Communication des Etats-membres sur l’Europe : que reste-t-il de la Déclaration de Bratislava ?

En septembre 2016, les chefs d’Etat et de gouvernement se sont prononcés, dans la Déclaration de Bratislava pour une communication plus claire dans son langage, plus honnête quant aux décisions et plus courageuse face aux populistes/extrémistes. Un an après, le Working Party on Information en septembre dernier fait le point sur les meilleures pratiques, les leçons et les voies à suivre…

La présidence semestrielle du Conseil de l’UE : la meilleure occasion de sensibilisation des citoyens à la valeur ajoutée de l’UE

Adoptée au cours de sa présidence semestrielle, la délégation slovaque estime que la Déclaration de Bratislava a délivré un message fort d’une Europe unie, capable d’améliorations et globalement engagée. La très bonne couverture de l’événement et la variété des outils de communication ont évité les risques de désinformation. La Slovaquie a adopté un premier plan national de communication stratégique sur l’Europe dont les principaux objectifs sont d’améliorer la sensibilisation des citoyens via notamment des campagnes dans les médias sociaux et l’engagement du personnel de la Représentation permanente dans l’initiative de l’UE « Back to school ».

Le semestre de la présidence maltaise en 2017 a redynamisé le soutien déjà important de l’UE aux citoyens maltais. La délégation maltaise insiste sur les résultats obtenus en reliant l’agenda de l’UE avec les citoyens à travers une campagne intensive sur les médias sociaux, basée sur un langage simple, transparent et informel. Des efforts sont également déployés à plus long terme pour maintenir l’élan et renforcer la coopération avec les institutions de l’UE. Malte s’est engagée à communiquer sur l’Europe et à renforcer ses liens avec la société civile.

La présidence estonienne actuellement en cours s’est référée à son approche axée sur le citoyen et a également souligné la nécessité de communiquer dans un langage clair. Au cours de son semestre, l’Estonie va renforcer l’utilisation de vidéos et d’infographies destinées à toucher le grand public.

Les partenariats entre les institutions européennes et nationales : la meilleure coopération pour remettre en question les solutions simplistes et définir un nouvel esprit à travers une communication positive et proactive

La délégation française a souligné que la Déclaration de Bratislava exhortait à renouveler l’esprit de partenariat entre les États membres et les institutions. En conséquence, les campagnes de communication pertinentes doivent être parfaitement coordonnées (en France, la coopération interministérielle a été renforcée à cette fin) et menées conjointement et de manière cohérente. Le professionnalisme, l’inclusivité et l’écoute des besoins des citoyens sont cruciaux. La communication devrait être renforcée et centrée sur l’avenir de l’UE, sur des priorités concrètes, en promouvant une Europe moins bureaucratique et davantage axée sur les citoyens.

La délégation italienne a exhorté à trouver les synergies nécessaires pour établir des priorités de communication répondant aux attentes des citoyens. La déclaration de Bratislava, le livre blanc de la Commission et la déclaration de Rome ont montré la voie. L’Italie prépare une stratégie de communication sur deux ans basée sur des connaissances actives et des débats ouverts ciblant les étudiants. Une campagne de communication sur le patrimoine européen positif est également en cours. En outre, l’Italie a souligné l’importance de communiquer sur la dimension sociale de l’UE et de promouvoir une connaissance active de l’UE dans les écoles et à travers les médias sociaux.

La délégation finlandaise a indiqué que la Finlande revoyait régulièrement sa stratégie de communication de l’UE et a souligné que le succès de l’UE dépend fondamentalement de la participation active des citoyens.

Les délégations danoise et néerlandaise soulignent l’utilité de la Déclaration de Bratislava et soulignent la nécessité de mesurer clairement ce qui a été fait, de fixer des objectifs très concrets et de montrer aux citoyens que l’UE peut les atteindre. Les Pays-Bas ont souligné la nécessité de rester concentrés sur l’obtention de résultats concrets.

La délégation tchèque met en œuvre une stratégie de communication pluriannuelle basée sur des priorités annuelles, en coopération avec leurs propres autorités régionales ainsi qu’avec les centres Europe Direct et les ONG. La Convention nationale continue d’être un instrument fort pour débattre largement de la politique tchèque en matière d’UE.

En somme, il serait nécessaire de renforcer les synergies et les partenariats et de rétablir le mécanisme fructueux de priorités communes de communication qui était en place avec la Déclaration de 2008 « Communiquer l’Europe en partenariat ».

Au total, force est de constater que toutes les parties prenantes reconnaissent que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour atteindre la finalité première de la Déclaration de Bratislava à savoir mieux communiquer dans un langage qui clarifie et exploite davantage les potentiels de sensibilisation du grand public…

Comment la communication européenne peut sortir des débats-pièges ?

