Quel est le bilan des « primaires » européennes ?

Dorénavant, les principaux partis politiques européens disposent de leurs candidats pour le poste de président de la Commission européenne, conformément aux nouvelles dispositions du traité de Lisbonne. Quel bilan, notamment en termes de visibilité dans les médias et en ligne à l’issue de cette phase de « primaires » européennes ?

Au cours des derniers mois, la première étape des élections européennes s’est déroulée pour la première fois avec la phase des primaires permettant à chaque parti politique européen de choisir – selon des procédures dont l’innovation et la probabilité de diriger l’exécutif européen sont probablement inversement proportionnelles : d’un simple vote des congressistes à bulletin secret pour la droite libérale (ALDE) ou conservatrice (PPE) à des primaires interne pour la gauche (S&D) voire ouverte et en ligne pour les Verts.

Classement de la visibilité médiatique et en ligne des candidats

Avec 63% de part de voix, le candidat de gauche Martin Schulz domine de la tête et des épaules la compétition entre les candidats quant à leur visibilité médiatique et en ligne avec près de 40K de mentions depuis le début de l’année.

primaires_européennes_panoramaAlexis Tsipras, le candidat de l’extrême gauche arrive en seconde position (17%) devant le candidat des libéraux Guy Verhofstadt (10%) au coude à coude avec le duo des Verts Franziska Keller et José Bové (8%). Le dernier candidat « investi » seulement vendredi dernier au congrès du PPE à Dublin, Jean-Claude Juncker, se place en queue de peloton (2%).

Forte visibilité de Schultz dans les médias et bonne performance de Tsipras en ligne

La présence de Martin Schulz dans les médias traditionnels est très supérieure à l’ensemble des autres candidats qui ne bénéficient pas du capital symbolique détenu par l’actuel président du Parlement européen.

primaires_européennes_détailsLa compétition est plus équilibrée sur Twitter et dans les blogs, où Alexis Tsipras parvient à améliorer sa présence relative, sans doute grâce aux ressources militantes actives en ligne.

L’enseignement le plus évident est que la précocité du choix du candidat contribue de manière décisive à la possibilité de constituer un capital médiatico-politique.

Au total, le jeu des « primaires » internes aux partis politiques européens a permis de faire émerger les quelques figures qui devraient animer la campagne électorale, notamment lors du débat télévisé programmé le 15 mai prochain.

Elections européennes : quels sont les effets de l’exposition médiatique sur la participation électorale ?

Les médias jouent un rôle décisif lors les élections, notamment dans la mobilisation et la participation électorale. Claes H. de Vreese analyse la couverture des élections européennes par les médias et ses effets sur le taux de participation électoral…

Le traitement des élections européennes par les médias : visibilité faible et tonalité critique

Quoique toute généralisation soit à prendre avec précaution à l’échelle des Vingt-Huit, plusieurs clés de lecture permettent d’analyser le traitement médiatique des élections européennes : la visibilité de l’actualité européenne est relativement faible et la tonalité de la couverture médiatique est globalement critique.

Dans l’ensemble, la visibilité médiatique a progressé en 2009 par rapport aux élections précédentes, les écarts de visibilité entre les pays se sont creusés et la visibilité est plus élevée dans les pays où les élites politiques se montrent partagées sur les aspects de l’intégration européenne et où la contestation est plus marquée.

Dans les trois semaines précédant les élections européennes de 2009, 16 % en moyenne des reportages télévisés dans les journaux télévisés ont été spécifiquement consacrés à l’Union ou aux élections européennes.

S’agissant du ton des informations, la couverture des élections de 2009 a adopté un ton à l’égard de l’Europe plus critique. En outre, les sujets consacrés à l’Union sont en général de nature plus critique, avec une part plus importante de sujets polémiques par rapport aux élections précédentes.

L’actualité présentée sous forme de conflits est favorable à la mobilisation

Le choix d’un traitement de l’actualité sous forme de conflits, axé sur les désaccords ou les divergences d’opinion entre acteurs politiques est le plus susceptible de mobiliser, en montrant à l’électorat qu’il existe un enjeu et que des choix doivent être opérés.

