Quel bilan pour Margot Wallström, la Commissaire européenne chargée de la stratégie de communication ?

Alors que le Conseil européen – qui réunit les chefs d’Etats et de gouvernements des Vingt-Sept – des 18 et 19 juin à Bruxelles, pose notamment à l’ordre du jour la nomination du prochain président de la Commission européenne et du collège des Commissaires, la question du bilan de la Commissaire européenne chargée de la stratégie de communication se pose…

Commissaire chargée de l’environnement au sein de la Commission Prodi (1999 – 2004), Margot Wallström, ancienne ministre sociale-démocrate suédoise est nommée à un poste inédit de vice-présidente de la Commission européenne chargée des relations institutionnelles et de la stratégie de communication en août 2004.

La stratégie de communication de la Commission européenne avec Margot Wallström : placer les citoyens au cœur des politiques européennes

1ère étape : organiser une large consultation démocratique des citoyens sur l’avenir de l’Union européenne afin :

  • d’encourager les citoyens à débattre de l’Union et des politiques européennes ;
  • d’inciter les décideurs à écouter ce que les citoyens avaient à dire.

2005 – Plan D comme Démocratie, Dialogue et Débat

2ème étape : proposer une approche plus démocratique de la communication entre l’UE et ses citoyens prévoyant le passage :

  • d’une communication à sens unique vers un dialogue renforcé ;
  • d’une communication axée sur les institutions vers une communication axée sur les citoyens ;
  • d’une conception venant de Bruxelles vers une démarche plus décentralisée.

2006 – Livre blanc sur une politique de communication européenne

3ème étape : proposer des mesures concrètes pour mieux communiquer avec le public cible :

  • coopération avec les gouvernements des États membres en matière de communication, par le biais de partenariats : d’ici fin 2009, 19 États membres devraient avoir conclu un partenariat de ce type avec la Commission ;
  • déclaration politique de la Commission, du Conseil et du Parlement pour améliorer leurs efforts communs de communication sur une série de thèmes prioritaires : les élections européennes en juin, la commémoration du 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin et le changement climatique avec la conférence de Copenhague en décembre marqueront ainsi la communication européenne de l’année 2009.

2007 – Communiquer sur l’Europe en partenariat

Ainsi, la stratégie de communication de la Commission européenne semble avoir relativement réussi avec Margot Wallström à placer les citoyens au cœur des politiques européennes. En revanche, la stratégie de communication de la Commission européenne ne semble pas avoir réussi à placer l’Europe au cœur de la vie quotidienne des citoyens.

La stratégie de communication de la Commission européenne après Margot Wallström : placer l’Europe au cœur de la vie quotidienne des citoyens

1ère étape pédagogique : « renouer les fils d’un dialogue constructif avec les citoyens européens en insistant de manière beaucoup plus pédagogique sur les véritables enjeux de la construction européenne (…) et l’utilité au quotidien de notre appartenance à l’Union européenne », selon Xavier Grosclaude.

2ème étape médiatique : intensifier la création et l’animation de réseaux européens de chaînes de radios et télévisions visant à assurer une couverture plus large des affaires européennes sur les plateformes audiovisuelles connues et appréciés des Européens.

3ème étape politique : refonder la communication institutionnelle de l’UE afin d’unifier à travers une labellisation, par exemple, les prises de parole des institutions européennes et d’« établir une certaine cohérence entre l’identité narrative et l’identité visuelle des activités de communication », selon le « mission statement » de la politique de communication de la Commission européenne publié en mai 2009.

Ainsi, la stratégie de communication de la Commission européenne après Margot Wallström devrait tenter de placer l’Europe au cœur de la vie quotidienne des citoyens en évitant tout particulièrement que le discours européen ne se concentre sur des sujets passionnels totalement déconnectés des préoccupations quotidiennes.

En quoi la nouvelle composition politique du Parlement européen permettrait un meilleur traitement médiatique des débats au sein de cette assemblée ?

