Actualité du corps de presse des journalistes accrédités auprès de l’UE à Bruxelles

Lors d’un point presse au Conseil de l’UE mercredi 6 mars au matin (voir #briefingcouncilpressoffice sur Twitter), quelques informations relatives à une enquête menée par un chercheur français auprès du corps de presse des journalistes accrédités auprès de l’UE à Bruxelles ont été diffusées…

1024 journalistes représentant 533 médias et 68 pays : 46% de la presse écrite, 30% de l’audiovisuel, 10% des agences de presse et 6% d’Internet

Cette première information numérique sur le corps de presse à Bruxelles vient rassurer après une sévère alerte en 2010, lorsque le nombre de journalistes accrédités était réduit à « 847 journalistes et 237 techniciens du secteur audiovisuel au 2 février 2010 contre 1 006 et 320 l’année dernière (en 2009) ».

Autrement dit, les journalistes accrédités auprès de l’UE ne sont plus aussi nombreux que lors du pic historique en 2005 (année de l’élargissement aux pays d’Europe centrale et orientale) avec 1 300 cartes de presse, mais pour autant, la crise de l’euro a semble-t-il contribué à rétablir une partie de l’intérêt des médias à l’UE, qui semblait s’être dissipé.

Évolutions : moins d’emplois stables, plus de femmes, de temps partiels et de freelances

Un regard sur la composition du corps de presse accrédités auprès de l’UE permet de dégager plusieurs tendances peu rassurantes : les emplois à temps plein de correspondants permanents sont en baisse face à la progression de journalistes à temps partiel et surtout freelances.

La conséquence serait une baisse de la qualité des contenus, d’autant que l’Association de la presse internationale (API) signale une hausse des pratiques de plagiat dans la presse, dues notamment à l’accès aisé à l’information brute mise à la disposition par les institutions et à la réticence à l’investissement des médias.

Tendance : les porte-parole « deviennent des journalistes »

Ce qu’il faut entendre par cette déclaration lors du point presse, c’est que les porte-parole font de plus en plus partie des papiers des journalistes, qui les sollicitent pour commenter et compléter les informations techniques issus des institutions.

D’ailleurs, les journalistes eux-mêmes tendent à s’interviewer les uns les autres, ce qui révèlent des disfonctionnements dans la capacité des institutions à faire passer leurs messages.

Principale conclusion de cette étude qui n’est pas encore disponible en ligne : les informations brutes des institutions européennes sont de plus en plus accessibles en ligne mais le pluralisme de la presse et les conditions de production de l’information par les journalistes régresse.

Vers une éditocratisation du journalisme européen ?

A l’issue du Conseil européen des 7 et 8 février dédié aux négociations sur la programmation financière de l’UE pour 2014-2020, dont la principale conclusion est la baisse inédite du budget de l’UE ; les réactions des correspondants de presse européens semblent évoluer d’une approche traditionnellement neutre (informative et/ou éducative) vers un rôle plus engagé d’éditorialistes politiques…

Mieux comprendre le métier du journalisme européen

Selon la théorie, le métier de journaliste européen consiste à mener 2 activités complémentaires :

  • d’une part, une activité de médiateur des informations politiques issues notamment de sources européennes ;
  • d’autre part, un métier d’acteur du débat public en tant que commentateur et formateur d’opinions à partir des affaires politiques européennes.

L’équilibre entre ces 2 dimensions du métier est influencé par plusieurs facteurs :

  1. la demande du public : l’audience des journalistes européens tend plutôt à exiger un niveau d’exigence et de précision supérieur par rapport aux journalistes non spécialistes de l’UE ;
  2. l’agenda des institutions européennes : l’activité de l’UE tant via des campagnes publiques qu’en tant que source d’information est à la fois prolifique et inefficace ;
  3. la ligne éditoriale du média : chaque rédaction se reconnaît dans des préférences, des valeurs et des opinions ;
  4. l’investigation : chaque journaliste dispose d’une capacité personnelle plus ou moins importante d’accès aux ressources et de relations professionnelles ;
  5. la sélection des sujets : chaque sujet fait l’objet d’une négociation entre le rédacteur en chef et le journaliste tant en volume qu’en matière d’angles.

Le journalisme européen : un journalisme plus éducatif que partisan

Paul Statham dans « Political Journalism and Europeanization: Pressing Europe? » a réalisé en 2006 une étude empirique transnationale comparative portant sur 7 pays (UK, FR, D, NL, I, ESP, CH) sur la base de l’analyse des contenus de 4 journaux par pays et d’entretiens avec plus de 100 journalistes.

