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Référencement des sites de campagne et respect du code électoral : quels enjeux et conseils pour les communicants politiques ?

Le Conseil d’Etat a annulé, le 13 février 2009, l’élection du Maire de Fuveau parce que la liste du candidat vainqueur avait acheté des liens sponsorisés sur Google alors que le code électoral prohibe toute activité publicitaire pendant la campagne.

Quels sont les enjeux de cette décision sur le référencement des sites de campagne, sachant que le référencement est l’une des principales sources de trafic sur un site aujourd’hui ?

La nouvelle jurisprudence du Conseil d’Etat : le référencement commercial d’un site à finalité électorale est interdit par le code électoral

Le raisonnement du Conseil d’Etat est tout à fait évident :

D’une part, le code électoral interdit aux candidats toute publicité commerciale pendant la campagne.

« Considérant qu’aux termes du premier alinéa de l’article L. 52-1 du code électoral : « Pendant les trois mois précédant le premier jour du mois d’une élection et jusqu’à la date du tour de scrutin où celle-ci est acquise, l’utilisation à des fins de propagande électorale de tout procédé de publicité commerciale par la voie de la presse ou par tout moyen de communication audiovisuelle est interdite. »

D’autre part, le référencement par liens sponsorisés du site de campagne revêt le caractère d’un procédé de publicité commerciale.

« Considérant que le référencement commercial d’un site à finalité électorale sur un moteur de recherche sur internet revêt le caractère d’un procédé de publicité commerciale, interdit par l’article L. 52-1 du code électoral. »

Ainsi, le référencement commercial d’un site à finalité électorale est interdit par le code électoral.

En d’autres termes, les résultats d’une élection peuvent être annulées si le candidat vainqueur est reconnu coupable d’avoir acheté des mots clés sur un moteur de recherche afin d’afficher un lien commercial sur la première page de résultats du moteur de recherche.

Les conséquences de la nouvelle jurisprudence du Conseil d’Etat sur les pratiques de référencement

La nouvelle jurisprudence du Conseil d’Etat ne sera pas sans conséquence sur les pratiques de référencement des sites de campagne des listes candidates.

Le Search Engine Optimization serait permis par le code électoral

On peut considérer que le Search Engine Optimization, l’ensemble des actions consistant à optimiser le site de campagne afin d’améliorer son référencement naturel, est permis par le code électoral.

Seraient ainsi permis :

  • l’optimisation du code HTML autour des mots clés pertinents dans les pages ;
  • l’indexation manuelle du site sur les outils de recherche les plus consultés par les internautes.

Le Search Engine Marketing serait interdit par le code électoral

On peut considérer que le Search Engine Marketing, l’ensemble des actions consistant à positionner le site de campagne inévitablement en tête des résultats des moteurs de recherche, est interdit par le code électoral.

Seraient ainsi interdits :

  • le lien sponsorisé, c’est-à-dire l’achat de mots clés sur les moteurs de recherche ;
  • le netlinking, c’est-à-dire l’indexation payante sur des annuaires, des magazines online et des portails, bénéficiant de forte notoriété.

Quid du Link building ?

Doit-on considérer que le Link building, la politique d’échange de liens entre webmasters serait permis ou interdit ?

Au vue des atouts de l’échange de liens qui sont nombreux, le link building semblerait plutôt permis :

  • D’abord, il ne s’agit pas – stricto sensu – de pratiques commerciales, donc considérés comme illégales par le code électoral puisque l’échange de liens est réalisé pour des raisons éditoriales/idéologiques et non commerciales.
  • Ensuite, cela permet une amélioration du positionnement dans les moteurs et une augmentation de la popularité et de la fréquentation de visiteurs directement de site à site sans recourir à des pratiques commerciales.
  • Enfin, sur le plan électoral, cette pratique permet de créer un réseau de sites « amis ».

Au final, la décision du Conseil d’Etat semble lourde de conséquence sur les stratégies de référencement des webmasters de sites de campagne. Les élections européennes seront le prochain scrutin pour étudier les pratiques…

En quoi l’UE souffre d’un problème de communication ?

Malgré la définition d’une véritable stratégie de communication à destination des citoyens européens, l’UE – selon Jean Quatremer – souffre de problèmes de communication…

L’impératif tardif de l’UE de la nécessité de communiquer plus efficacement avec les citoyens de l’Union européenne

En 2005, avec le rejet de la Constitution européenne par les Français et les Néerlandais, la Commission européenne élabore une nouvelle approche de la communication européenne, qui place les citoyens au centre des politiques de l’Union.

