Euronews, Europarltv : quelles sont les stratégies audiovisuelles des institutions européennes ?

Afin d’assurer une couverture audiovisuelle des activités de l’UE sous un éclairage européen, les institutions européennes – depuis quelques années – ne comptent plus seulement sur le travail indépendant des correspondants à Bruxelles et de leurs rédactions nationales. Des stratégies audiovisuelles complémentaires sont mises en place par la Commission et le Parlement européen…

Stratégie audiovisuelle de la Commission européenne : partenariat avec Euronews pour produire des programmes dédiés à l’UE

Première chaîne européenne d’informations avec 6 millions de téléspectateurs chaque jour, Euronews – dont le capital est détenu par 21 télévisions publiques européennes – vient d’installer – grâce aux subventions de l’UE – un nouveau bureau permanent de 600 m² à Bruxelles, qui compte « une équipe de plus de vingt personnes, ainsi qu’un studio et des moyens de production ».

Pour Michael Peters, le directeur général du directoire d’Euronews, « la création de cette rédaction bruxelloise permettra outre une couverture plus riche de l’actualité européenne, une production accrue de sujets originaux ». Petite révolution pour la chaîne, 2 magazines, « avec des présentateurs en chair et en os » :

  • « I Talk », un magazine d’interviews présenté par Alex Taylor,
  • « The Network », un talk-show réunissant virtuellement 3 personnalités aux opinions divergentes.

Par ailleurs, Euronews bénéficie pour 2011 de 6,5 millions d’euros de subventions de la Commission européenne, « vendues à la découpe », suivant un catalogue préalablement défini :

Subventions de la DG COMM pour « produire des programmes d’information centrés plus particulièrement sur les affaires européennes et les activités et politiques des institutions de l’UE », sur la base d’une grille des coûts unitaires liés à chaque format :

  • 2K€ : une actualité de 2 min max ;
  • 7K€ : une émission interactive de 2 minutes fondée sur des questions de citoyens ;
  • 9K€ : un entretien de 5 à 10 minutes avec des personnalités ;
  • 16K€ : un débat de 5 à 10 min avec des personnalités européennes et mené par un présentateur ;
  • 25K€ : un magazine de 5 à 10 min analysant en profondeur l’incidence des politiques européennes sur la vie quotidienne des citoyens…

Subventions des autres directions générales pour « produire un certain nombre de magazines de durées différentes, disponibles isolément ou en série, avec ou sans distribution » :

  • 50K€ : magazine de 12 minutes (bande-annonce comprise), tourné dans 2 pays (Europe) et diffusé 15 fois à l’antenne ;
  • 672K€ : séries de 24 numéro/an de 3 minutes (promotion comprise) tournés dans 1 pays (4 Monde et 20 Europe) et diffusé 20 fois ;
  • 1,4K€ : séries de 24 numéro/an de 12 minutes (promotion comprise) tournés dans 2 pays (4 Monde et 20 Europe) et diffusé 15 fois…

Ainsi, la Commission européenne suivant le « programme de travail annuel dans le domaine de la communication pour l’année 2011 » se positionne comme un véritable programmateur de la chaîne Euronews, qui conserve une indépendance éditoriale et juridique qui s’annonce de plus en plus difficile à conserver face à cet annonceur envahissant.

Stratégie audiovisuelle du Parlement européen : partenariat avec des chaînes de TV pour diffuser des programmes de la webTV « EuroparlTV »

Lancé officiellement en septembre 2008 et doté d’un budget de 9 millions d’euros par an, EuroparlTV – la webTV du Parlement européen – développe des partenariats avec des chaînes de TV européennes pour assurer une plus large diffusion de ses programmes.

Plusieurs partenariats avec des chaînes publiques et privées ont été indiqués aujourd’hui sur Twitter par @jduch : Jaume Duch Guillot, le porte-parole du Parlement européen et directeur des médias au sein de la direction de la communication :
accord avec la RTBF 3 visant à diffuser un échantillon de la programmation hebdomadaire d’EuroparlTV sur la chaîne belge ;
accord prochainement avec la RAI en Italie ;
accords avec des chaînes en Grèce, Pologne, Espagne, Chypre, Lettonie, Hongrie…

Par ailleurs, un programme d’EuroparlTV est également diffusé sur CNN.

