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Journée internationale de la femme : comment communiquent les institutions de l’UE ?

Alors que le 8 mars est la Journée internationale de la femme, un rapide tour d’horizon des sites Internet des principales institutions européennes permet de mesurer d’une part les différences de priorités (combattre les violences conjugales/sexistes ou réduire l’inégalité salariale hommes/femmes) et d’autre part, les différences de styles liées aux finalités propres à chaque institution…

Pour le Parlement européen, l’assemblée de représentants directs des peuples européens : priorité à la lutte contre les violences conjugales avec une campagne orientée vers les citoyens et dans le web social

Parce qu’une femme sur quatre est victime de violence de la part d’un homme au cours de sa vie, le Parlement européen lance une campagne de lutte contre les violences conjugales, visible sur le site du Parlement européen.

Une démarche très orientée vers les citoyens avec un chat sur Facebook de la Suédoise Eva-Britt Svensson, présidente de la commission parlementaire des droits des femmes.

Pour la Commission européenne, le collègue indépendant gardien de l’intérêt communautaire : priorité à la réduction de l’inégalité salariale entre les hommes et les femmes avec des publications d’engagement (« charte des femmes ») et de chiffres (Eurostat et Eurobaromètre)

Dans l’UE, les femmes gagnent en moyenne 18 % de moins que les hommes, selon le  communiqué de la Commission européenne : « Les femmes continuent de gagner moins que les hommes » – visible dès la rubrique « les principaux titres » de la page d’accueil du site de la Commission et sur le site de la DG Emploi, affaires sociales et égalité des chances.

Une démarche reposant sur la publication d’une « charte des femmes » affirmant un engagement accru de la Commission européenne en faveur de principes d’égalité entre les femmes et les hommes dans toutes ses actions, tout au long de son mandat :

  1. indépendance économique égale ;
  2. égalité de rémunération pour un même travail ou un travail de même valeur ;
  3. égalité dans la prise de décision ;
  4. dignité, intégrité et fin des violences fondées sur le sexe ;
  5. égalité entre les femmes et les hommes en dehors de l’Union.

Une démarche s’appuyant également sur des publications conjointes :

Pour le Conseil de l’UE, l’organe représentant les gouvernements des Etats membres : priorité à la lutte contre la violence à caractère sexiste avec une information sur les décisions

Dès la page d’accueil du site de la Présidence espagnole du Conseil de l’UE, dans la rubrique « Temps forts de la Présidence », le Conseil des ministres « Emploi et affaires sociales » qui se tient aujourd’hui est mis en avant : « Conseil Emploi et affaires sociales : les ministres européens fixent des mesures communautaires pour lutter contre la violence sexiste », telles que :

  • la mise en place d’un numéro de téléphone unique et gratuit dans toute l’UE (116016) pour fournir aux femmes victimes de maltraitances des informations et une assistance ;
  • la création d’un observatoire européen sur la lutte contre la violence à caractère sexiste « fondé sur les structures institutionnelles préexistantes ».

Pour le Conseil européen, le sommet des chefs d’État ou chefs de gouvernement des Vingt-Sept, : aucune communication sur la Journée de la Femme ni le site de l’institution ni sur la page dédiée au Président Van Rompuy

Ainsi, la Journée internationale de la femme illustre particulièrement bien les différences de communication entre les institutions européennes, notamment dû à leur différentes finalités…

Palmarès des membres de la Commission européenne sur Twitter

Alors que le Parlement européen doit procéder au vote final d’approbation du Collège des Commissaires à Strasbourg le 9 février 2010, quel est l’état des lieux de la présence des Commissaires désignés sur Twitter ?

Plus de 70% des Commissaires ne sont pas présents sur Twitter

Une très large majorité des Commissaires est absente du réseau social Twitter :

  • Joaquín Almunia, Vice-président, Concurrence
  • Siim Kallas, Vice-président, Transports
  • Antonio Tajani, Vice-président, Industrie et Entreprises
  • Maroš Šefčovič, Vice-président, Relations inter-institutionnelles et Administration
  • Olli Rehn, Affaires économiques et monétaires
  • Andris Piebalgs, Développement
  • Androulla Vassiliou, Éducation, Culture, Multilinguisme et Jeunesse
  • Algirdas Šemeta, Fiscalité, Union douanière, Audit et Lutte anti-fraude
  • Karel De Gucht, Commerce
  • John Dalli, Santé et Politique des consommateurs
  • Máire Geoghegan-Quinn, Recherche, Innovation et Science
  • Janusz Lewandowski, Budget et Programmation financière
  • Johannes Hahn, Politique régionale
  • Štefan Füle, Élargissement et Politique européenne de voisinage
  • László Andor, Emploi, Affaires sociales et Insertion
  • Cecilia Malmström, Affaires intérieures
  • Kristalina Georgieva, Coopération internationale, Aide humanitaire et Réaction aux crises
  • Dacian Cioloş, Agriculture et Développement rural

