et encore mieux si possible de la faire aimer – revient aux gouvernements nationaux et aux élus nationaux. »

Ainsi, au risque de paraître paradoxal, la réduction du déficit démocratique de l’UE semble passer par une communication relativement plus réduite de l’UE par rapport aux États membres qui doivent redoubler d’efforts pour communiquer plus sur leurs engagements européens.