Les principaux enseignements de cette étude sont :

1. La plupart des titres de presse produisent des positions pro-européennes, aussi bien dans la façon dont ils représentent le discours politique que dans leur contribution au débat à travers leurs commentaires – à l’exception de la presse populaire britannique.

2. Les préférences des lectorats pour la politique nationale et leur compréhension faible de l’Europe agissent comme une condition contraignante dans les efforts des journalistes pour présenter des cadres interprétatifs multi-niveaux et/ou supranationaux.

3. Les faibles efforts de l’UE de cibler l’information à la presse, par rapport à leurs « concurrents » nationaux que sont les gouvernements limitent encore les possibilités d’une couverture «européanisée ».

4. Le déficit démocratique de l’UE est un sujet important pour les journalistes, mais pas au point d’être une source de motivation pour transformer le rôle des médias. La responsabilité de remédier à toutes les insuffisances de la communication politique européenne est laissée sur les épaules des élus. Les journalistes ne voient pas l’Europe comme une opportunité pour étendre leur propre rôle politique.

5. Néanmoins, des différences existent dans la couverture des affaires européennes, liés à la nature de l’objet UE qui ne rentre pas facilement dans les valeurs de la presse et les pratiques journalistiques établies. Les journalistes ont des problèmes avec la qualité politique de l’information de l’UE plutôt faible, ce qui rend difficile d’intégrer l’UE dans l’information immédiate et personnalisée, le format standard de l’information. Ainsi, en raison de leur propre défaut, les acteurs de l’UE souffrent par rapport à leurs homologues nationaux dans la couverture médiatique européenne avec des points de vue nationalisés qui ont tendance à prédominer.

6. Fait intéressant, ces mêmes particularités de la politique européenne donne plus de liberté individuelle aux journalistes d’exprimer leurs opinions par rapport aux affaires nationales. Toutefois, cela est le résultat d’un manque de repères établis, et n’est pas perçu comme une opportunité pour exprimer des opinions idéologiques sur l’UE.

Vers une éditorialisation politique du journalisme européen ?

Selon Paul Statham, le système médiatique aurait plutôt tendance à suivre le système politique de l’Europe, qu’il « représente » bien plus qu’il ne « mène » le débat politique.

C’est bien peut-être cette sensibilisation traditionnelle des journalistes européens principalement destinée à informer et à éduquer le public qui serait en train d’évoluer avec des journalistes qui agiraient plus ouvertement comme des journalistes politiques.

Ce que les négociations entreprises par Conseils européens successifs pour « sauver » la zone euro n’étaient pas parvenues à faire – compte tenu des solutions techniques et complexes –les négociations sur la programmation financière de l’UE – par la clarté des positions de chaque acteur politique tant européen que national – sembleraient favoriser un traitement plus politique des affaires européennes.

Le journalisme européen deviendrait-il plus ouvertement politique ?

Quel est l’impact dans les médias et sur Twitter du discours de Hollande au Parlement européen ?

Pour son premier discours entièrement consacré à l’Europe, le président de la République s’est présenté devant le Parlement européen. A quelques jours d’un Conseil européen consacré aux négociations budgétaires de l’UE, comment ce discours a-t-il été perçu dans les médias et reçu sur Twitter ?

Circonspection des éditorialistes

Un tour d’horizon des réactions dans la presse quotidienne nationale montre que le chef de l’Etat n’a pas soulevé l’enthousiasme :

Jean Quatremer (Libération) dans « Les vœux preux européens de François Hollande » distribue les points entre « un plaidoyer européen, un tantinet convenu » mais également « tout en restant prudent, Hollande fournit néanmoins quelques pistes » : François Hollande s’est dit « prêt à « lancer le grand chantier de l’approfondissement de l’Union économique et monétaire » pour définir « une nouvelle architecture de l’Union ». ».

Arnaud Leparmentier (Le Monde) dans « A Strasbourg, séance de questions au président français » insiste sur le dialogue avec les eurodéputés : « »euro », il faut le dire rapidement : ce furent surtout des « franco » députés qui prirent la parole ». Sur le fond, « François Hollande n’était pas sur les grandes visions conceptuelles, même s’il a précisé son envie d’une zone euro plus politique et plus intégrée ».

