EuropCom 2011 : quelles étaient les présentations qu’il ne fallait pas manquer ?

Après 2 jours de débats à Bruxelles à l’occasion de la 2e conférence européenne de la communication publique et européenne, parmi l’ensemble des présentations des intervenants, que fallait-il ne pas manquer ?

« Keynote speech » de Simon Anholt, conseiller politique indépendant : « l’imagination dans l’élaboration des politiques est essentielle, l’UE doit devenir imaginative »

Qu’est-ce que la communication et qu’est-ce que l’UE fait ?

D’abord, la communication peut être entendue comme la fourniture légitime d’informations, lorsque le public le réclame.

=> L’UE fournit de l’information lorsque personne l’a demandée et sur des sujets qui n’intéressent personne.

Ensuite, la communication peut être comprise comme la publicité, c’est-à-dire la vente d’un produit ou d’un service à des consommateurs qui tolèrent que les médias soient utilisés pour véhiculer ces messages publicitaires.

=> L’UE réalise des campagnes alors qu’elle n’a rien à vendre et qu’elle n’a pas identifié d’audience.

Enfin, la communication peut s’envisager comme la propagande, autrement dit la diffusion non légitime et non tolérée de messages.

=> L’UE fait de la propagande quasiment tout le temps alors même qu’elle ne contrôle évidemment pas tous les médias, ce qui en fait un gaspillage de temps et d’argent public.

Que devrait faire l’UE pour mieux communiquer ?

Pour une communication de l’UE plus efficace, il faut donc identifier 1. les demandes d’informations auprès des citoyens, 2. les produits ou services de l’UE ainsi que les audiences susceptibles d’être intéressées et 3. l’arrêt de toute propagande.

Mais surtout, puisque l’UE ne sera jamais jugée sur ce qu’elle dit, mais bien plutôt sur ce qu’elle fait, il faut :

  • une stratégie : définir à quoi sert l’UE aujourd’hui alors que l’essence d’origine (la paix) n’est plus suffisante pour justifier l’existence actuelle.
  • une substance : si l’UE veut être un acteur sur la scène mondiale – l’UE étant légitimement la seule expérience actuellement réussie au moins en partie de gouvernance multilatérale entre États – alors l’UE doit vraiment le devenir. Il ne lui reste qu’à choisir ses priorités.
  • des actions symboliques : l’UE doit poser des actes qui apportent la preuve sans l’ombre d’un doute de son rôle mondial. Pour y parvenir, « l’UE doit cesser l’erreur fatale de croire que parce que son travail est si grave pour des millions de gens, il faut aussi qu’il soit ennuyeux. C’est la chose la plus irresponsable pour les décideurs et les fonctionnaires européens que d’être ennuyeux parce que c’est la politique ennuyeuse qui ne parvient pas à saisir l’imagination, ne parvient pas à se communiquer, et par conséquent ne fait rien de bien », traduction de la transcription réalisée par Ronny Patz dans « The EU’s image is the boringness of its officials? ». Cela nécessite des changements structurels, un message entendu par Jon Worth dans « The EU has a structural problem, not a communications problem ».

Chiffres clés sur l’information, la communication et le lobbyisme européens

Intervention de Lisbeth Kirk, éditrice en chef d’EUobserver :

550 médias accrédités auprès des institutions européennes en 2010 contre près de 700 en 2005, soit une baisse de plus de 20%

950 journalistes accrédités auprès des institutions européennes en 2010 contre plus de 1 000 en 2005

530 professionnels de la communication de l’UE en 2011: 104 fonctionnaires au service du porte-parole de la Commission, 62 au Parlement européen et 63 au Conseil

2 566 lobbyists européens à Bruxelles en 2010, ils étaient seulement 202 en 2008

Les enjeux de la communication européenne dans le web social

Le risque d’un « digital divide » dans la communication de l’UE dans le web social

Intervention de Gea Ducci, chercheur au département des sciences de la communication à l’Université d’Urbino Carlo Bo en Italie :

Comment les institutions publiques européennes peuvent « habiter » le web social ?