Au-delà des réflexions nécessaires sur l’inquiétant recul continu de la participation électorale depuis les premières élections en 1979, Il semble important de s’intéresser aux conséquences institutionnelles et médiatiques des résultats du scrutin européen de juin 2009…

Les résultats du scrutin de juin 2009 : victoire des partis modérés sur les partis d’extrême

Le scrutin se caractérise par un relatif renforcement de la droite et du centre droit par rapport à la gauche :

  • en 2004, victoire de la droite et du centre droit dans 14 États membres et la gauche dans 11
  • en 2009, la droite et le centre droit sont victorieux dans 20 États membres et la gauche dans 7 (Slovaquie, Malte, Danemark, Grèce, Roumanie, Suède, Estonie).

Le scrutin se caractérise également par une relative stagnation des extrêmes (les partis d’extrême droite atteignent un résultat à 2 chiffres dans 8 États membres : Belgique, Pays-Bas, Hongrie, Finlande, Autriche, Danemark, Bulgarie et Italie).

Ainsi, suivant un premier niveau de lecture du scrutin, « face à la crise économique, les Européens ont majoritairement exprimé leur confiance aux forces modérées qui proposaient des réponses européennes aux problèmes », selon la lettre n°399 du 15 juin de la Fondation Robert-Schuman.

Vers une radicalisation des clivages entre les groupes exigeants et les groupes réticents

Quelle que soit la recomposition du paysage politique en Europe, pour prendre un second niveau de lecture du scrutin proposé par Gaëtane Ricard-Nihoul, secrétaire générale de Notre Europe dans « Elections européennes : cinq réflexions pour susciter le débat », « un clivage assez profond semble donc s’installer entre :

  • les Européens exigeants quant à leur représentation à Bruxelles : « ils n’acceptent plus que l’action européenne soit prise en otage par les querelles nationales et qu’il y ait un décalage entre discours et réalité des actes ».
  • les Européens réticents quant à l’intégration européenne : « leur position se renforce par la montée des partis d’extrême droite qui instrumentalisent l’euroscepticisme et par l’exploitation par les eurosceptiques du discours sur le caractère non démocratique de l’UE ».

Conclusion de Gaëtane Ricard-Nihoul, « il faut donc s’attendre à une prochaine législature où les positions se radicalisent quant à la perspective de l’intégration politique de l’UE ». Il s’agit d’un point de vue assez proche de Jean-Dominique Gillani, président de la Fondation Robert-Schuman dans une tribune « Ce que permettra la nouvelle physionomie du Parlement de Strasbourg » dans Le Figaro du 9 juin : « De nouvelles alliances sont possibles pour trouver des majorités sur les textes en discussion. Le rôle pivot du centre droit n’est pas contesté. Il lui permet l’expression d’une nouvelle vision de l’Union, plus politique, plus offensive… ».

Vers une médiatisation des débats parlementaires européens

Selon Gaëtane Ricard-Nihoul, « ‘cette cristallisation du débat sur la nature et la perspective politique de l’Union serait sans doute bienvenue :

  • pour attirer les médias qui aiment la polémique vers le Parlement européen ;
  • pour rendre les options politiques défendues par celui-ci plus lisibles pour le citoyen ;
  • pour mettre au grand jour des divergences fondamentales entre forces politiques et Etats membres, trop souvent mises sous le boisseau.

Avec cette nouvelle configuration politique au Parlement européen, les nouveaux eurodéputés pourraient être davantage présents dans le débat public à condition qu’ils se conforment davantage aux critères de sélection médiatique, notamment :

  • meilleure personnalisation des courants idéologiques à travers des leaders identifiés par les médias ;
  • meilleure spectacularisation des arguments politiques à travers des prises de parole calibrées pour les médias.

Ainsi, les résultats du scrutin impliquent une nouvelle composition politique du Parlement européen qui pourrait également induire un meilleur traitement médiatique des débats au sein de cette assemblée.

