Elections européennes : Internet au cœur de l’information des citoyens

Alors que ce sont « près de sept individus sur dix âgés de 15 ans et plus qui se connectent au moins une fois par mois à Internet (…) le comportement politique en ligne des Français devient un véritable enjeu », étudié par l’Observatoire Ifop de la netcampagne…

Internet, le média de référence pour se forger une opinion politique

Invitée à préciser l’utilité de chacune des grandes familles de médias pour arrêter leur choix, une nette majorité des personnes interrogées a désigné Internet (56%). Viennent ensuite la télévision (50%), la radio (47%), la presse écrite nationale (44%), la presse écrite régionale (40%) et la presse gratuite (27%).

Internet, une source d’information politiquement neutre pour faire son choix

Fait remarquable, les chiffres varient assez peu d’un électorat à l’autre. Les électeurs du Front de gauche sont les moins enclins (52 %) à juger Internet « utile » pour arrêter leur choix, tandis que ceux de l’UMP plébiscitent ce média à 64%, tout comme l’électorat du MoDem et du NPA (62% tous les deux). En milieu de tableau, on retrouve les électeurs des listes socialistes (56%) et celles d’Europe Ecologie (58 %). Internet arrive donc en tête chez cinq des six principaux électorats, seuls les électeurs socialistes citant davantage la radio.

Internet, un outil principalement utilisé pour des recherches sur l’actualité et dans une moindre mesure sur les candidats et les programmes

Les activités pratiquées au cours de la campagne se sont principalement focalisées sur la recherche d’informations sur l’actualité politique (34%) quoique davantage du côté des cadres et des professions libérales que parmi les employés (31% contre seulement 13 %) et en agglomération parisienne (29% contre 19% dans les communes rurales).

Les activités proprement politiques sont pratiquées par moins de 20% des internautes :

  • 16% ont visité régulièrement des sites de candidats ;
  • 14% ont visionné des vidéos politiques en ligne – « alors que la plupart des état-major politiques ont axé une partie de leur communication « online » sur l’utilisation de ce support » selon le blog E-toile de Touteleurope ;
  • 12% ont visité un blog politique ;
  • 11% ont transféré à des proches des informations sur la campagne.
  • 6% ont participé à des débats en ligne, les plus actifs se recrutant parmi les moins de 25 ans (10% de participants réguliers).

Ainsi, la campagne des élections européennes révèle l’importance devenue forte d’Internet dans l’information des citoyens et a contrario l’importance encore faible d’Internet dans la communication politique.

Elections européennes : plaidoyer pour une campagne électorale officielle sur Internet

Afin de mieux faire vivre la démocratie, « la mise en place de règles particulières s’est peu à peu imposée comme une nécessité, lors des périodes électorales, afin que tous les candidats puissent être entendus, de façon relativement équitable, de l’ensemble des électeurs », selon Vie Publique

Conformément aux principes de l’accès équitable aux médias et de l’égalité de traitement entre les candidats :

Organisation d’une campagne d’affichage officielle strictement égalitaire : les candidats ou listes bénéficient d’un traitement strictement égalitaire s’agissant de l’affichage officiel dans la rue.

Organisation d’une campagne audiovisuelle officielle relativement équitable : les candidats ou listes pour les élections bénéficient d’un temps de parole dans la cadre de la campagne audiovisuelle officielle, qui est fonction de leur représentativité au Parlement et de leur résultats lors des élections précédentes.

Interdiction de toute communication politique publicitaire en période électorale :

  • Trois mois avant le scrutin, toute forme de communication électorale publicitaire est totalement interdite :dans la presse, à la télévision, à la radio et même sur Internet, puisque l’achat de liens sponsorisés est interdit : voir billet sur l’enjeu du référencement des sites de campagne).
  • Six mois avant le scrutin, les campagnes publicitaires des collectivités locales sont interdites, afin d’éviter l’auto-promotion des réalisations et de la gestion de la collectivité.

Ainsi, ces règles encadrant la communication politique en période électorale font l’objet d’une règlementation précise scrupuleusement contrôlée, notamment par le Conseil d’Etat ou le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).

Conformément à la décision du Conseil Constitutionnel du 10 juin 2009 sur la loi favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet :

« en l’état actuel des moyens de communication et eu égard au développement généralisé des services de communication au public en ligne ainsi qu’à l’importance prise par ces services pour la participation à la vie démocratique et l’expression des idées et des opinions » (considérant n°12 relatif à l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 sur la libre communication des pensées et des opinions)

On peut considérer qu’il devient nécessaire d’étendre les règles de la campagne électorale officielle à Internet :

Création d’un portail public officiel sur les élections et les candidats strictement égalitaire : les candidats ou listes bénéficieraient d’un traitement strictement égalitaire s’agissant de la présentation de leur matériel de campagne (bulletins de vote et professions de foi en format électronique) et les citoyens auraient accès à toutes les informations officielles sur le scrutin.