La compétition entre candidats à la présidence de la Commission est théoriquement propice à la participation

Vraisemblablement, la nouvelle composante de la campagne introduite par le traité de Lisbonne – i.e. le choix du prochain président de la Commission devrait refléter le résultat des élections européennes – suscitera un intérêt en soi pour les médias.

Pour Claes H. de Vreese, la contestation émanant des élites politiques (sous la forme, par exemple, d’appuis divergents à des candidats préférablement en vue) multiplie la couverture médiatique. Elle est également susceptible d’amplifier la quantité d’actualités présentées sous forme de conflits, dont les effets positifs sur la participation électorale ont été démontrés.

Evidemment, la véritable incidence de cette nouvelle disposition du traité dépendra bien évidemment de la personnalité des candidats, des investissements politiques dans la campagne électorale ainsi que des médias.

Au total, les effets de l’exposition médiatique sur la participation électorale devraient se renforcer si les médias se saisissent de l’innovation que constitue la compétition entre candidats à la tête de la Commission.

Communication politique européenne : les candidats doivent-ils encore investir dans leur site web ?

Entre l’omniprésence des médias sociaux dans le quotidien des Européens en ligne, la visibilité des « têtes d’affiche » que sont les candidats des partis politiques européens au poste de président de la Commission et le facteur confiance, les candidats doivent-ils encore investir dans leur site web ?

A quoi sert un site de campagne pour un candidat aux élections européennes ?

A partir de 1 026 sites issus de 17 pays, l’analyse « Web campaigning in the 2009 European Parliament elections » offre la clé de lecture sur le rôle des sites web de campagne.

Selon les auteurs, les sites de campagne remplissent 4 fonctions :

  • Information : la première fonction d’un site politique (partis ou candidats) est évidemment d’informer les citoyens, notamment du programme ;
  • Réputation personnelle : le 2e fonction d’un site politique est de conforter la réputation du parti ou du candidat, notamment en riposte à diverses attaques ;
  • Connexion et partage : la 3e fonction d’un site politique est de permettre à l’internaute d’entrer en contact avec le parti ou le candidat et de partager, notamment dans les médias sociaux ;
  • Audio-visualisation : la 4e et dernière fonction d’un site politique est de proposer des contenus multimédia, notamment vidéo.

Quelles sont les différences significatives entre les sites des candidats aux élections européennes ?

Toute une série d’hypothèses – qui justifieraient des différences dans la conception des sites web des candidats – sont écartées :

  • les compétences digitales des citoyens n’ont aucun impact sur la conception des sites web des candidats ;
  • le système partisan (fractionné ou concentré) n’a également aucun impact ;
  • l’orientation idéologique et le parti politique du candidat n’ont aucune influence sur la conception de leur site.

En revanche, un seul critère semble pertinent : le niveau de confiance dans le personnel politique est significativement corrélé avec le niveau de contenus relevant de la réputation personnelle : moins la confiance règne en politique, plus les contenus réputationnels s’invitent sur les sites de campagne.

Bilan : les candidats ont intérêt à limiter leur site de campagne

Entre les conclusions d’une étude portant sur les élections européennes de 2009 et les tendances numériques des élections européennes de 2014, les candidats semblent avoir intérêt à limiter leur site de campagne :

D’une part, parmi les 4 fonctions des sites web des candidats, la plupart sont mieux remplies en assurant une présence active dans les médias sociaux. Seule la fonction d’information demeure à condition de bien référencer le site sur quelques mots clés.

D’autre part, dans la mesure où la seule variable vraiment distinctive parmi les sites des candidats porte sur le volume de contenus réputationnels, les candidats auraient intérêt à ne pas entrer dans une course stérile et décrédibilisante à force de jouer la réassurance et la transparence.

Au total, les sites de campagne apparaissent beaucoup moins essentiels aujourd’hui. D’ailleurs, au-delà des militants et des curieux, qui « surfent » encore sur les sites des candidats ?

Les think tanks jouent-ils la transparence ?

Mesurée par l’inscription sur le registre des institutions européennes, la transparence – parangon des recommandations en matière de bonnes pratiques dans les politiques publiques – est-elle de fait pratiquée par les principaux think tanks ?

