Regard à mi parcours sur la communication de la PFUE

Certes, il est encore prématuré de porter un jugement définitif sur la communication des autorités françaises dans le cadre de la Présidence française de l’UE, mais alors que nous en sommes à mi-parcours, quel regard peut-on d’ores et déjà porté ?

Quels critères d’évaluation ?

Sans entrer dans une analyse précise des nombreuses prises de position et des avancées ou reculs par dossier, on peut constater que la communication de l’Etat exerçant la Présidence tournante de l’UE est fonction de plusieurs critères :

  • d’abord, le poids (politique, historique, économique) de l’Etat au sein de l’UE ;
  • ensuite la personnalité du chef d’Etat ou de gouvernement ;
  • enfin le contexte de la Présidence tant à l’échelle nationale (la popularité des responsables politiques) qu’à l’échelle internationale (par exemple, la crise financière en ce moment).

Quel regard sur la PFUE ?

A ce titre, la présidence française de l’Union peut être vue comme un « événement » en raison de la place de la France au sein de l’UE (un pays fondateur), de la personnalité volontariste de Nicolas Sarkozy et des circonstances particulières de ces six mois de Présidence (multiples crises : le rejet du référendum irlandais sur le traité de Lisbonne, la crise géorgienne et la crise financière sans précédent).

Quelle comparaison ?

A titre de comparaison, la présidence allemande en 2007 avait également été vécue comme un moment important de la construction européenne. L’Allemagne avait organisé les cérémonies de commémoration du cinquantenaire de la signature du traité de Rome et avait conclu leur semestre de présidence par la signature officielle du traité de Lisbonne, qui devait mettre un terme à l’échec du projet de constitution.

Reste encore quelques mois pour que la PFUE s’inscrive dans l’histoire contemporaine de l’Europe…

Quelle est le point de vue du grand public et des leaders d’opinion sur l’information et la communication européennes ?

Afin de mieux comprendre l’information et la communication européennes, la Commission européenne a enquêté auprès du grand public et des décideurs et leaders d’opinion (directeurs des grandes entreprises, rédacteurs des médias nationaux, parlementaires, hauts fonctionnaires, responsables syndicaux)…

Une connaissance de l’UE limitée à des raisons professionnelles

Si les leaders d’opinion européens se distinguent par une meilleure connaissance des institutions européennes et sont mieux informés de l’actualité de l’UE, les raisons en sont surtout professionnelles : 77% des décideurs déclarent qu’il est important professionnellement d’être informé sur l’UE contre 5% du grand public.

Des sources d’information « bricolés »

Alors que le grand public compte sur la télévision et la presse écrite pour l’informer, les leaders d’opinion s’appuient essentiellement sur « des canaux informels et internes pour obtenir des informations sur les décisions européennes qui les concernent directement ».

Un jugement partagé pour un effort d’information et de communication

Décideurs et grand public s’accordent, en revanche, à considérer que la communication des gouvernements nationaux sur l’UE pourrait être améliorée (65% et 73%), ainsi que l’information par les médias (72% et 62%), dont ils attendent qu’ils rendent plus visibles les dossiers européens au niveau national.

Eurobaromètre 189 – Septembre 2006 :

Auprès du grand public

Auprès des décideurs

Initiative européenne pour la transparence financière

Dans le cadre de l’initiative européenne en matière de transparence poursuivie par la Commission européenne depuis 2005, un site Internet est lancé afin de permettre aux citoyens européens d’accéder librement à toutes les données relatives aux bénéficiaires des fonds directement gérés par la Commission et ses agences exécutives.

Selon le communiqué, parallèlement, tous les États membres devraient mettre en place un site Internet sur lequel seront publiées des informations sur les paiements versés par le Fonds européen agricole pour le développement rural.

Grâce à cette initiative responsabilisante pour les gestionnaires de programmes de l’UE et quasi unique pour des administrations publiques dans le monde, le débat démocratique sur la meilleure utilisation possible du budget de l’UE devrait être relancé.

Quelle est la place des collectivités territoriales dans la communication européenne ?

Dans le prolongement de la nomination d’un membre de la Commission européenne chargé de la stratégie de communication en 2006, la Représentation de la Commission en France a réuni un « Cercle de réflexion sur la communication européenne » en 2007. Parmi les conclusions du rapport de synthèse, la réflexion sur la place des collectivités territoriales dans la communication européenne…

Les collectivités territoriales au cœur de la stratégie de communication européenne

Les collectivités territoriales sont des lieux essentiels de diffusion d’information, de communication et d’ explicitation des enjeux de nature territoriale et européenne. Les élus locaux sont à la fois des intermédiaires auprès de relais d’opinion et des prescripteurs auprès de nombreux publics.

