Y a-t-il un modèle de communication européenne sur les fonds européens en France ?

La stratégie nationale de communication interfonds mise en œuvre par le Commissariat général à l’égalité des territoires en France est assez inédite au niveau européen, selon Clémence Vidal qui publie un mémoire pour s’interroger sur l’existence d’un éventuel modèle de communication européenne interfonds

Une stratégie nationale de communication interfonds, une approche inédite propre au contexte politico-administratif français

Face à l’échec du référendum en 2005, l’Etat manifeste sa volonté politique de construire une communication mutualisée, inédite, sur les fonds européens afin de renforcer la coordination et le partenariat entre les différents acteurs impliqués.

Cette démarche, saluée par les institutions européennes, implique une gouvernance multi-niveaux, adaptée à l’organisation administrative française et à l’architecture de mise en œuvre des fonds dans le pays. Élaborée au niveau interministériel, elle s’appuie sur un dispositif financier assez singulier en Europe, ce qui renforce son originalité.

L’enveloppe identifiée pour ces actions de communication s’élève ainsi à 13 255 000 euros pour la période 2014-2020, selon le budget prévisionnel du programme Europ’Act 2014-2020, Stratégie nationale de communication interfonds, CGET, 2015.

Pour faciliter l’identification et la reconnaissance des fonds européens en France, des moyens d’intervention conséquents ont été déployés :

  • création d’une marque institutionnelle pour donner une identité visuelle,
  • développement d’une stratégie digitale,
  • organisation de campagnes de communication,
  • coordination d’événements grand public et apposition d’un label.

Portée au niveau national, cette stratégie de communication sur l’ensemble des fonds est assez inédite au niveau européen. Pourtant, le « modèle » français de communication sur les fonds européens reste encore inachevé.

Un modèle de communication interfonds encore en construction entre régionalisation européenne et décentralisation française

Au sein de l’Etat, le portage politique du sujet, nécessaire à la mobilisation citoyenne, se révèle difficile face à son étendue et sa complexité. Au niveau interministériel, la coordination des différents acteurs peut également s’avérer problématique.

De plus, dans le contexte français de décentralisation, qui s’inscrit dans celui, plus large, de la régionalisation européenne, la région apparaît comme une échelle privilégiée pour mettre en œuvre une communication décentralisée sur les fonds européens, capable d’incarner l’Union européenne au niveau local.

La région apparaît comme une échelle privilégiée pour mettre en œuvre une communication décentralisée sur les fonds européens même si la relation État-régions dans la stratégie nationale de communication interfonds oscille entre tensions et coopération.

Finalement, la multiplicité d’émetteurs de cette stratégie à des niveaux différents de gouvernance évoque un effet d’émiettement qui peut créer la confusion pour le citoyen, et aggraver le sentiment de désincarnation de l’UE en donnant l’impression qu’il n’existe pas d’émetteur final.

Une approche mutualisée fédérative afin de montrer un visage unique de l’UE

La stratégie de communication sur l’ensemble des fonds européens constitue une opportunité de « faire savoir » à une majorité de citoyens que l’action de l’Union européenne existe dans leur quotidien, de leur « faire aimer » cette Union européenne pour finalement les « faire agir » en se faisant le moteur de la mobilisation citoyenne

Une approche commune à plusieurs fonds permet de simplifier le message de communication tout en l’adressant à des publics très divers dans leur intérêt, leurs motivations et leur niveau de connaissance sur le sujet.

Une communication sur les fonds européens est une occasion privilégiée de passer « d’une communication ponctuelle à une information de fond » pour « remédier au décalage durable entre les décisions politiques et l’opinion publique en matière européenne ».

Au total, la stratégie française de communication interfonds européens semble un modèle, perfectible mais opérationnel pour permettre d’incarner une Europe de la proximité qui intervient dans le quotidien des citoyens.

Vers une « Commission 2.0 » : accessibilité, interactivité et participation comme piliers de la communication en ligne de l’UE

Première partie de la contribution de Romain Babouard et Michaël Malherbe dans le dossier « « l’Europe sur les réseaux sociaux » publié dans la revue « communication & langages » n°183 en mars 2015.

L’âge de l’accès et de l’interactivité

Le premier site Europa est mis en ligne en 1995 (avant la Maison Blanche) repose sur les principes de l’accès : fournir aux internautes des informations sur l’UE et d’interactivité : proposer des échanges en ligne, comme l’expérimentation d’un chat entre le Commissaire Marcelino Oreja et les internautes en décembre 1996. En 1997, une version multilingue propose une « Foire aux Questions » et une « boîte aux lettres ». En avril 2001, une nouvelle version renforce ces principes.