Selon Margot Wallström, vice-présidente chargée des relations interinstitutionnelles et de la stratégie de communication, cette approche repose sur trois principes stratégiques :

  • écouter les citoyens en tenant compte de leurs avis et de leurs préoccupations;
  • communiquer avec les citoyens en leur expliquant comment nos politiques influent sur leur vie quotidienne ;
  • entrer en relation avec les citoyens au niveau local en s’adressant à eux dans un contexte national ou local, par le biais de leurs médias préférés.

Les handicaps de langues et de cultures induisent une communication de l’UE « aseptisée, unilingue et élitaire »

Lors d’une conférence « La communication sur l’Europe » le mardi 31 mars, Jean Quatremer, journaliste à Libération et auteur du blog « Les coulisses de Bruxelles » a listé les problèmes de communication de l’UE :

Parce que l’UE est un espace fragmenté par les langues et les cultures nationales,

  • la langue des institutions communautaires est à 85% unilingue avec l’anglais, « la langue des élites et en aucun cas la langue des peuples » ;
  • le langage des institutions communautaires est par essence « neutre » en raison de la charge que chaque mot de vocabulaire peut avoir dans chaque Etat ;
  • les messages de la communication des institutions européennes sont « aseptisés » voire « insipides », afin de ne pas déclencher la polémique ;
  • les cibles de la communication des institutions européennes sont réduites aux correspondants permanents à Bruxelles, « un petit noyau de journalistes qui font l’opinion publique européenne » selon Jean Quatremer, un exemple lui-même probant.

De la sorte, la communication européenne « isole de plus en plus les institutions communautaires dans une tour d’ivoire » et « est de moins en moins à destination des citoyens et de plus en plus à destination des élites ».

Ainsi, entre la stratégie actuelle consistant à communiquer auprès de citoyens européens demeurés relativement indifférents et la pratique actuelle consistant à communiquer auprès d’une minorité de professionnels forcément impliqués, la communication des institutions communautaires doit résoudre son problème de communication.

Comment la communication européenne peut-elle attirer l’attention sur Internet ? (II)

Dans la compétition pour attirer l’attention sur Internet, la communication européenne peut s’imposer à condition de diffuser une « information européenne à valeur ajoutée »…

Il faut réinventer la stratégie de production des contenus

  • Limiter les contenus : il s’agit d’aller à l’essentiel, d’abandonner le culte de l’exhaustivité pour se concentrer sur des informations exclusives.
  • Favoriser les contenus jugés « intéressants » par les lecteurs, face aux contenus, jugés « important » par les rédacteurs.
  • Raconter les contenus : « stories matter more than content » : il s’agit d’humaniser l’information, de faire du story-telling avec des “breaking news” suivies par un “ story owner” tout au long des développements
  • Différentier ses contenus : il s’agit de minimiser la banalité de l’information pour maximiser la qualité de la mise en perspective et de l’analyse, être « la voix » de l’Europe sur Internet.
  • Faire vivre ses contenus dès la home page : il s’agit de publier en continu afin de rafraîchir tout au long de la journée.
  • Faire vivre les contenus sur le site : alors que la home page doit être propre et bien éditée, pour attirer les annonceurs, le reste du site peut être alimenté par de multitudes ressources éditoriales, idéalement mutualisée entre le print et le web pour alimenter le trafic.

Il faut développer une stratégie de dissémination des contenus

  • Valorisation des archives afin de bénéficier de la « longue traine ».
  • Multiplication du parc des sites web européens afin de créer une « toile » et répondre à la fragmentation de l’audience.
  • Flux de syndication RSS, Widgets et applications sur des réseaux sociaux : des opportunités de distribution de contenus, souvent automatiques et répondant à la fragmentation des cibles.
  • Web TV : Personal programming (Web TV) vs. Linear programming (TV) : les contenus vidéo peuvent être désormais visionnés sur le Web (chaîne sur Youtube), sur son écran d’ordinateur, sur un mobile ou dans des jeux vidéo, parfois par retransmission en direct.

Ainsi, selon l’étude de MediaWatch (Observatoire mondial des médias), dans le cadre d’une stratégie de capture de l’attention d’une audience et de développement de l’interactivité, les contenus doivent être positionnés comme des services.