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Transparence à l’échelle européenne : les think tanks mondiaux absents

De manière symptomatique, les 5 premiers think tanks mondiaux (Brookings, Chatham House, Carnegie, CSIS, SIPRI) – dans le classement de l’Université de Pennsylvanie « 2013 Global Go To Think Tanks Report » – ne sont pas inscrits sur le registre de la transparence de l’UE. Too big, big fail?

Plus exactement, c’est le premier pays au monde, les Etats-Unis avec 1828 think tanks – loin devant la Chine (426) et le Royaume-Uni (287) – qui ne semblent pas pratiquer la transparence à l’européenne : quasiment aucun think tank américain – hormis le International Crisis Group – n’est inscrit.

Transparence à l’échelle européenne : les think tanks allemands exemplaires

A l’opposé, les think tanks allemands les plus reconnus et respectés sont tous inscrits sur le registre de la transparence de l’UE, qu’il s’agisse de Konrad-Adenauer-Stiftung, Bertelsmann Stiftung, Stiftung Wissenschaft und Politik ou Friedrich-Ebert-Stiftung.

Par ailleurs, ces think tanks allemands – dont les budgets annuels sont de plusieurs dizaines de millions d’€ – partagent tous également le fait de ne pas recevoir de subvention de l’UE.

Transparence à l’échelle européenne : les think tanks européens globalement présents

Avec des budgets annuels très inégaux de l’ordre de quelques millions d’€ et des financements de l’UE également très différents mais quasi systématiques, les principaux think tanks européens jouent le jeu de la transparence.

Une règle semble s’imposer qui veut que plus un think tank est important – notamment mesurée par son budget annuel et sa communauté d’abonnés sur Twitter – plus celui-ci semble susceptible d’être inscrit sur le registre de la transparence, et de recevoir des financements européens.

Par ailleurs, Transparency International, Greenpeace et Amnesty International – trois « think tanks » activistes sont inscrits sur le registre pour ce qui concerne leurs activités auprès de l’UE.

Transparence à l’échelle européenne : les think tanks français dans la moyenne

En ne se distinguant pas – ni par un excès ou un déficit de transparence – les think tanks français sont dans la moyenne :

  • Les « in » : Fondation Robert Schuman, Institut Français des Relations Internationales, Confrontations Europe, Terra Nova et Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme…
  • Les  « out » : Notre Europe, Fondapol, Fondation pour la recherche stratégique, CERI, Fondation Jean Jaures, Fondation Res Publica…

Pour aller plus loin, consultez notre cartographie complète de la scène des think tank européens.

Au total, sur une sélection des 30 principaux think tanks à l’échelle européenne, 70% jouent le jeu de la transparence européenne. La prochaine étape de la mise à jour annuelle des données sera décisive pour mesurer la qualité de la transparence sur la durée.

Vers une américanisation des think tanks européens ?

« Penser comme un universitaire, agir comme un diplomate et écrire comme un journaliste », voilà les qualités par excellence d’un think-tanker dans son rôle de leaders d’opinion, tant en amont (vis-à-vis des décideurs) qu’en aval (vis-à-vis de l’opinion publique). Les évolutions récentes de la scène des think tanks européens traduit-elle une américanisation des acteurs et des pratiques ?

La scène bruxelloise des principaux think tanks européens de plus en plus représentés par des think tanks américains

En 2004, Steven Boucher dénombre jusqu’à 149 think tanks « actifs » sur des thèmes européens dans l’UE, dont seulement 36 étaient « spécifiques européens », c’est à dire axés sur les questions européennes. En 2012, le Bureau des Conseillers de politique européenne publie une étude de quelque 35 think tanks européens représentatifs, choisis sur la base de leur notoriété, visibilité et engagement dans le jeu / marché des idées politiques liées à l’UE.

Les think tanks les plus traditionnels et les mieux établis à Bruxelles (Centre for European Policy Studies – CEPS, European Policy Centre – EPC et Friends of Europe – FoE) ont tous été fondées dans l’«âge d’or» de l’intégration européenne, entre le milieu des années 1980 et la fin des années 1990. Ils sont tous «généralistes», exclusivement axés sur les affaires de l’UE, et avec un parti pris pro-intégration – même si sans doute CEPS est plus axé sur la recherche, FoE presque exclusivement axé sur la promotion du débat, et EPC quelque part entre les deux.