En 2009, une refonte positionne Europa comme un portail composé de plus de 150 sites des différents organes et agences de la Commission européenne. Ce portai répond à un double impératif d’accessibilité en fournissant des informations utiles et « vulgarisées » et d’interactivité en expérimentant de nouveaux formations de communication.

Le portail de la Commission en ligne a « valeur de démonstration », de « vitrine », de « mettre en scène une institution moderne, ouverte sur la société civile et à l’écoute des citoyens ». Par exemple, la refonte du site « Votre point de vue sur l’Europe » en 2011 tente d’ouvrir les consultations de la Commission aux citoyens ordinaires même si elles restent essentiellement un espace de participation investi par des lobbies.

En parallèle de la mutualisation des ressources et du renforcement de la coordination des services via la DG COMM, de nouveaux services interactifs sont exploités : la chaîne Youtube « EUtube » et les blogs personnels des Commissaires.

L’impératif participatif

Avec le plan D, Margot Wallström vise à prouver le potentiel de son discours de rupture : l’expérimentation de la participation des citoyens à l’échelle européenne doit assurer une fonction légitimatrice. La démocratie participative se présente comme la solution au déficit démocratique. Dorénavant, la participation devient « la pierre angulaire des stratégies de communication de l’UE ».

Ce nouvelle impératif participatif se traduit notamment par diverses consultations délibératives qui transgressent à la fois les oppositions entre sachants/profanes et opinion éclairée/opinion publique. Le rôle de ces expérimentations en ligne est de prouver que la démocratie participative à l’échelle européenne fonctionne.

Des critiques y voient un « marketing participatif » qui assure la promotion d’une démocratie technologique/horizontale s’opposant frontalement aux valeurs d’une démocratie représentative/verticale… sans oublier des « procédures verrouillées », des « actions de façade » à l’impact très limité qui constituent un « confortable paravent ».

Mais, deux éléments demeurent : d’une part, la dimension pragmatique et expérimentale liée aux opportunités circonstancielles et/ou aux volontés individuelles de « tenter le coup » et d’autre part, des citoyens et des organisations s’en emparent et se les approprient.

La « culture web » pour pérenniser la participation

En décembre 2007, la stratégie « Communiquer l’Europe par Internet : Faire participer les citoyens » consacre un nouvel impératif : « intégrer la culture Internet pour exploiter les possibilités de la communication en ligne ». Il ne s’agit plus de partir des technologies mais des usages des internautes afin de permettre une véritable interactivité entre citoyens et décideurs. Pour autant, les ambitions seront revues à la baisse : l’utilisation de wikis sera abandonnée et la participation se limitera à noter les sites.

En 2008, la communication « Debate Europe : Exploiter les réalisations du plan D » vise à pérenniser le principe de participation en liant la participation citoyenne et le processus décisionnel afin que les citoyens puissent constater les effets de leur participation sur les politiques publiques de l’UE.

Le forum de discussion « Debate Europe » jusqu’à 2010 va se concentré sur 3 thématiques : l’avenir de l’Europe, l’énergie/le changement climatique et le dialogue interculturel. Au total, 1,3 millions d’avis en tous genres seront recueillis.

De même, la consultation européenne des citoyens en 2009 « a valeur de preuve, de démonstration qui confirme la théorie et en valide le sens ».

Au total, les discours de rupture portés par Margot Wallström vont s’appuyer sur les démonstrations permises en ligne pour légitimer de nouveaux principes qui vont devenir de nouvelles normes de communication. A partir de 2009, toutes les stratégies de communication des institutions européennes comprendront une dimension participative qui vise à impliquer les citoyens dans la prise des décisions. Le principe ne sera plus remis en cause. Il est devenu la norme.

Euroscepticisme et méconnaissance de l’UE : commencements et actualités

Frappée par de multiples crises, l’UE fait face à de nombreuses critiques favorisant la montée de l’euroscepticisme, que les étudiants de la Sorbonne et l’association EuroSorbonne ont souhaité questionner autour d’une conférence à la Maison de la Recherche : « Euroscepticisme et méconnaissance de l’UE »…

L’irrésistible cristallisation des opinions publiques européennes : Christine Manigand, historienne

Depuis le commencement de la construction européenne, la méconnaissance ou l’indifférence fait qu’un tiers des Européens ne se prononce pas dans les enquêtes d’opinion. Malgré tout, jusqu’à 1992, c’est le « consensus permissif » qui domine dans l’opinion publique européenne.

Avec Maastricht, la politisation des opinions publiques européennes se cristallise et les premiers contestataires se déclarent pour une autre Europe. Au cours des années 1990 et 2000, l’euroscepticisme se développe sous tous les registres : mou, dur, voire jusqu’à l’europhobie.

Aujourd’hui, les opinions publiques européennes sont très largement cristallisées au sujet de l’Europe et leur soutien au projet s’effrite sérieusement.