Guillaume Tabard (Les Echos) dans « Hollande : observateur inquiet plus qu’acteur motivé de l’Europe » analyse que « le président de la République a davantage pointé l’Europe dont il ne voulait pas [ni Europe de la rigueur, ni Europe à la carte] que dépeint l’Europe qu’il voulait ». Au total, « S’il s’abstient de défendre un rêve européen, c’est parce qu’il ne veut pas vivre un cauchemar français à cause de l’Europe. »

La rédaction d’Euractiv France dans « Hollande, partenaire commode des députés européens » replace ce discours dans le cadre des négociations budgétaires européennes (pour lesquelles le Parlement européen dispose d’un droit de véto) : « Le Président français a toutefois tenu à se présenter en allié du Parlement européen, estimant que leurs positions « ne sont pas si éloignées » ».

Réactions sur Twitter

Alors le « mot dièse » #EUNobel utilisé à l’occasion de la remise du prix Nobel à l’UE a été tweeté plus de 2 000 fois en décembre dernier, #HollandePE rassemble 7 261 Tweets (76,7% provenant de France et 8,7% de Belgique).

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Le « live-tweet » du discours – renforcé par la couverture d’Itélé et de BFM TV – a été mené activement par plusieurs comptes, en particulier @Euractiv_FR avec 144 Tweets, @fabiencazenave (118 Tweets) et @thomaswieder avec 103 Tweets, dont le Tweet le plus retweeté (53 RT).

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Globalement, les mentions se répartissent entre 53% de Retweets (les moments clés du discours sont repris), 44% de Tweets et 3% de Reply, ce qui montre un faible niveau de discussion entre twittos sur le sujet. D’ailleurs, le niveau d’engagement est assez faible : 62% des comptes ont tweeté seulement 1 fois sur le sujet contre 9% avec 8et+.

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Ainsi, l’impact du discours du président de la République au Parlement européen connaît un important volume sur Twitter et un jugement largement circonspect des journalistes. L’impact véritable de cet exercice de séduction des eurodéputés se mesurera lors des négociations budgétaires issues du Conseil européen.

Quelles ont été les nouveautés de la communication de la Commission européenne en 2012 ?

Alors que l’année s’achève, le programme de travail modifié dans le domaine de la communication pour l’année 2012 permet de mesurer les réorientations stratégiques de la Direction générale à la communication de la Commission européenne. Quelles ont été les nouveautés en 2012 ?

Adapter la stratégie de communication de l’UE à la réalité des médias sociaux en ligne

Seul élément qui n’était pas programmé en début d’année, le nouveau projet pilote qui s’intitule « Partageons l’Europe en ligne ». Doté d’un budget d’un million d’euros, l’objectif est « de renforcer et d’améliorer la présence des Représentations et des Bureaux d’information du Parlement européen (BIPE) sur les médias sociaux en leur fournissant les informations, la formation et l’expertise nécessaires ».

Particulièrement symptomatique de la « conversion » de la Commission européenne aux médias sociaux, le document officiel de la Commission européenne stipule que :

les représentations ne semblent pas encore toutes conscientes de la nette différence entre la communication avec la presse et la communication sur les médias sociaux.

Les missions prévues (cartographie, veille, retours d’expérience, réactivité, évaluation en fonction de l’utilité et de la qualité) soulignent le chemin parcouru par la Commission européenne dans la compréhension des médias sociaux :

  • Cartographie complète de l’environnement des médias sociaux, des détenteurs d’influence et des médias sociaux qui comptent dans les États membres suivant les thèmes prioritaires.
  • Désignation des « responsables rédactionnels » (editorial community managers) pour chaque Représentation et BIPE « à même de transformer le message élaboré par la Commission ou par le BIPE en messages appropriés pour les médias sociaux. (…) Les responsables rédactionnels devront observer et surveiller le contenu des conversations en ligne afin de rendre compte régulièrement de ce dont parlent les gens ».
  • Formation des Représentations et des BIPE sur la manière d’améliorer globalement leur présence sur les médias sociaux et sur la façon de cibler des publics spécifiques d’une manière appropriée à l’environnement des médias sociaux.
  • Retour d’information sur les améliorations substantielles et techniques nécessaires que les institutions européennes doivent mettre en place, de manière à rendre leur politique de communication plus réactive et mieux adaptée au nouvel environnement des médias.
  • Estimation/évaluation permettant d’en apprécier l’utilité et les résultats, au regard des objectifs. L’appréciation des résultats ne peut se limiter aux données chiffrées  et doit porter aussi sur les aspects qualitatifs.

Au total, la Commission européenne confirme pour la première fois dans son programme de travail annuel que « la réputation est l’élément essentiel d’une présence efficace sur les médias sociaux – et de l’adhésion par un très grand nombre d’internautes qui en découle ».