Ainsi, la stratégie audiovisuelle du Parlement européen consiste à développer EuroparlTV tant en ligne –ce qui représente environ 30 000 visites par mois en moyenne en 2010 selon un document officiel du PE qu’au travers de partenariats avec des chaînes de télévision.

Entre le partenariat dans la production de programmes comme le fait la Commission européenne avec Euronews et les accords de diffusion de programmes de la webTV du Parlement européen sur des chaînes de TV européennes, les stratégies audiovisuelles des institutions européennes se complètent afin d’assurer une meilleure couverture de l’UE à la télévision.

Interview testamentaire exclusive de Claus Sørensen, l’ancien directeur général à la DG Communication de la Commission européenne

À partir du 1er Juillet, Claus Sørensen n’est plus le Directeur général à la DG Communication (de la Commission européenne). Avant qu’il ne quitte son bureau, le 1er à exercer un mandat à la tête de la DG COMM depuis sa création en janvier 2006 a répondu à mes questions sur son « testament »…

Quel est votre plus grande réussite en tant que chef de la DG COMM ?

La communication est maintenant beaucoup plus liée au processus politique que ce ne fut le cas, avant mon arrivée. A cette époque, la communication était orientée « outil », ce qui signifie que les choses étaient décidées de manière isolée pour chaque outil de que nous allions faire au cours des prochains mois.

Maintenant nous avons une approche holistique et de fond : nous prenons comme point de départ les priorités politiques du Collège et nous décidons comment nous voulons les communiquer.

Nous nous engageons d’abord sur la narration et les messages, ainsi que les populations cibles, afin de faire sortir les bonnes histoires. Ensuite, nous décidons quels outils utiliser pour ce faire. Tous les différents outils de communication sont disponibles notamment en travaillant avec des partenaires dans les États membres.

De cette façon, la Commission est présente sur les différents canaux de communication avec les mêmes sujets et les mêmes messages. Quand je dis «nous», j’entends les premiers « communicateurs », que ce soit le président, les commissaires ou les communicants officiels.

Durant la dernière année nous avons considérablement amélioré la performance des outils de communication de la Commission :

Les Représentations : Des gestionnaires expérimentés et même des cadres supérieurs ont été nommés chefs des Représentations de la Commission. Il y a maintenant une rotation obligatoire pour les fonctionnaires des représentations de la Commission, de sorte qu’ils ne deviennent pas « natifs »…

Les partenariats : Le partenariat de gestion a démarré en Allemagne en 2006, aujourd’hui, ce concept est mis en œuvre dans 18 États membres: Autriche, Belgique, Estonie, Finlande, France, Allemagne, Grèce, Hongrie, Italie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, Portugal, Slovénie, Slovaquie, Espagne, Suède.

Refonte du portail Europa : Au cours des dernières années, la Commission a mené des recherches approfondies sur les utilisateurs, grâce à des tests d’utilisabilité, des sondages (plus de 2 000 réponses chaque mois) et des commentaires d’utilisateurs réguliers (plus de 4 000 commentaires chaque mois), pour savoir ce que les visiteurs veulent lors de la consultation d’Europa et quel est leur niveau de satisfaction. Ce travail se traduit par une amélioration constante de l’ensemble du site basé sur une approche de navigation centrée sur la facilitation de l’utilisateur.

L’exemple le plus récent de ce processus est le re-lancement, en mai 2011, de la section « À propos de l’UE » en 23 langues. Il contient environ 80 pages courtes qui vont remplacer quelque 250 pages existantes qui étaient réparties sur plusieurs sites.

Euronews : À la fin de 2010, la Commission a signé un accord-cadre de 4 ans de partenariat avec Euronews. Dans ce cadre, la Commission a jusqu’ici soutenu la mise en place d’un bureau à Bruxelles et la production et la diffusion de programmes européens. La Commission soutient également les versions en arabe et en persan d’Euronews, ce qui est important pour le développement démocratique dans ces régions.

Europe by Satellite (EbS) : Ce service d’informations pour les médias de l’UE a été la principale source de contenus pour les radios et télévisions sur les questions de l’UE depuis 1995. La programmation, transmise par satellite et Internet, est constituée d’un mélange d’événements en direct, des news et de productions diverses sur les politiques de l’UE. La capacité d’EbS a été doublée en janvier 2009 par l’ajout d’un deuxième canal (EbS +) en réponse à une demande croissante d’infos sur l’UE dans l’audiovisuel. En 2010, le service a livré 2 150 heures de transmission EbS à plus de 20 000 journalistes et 650 000 utilisateurs sur une base mondiale.