Quelques comptes sont ouverts mais inactifs sur Twitter

Seul l’avenir pourra déterminé s’il s’agit de comptes « officiels » ou de spams pour quelques Commissaires qui auraient ouverts des comptes sans être actifs :

  • Jose Manuel Barroso EU President : fake (suspendu)
  • José Manuel Durão Barroso, Président : 0 Following, 114 Followers, 6 Tweets : fake (supendu)
  • Catherine Ashton, Première Vice-Présidente, Haut représentant pour les Affaires étrangères : fake
  • Viviane Reding, Vice-présidente, Justice, Droits fondamentaux et Citoyenneté (et de la communication) : fake
  • Neelie Kroes, Vice-présidente, Société numérique : fake
  • Günther Oettinger, Énergie : fake

Quelques personnalités seulement sont actives sur Twitter

Une infime minorité des Commissaires est engagée sur Twitter :

  • Connie Hedegaard, Action climatique (compte temporairement actif lors du Sommet de Copenhague : @cop15president) : 4 Following, 35 Followers, 13 Tweets
  • Janez Potočnik, Environnement : 12 Following, 146 Following, 17 Tweets
  • María Damanáki, Affaires maritimes et Pêche : 91 Following, 232 Followers, 37 Tweets (en alphabet grec) : 177 Following, 91 Followers, 106 Tweets
  • Michel Barnier, Marché intérieur et Services (compte temporairement utilisé pendant la campagne des élections européennes) : 620 Following, 2,436 Followers, 88 Tweets

Ainsi, alors que les derniers chiffres de Twitter publiés par Sysomos : Exploring the Use of Twitter Around the World. révèle que 13 millions de tweeteurs seraient actifs dans le monde en janvier 2010 avec une grosse majorité d’ anglophones – plus de 65% – et moins de 1 % pour les français, le palmarès de la présence des Commissaires sur Twitter montre que le Commissaire français arrive en tête du podium.

Lancement de la nouvelle page d’accueil du site de la Commission européenne

C’est aujourd’hui que la page d’accueil refondue du site de la Commission européenne est officiellement lancée. Retour sur les enjeux de la refonte progressive du portail Europa – lancé en février 1995, consulté quotidiennement par plus de 500 000 internautes et avec plus de 6 millions de pages, l’un des sites web les plus volumineux au monde – au regard : d’une part, de la stratégie Internet de la Commission européenne adoptée en décembre 2007 « Faire du site web Europa un point d’accès unique vers toutes les informations et toutes les institutions européennes » ; d’autre part, des préconisations de la communauté du web dans la lettre ouverte des éditeurs et des webmasters de la Commission européenne au président Barroso et aux Commissaires entrants…

Enjeux de la refonte du portail Europa : trouver l’équilibre entre l’indispensable : des contenus institutionnels prenant en compte les attentes des citoyens et le souhaitable : une réforme du comité éditorial s’ouvrant à la production mutualisée avec les internautes

Avec comme ambition affichée de « Communiquer sur l’Europe par Internet : faire participer les citoyens », la refonte du portail Europa, comme nous le précisions en septembre dernier, s’inscrit dans une dynamique visant à concilier l’indispensable et le souhaitable.

Du côté de l’indispensable, la refonte du portail Europa doit conserver des obligations statutaires :

  • informations relatives à la présidence de la Commission et au collège des Commissaires : les rubriques « le président », « le coin des Commissaires » avec focus en roulement sur quelques Commissaires en action et « agenda » répondent à ces incontournables.
  • exhaustivité notamment s’agissant de la masse des documents légaux : les rubriques « marchés, contrats et subventions » ainsi que la traditionnelle « politiques et législations » rassemblent ces exigences.

De même, la refonte du portail Europa doit s’efforcer de mieux prendre en compte les attentes des publics de consulter facilement des contenus aisément compréhensibles :

  • accès rapide à des informations plutôt de « proximité » que statutaire et si possible rédiger dans un style web attractif, intégrant le rich média : la mise en avant dès la page d’accueil d’un traitement « éditorialisé » de l’actualité de la Commission à travers « les principaux titres » ainsi que la présence de la webTV de la Commission « l’actualité d’EU Tube » répond à cette attente.
  • possibilité de contacter aisément la Commission européenne : la mise en avant dès la page d’accueil d’une rubrique « Contacter la Commission européenne » avec des liens vers les bureaux locaux et centres d’information de l’UE renforcée par une rubrique « Des questions sur l’UE » avec un standard téléphonique gratuit facilite les démarches des internautes.

