Comment communiquer dans une Europe paradoxale ?

L’Europe institutionnelle progresse, mais pour suivre cette avancée, il faut être formé et très fortement motivé. L’Europe quotidienne, accessible des échanges d’étudiants, des jumelages, du tourisme, de la culture… n’est pas visible.

Selon Éric Dacheux,

« entre cette sphère très lointaine et visible et cette sphère très proche, mais invisible, l’Europe n’existe pas. Rapprocher l’Europe du citoyen est un objectif impossible. Car, se rapprocher de quelque chose qui n’existe pas ne veut rien dire. »

Quelle solution alors ? Il faut, dans un premier temps, faire prendre conscience aux citoyens que l’Europe existe. Il faut que l’Europe montre aux citoyens ce qu’elle leur apporte dans leur vie quotidienne et locale. Dans un deuxième temps, il faut que l’Europe donne envie d’en débattre, de s’approprier ses enjeux.

Autrement dit, il faut que la stratégie de communication de l’Europe repose sur une triple exigence :

  • vaincre l’appréhension des citoyens à l’égard de l’Europe,
  • favoriser l’appropriation des sujets européens pour, enfin,
  • susciter un sentiment d’adhésion à l’Europe.

Pour aller plus loin, lire « Europe : le devoir d’informer, le droit de comprendre. Éléments d’une stratégie publique pour la France » de François-Xavier Priollaud.

Petite précision : la TV fonctionne par la spectacularisation et la simplification. Or l’Europe n’est ni très spectaculaire ni très simple. Donc, la TV n’est pas le bon vecteur d’information sur l’Europe.

Les "No Comment" d’EuroNews sont disponibles sur le net

Depuis 1993, la chaîne du câble spécialisée dans l’information sur l’Europe « EuroNews » diffuse tous les jours des « No Comment », soit des images d’actualité sans commentaires journalistiques, avec pour seul son celui du reportage.

Ces programmes sont maintenant disponibles sur Internet. D’abord sur son propre site, à la rubrique « no comment » mais aussi sur le site de partage de vidéos YouTube où une chaîne « No Comment TV » a été ouverte pour l’occasion.

Bref panorama de la communication des institutions européennes

La Commission et le Parlement possèdent leur propre service de communication. Une Direction Générale Communication a été créée en 2006 à la Commission et un concours d’administrateurs dédiés à la communication a été ouvert en mars 2007.

L’Europe bénéficie d’un portail Internet complet : « Europa » depuis 1995. La Commission européenne soutient aussi Euronews (chaîne du câble spécialisée dans l’information sur l’Europe), possède Europe by Satellite et diffuse des vidéos via EUtube depuis juin 2007.

Tous les jours à la Commission, une conférence de presse est organisée. L’UE édite environ 1 500 brochures d’informations par an, possède des bureaux dans chaque pays membres : trois centres d’information (Paris, Lisbonne, Rome), 27 représentations, et 65 Infos Point Europe ainsi que des relais associatifs d’information (« Sources d’Europe » en France).

L’Union européenne collabore étroitement avec les Maisons de l’Europe, organise des campagnes de communication, monte des événements : à travers le soutien de nombreux colloques, conférences, salons… et valorise des thèmes prioritaires (Années européennes).

Le service « l’Europe directe » depuis 1998 répond à des questions de vie pratique via un numéro de téléphone (0800 67 89 10 11, numéro gratuit). Des outils d’évaluation, à travers les Eurobaromètres sont également financés par les institutions européennes.

Pour aller plus loin, télécharger une présentation PPT

Une Webradio pour promouvoir l’Europe des cultures

Comment intéresser le public, particulièrement les jeunes, à l’Europe ? Une réponse simple et convaincante à été trouvée à Nantes : créer une radio locale européenne.

Prix 2007 de l’initiative européenne, décerné par la maison de l’Europe de Paris, Eur@dio est une antenne FM polyglotte qui propose d’intéresser les auditeurs aux cultures européennes en parlant de leur quotidien. Des partenariats sont également mis en place avec des radios étrangères.

L’administration française et l’Union européenne : quelles influences ? quelles stratégies ?

Le Conseil d’État s’intéresse aux relations entre l’administration française et l’UE…

Le Conseil d’État vient de rendre publique son rapport d’activité pour 2006. « L’administration française et l’Union européenne : Quelles influences ? Quelles stratégies ? » est le thème retenu pour ses considérations générales.

Le Conseil d’État dresse le constat que la gouvernance européenne repose sur la poursuite de la discussion – notamment avec la société civile – jusqu’au compromis. Cette pratique se révèle très éloignée de la tradition française. Le Conseil d’État estime donc que l’administration doit se doter de nouvelles stratégies. Par exemple, il serait souhaitable de renforcer la coordination des voix françaises émanant des autorités publiques (création de porte-paroles dans les ministères ?). Anticipation, participation et exemplarité sont également des maîtres mots pour développer le réflexe communautaire.

Sur le plan organisationnel, le Conseil d’État propose d’instituer auprès du Président de la République un « Conseil stratégique sur l’Europe » dont le secrétariat serait assuré par le secrétaire général des affaires européennes, (nous l’avons déjà évoqué dans ce blog) qui cumulerait ses fonctions avec celles de conseiller du Président de la République pour les affaires européennes.

Le Conseil d’État suggère également de créer au sein des ministères des cellules en charge des affaires européennes chargées de préparer la négociation et d’assurer le respect des calendriers de transposition, d’instituer des parcours européens pour les fonctionnaires et de développer les formations sur les questions. On pourrait ajouter également des fonctions de communication sur les enjeux européens liés à leur ministère de tutelle.

Enfin, vendredi 12 octobre dernier s’est tenu à l’Institut d’études politiques de Paris, la journée d’études du Conseil d’Etat sur « les administrations nationales et l’Union européenne ». Parmi les nombreux intervenants, Jacques Delors a livré sa vision de l’avenir de l’UE. Il considère que la méthode communautaire est aujourd’hui « grippée »et que l’esprit de l’Union européenne s’en trouve « bafoué ». L’ancien président de la Commission met en cause notamment l’attitude des gouvernements qui considèrent trop souvent la Commission européenne comme un secrétariat et non comme un collège. Par ailleurs, il regrette « l’usine à gaz » que constitue l’actuel projet de traité réformateur.