EUtube : Des productions multimédias pour le grand public – des vidéo-clips, des documentaires sur les politiques de la Commission ainsi que des CD-Rom de présentations pour des conférences et/ou à des fins éducatives.

Euranet : Un réseau européen de radios composé de 27 stations internationales, nationales, régionales et locales issues de 18 Etats membres de l’UE. Le réseau a débuté ses programmes sur les affaires européennes en avril 2008 en 17 langues, atteignant 19 millions de citoyens de l’UE et 30 millions de citoyens non-UE dans le monde, chaque semaine. Il exploite un site web interactif et multilingue visant à favoriser le débat public.

Presseurop : Un portail Internet dédié à la presse imprimée et en ligne. Il offre un aperçu quotidien des articles de presse les plus intéressants sur les affaires européennes publiés le jour même ou la veille. Ces articles sont sélectionnés parmi près de 250 journaux et magazines à travers le monde et sont traduits en 10 langues.

Les médias sociaux : La Commission utilise les médias sociaux aujourd’hui, à trois niveaux différents:

  • « Political messaging », c’est-à-dire que des messages politiques sont envoyés via Twitter par les Commissaires et les porte-parole ;
  • Communication avec les parties prenantes et dans le cadre de campagne menée par les DG et services, en utilisant Facebook, Twitter et YouTube, etc ;
  • Présence active de membres du personnel sur toutes les plateformes de médias sociaux en fonction de leur capacité personnelle. Des directives pour l’ensemble du personnel existent.

Europe Direct Contact Centre : Le Centre est accessible depuis tous les États membres, dans toutes les langues officielles de l’UE via un numéro de téléphone sans frais (00 800 / 6 7 8 9 10 11), et une adresse web unique. Des chats sont disponibles en EN, FR et DE. Il a été considérablement élargi ces dernières années.

L’Europe pour les citoyens : Ce programme appuie les discussions et le réseautage des citoyens à travers l’Europe et va maintenant bénéficier d’un lien plus étroit avec les questions de politique qui sont débattues en Europe. Cela aidera les citoyens à participer au grandes décisions transeuropéennes comme par exemple la reprise économique, l’emploi, l’efficacité énergétique, l’immigration, le changement climatique, etc.

Par ailleurs, nous travaillons maintenant de manière beaucoup plus proche avec les autres institutions européennes quand il s’agit de communiquer sur l’Europe, notamment avec le Parlement européen et avec le Conseil. La collaboration est basée sur la déclaration politique intitulée « Communiquer l’Europe en partenariat » signé en 2008.

L’amélioration des outils et la coopération avec le Parlement européen, le Conseil et les États membres permettent à la Commission d’expliquer et de communiquer beaucoup mieux les politiques de l’UE avec et pour les citoyens et de contribuer à combler le « fossé » entre les citoyens et les institutions européennes. La communication sur la reprise économique est un bon exemple: les propositions et les opinions de la Commission sont désormais très présentes dans les différents médias dans les États membres.

La communication sur le prochain cadre financier pluriannuel sera le prochain test pour voir combien nous sommes efficaces dans la communication des grandes propositions de la Commission.

Quelle est, au contraire, votre plus grande déception ?

Certaines des réformes que j’avais en tête sont sorties très tardivement ou ne sont pas encore réalisées.

Les ressources humaines et financières de la Commission disponibles sont réparties dans toute la Commission. Ceci est un obstacle pour concentrer nos efforts sur les sujets qui comptent vraiment pour les citoyens et les entreprises. Je pense que nous pourrions être encore plus efficaces dans la communication de l’Europe si nous pouvions rassembler plus les ressources pour la communication afin de développer une plateforme de communication corporate plus solide.

Le conseil de direction de la communication, qui guide la communication corporate, que j’avais proposé en 2008, a été créé vers la fin de mon mandat avec l’arrivée de la vice-présidente Reding. Il s’est avéré être un moyen très utile pour orienter les activités de communication de la Commission, mais aurait dû être fait plus tôt.

Qu’avez-vous appris la plupart de la communication ?

L’importance de la localisation des messages aux conditions dans les États membres. Communiquer nécessite de prendre en considération les sensibilités, la culture, l’histoire et évidemment les langues. Ce qui fait la richesse de la diversité de l’Union européenne est en effet un grand défi pour communiquer à travers l’Europe. Et surmonter ces obstacles est indispensable pour un échange efficace des points de vue à travers l’Europe.