Du côté du souhaitable, la refonte du portail Europa doit être nécessairement accompagnée de la réorganisation des contributeurs (les éditeurs et webmasters) afin de produire des contenus harmonisés. Face à la multiplication des communicants au sein des différentes entités de la Commission et à la multiplication afférente des sous-portails et sites affiliés, la réforme du comité éditorial du portail Europa visant à renforcer la cohérence rédactionnelle, que nous présentions en août 2008, doit être poursuivie.

De même, la refonte du portail Europa, aujourd’hui initiée avec la nouvelle page d’accueil doit viser également à renforcer l’interactivité et la participation des citoyens. La finalité de la stratégie Internet de la DG Communication de la Commission que « les internautes puissent explorer facilement de gros volumes de contenus, créer du contenu, et participer à des discussions et des débats afin que le portail Europa ne soit plus méconnu de la majorité des citoyens de l’Union. » doit être confortée.

Quid des préconisations de la lettre ouverte de la communauté web de la Commission européenne pour une meilleure communication sur tous les sites Europa ?

Au décryptage de cette nouvelle page d’accueil du site de la Commission européenne à l’aune de la stratégie Internet de la Commission européenne, il convient également de relire les préconisations de la communauté web de la Commission européenne, que nous présentions en janvier dernier :

  • concentrer la communication sur les besoins et les intérêts des utilisateurs, plutôt que sur les priorités, les structures organisationnelles et le vocabulaire de la Commission ;
  • supprimer les jargons obscurs et les contenus les moins pertinents – considérations historiques excessives, détails juridiques inappropriés et matériel de promotion – afin que l’information cruciale soit rapidement trouvée ;
  • rechercher les besoins des utilisateurs à travers des « feedbacks » réguliers et une analyse d’audience ;
  • organiser des tests généralisés d’ergonomie et d’accessibilité pour améliorer l’expérience utilisateur et permettre d’évaluer et de mesurer les progrès ;
  • exiger des DG de regarder les sites (existants et nouveaux) des autres en fonction de critères axés sur l’utilisateur et de partager les projets, afin d’éviter les répétitions et les chevauchements ;
  • donner des informations à jour soit par l’archivage, l’actualisation ou la fermeture des sous-sites ;
  • restructurer ou fusionner des sites présentant un contenu qui se chevauchent ou se contredisent (ce qui nécessite une coopération routinière entre les services compétents)
  • veiller à ce que tous les sites de l’UE, y compris ceux des Commissaires, présentent une image de marque cohérente et consistante pour les utilisateurs.

Ainsi, quoiqu’il soit encore tôt pour juger de la refonte du portail Europa, aujourd’hui limitée au lancement de la nouvelle page d’accueil du site de la Commission européenne, les premiers éléments s’inscrivent pleinement dans le cadre des préconisations récemment formulées par les principaux acteurs d’un chantier qui semble loin d’être achevé.

Comment la communauté web de la Commission européenne peut-elle « exploiter la puissance d’Internet pour une meilleure communication » : les recommandations du Guide des médias sociaux de Brian Solis ?

Alors que le cabinet du Président de la Commission européenne semble avoir donné une « réponse positive à la lettre ouverte » de la communauté des éditeurs et des webmasters au président Barroso et aux futurs Commissaires, selon le compte Twitter de Dick Nieuwenhuis, le fonctionnaire européen ayant publié ce document sur son blog, quelles sont les recommandations de Brian Solis dans son Guide des médias sociaux ?

Quels sont les intentions de la communauté web de la Commission européenne en matière de communication sur les médias sociaux?

Dans la lettre ouverte, la communauté web de la Commission européenne formule toute une série d’intentions pour interagir avec les citoyens européens :

  • encourager / autonomiser le personnel de la Commission dans l’utilisation des réseaux sociaux pour communiquer aussi sur leur travail via blogs, réseaux sociaux, etc…
  • être conscient que la participation à des réseaux sociaux n’est pas un « one-shot » et nécessite une présence continue qui nécessite un investissement fort en ressources humaines ;
  • faire un usage intelligent des plates-formes de réseaux sociaux (Facebook, Twitter, etc…) pour assurer un maximum de visibilité à l’UE et offrir de nouvelles possibilités d’engagement du public avec la Commission ;
  • utiliser judicieusement les possibilités de mise en réseau d’Internet, en tenant compte des préoccupations quant à la protection de la vie privée, droit d’auteur, et durabilité.

Quels sont les recommandations de Brian Solis, dans son guide des médias sociaux, à destination des professionnels de la communication ?