  • Encourager la participation des citoyens dans les politiques publiques
  • Stimuler l’expression de l’opinion des citoyens européens
  • Améliorer la qualité des services avec l’écoute des citoyens
  • Cultiver des relations de proximité avec les citoyens
  • Partager avec les citoyens les choix de campagnes de communication

Le problème de la désintermédiation de la communication dans le web social réside dans la difficulté à distinguer entre la communication politique et la communication institutionnelle :

  • dans le web social, la communication politique parce qu’elle est très personnalisée et spontanée se trouve bien adaptée ;
  • en revanche, la communication institutionnelle parce qu’elle de nature plus distancée peine à trouver sa place dans le web social.

Une « politique médias sociaux » pour les institutions publiques doit reposer sur :

  1. la crédibilité ;
  2. la relation équilibrée entre communication politique et la communication institutionnelle ;
  3. la vision et la planification stratégique dans l’utilisation des différents médias sociaux ;
  4. la communication intégrée, c’est-à-dire multicanale ;
  5. la définition des compétences et des métiers.

L’enjeu est d’éviter le risque de créer de nouvelles inégalités – le « digital divide » – tant au sein des administrations publiques européennes qu’au sein des populations européennes.

3 conseils de l’eurobloggeur Jon Worth :

  • produire du contenu crédible ;
  • dire la vérité ;
  • assurer une présence de long terme, cf. le « Gartner Hype Cycle » présenté par Richard Stacy, consultant en médias sociaux :

2 présentations de professionnels de la communication de l’UE dans le web social :

  • Attention au fossé – les pièges de la mise en réseau avec les citoyens de l’UE dans les médias sociaux par Aurélie Valtat, responsable de la communication web au Conseil de l’UE ;
  • La réputation en ligne (dans le web social, le web documentaire et le web informatif) autour du rond-point Schuman par Dana Manescu, attachée de presse au Conseil de l’UE.

Le journalisme citoyen: opportunité ou menace ?

Intervention de Nuria Simelio Sola, professeur à l’Université autonome de Barcelone en Espagne :

Définition du concept de journalisme citoyen, : journalisme participatif, journalisme interactif, journalisme généré par les utilisateurs des médias :

  • Journalisme généré par les utilisateurs des sites de médias : utilisation quotidienne des citoyens en tant que reporters, généralement non rémunérés, à la place des journalistes professionnels profitant pleinement des technologies interactives du web 2.0. (Joyce, 2007) ;
  • Journalisme participatif : tout type de newswork aux mains de professionnels et d’amateurs entendu comme utilisateurs, producteurs et évaluateurs entre pairs d’une production commune (Bentley, 2005) ;
  • Journalisme interactif : pratiques en matière de journalisme en ligne, qui utilisent le web comme une plateforme d’interactivité et de discussion toujours produites uniquement par des professionnels, mais les commentaires des utilisateurs sont facilités (Paulussen, 2007) ;
  • Journalisme citoyen : « Lorsque le peuple anciennement connu comme le public emploie les outils de presse en leur possession pour informer les uns les autres, c’est le journalisme citoyen. » (Rosen, 2008).

Opportunités du journalisme citoyen :

  • Pourvoit de nouvelles voix et des sources alternatives améliorant le système démocratique, car garantissant la diversité de l’opinion publique ;
  • Permet des contributions de première main lors d’événements et de crises (sites de partage de photos, blogs…) ;
  • Supprime « l’élite gatekeeper » ;
  • Donne un espace pour les groupes sociaux marginalisés, alternatifs et militants ;
  • Assure un contrepoids aux grands médias ;
  • Crée une information indépendante des sociétés commanditaires et du gouvernement ;
  • Assure une fonction politique d’influence en soulignant les problèmes sociaux ignorés par les médias grand public ;
  • Transcendent les frontières géographiques ;
  • Par ses faibles coûts de production, met l’accent sur les nouvelles que les médias traditionnels ne trouvent pas profitables ;
  • Exerce une responsabilité sociale et politique avec la participation des citoyens dans l’évaluation des politiques publiques ;
  • Renforce la culture démocratique ;
  • Favorise l’intelligence collective et l’apprentissage collaboratif ;
  • Par sa dimension collective, permet un journalisme égalitaire et non hiérarchique.

Menaces du journalisme citoyen :

  • Peut donner une voix aux groupes extrémistes (racisme, haine, violence…) ne seraient pas admis sur les médias traditionnels ;
  • Ne donne lieu à aucune amélioration par rapport aux  façons de faire, ou à aucune conséquence efficace ou utile ;
  • Ne peut pas être fiable / digne de confiance sans le code d’éthique journalistique, sans le contraste entre faits et sources, sans formation journalistique professionnelle ;
  • Est subjectif avec risques conflits d’intérêts, chambres d’écho et au détriment des points de vue plus larges ;
  • Tend à renforcer les arrangements institutionnels existants et les inégalités sociales ;
  • Remet en cause le journalisme en tant que profession ;
  • Se concentre principalement dans les « informations légères ».