À cet égard, les Représentations de la Commission dans les États membres ont joué et jouent un rôle clé. Je suis très heureux qu’elles aient été renforcées grâce à plus de personnels mieux qualifiés et qu’elles sont maintenant mieux branchées sur la communication de la Commission à différents stades : donner une rétroaction plus qualitative des États membres et faire passer les messages par les médias et les citoyens.

Mais on pourrait faire plus ! Nous devons nous engager davantage avec les parties prenantes, avec les écoles, les ONG, les pro-européens et les eurosceptiques de même ! Vive une démocratie vivante.

Comment les étudiants en école de journalisme traitent-ils l’information européenne ?

Alors que l’information européenne est un défi pour les journalistes, notamment en raison des carences de leur formation initiale sur le sujet ou de l’absence supposée d’une demande de la part du public – au point que l’on s’interrogeait : « Le « journalisme européen » existe-t-il ? » – plusieurs écoles de journalisme demandent à leurs étudiants de réaliser un projet autour de l’information sur l’Europe…

« Les parlements nationaux dans la tourmente » : un webzine très institutionnel, une enquête plutôt analytique, des contenus un peu enrichis

C’est un site dédié aux rapports entre parlements nationaux et institutions européennes en temps de crise que les étudiants en deuxième année de Master « journalisme » du Centre universitaire d’enseignement du journalisme (CUEJ) de l’Université de Strasbourg ont réalisé sur eurocuej.com :

Un sujet très institutionnel : les rapports entre parlements en Europe sont appréhendés selon l’édito « En route pour l’imprévu » sous les prismes de l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, de la crise de l’euro, des discussions budgétaires et du protocole… Par ailleurs, la barre de navigation : Eurocrise / Gouvernance économique / la Défense / Libertés publiques / Politique renforce la focale institutionnelle.

Une approche éditoriale plutôt analytique : les articles – pour la plupart no ouverts aux commentaires – sont composés de papiers d’angle sur des sujets très précis et d’interviews d’experts tel que Richard Corbett, chargé des relations avec les parlements (nationaux et européen) dans le cabinet du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

Un traitement enrichi par des cartographies et des infographies interactives :
Les cartographies sont très réussies :

  • « L’Europe, une mosaïque de systèmes politiques » : présentation des pays selon : régimes parlementaires/monarchiques ; Constitutions fédérale/unitaire ; Parlements monocaméral/bicaméral ;
  • « 27 Parlements, 40 chambres, la droite domine l’Europe » : présentation des pays selon majorités politiques droite/centre/gauche.

Les infographies quoique très informatives sont peu lisibles :

  • les nouveaux droits des parlements nationaux : information, participation, objection, véto et sortie ;
  • les formules de coopération parlements nationaux/Parlement européen.

Par ailleurs, une timeline « Le rôle des parlements nationaux dans l’Union européenne » complète le dispositif en matière de contenus enrichis :

« Trans-Europe-Extrêmes » : un sujet et une ligne éditoriale très politique, une enquête plutôt de terrain, des contenus un peu sociaux

C’est un site dédié à des « reportages et décryptages des extrêmes sous toutes leurs formes en Europe » que les étudiants de la 86ème promotion de l’École Supérieure de Journalisme de Lille ont réalisé sur transeuropeextremes.com.

Un sujet et une ligne éditoriale très politique : la ligne éditoriale est clairement précisée : « En ligne de mire : les extrêmes sous toutes leurs formes, qu’ils soient politiques, religieux ou culturels (…) L’objectif : trouver, montrer, décrypter les nouvelles formes prises par l’extrémisme sur le Vieux continent ».

Une approche éditoriale autour de reportages-terrain : grâce à une Google Map, l’ensemble des articles sont autant de voyages immersifs au cœur de l’extrémisme partout en Europe. D’ailleurs, certaines rubriques illustrent cette volonté d’une « pensée à l’épreuve du terrain » : Sur le terrain / Vide-poche / Photomaton.

Des contenus un peu ouverts aux médias sociaux : Non seulement les articles ouverts aux commentaires peuvent être partagés sur Twitter et likés sur Facebook, mais surtout un compte Twitter, une page Facebook et une chaîne vidéo sur Dailymotion complètent la présence en ligne.