Brian Solis, auteur du blog PR 2.0 théorise la convergence des PR, des Médias traditionnels et des Médias Sociaux, à condition pour les professionnels de la communication de suivre quelques principes :

  • Préconisation n°1 : Nous sommes tous des individus et nous devrions aborder les conversations sur le web en tant que tels.

L’intention de la communauté web de l’UE de s’engager personnellement s’inscrit pleinement dans cette démarche.

  • Préconisation n°2 : Ce qui fait la différence entre des conversations authentiques et les discours unilatéraux, c’est que les conversations nourrissent les communautés et que les communautés sont des marchés de relations. Les relations, nouvelle monnaie d’échange sur les médias sociaux, nécessitent une attention et une contribution des deux parties afin de durer et prendre de la valeur.

L’intention de la communauté web de l’UE de nourrir une présence continue dans la durée pour entretenir ces relations et pleinement dialoguer avec les citoyens poursuit également cette disposition.

  • Préconisation n°3 : Dans un monde social, notre engagement est un privilège. L’amitié, la confiance et la fidélité en sont les récompenses. Avec les médias sociaux, nous gagnons les relations, et la réputation, que nous méritons.

L’intention de la communauté web de l’UE de susciter un engagement des citoyens européens et d’améliorer l’image de marque de l’UE par leur engagement et leur participation active dans les médias sociaux en veillant à respecter les codes propres à chaque communauté, à apporter une valeur ajoutée dans les conversations et à faire preuve de compréhension vis-à-vis des internautes indique leur pleine compréhension des réseaux sociaux.

Ainsi, une lecture croisée entre les intentions de la communauté du web de la Commission européenne et les recommandations de Brian Solis révèle une profonde convergence de vues qui ne peut que laisse à penser que le passage à l’action – le plus urgemment – sera un succès.

Faut-il un Commissaire européen à la communication ?

Le débat sur la place qu’il convient d’accorder à la communication au sein de la Commission européenne est relancé aujourd’hui avec la publication d’un court billet de Martin Westlake (en anglais) : « Communicating Europe ». Quels sont les arguments des « pros » et des « antis » Commissaire à la communication ?

Pour les antis : la communication de l’UE n’étant pas une politique, un Commissaire n’est pas nécessaire

Ce point de vue est défendu notamment par Cédric en rebond de mon interview dans Le Taurillon, que je reproduits intégralement : « La communication n’est pas une politique mais un outil. Par conséquent, l’idée d’un commissaire dédié à la communication, ou encore l’idée d’un chapitre « communication » dans le programme politique annuel de la Commission, sont des hérésies. L’UE en tant qu’institution ne devrait pas communiquer, mais promouvoir des valeurs, promouvoir le débat. Les mots importent. Une institution qui assume le mot « communiquer » est suicidaire, elle donne à ses adversaires l’occasion rêvée d’une accusation de propagande. C’est aux politiques (politiciens) européens de communiquer. Communiquer est pour eux une nécessité personnelle quotidienne, pour accéder au pouvoir ou s’y maintenir. »

Ne partageant pas cet argument, je considère qu’il est primordial d’articuler de manière optimale communication des institutions européennes et communication des responsables politiques européens, mon billet d’hier « Pour une communication européenne à la fois institutionnelle et politique » précise ces deux registres :

  • approche institutionnel devant se limiter à son champ d’intervention sur le long terme ;
  • approche politique devant pleinement prendre possession de son terrain d’expression quotidienne.

Pour les pros : l’UE a besoin d’une politique de communication stratégique, un Commissaire est indispensable

Ce point de vue est défendu de manière paradoxale par Martin Westlake, puisqu’il s’appuie sur une tribune d’Alastair Campbell portant sur le conflit en Afghanistan pour en appliquer les arguments à l’Union européenne.

L’argument de base d’Alastair Campbell est que, « tandis que les soldats peuvent gagner des guerres, l’échec dans la bataille des cœurs et des esprits peut les perdre. » Il tire trois leçons du conflit en Irak qu’il invite à prendre en compte dans celui en Afghanistan :

  • d’abord, « il faut prendre au sérieux la stratégie de communication » ;
  • ensuite, « dans une alliance multinationale, il faut internationaliser la communication » au sein des différents systèmes politiques nationaux ;
  • enfin, « il faut porter une attention constante sur la consistance des arguments ».

Appliquée à l’Union européenne, la réflexion montre l’importance d’une politique de communication stratégique et consistante, portée par un Commissaire dédié, permettant à l’UE de lui faire prendre toute sa place dans les médias avec ses propres arguments.

Ainsi, la décision de José Manuel Barroso de ne pas attribuer de portefeuille à la communication au sein du Collège des Commissaires fait l’objet de vifs échanges, qui devraient connaître d’autres rebondissements…