Les collectivités territoriales peuvent veiller à l’adaptation des messages européens en fonction des destinataires visés. Les élus locaux sont en mesure à la fois de traduire, transposer et adapter le message aux circonstances et réalités locales/sectorielles.

Selon le groupe de travail, « la fonction des élus locaux requiert une attention particulière dans la mesure où elle ne nécessite pas uniquement des moyens matériels mais surtout une capacité intellectuelle doublée d’une légitimité politique ».

Les missions de « communicant » des collectivités territoriales

Au-delà de la mission d’information sur l’UE (les institutions, les politiques publiques…), les collectivités territoriales peuvent participer à la stratégie de communication européenne :

  • Donner un rôle plus important aux ressortissants de l’Union européenne lors des élections municipales en organisant des manifestations autour des conseillers municipaux européens.
  • Organiser des débats, forums dans les mairies, dans les conseils de quartier autour de sujets qui concernent la vie de tous les jours ayant un rapport avec l’Europe.
  • Consacrer une rubrique aux députés européens dans les bulletins édités par les collectivités territoriales afin de leur permettre de s’exprimer soit sur des décisions européennes en cours susceptibles d’avoir une incidence locale, soit sur des réalisations européennes ayant un impact local.
  • Assurer le fonctionnement des réseaux de communication avec un rôle de mise en réseau, de facilitateur sur un territoire délimité.

Élections européennes 2009 : il est urgent d’IN-FOR-MER

A quelques mois des élections européennes de juin 2009, il est urgent de lancer des campagnes de communication, en Europe et notamment en France. Il faut tout faire, dès maintenant, pour augmenter le taux de participation.

Une connaissance et un intérêt relativement faibles pour les élections européennes

Selon l’Eurobaromètre spécial sur les élections européennes paru en septembre dernier, 16% des Européens donnent l’année exacte du scrutin (ils n’étaient certes que 10% il y a six mois), 9% donnent une autre année et, enfin 75% déclarent ne pas savoir. 46% des Européens se déclarent intéressés par ces élections contre 51% qui se déclarent non intéressés, et 3% qui ne savent pas.

L’intérêt pour les élections européennes varie largement d’un État membre à l’autre : dans 11 États membres de l’Union européenne, une majorité absolue de répondants déclarent s’y intéresser. A noter : Roumanie (65%), Malte (63%), Irlande (62%) et Chypre (61%).

Mais d’un autre côté, plus de sept répondants sur dix en Lettonie (79%) et en République tchèque (71%) déclarent qu’ils ne sont pas intéressés.

En France, un constat sévère

– Seuls 13% des Français interrogés savent que ces élections auront lieu en 2009 ;

– Seule une minorité des Français interrogés (47%) s’intéresse à cette échéance.

– Une baisse de la participation civique : durant la décennie 1994-2004, le taux d’abstention aux élections européennes a augmenté, en France, de dix points, pour atteindre le chiffre de 57,3 % lors du dernier scrutin, soit trois points de plus que la moyenne européenne.

Il faut IN-FOR-MER

L’exemple de la campagne d’information sur les droits civiques européens en Roumanie est intéressant. La Commission européenne a organisé un « roadshow » dans 40 villes roumaines entre le 23 septembre et le 4 octobre. Par cette action, selon le communiqué, la Commission espère atteindre environ 25 000 citoyens de tout âge. La caravane sillonnera ensuite l’Europe : l’Allemagne en octobre, la Bulgarie en novembre et la Slovaquie et la Slovénie en 2009.

Voir les détails de la campagne (cliquez ici)

En France, l’idée serait de lancer une campagne de communication gouvernementale visant à résoudre le déficit démocratique. Il s’agit de réduire à la fois le déficit d’adhésion aux valeurs de la construction européenne et le déficit de participation politique au scrutin européen.

Les préconisations tactiques : pédagogie et proximité

Axer la campagne de communication autour de la dimension démocratique de l’UE et mettre l’accent sur la place des États membres afin de limiter la frustration des citoyens européens face aux décisions communautaires.

Porter un discours pédagogique sur l’importance du vote des citoyens et éviter toute politisation partisane du processus électoral afin de renforcer la légitimité et la représentativité du Parlement européen.

Démultiplier les niveaux de la campagne tant à l’échelle communautaire, que nationale et locale.