Ainsi, entre le projet « Les parlements nationaux dans la tourmente » plutôt d’inspiration magazine des étudiants du CUEJ (de l’info analytique relativement froide) et le projet « Trans-Europe-Extrêmes » des étudiants de l’ESJ de Lille plus Fanzine dans l’âme (de l’info libre relativement passionnée), le traitement de l’information européenne se renouvelle.

Voyage au cœur de la fabrique de l’info européenne : le métier de journaliste européen à l’heure du web social

Buzz, rumeur,  intox… pour informer sur l’Europe, les journalistes professionnels sont de plus en plus en concurrence avec une multitude d’auteurs-contributeurs-commentateurs dans le web social.

La conférence « Tous journalistes ? L’information européenne et le journalisme à l’heure du web 2.0 » organisée jeudi 26 mai dernier par Touteleurope avec l’Institut Goethe à Paris est l’occasion de plonger au cœur de la fabrique de l’info européenne :

  • Quelles sont les conséquences du web social sur la production de l’information européenne et la place de l’UE dans les médias ?
  • Quels sont les impacts du web social sur le travail des journalistes et auprès des citoyens européens ?

Constat n°1 : influence grandissante du citoyen « lecteur-auditeur-téléspectateur-internaute » sur les journalistes dans la production et la diffusion de l’information européenne

Lors d’un colloque organisé à l’Institut français de Budapest les 3 & 4 mai dernier sur « journalismes et citoyenneté en Europe », l’évolution du rapport entre journalistes et Citoyens – des médias traditionnels à Internet – ne souffre d’aucune ambiguïté : avec le web social, les citoyens exercent une influence sur leurs pairs et sur les journalistes de plus en plus importante pour produire et diffuser de l’information européenne.

Un constat partagé par l’ensemble des intervenants de la conférence « Tous journalistes ?… », quelque soit leurs médias de travail (TV, radio, agence de presse et web).

Constat n°2 : le web social, une nouvelle source d’info pour les journalistes, dont la fiabilité  est à géométrie variable

Le web social, comme « nouvelle source commence à s’installer dans les usages », selon une étude réalisée par le cabinet d’études Cision et la George Washington University auprès de journalistes de la presse écrite et web et citée sur le blog « Étreintes digitales » du Figaro.

 

 

  • Aux États-Unis, plus de la moitié des journalistes sondés (56%) estime que les médias sociaux ont eu une certaine importance dans l’enquête et la production de certains articles.
  • Les sources sociales sont principalement les blogs (89%) tandis que le micro-blogging perce de plus en plus auprès des journalistes de la presse écrite quotidienne (49%) et magazine (45%).

La fiabilité et notamment le manque de vérification constitue le principal frein. Plus un journaliste est expérimenté, plus il semble se méfier des sources sociales par rapport aux contenus produits par les médias traditionnels.

Un constat de nouveau partagé par l’ensemble des intervenants de la conférence « Tous journalistes ?… », qui tout en saluant l’intérêt des médias sociaux comme veille et alerte reconnait également les risques d’approximation et/ou de manipulation.

Constat n°3 : le web social, un nouveau lieu pour publier et diffuser l’information des médias traditionnels, produite par les journalistes

Tout comme les citoyens s’expriment en ligne et dialoguent avec les membres de leurs communautés, les « journalistes embrassent aussi les médias sociaux pour publier, partager et promouvoir leurs papiers : 64% utilisent le blog, 60% les réseaux sociaux et 57% des sites comme Twitter », toujours selon l’enquête réalisée auprès des journalistes nord-américains citée sur le blog « Étreintes digitales » du Figaro.

Une course à l’audience et au clic qui ne fait que renouveler et amplifier la compétition existant entre les titres de la presse papier, les stations de radio ou les chaînes de TV. Là encore, le constat est partagé par l’ensemble des intervenants de la conférence « Tous journalistes ?… ».

Ainsi, pour reprendre l’enquête « Le métier de journaliste change ? »publiée en avril 2010 par l’agence Burson-Marsteller et réalisée auprès d’un panel de 115 journalistes interrogés, les médias sociaux sont à la fois les rivaux des médias « traditionnels » et une véritable opportunité pour le métier de journaliste, à condition de partager le manifeste d’Eric Scherer pour « un journalisme augmenté ».