Le commencement d’une communauté de destin : Paul Collowald

Pour l’ancien correspondant du Monde et ancien directeur général de l’information à la Commission européenne et au Parlement européen, citant Paul Valéry « tout se joue dans les commencements ». Pourquoi l’Europe ? C’est une décision politique quasi-révolutionnaire, pour la paix qu’il s’agit d’expliquer et de faire comprendre aux citoyens.

Les citoyens ont le droit à l’information tout autant qu’ils ont le devoir de s’informer. Alfred Sauvy disait : « Un homme pas informé est un sujet, un homme informé est un citoyen ». Comment s’informer ? C’est évidemment les médias qui jouent tour à tour les rôles de miroir, de loupe grossissante et de 4e pouvoir.

L’Europe est prise dans un cercle vicieux. Déjà sous l’ORTF, le patron de la télévision Pierre Desgraupes répondait à Louis Leprince-Ringuet, auteur d’une chronique citoyenne fort populaire qui lui disait qu’il n’y avait pas grand chose à la TV sur l’Europe : « l’Europe, c’est emmerdant ».

Autre illustration à l’occasion du premier sommet informel des chefs d’Etat et de gouvernement à La Haye en 1969 où les journalistes se sont rendus aux briefings de leurs différents responsables politiques nationaux tandis que le président de la Commission européenne, écarté, a tenu une conférence de presse le lendemain, que le corps de presse est venu assisté, par solidarité.

Les responsabilités sont partagées entre les institutions nationales et européennes, les médias et les citoyens. Mais, si l’on veut que l’Europe soit la « communauté de destin » qu’Edgar Morin appelait de ses vœux dans son essai « Penser l’Europe » paru en 1987, il s’agit de persévérer et de réinventer l’Europe.

L’Europe est un problème de génération, il nous faudra du temps et l’enthousiasme de la jeunesse, disait Robert Schuman. Il faudrait aussi que les citoyens s’intéressent aux affaires de la cité. La démocratie européenne ne connaît que 2 ennemis, l’indifférence et l’ignorance et devrait avoir 2 alliés, l’école et les médias.

L’actualité de l’opinion des citoyens européens sur l’Europe et le rôle des médias dans l’information européenne : Michaël Malherbe

L’approche quantitative des enquêtes Eurobaromètres permet de « prendre une photographie » de l’opinion publique européenne. En matière d’information, les Européens se sentent majoritairement mal informés sur l’UE et souhaitent encore pus majoritairement que les médias parlent davantage de l’Europe. Mais, de quelle Europe veulent-ils ? Un discours plus positif et fédérateur ou une présence de la thématique européenne « moins politiquement correcte » ?

L’approche qualitative, des rares focus groupes organisés sur l’opinion européenne des Européens, tend à montrer à la fois que les opinions européennes des citoyens sont superficielles, l’Europe est peu saillante, hormis chez les plus politisés et que les opinions publiques sont ambivalentes, indécises, faute d’être en mesure d’interpréter, et de traduire ce qu’ils perçoivent de l’UE, hormis là encore chez les plus politisés.

En somme, c’est davantage la distance et l’indifférence des citoyens ordinaires face à l’UE qui prédomine majoritairement (en dehors des franges les plus mobilisés) que l’attitude de rejet et d’opposition de l’UE, quoique l’influence des eurosceptiques, les seuls à porter un discours sur l’Europe qui soit audible et attractif pèse.

Plusieurs actions pour les médias apparaissent particulièrement pressantes pour intéresser les Européens à l’Europe :

  • d’abord, l’urgence de parler de l’Europe autrement dans les médias, notamment audiovisuels. La parole ordinaire, le vécu et l’expérience doivent prendre le pas sur les rares discours institutionnels et politiques ;
  • ensuite, la nécessité de déconstruire l’alliance entre l’euroscepticisme et une frange de médias très grand public qui versent ensemble dans un discours simplificateur et approximatif sur l’Europe et instrumentalisent les émotions, les préjugés et les peurs ;
  • enfin, le besoin d’une information européenne grand public qui ne soit pas un journalisme d’institution mais d’investigation, sur le terrain, sans démissionner devant la lourde mission d’informer sur l’Europe.

 

Quels sont les budgets de la DG Communication en 2016 ?

Comme chaque année, le programme de travail de la DG Communication de la Commission européenne permet de tracer les priorités et les arbitrages. En 2016, contrairement à l’année dernière, le budget augmente de quasiment 5 millions d’euros. Pour quelles missions ?