Au cours de la dernière décennie, à la suite également de l’expansion fonctionnelle et géographique de l’UE, de nouveaux acteurs ont rejoint la scène bruxelloise. Pour commencer, de nombreuses organisations américaines ont mis un pied dans la ville : le German Marshall Fund, l’International Crisis Group, l’Institut Est-Ouest, et la Fondation Carnegie pour la paix internationale.

Le Lisbon Council et Bruegel ont également été mis en place récemment, à la fois avec un fort accent sur les questions économiques. L’arrivée la plus récente est Open Europe un think tank britannique, qui peut être considéré comme un signe avant-coureur d’un débat moins consensuel sur l’intégration européenne. La spécialisation thématique et l’engagement polémique sont deux tendances qui traversent la scène américaine des think tans.

Pour leur part, certains think tanks nationaux ont également ouverts des «antennes» à Bruxelles : la Fondation Bertelsmann, le Stiftung Wissenschaft und Politik basée à Berlin, le Centre for European Reform basé à Londres, l’IFRI et la Fondation Robert Schuman à Paris, la FRIDE basée à Madrid, le Centre for Eastern Studies et l’Institute of Public Affairs de Varsovie.

Dans le même temps, la « famille » des organisations soutenues par George Soros continue de croître : sa OSI a ouvert un bureau à Bruxelles. En outre, Europeum basé à Prague, et le European Council on Foreign Relations ont tous de manière significative pris du poids dans le débat public.

Last but not least, les partis politiques européens ont lancé leurs propres think tanks, en commençant avec le Centre for European Studies (CES) et la Foundation for European Progressive Studies (FEPS) – auxquels, bien sûr, il faut ajouter les bureaux des fondations de partis allemands, dont la Konrad-Adenauer- et la Friedrich-Ebert-Stiftung).

Les spécificités des think tanks européens et la tentation du modèle américain

L’essor et la floraison des think tanks européens sont certainement dus à l’importance croissante de la capitale de l’UE – à l’image de Washington DC – comme plaque tournante pour l’élaboration des politiques dans un nombre croissant de domaines.

Les think tanks européens sont de plus en plus intéressés à alimenter l’agenda de l’UE mais également à réinjecter l’agenda de l’UE dans les politiques nationales, en assurant une présence à travers le continent, en particulier (mais pas exclusivement) à Bruxelles.

Ce rôle d’interface est une particularité européenne. Dans l’UE, les think tanks européens jouent un rôle pédagogique important, en particulier (mais pas exclusivement) au niveau national.

Pris dans leur ensemble, les think tanks européens forment, en particulier à travers leur présence en ligne, un espace public européen commun, où ils façonnent les attentes et les perceptions à l’égard des politiques de l’UE.

Quoique l’Europe soit encore loin de la tradition américaine des « portes tournantes » et du « système des dépouilles » dans les carrières entre fonctions privée, publique, et politique, la présence et l’impact des conseillers politiques venant de l’extérieur des structures traditionnelles du parti et de l’Etat est une tendance qui reflète peut-être, en partie, l’importance toujours plus grande de la communication dans la formulation des politiques, mais aussi en partie la difficulté croissante de ces structures traditionnelles pour produire de l’innovation politique.

Plus généralement, les think tanks diversifient leurs activités et / ou la recherche de niches thématiques, reflétant en partie aussi la variété et la complexité croissante des politiques de l’UE. En conséquence, il est de plus en plus difficile de rester un «généraliste», ou tout simplement un groupe de réflexion traditionnel.

Les think tanks plus petits, plus militants et plus spécialisés sur certains enjeux qui apparaîssent à Bruxelles sont monnaie pratique courante à Washington.

En termes de taille, de personnel ou de budget, l’Europe ne dispose pas des équivalents de la Brookings, de Carnegie ou de la RAND.

Pour aller plus loin, consultez notre cartographie complète de la scène des think tank européens.

Au total, même si leur influence réelle reste difficile à mesurer, les think tanks européens sont certainement de plus en plus nombreux, répandus et influents. Les think tanks européens – sur le modèle américain – sont maintenant une force avec laquelle il faut compter, et qui évolue très rapidement – le débat politique européen accueillant régulièrement de nouvelles voix, notamment d’outre-atlantique.