Avenir du journalisme citoyen :

Institution, communicateurs publics et journalistes devraient agir pour promouvoir la citoyenneté active et non pour générer des leaders d’opinion en captivité. En d’autres termes, ils devraient d’abord être ouvert afin de redonner une partie de leur pouvoir à la source de leur pouvoir : le peuple.

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Une réponse à EuropCom 2011 : quelles étaient les présentations qu’il ne fallait pas manquer ?

  1. Cédric Lombion dit :

    Merci beaucoup pour ce compte rendu très intéressant.

    J’ai cependant peur d’entrevoir ici le « cercle fermé » de la communication politique qu’a schématisé Patrick Champagne. En effet, on retrouve une dynamique d’échanges entre les professionnels de la communication (présents à ce colloque), les journalistes (qui couvrent l’actualité de l’UE) et les institutions européennes. Et finalement, le citoyen européen est mentionné à deux reprises, dans le cadre du web social et celui du journalisme participatif.

    Or, je crois ne pas être dans l’erreur en disant qu’il est évident que la majorité des citoyens européens ne sont pas des adeptes pratiquants du web social et du journalisme participatif. Ceux qui le sont, et vous le soulignez dans votre analyse de l’étude L’Europe des Européens : enquête comparative sur les perceptions de l’Europe, sont des potentiels prescripteurs et leaders d’opinions vers lesquels il est nécessaire de communiquer massivement.

    Il y a cependant un acteur essentiel du tissu social européen qui semble avoir été oublié des débats, si je m’en fie à votre compte rendu : l’entreprise, ou de manière plus générale, l’entrepreneur. Seuls les lobbies sont mentionnés alors qu’il y a un formidable réseau d’entreprises qui maille le territoire européen et qui pourrait servir de relais efficace à la communication européenne, non pas en faisant le travail des communicants européens à leur place, mais en amenant l’UE, ses objectifs et ses actions, auprès des citoyens européens. En un mot : décentralisation.

    Cela demande cependant un changement structurel de l’action européenne. Ce qui rejoint l’analyse de Simon Anholt et John Worth dans le sens où il est nécessaire d’amener un part d’actions symboliques dans les réalisations de l’UE. Et les entreprises doivent être prises en compte autrement qu’en leur réservant des fonds européens.

    En disant cela, on s’éloigne du cercle restreint de l’exercice de la communication. Pourtant, je crois que l’on peut insérer cette analyse dans une problématique de communication.

    Prenons l’exemple du web. Jusqu’à maintenant, les supports d’information web de la communication européenne sont construits comme des outils centralisés, qui ont l’utopique ambition de répondre aux besoins de 800 millions d’Européens. Or, en permettant une décentralisation optimale de ces plateformes web, on se donne la possibilité d’adapter l’information délivrée aux intérêts des citoyens concernés (cf premier point de l’intervention de Simon Anholt). Cependant, en pensant la communication web de l’UE comme une plateforme (donc avec des interfaces de programmation « API » permettant de construire des applications ayant accès à l’information fournie par la plateforme), on donnerait la possibilité à des centaines de milliers d’entrepreneurs de 27 nationalités de réfléchir à comment personnaliser l’information provenant de l’UE pour l’adapter aux préoccupations de leurs concitoyens, qu’ils connaissent sans doute mieux que les fonctionnaires européens.

    En parlant d’API mon propos devient technique, mais il part d’une constatation simple : si on veut adapter l’information aux citoyens, il faut décentraliser. Si on veut décentraliser, il faut passer par les acteurs politiques, économiques et sociaux déjà en place. TPE, PME, PMI, associations devenant des acteurs incontournables. Cela passe notamment par une politique d’opendata que vous avez mentionnée dans votre billet sur le web 3.0 mais surtout par une réflexion en terme d’accessibilité. L’information mise en ligne, en étant accessible et réutilisable par tous, permet à des acteurs informés de la réutiliser et de se transformer en relais d’information ou d’opinion. On en revient aux conclusions de l’étude l’Europe vue par les européens. La boucle est bouclée.

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