Organisation du vote électronique sur Internet afin de lutter efficacement contre l’abstention, notamment des jeunes.

Ainsi, un meilleur usage d’Internet en période électorale permettrait notamment de mieux faire connaitre les programmes des candidats et d’améliorer le débat démocratique.

Puisque l’élection européenne est réputée « ne pas intéresser les citoyens, car ses enjeux sont complexes et les pouvoirs des élus difficiles à cerner. Raison de plus, selon le blog d’Olivier Ezratty, que de se poser les questions de la pédagogie politique et d’un meilleur usage de l’Internet ».

Communication politique lors des élections européennes : quelles leçons tirées de la campagne des listes Europe-Ecologie ?

Plus d’une semaine après les résultats du scrutin européen – marqués en France par le succès de la liste Europe-Ecologie – il s’agit de tenter de tirer des leçons de la campagne des listes Europe-Ecologie en matière de communication politique ?

Premier enseignement : il faut renouveler les pratiques des hommes politiques afin de renforcer la lisibilité de la communication politique

Pour Benoit Thieulin – le concepteur de la cyber-campagne Europe Ecologie – interrogé par David Abiker de France Info dans Parlons net, samedi 13 juin, la stratégie à consister à renouveler les pratiques afin de renforcer la lisibilité de la communication politique.

En dépit d’un contexte défavorable au départ pour les listes Europe Ecologie (septembre-octobre 2008) :

  • La presse considère que l’unité de ces listes hétéroclites ne marchera pas ;
  • Les sondages indiquent qu’avec la crise, il faut parler du social ;
  • Les responsables politiques de gauche pensent que c’est l’anti sarkozisme qui rassemble ;

Le positionnement pour lancer les listes Europe-Ecologie repose sur le renouvellement des pratiques :

  • créer une dynamique de rassemblement avec des listes élargies à des non professionnels de la politique ;
  • démarrer la campagne des européennes très tôt ;
  • parler exclusivement d’Europe et d’écologie.

S’appuyant sur ces nouvelles pratiques, la communication politique sort renforcée notamment via une présence médiatique à l’unisson des têtes de listes permettant de concentrer les citations dans les JT (de seulement 9 secondes en moyenne) sur l’Europe et l’écologie.

Deuxième enseignement : il faut renouveler les usages du web afin de démultiplier l’efficacité de la communication politique

Toujours selon Benoit Thieulin dans Parlons net, la stratégie à également consister à renouveler les usages du web afin de démultiplier l’efficacité de la communication politique.

L’utilisation d’Internet s’est orientée vers une double fonction :

  • l’arrimage des contacts « virtuels » avec les citoyens, notamment à travers la présence sur les réseaux sociaux ou le buzz autour d’un lipdub collectif (vidéo de chanteurs en play-back réalisée avec des militants de toute la France : 50 000 vues en 2 semaines).
  • la fédération des énergies militantes dans la vie « réelle », ainsi selon La Croix du 3 juin : « Européennes : les politiques tentent de mobiliser avec les réseaux sociaux » : « l’internaute, après avoir signé « l’appel » du rassemblement, rejoint la communauté virtuelle, peut y créer son propre groupe local, y discuter et créer des événements dans la « vraie vie »…

Ainsi, le nouvel usage politique du web – largement inspiré de la campagne du candidat Obama – permet de créer un nouvel « e-militantisme » : on ne s’adresse plus seulement à un citoyen-électeur mais à un média-prescripteur à part entière qui crée de la valeur ajoutée pour la campagne.

Troisième enseignement en contre-point : il faut profiter des circonstances offertes par la société médiatique

La volonté de renouveler les pratiques et les usages ne serait rien sans la capacité à saisir les opportunités que l’air du temps ou l’inconscient collectif offre pour démultiplier la communication politique.

Profiter de l’air du temps saturé par l’écologie (paquet climat-énergie à l’échelle de l’UE, Grenelle de l’environnement en France, diffusion de Home – le documentaire de Yann Arthus-Bertrand, l’avant-veille du scrutin, etc.) afin d’étiqueter la liste autour de cet enjeu (les électeurs se contentant le plus souvent du nom de la liste sans lire le programme).