Diffuser Euronews dans plus de langues de l’UE

Deuxième « demi » nouveauté – puisqu’il ne s’agit que d’une réallocation significative de moyens – le lancement d’Euronews dans deux langues supplémentaires, à savoir le grec et le hongrois. Jusqu’à présent, Euronews émet dans 6 langues officielles de l’UE : allemand, anglais, espagnol, français, italien et portugais. D’ailleurs, pour cette dernière langue, la Commission subventionne le maintien des prestations en portugais.

Par ailleurs, la Commission entend continuer de financer le service Euronews en arabe, une aide qui fait suite à la résolution du Parlement européen de 2007 sur les réformes dans le monde arabe. La participation de la Commission est fixée à un coût unitaire mensuel de 404 814 €, un montant qui représente 87,7 % des  coûts réels.

Ainsi, au travers de ces deux nouveautés, la communication de la Commission européenne prouve son évolution pour contribuer à forger des liens plus étroits entre les citoyens et l’Union.

Série d’été : les dérapages de la communication européenne

Avec l’été, Lacomeuropéenne propose une série sur les temps forts de la communication européenne en 2012. Depuis le début de l’année, deux types de dérapages ont été constatés, l’un concernant la confusion entre information et communication, l’autre portant sur des vidéos virales produites par la Commission européenne…

Dérapages liés à la confusion entre information et communication européennes

En 2012, la Commission européenne s’est « emmêlée les pinceaux » – à deux reprises – en confondant l’information – mission journalistique – et la communication.

Première illustration à l’occasion de la refonte de l’espace presse et actualités de l’UE – une évolution d’une « press room » de l’UE vers une « news room » – qui renforce la confusion entre activité de relation presse avec des informations destinées aux journalistes et activité de communication avec des contenus destinés aux autres cibles.

Dans le cadre de l’appel d’offre de ce chantier, la Commission européenne propose un cas pratique fictif visant à créer une newsroom dédiée pour la Commission européenne qui ressemble à un vrai site d’informations en ligne. Cette tentation de confondre communication en ligne de la Commission européenne et médias d’information en ligne se révèle particulièrement inquiétante.

Seconde illustration de la confusion avec « On the frontline », le premier programme d’Euronews parrainé par la DG Affaires intérieures. Il s’agit du premier cas d’hybridation problématique entre un programme d’information produit par un média audiovisuel indépendant et une vidéo de promotion de l’action de la Commission européenne.

Dérapages liés à des vidéos virales jugées caricaturale, sexiste ou raciste

En 2012, la Commission européenne s’est « pris les pieds dans le tapis » en produisant des vidéos virales assez limites.

Avec la campagne « Il n’est jamais trop tard pour… », la communication officielle de l’Année européenne du vieillissement actif, la Commission européenne s’est lancée dans une vision caricaturale des seniors en pleine régression infantile. La volonté de changer les perceptions sur les seniors tout en sortant des sentiers battus du politiquement correct s’est traduite par une caricature sans conséquence puisque la campagne est quasiment passée inaperçue.

Au contraire, deux vidéos virales ont été retirées par la Commission européenne depuis le début de l’année en raison des réactions négatives :

La vidéo « The more, the stronger » de la DG Elargissement a été jugée « raciste » et retirée sans donner une franche explication. Quoique la Commission européenne ait reconnu qu’il y avait un problème avec la vidéo controversée en choisissant de la retirer face aux réactions notamment de la presse britannique, l’interprétation technique sur la raison du retrait indique que l’institution reste sourde à l’accusation d’absence de clairvoyance quant à la potentielle lecture raciste de la vidéo.

La vidéo « Science: It’s a girl thing! » de la DG Recherche, Innovation et Science a soulevée une polémique sur une possible lecture « sexiste ». En réaction, la Commission européenne a là encore retiré la vidéo et tenté de rétropédaler avec d’une part, la création d’une liste « real woman in science » face à #sciencegirlthing sur Twitter et d’autre part, la publication d’un communiqué de questions/réponses expliquant le retrait de la vidéo. Ainsi, la Commission européenne est parvenue à la fois à attirer – pour le pire – l’attention de la communauté scientifique et des adolescentes mais également à réaliser une démarche de transparence et de conversation – pour le meilleur.

Au total, la provocation fait-elle une bonne communication pour la Commission européenne ?

Pas à n’importe quel prix, mais pour une institution publique qui ne dispose pas de moyens suffisant pour accéder aux formats de publicité traditionnels – en raison du coût trop élevé de l’achat d’espace dans toute l’Europe – la provocation demeure l’une des seules opportunités de s’adresser à un large public, au-delà des milieux institutionnels et européens.