Intervenants de la conférence « Tous journalistes ? L’information européenne et le journalisme à l’heure du web 2.0 » :

  • Véronique Auger, rédactrice en chef de l’émission « Avenue de l’Europe » sur France 3 et présidente du jury du prix Louise Weiss 2011 ;
  • François Bougon, responsable des réseaux sociaux à l’AFP ;
  • Géraldine Delacroix, journaliste à Mediapart, éditrice du Club ;
  • Bertrand Gallicher, journaliste à France Inter, service Etranger ;
  • Michaël Malherbe, consultant en communication, enseignant et bloggeur.

Guide de survie pour porte-parole d’une Présidence tournante du Conseil de l’UE

Les porte-parole de la présidence hongroise du Conseil de l’UE – Gergely Polner et Marton Hajdu – publient sur leur blog « Kovács and Kováts » une série de billets très francs sur les leçons qu’ils tirent de leur expérience…

1. Porte-parole de la présidence ou d’un État-membre ?

Les médias ne font pas la distinction entre la présidence du Conseil de l’UE et l’État qui la détient pendant 6 mois tandis que dans l’exercice de la fonction officielle de porte-parole de la Présidence du Conseil de l’UE implique d’oublier « on the record » les points de vue nationaux.

Ainsi, les porte-paroles doivent parler en tant que Présidence et en respecter les contraintes, tout en reconnaissant qu’il n’est pas possible de rejeter le fait qu’ils sont identifiés et attachés à un pays particulier.

2. L’UE parle-t-elle d’une seule voix ?

Que ce soit la Présidence ou l’UE, c’est toujours perçu comme un tout, « l’Europe », alors que c’est toujours la cacophonie. Il est presque impossible d’expliquer les subtilités et les conflits institutionnels de la prise de décision de l’UE.

Ainsi, les porte-parole sont aux prises avec cette cacophonie et doivent essayer « de montrer un visage courageux aux gifles de la communication d’autres institutions et de ne pas riposter ». Il n’en demeure pas moins que cette cacophonie dans les communications nuit à l’UE.

3. Les correspondants de presse à Bruxelles, une espèce particulière ?

Les correspondants de presse à Bruxelles ont une attitude légèrement différente de celle de la presse nationale en se montrant la plupart du temps moins politiques mais meilleurs techniciens. Il s’agit d’un défi pour les porte-parole d’une présidence semestrielle de se confronter à des journalistes qui ont « une mémoire institutionnelle incroyable » et parfois travaillent à Bruxelles depuis des décennies et connaissent les dossiers sur la table mieux que certains experts.

Ainsi, les porte-parole doivent apprendre à travailler très vite et pour une courte durée avec des correspondants de presse à Bruxelles aguerris et forts d’une maîtrise qui leur permet de «contrôler la relation de travail avec des mises en garde amicales ou du « double-fact-checking ».

4. Qu’est ce qui fait un bon porte-parole ?

La crédibilité d’un porte-parole repose-t-elle sur une connaissance approfondie de leur sujet ou une longue expérience de la communication et des médias ?

Ainsi, les porte-parole de la Présidence tournante du Conseil de l’UE estiment qu’il faut doivent davantage mettre l’accent sur la compréhension de la structure institutionnelle européenne très complexe par rapport à une vaste expérience avec les médias.

5. On ou off the record ?

La scène bruxelloise des médias est différente de beaucoup d’autres notamment par l’utilisation extensive des briefings « off the record ». Il y a un complexe d’arrangements tacites dans la façon dont l’information donnée aux journalistes peut être utilisée : infos de background, infos de l’UE, infos de la présidence, etc.

La raison en est la nature complexe des négociations, où les informations les plus précieuses ne peuvent généralement pas être attribuées à leur source, et où personne n’a le monopole de l’information. Dans le Conseil, il y a au moins 27 délégations nationales que les journalistes peuvent contacter pour obtenir des renseignements.

Ainsi, alors que la plupart des spécialistes de la communication déconseillerait de parler librement avec les journalistes, la vie à Bruxelles s’arrêterait probablement sans ces briefings « off the record » et sans la confiance entre les journalistes et les diplomates qui permet à un tel système de fonctionner.

Bilan, le métier de porte-parole d’une présidence tournante du Conseil de l’UE est périlleux, notamment en raison de nombreux dilemmes liés à la communication de l’UE à Bruxelles.

La principale leçon des porte-parole : les échanges avec les journalistes européens sont surtout centrés sur le fond des dossiers et non sur les controverses politiques.