Le digital, en hausse, est toujours le premier poste de dépenses

Avec 23 millions d’euros en 2016, les « outils d’information et de communication en ligne » se voient doté de 2 millions en plus pour la gestion du portail Europa, notamment dans le cadre de la mise en œuvre d’un programme de transformation numérique reposant sur un nouveau système de gestion des contenus web dont l’objectif est d’assurer une présence sur la toile qui soit cohérente, pertinente et efficiente et dont le contenu soit axé sur l’utilisateur et organisé par thèmes au lieu de refléter l’organisation interne en silo.

L’animation des réseaux sociaux est également prise en compte avec un budget de près de 5 millions d’euros permettant l’élaboration de stratégies relatives aux médias sociaux et la gestion des réseaux sociaux internes de la Commission, notamment le soutien du réseau de médias sociaux et des Représentations.

Les Représentations, véritable pilier de la communication de l’UE

Avec un budget de près de 15 millions d’euros, soit près de 3 millions supplémentaires, les Représentations deviennent le deuxième poste de dépenses, juste devant les Relais d’information « Europe Direct ».

Dorénavant, la stratégie de communication des Représentations est tout azimut :

  • médias sociaux, adaptés aux publics locaux ;
  • débats et de conférences visant les faiseurs et multiplicateurs d’opinion ;
  • dialogues citoyens s’adressant au grand public.

Le principal objectif, rappelé par la DG COMM, de ces activités locales est de communiquer des messages relatifs aux orientations politiques de la Commission.

Les autres outils de la DG Communication

Le reste du budget s’inscrit pleinement dans la continuité des précédents exercices entre :

  • les actions d’information aux médias (6 millions d’euros) ;
  • l’équipement audiovisuel et l’exploitation de studios radio/TV (5,5 millions d’euros) ;
  • l’analyse de l’opinion publique avec les Eurobaromètres (6,6 millions d’euros) ;
  • les visites sur place (3,8 millions d’euros) ;
  • et les traditionnelles publications écrites (2n1 millions d’euros).

budget_DGCOMM_2016

En somme, le budget de la DG Communication en 2016 compte deux surprises : la première, c’est la hausse significative de 5 millions d’euros et la seconde, c’est l’absence de nouvelles initiatives avec une réelle continuité.

Infographies sur l’Union européenne : benchmark d’un nouveau format de communication sur l’Europe

À partir d’une simple requête sur Google « infographic European Union » se dévoile tout un ensemble d’infographies sur l’Europe qui s’efforce de visualiser des données sur les Européens, les politiques européennes et l’UE…

Infographie synthétique du Guardian sur les Etats-membres qui payent le plus et qui reçoivent le plus du budget de l’UE

Réputé pour sa capacité à démocratiser l’information avec des infographies qui parviennent à raconter une histoire à partir de la donnée avec un design de qualité, l’infographie du Guardian est la première référencée

guardian_budget_UE

Infographie de l’AFP sur les institutions européennes

Autre infographie très utile pour mieux comprendre la machine européenne, l’infographie de l’AFP sur le fonctionnement des institutions européennes.

AFP_institutions_europeenne

Les infographies du Parlement européen sur Pinterest

Avec 88 infographies disponibles sur le « board » du Parlement européen sur Pinterest, l’assemblée semble l’institution européenne la plus active dans la production et la diffusion d’infographies pour expliciter et montrer l’impact et l’importance des politiques européennes.

Les infographies thématiques d’Euractiv

Une page est dédiée sur le portail Euractiv aux infographies réalisées sur commande de la rédaction ou de sponsors. L’infographie sur les débats présidentiels à la télévision lors des dernières élections européennes offre un récapitulatif.

Les infographies de Debating Europe

Dans la cadre de l’Année européenne des citoyens en 2013 et 2014, Debating Europe a proposé une série pour débattre du futur de l’Europe consacrée à chaque Etat-membre et accompagnée à chaque fois d’une infographie, comme sur l’identité européenne, l’histoire de l’Europe, l’initiative citoyenne européenne ou le modèle social européen.

european_citizen_initiative

Les eurographics de One Europe

OneEurope, qui se présente comme le plus grands médias citoyens européens, complètement indépendant, non partisan et à but non lucratif propose une rubrique « Eurographics » qui publie régulièrement des infographies sur l’Europe.

L’infographie du ministère des Affaires étrangères français sur comment la France défend ses positions au sein des institutions européennes

Côté français, l’infographie du MAE animée est très utile pour mieux comprendre comment la France fonctionne avec l’UE afin d’élabore une position d’exprimer et de défendre une position ou d’expliquer les positions françaises.

Les infographies de Touteleurope, le centre d’information sur l’Europe en France

Dernier exemple de l’utilisation des infographies pour faire de la pédagogie sur l’Europe, la rubrique « infographies » du portail Touteleurope à la fois jolies et explicatives.

Au total, les infographies – un format de communication en ligne très tendance – sont très présentes sur les enjeux européens.