Comment la communication européenne peut-elle attirer l’attention sur Internet ? (I)

Face aux tendances récentes sur Internet : offre de rich media littéralement surabondante, temps disponible relativement fixe ; multi-tasking et papillonnage des Internautes ; les acteurs de l’Internet sont plongés dans une nouvelle « économie de l’attention »…

D’une logique de la fréquentation à une logique de l’attention

Alors que l’Internet était tourné hier vers une logique de pages vues, aujourd’hui l’Internet s’oriente de plus en plus vers une logique de temps passé ou d’« attention ».

Ainsi, l’enjeu sur Internet : « Ce n’est pas l’information qui manque dans cet univers luxuriant. C’est notre regard qui se disperse, qui peine à se fixer », remarque, Philippe Chantepie, enseignant à Sciences-Po, cité dans Le Monde daté du 4 avril : « L’Homme au miroir de la Toile ».

Pour attirer, il faut favoriser l’engagement des internautes

Afin de capter l’attention, il s’agit de favoriser la participation de l’internaute et d’organiser la conversation entre le site et le public :

  • aider à la navigation, pour montrer ce qu’il y a d’important ;
  • recommander et donner des conseils pour aider à se faire une opinion ;
  • arbitrer, pour faire respecter les règles et modérer, avec une voix d’autorité ;
  • « coacher », pour nourrir une relation et bâtir des communautés d’opinion et d’« engagement ».

Ainsi, l’engagement via le nombre de sessions, leur durée, la nature de l’interaction de l’internaute (commentaires, notation, ouverture de blogs, …) devient l’une des nouvelles mesures de la notoriété sur Internet.

Pour attirer, il faut optimiser le référencement du site

Afin de capter l’attention, il s’agit d’être partout, en particulier sur les réseaux sociaux et d’être trouvable, notamment par les moteurs de recherche :

  • développer un réseau de liens et notamment bénéficier de recommandation ;
  • utiliser des contenus attractifs pour communiquer par l’image, le son et l’émotion ;
  • aller au-delà de l’info brute, pour ajouter contexte, expertise, savoir, background et souvent un avis, voire une prise de position.

Ainsi, le référencement, via la position dans les pages de résultats des moteurs de recherche ou le nombre de tags par pages sur les sites communautaires devient l’une des nouvelles mesures de la notoriété sur Internet.

Vers la création de cours d’éducation civique européenne dans toutes les écoles de l’UE ?

Conscient que le principal risque de la construction européenne, ce n’est pas la paralysie d’une Europe des institutions en panne, mais c’est la désaffection de citoyens européens ignorants et indifférents de l’Europe des projets, au risque d’asphyxier le rêve européen ; les institutions communautaires se mobilisent pour créer des cours d’éducation civique européenne commune…

La priorité : exprimer en mots simples, compréhensibles, l’originalité de la construction européenne, ses valeurs et son projet

Communiquer avec des mots que les citoyens ne comprennent pas, c’est comme s’adresser à eux dans une langue étrangère. Il convient donc d’abord que les prises de parole de l’UE soient accessibles à tous.

La recommandation du Comité économique et social européen : un socle commun de connaissances pour former les jeunes et les relais d’opinion

Dans l’avis du CESE sur « Comment concilier dimension nationale et dimension européenne dans la communication sur l’Europe » adopté le 10 juillet 2008, la rapporteur Béatrice Ouin « recommande au niveau européen, de mettre à disposition un socle commun de connaissances » rassemblant l’essentiel de l’histoire et des valeurs européennes :

  • à l’usage des élèves, dans les programmes scolaires d’instruction civique ;
  • à destination des relais d’opinion : enseignants, élus, et journalistes ;
  • validé par le Parlement européen et traduit dans les 22 langues officielles de l’Union.

La préconisation du Parlement européen : un cours d’éducation civique pour renforcer la citoyenneté active

Dans la résolution « Dialogue actif avec les citoyens sur l’Europe » adoptée le 24 mars 2009, le Parlement européen « relève qu’il est nécessaire de défendre un modèle actif d’éducation civique européenne qui donne aux jeunes la possibilité de s’investir directement dans la vie publique et de s’engager » :

  • demande aux États membres de favoriser la mise en place d’un cours sur l’histoire de l’intégration européenne et le fonctionnement de l’Union ;
  • invite la Commission européenne à soutenir financièrement la promotion de ces projets de cours d’éducation civique européenne dans les programmes scolaires de tous les États membres.

Ainsi, au cours de l’année 2009, la proposition de créer un cours d’éducation civique européenne marque un tournant dans la communication européenne :

  • Hier, communiquer sur l’Europe, c’était diffuser des informations dans l’espace
  • Demain, communiquer sur l’Europe, ce sera léguer des valeurs dans le temps