Communication « politique » du président de la Commission européenne sur les futures élections européennes

Dans une dépêche datée du 9 juin 2009, l’AFP a obtenu une copie d’un projet de discours du président de la Commission européenne faisant état de propositions fortes pour les prochaines élections européennes de 2014. Lors de la conférence de presse organisée le 10 juin 2009, le discours officiel de José Manuel Barroso n’a finalement pas repris les propositions ayant « fuitées » à l’AFP…

Une méthode de communication politique relativement rare au sein de la Commission européenne

Candidat officiel à un second mandat depuis les résultats des élections européennes et la victoire du PPE, José Manuel Barroso ou son entourage semble avoir laissé « fuiter » des propositions visant à « réviser le système pour la prochaine consultation en 2014 ». Une méthode de communication politique relativement rare au sein de la Commission européenne.

Des propositions de réforme relativement politiques de la part de la Commission européenne

Le président de la Commission suggère dans son projet de discours de « voter le même jour, par exemple le 9 mai, dans tous les pays de l’UE » afin d’éviter que sur plusieurs jours de scrutin, les premiers pays ayant voté rendent public leurs résultats nationaux avant la fin du scrutin dans les autres pays.

En effet, les Européennes de 2009 se sont déroulées sur quatre jours, du 4 au 7 juin, et les Néerlandais, qui ont voté les premiers avec les Britanniques, ont rendu public leurs résultats nationaux avant la fin du scrutin dans les autres pays. Ces deux pays ont été marqués par une poussée de l’extrême droite.

Le président de la Commission déplore par ailleurs l’absence de « véritables » campagnes électorales européennes et le fait que très peu de citoyens résidant dans un autre État se soient inscrits dans ce pays pour participer au scrutin.

Bilan : Alors que les eurodéputés seront amenés à valider la nomination de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne pour un second mandat, on peut penser que le président de la Commission européenne n’a pas souhaité prendre le risque de contrarier les eurodéputés en portant un jugement officiel sur leur campagne alors qu’il allait formuler une proposition forte visant à faire voter tous les Européens le même jour, à l’occasion de la Journée de l’Europe, le 9 mai…

Actualités des parutions et publications européennes à la veille des élections européennes

A quelques jours du scrutin du 7 juin pour les élections européennes, plusieurs lancements en presse et dans l’édition devraient satisfaire même les citoyens les plus exigeant en matière de questions européennes…

De nouvelles parutions en presse : L’Européen, mensuel français et Presseurop, plateforme européenne

Lancement de L’Européen, un « mensuel généraliste dédié aux citoyens de l’Europe » :

  • positionné afin de « découvrir et comparer les vies, les initiatives, les réussites et les passions de 500 millions de citoyens européens » selon la CB News du 13mai ;
  • diffusé en kiosques à 200 000 exemplaires (à 4 euros) à compter du 28 mai ;
  • lancé par Michel Spengler, ancien secrétaire général du groupe Les Echos, et Renaud de Chazournes, ancien directeur de la rédaction de Courrier Cadres
  • relayé sur www.leuropeen-web.eu.

Lancement de Presseurop », le « premier site européen d’informations multilingues » :

  • financé par la Commission européenne (en savoir plus) ;
  • permet de lire en dix langues une sélection des meilleurs articles issus de 250 titres de la presse internationale sur les sujets européens.

De nouvelles publications dans l’édition sur le Parlement européen

« Le Parlement européen » d’Olivier Costa et de Florent Saint-Martin à la Documentation française :

  • préface de Jean-Louis Bourlanges : « Le Parlement européen est le soldat inconnu de la construction européenne : les citoyens d’Europe ont le pouvoir de l’élire, mais ils n’ont pas le bonheur de le connaître » ;
  • démêle l’écheveau des acteurs, organes, compétences et activités du Parlement européen pour mieux en saisir la nature et les fonctions ;
  • nourrit la réflexion sur les contraintes qui affectent ses rapports avec les autres institutions de l’Union et avec les citoyens.

« Explique-moi… – Le Parlement européen » de Fabrice Serodes aux éditions Nane :

  • préface du président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering : « Les lois européennes concernent tous les domaines dans lesquels les pays membres ont une politique commune ».

« Le Parlement européen – Tout savoir en 30 questions » de Jean-Luc Sauron, Président de l’Association des Juristes Européens, aux éditions LGDJ.

L’Europe, une image de marque à revitaliser ?