Profiter de l’image de figures politiques qui résonnent dans l’inconscient collectif (Cohn-Bendit : dissidence, révolution, changement, énergie, impertinence & Eva Joly : intégrité, justice, légitimité, honnêteté, anticorruption) afin de se conformer aux critères de sélection et d’intérêt des médias.

Ainsi, le succès de la campagne des listes Europe-Ecologie repose à la fois sur une communication lisible et efficace et sur une instrumentalisation heureuse des circonstances.

2011 : Année européenne du volontariat ?

Quelques jours avant les élections européennes, la Commission européenne a décidé de faire de 2011 l’Année européenne du volontariat. Le Conseil et le Parlement européen devraient entériner cette proposition l’année prochaine…

Constats

Dans l’Union européenne, des millions de citoyens font du volontariat, c’est :

  • une contribution d’un peu de temps libre à l’échelle des citoyens ;
  • une acquisition alternative de connaissances et des compétences à caractère professionnel ;
  • une expression active de la participation civique consolidant les valeurs européennes communes.

Le volontariat occupe une grande place dans des secteurs aussi divers que l’éducation, la jeunesse, la culture, le sport, l’environnement, la santé, l’aide sociale, la protection des consommateurs, l’aide humanitaire, la politique de développement, la recherche, l’égalité des chances, ou encore, les relations extérieures… autant de domaines d’intervention de l’UE.

Objectifs

Faire de 2011, l’Année européenne du volontariat aidera les États membres, de même que les communautés régionales et locales et la société civile, à atteindre les objectifs suivants :

  • travailler à l’instauration de conditions propices au volontariat dans l’Union européenne ;
  • donner aux organisations vouées au volontariat les moyens d’agir et améliorer la qualité de ce dernier ;
  • récompenser et reconnaître les activités de volontariat ;
  • sensibiliser l’opinion publique à la valeur et à l’utilité du volontariat.

Méthode

Selon le communiqué, puisque « le volontariat renferme un potentiel immense – mais jusqu’ici sous-exploité – pour le développement socio-économique de l’Europe », la Commission européenne « espère que cette démarche débouchera sur une meilleure appréhension de sa valeur ajoutée », dans le contexte de crise.

Budget

6 millions d’euros seraient alloués à l’Année européenne du volontariat et 2 millions supplémentaires aux travaux préparatoires, qui commenceront en 2010.

Communication

Les actions de communication à l’initiative de l’UE devraient porter essentiellement sur une communication de sensibilisation « du grand public européen », i.e. essentiellement les journalistes accrédités et la société civile organisée :

  • organisation de conférences, séminaires…
  • publication de documents favorisant l’échange d’enseignements sur les meilleures pratiques tirés de l’expérience.

Les actions de communication à l’initiative des structures de coordination nationales dans les États membres devraient porter essentiellement sur une communication de mobilisation « des parties prenantes », i.e. les volontaires et les organisations de volontariat :

  • organisation de labellisation d’activités, de célébrations…
  • financement de projets inscrits dans les programmes d’action communautaires et liés au volontariat, dont le programme Jeunesse en action.

La diffusion du documentaire "Home" sur France 2 a-t-elle influencé le vote aux élections européennes ?

Les faits

Home, le documentaire de Yann Arthus-Bertrand consacré à l’environnement, a réuni 8,3 millions de téléspectateurs en moyenne, vendredi 5 juin en prime time sur France 2, soit 33% de part d’audience.

Europe Écologie, la liste emmenée par Daniel Cohn-Bendit a obtenu 16,28% des voix aux élections européennes, en troisième position derrière l’UMP et à 34.760 voix seulement du Parti socialiste.

Le débat

Nombre d’observateurs et de personnalités n’en doutent pas lundi, au lendemain du scrutin, que la diffusion du documentaire à influencer le scrutin.

Sur Europe 1, Yann Arthus-Bertrand reconnait que la diffusion de son film, à l’occasion de la journée mondiale de l’Environnement, a réveillé la fibre « verte » des électeurs appelés aux urnes pour les européennes : « Bien sûr qu’on a donné des voix » à la liste Europe Ecologie.

Sur RTL, Daniel Cohn-Bendit ne contredit pas cette version des faits : « Il y a une sensibilité écologiste en France. Cette sensibilité a été activée ou réactivée sûrement par un film comme Home, c’est possible ».

L’enseignement

Ainsi, alors que la théorie nous apprenait que la disjonction entre l’information médiatique et la communication politique était aussi coûteuse pour le politique qu’était profitable leur éventuelle conjonction, la pratique avec cet épisode de la campagne électorale des élections européennes nous apprend que la conjonction entre programmation télévisée et programmatique partisane peut se révéler également profitable