Dossier spécial dans Stratégies n°1546 du 21 mai 2009 : « L’Europe, une marque à reconstruire » : la marque « Europe » ferait l’objet d’une « urgente nécessite de déployer une stratégie de revitalisation » reposant sur « une nouvelle plate-forme de marque ». Ce dossier s’inscrit dans une tendance récente visant pour parler de l’Europe à s’inscrire dans les codes du marketing : il s’agirait ainsi de vendre l’Europe…

Marketing ou communication de l’Europe ?

Faut-il faire le marketing ou la communication de l’Europe :

  • le marketing se concentre sur la valorisation d’un produit ou d’un service, notamment ses avantages avec pour but de vendre ;
  • la communication se donne comme objectif de valoriser de l’information, le plus souvent de manière sympathique et ludique afin de convaincre.

Faire le marketing de l’Europe, c’est réfléchir aux valeurs, aux bénéfices et à la personnalité de l’Europe :

Des valeurs européennes insuffisamment porteuses

Diagnostic :

  • Depuis que la paix est achevée sur le continent « l’Europe n’est pas portée par une valeur forte », selon Jean-Noël Kafer, professeur à HEC.
  • Avec les controverses sur les frontières (cf. la Turquie) ou l’histoire (cf. l’héritage judéo-chrétien), l’Europe n’a pas d’identité.
  • « l’Europe a longtemps été et reste encore parfois une marque bouc-émissaire. Les acteurs nationaux n’ont pas pu ou pas voulu créer un vrai désir d’Europe », selon Robert Zarader, président d’Equancy & Co.

Recommandation :

  • Ne pas faire reposer la marque « Europe » seulement sur les enjeux économiques ou géostratégiques : trop segmentant sur le plan politique et trop éloigné des préoccupations quotidiennes des citoyens.
  • Faire reposer la marque « Europe » sur la justice sociale ou les jeunes (pourquoi pas l’environnement).

Des bénéfices client insuffisamment populaires

Diagnostic :

  • « Le problème de l’Europe est qu’elle ne mobilise qu’une cible aisée et âgée », selon Evelyn Soum, PDG d’Ailleurs Exactement, l’agence française qui déploie la campagne de communication du Parlement européen.
  • « Aujourd’hui, l’Europe s’appuie sur une minorité d’« addicts » mais elle doit faire face à la défiance d’une large part des consommateurs », selon Jean-Marc Huleux, Associé d’Euro RSCG C&O, l’agence chargée de la campagne gouvernementale d’information et d’incitation au vote.

Recommandation :

  • Valoriser davantage les bénéfices concrets de la construction européenne : l’euro, le programme d’échange universitaire Erasmus, la libre circulation dans l’espace Schengen…
  • Sortir des déclarations emphatiques et faire de la communication par la preuve : voir la campagne « J’avance avec l’Europe » qui montre que l’engagement de l’Europe est quotidien avec des actions et des opportunités auprès de toutes les tranches de la population…

Une personnalité insuffisamment caractéristique

Diagnostic :

  • « Non seulement la marque n’a pas de message clair et sa cible ne se reconnait pas en elle, mais en plus, elle n’a pas d’émetteur unique », selon George Lewi de BEC Institute.
  • La complexité du mode de fonctionnement de l’UE rend la communication européenne quasi uniquement « BtoB ».
  • « L’Europe souffre d’un manque de puissance et de proximité (…), entre la communication de masse et l’information sur le terrain. Du coup, ça ne se voit pas », selon Thierry Saussez, le délégué interministériel à la communication et directeur du SIG.

Recommandation :

  • Pour nourrir son image, l’Europe ne peut pas se contenter de communiquer seulement lors des échéances électorales.
  • « L’Europe doit être présente partout et venir à la rencontre des citoyens », (comme lors de la Journée de l’Europe) selon Frédéric Maillard, vice Président de Junium.
  • C’est également la responsabilité des Etats de déployer la communication européenne pour Thierry Saussez.
  • Une réflexion sur le logo de l’Europe, via un lifting du drapeau européen semblé également nécessaire.

Conclusion du dossier rédigé par Alain Delcayre : il s’agit d’un « chantier titanesque mais indispensable ».