La réunification de l’Europe, avec les élargissements successifs traduit moins des retrouvailles que des reproches au point que « l’incommunicabilité des expériences », selon l’expression de Joanna Nowicki dans la revue Hermès consacrée aux incommunications européennes, provoque des malentendus majeurs entre les 3 Europes : l’occidentale, le centre-est et l’est. Comment faire face à nos incompréhensions mutuelles qui empêchent une véritable communication européenne commune ?

Un nouveau lien « chaud » à l’Europe pour régler la question de l’identité

Premier terrain miné en Europe, la question de l’identité qui oppose deux visions :

  • A l’ouest, l’ambition du patriotisme constitutionnel, reposant sur la vertu du lien formel et rationnel a visé à construire une nouvelle identité européenne citoyenne au point de rendre l’identité nationale un sujet archaïque et tabou ;
  • A l’est, l’idéologie internationaliste du communisme a conduit en réaction à associer l’identité nationale à la sauvegarde d’une communauté de valeurs traditionnelle.

Entre ces deux approches de l’identité européenne qui conduisent à une impasse, un compromis doit être trouvé pour créer un lien plus historique et culturel à l’Europe qui offre une continuité historique collective « sans trou de mémoire ou de page blanche ».

Un nouveau récit co-construit de l’histoire et un dialogue des idées pour résorber le rapport à la langue

Deuxième sujet complexe, le rapport à la langue, à sa force et son utilité, là encore sont différents en Europe :

  • A l’ouest, la recherche de la vérité est de plus en plus associée à un discours moralisant et dogmatique ;
  • A l’est, la liberté de pensée était la seule issue face à la propagande.

De part et d’autre, la langue est captée depuis longtemps par les idéologies et la manipulation des esprits, sans oublier le double danger contemporain du politique correct et des discours de la haine.

Afin de faire face aux langues artificielles, aux slogans politiques, à la « novlangue du monde actuel », l’Europe doit parvenir à un nouveau récit co-construit de l’Europe, pour l’Europe.

Une nouvelle éducation culturelle et intellectuelle croisée pour fonder une conscience européenne commune sur la réconciliation et le pardon

Troisième enjeu de l’incommunicabilité des expériences, sortir du dilemme actuel qui a réduit toute communication à une négociation sur des intérêts et non à un dialogue autour des valeurs entre les Européens.

Seule solution pour y parvenir, la voie de la réconciliation et du pardon pour briser à la fois l’indifférence à l’ouest et les frustrations à l’est. Cela se traduit par une narration croisée qui permette l’émergence d’une conscience européenne commune.

L’éducation pour transmettre intellectuellement l’Europe ainsi que la littérature et le cinéma, par exemple, pour des transferts culturels pourront briser l’imaginaire des frontières visibles et invisibles.

Ainsi se trace la voie d’une véritable communication européenne tout à la fois réconciliée, co-construite, collective, croisée et comparée.

Et si la communication européenne se mettait au bio ?

Après les vacances estivales, propices à la prise de recul, c’est l’heure de la rentrée, où il faut « remettre le couvert » et souvent « mettre les bouchés doubles ». Et si les communicants européens s’interrogeaient pour savoir ce que les Européens aimeraient « dans leurs assiettes » ? Que pourraient nous apprendre les tendances du bio à la lueur des actualités de l’été qu’il ne fallait pas rater ?

Une communication européenne détoxiquée des fake news

Comme l’indique Méta-Média, les « fake news sont aux médias ce que sont les pesticides aux fruits. Elles font gonfler les audiences, mais empoisonnent les contenus ».

Les communicants de l’UE, tant les porte-paroles que les attachés de presse dans les Représentations, ont un devoir de vérifier et corriger des contenus, qui seraient comme labellisés « à la source » anti-fake-news.

Et il ne s’agit plus seulement de reprendre les euro-mythes, bien souvent flagrants, mais surtout les approximations ou inexactitudes qui jalonnent des pans entiers des médias dès qu’il s’agit du Brexit, du commerce international ou des secteurs comme le numérique.

Dans ce combat, à armes inégales, la nouvelle Commissaire bulgare au numérique, Mariya Gabriel, va mettre en place un groupe d’experts sur les « fake news » alors que Facebook, nid à fake news, vient de déclarer l’interdiction de publicité les pages renvoyant vers de fausses informations.

Le Service d’Action extérieure de l’UE vient de lancer un site « Eu vs. Disinfo » pour agir contre la désinformation en ligne, qui s’attache à compiler les fausses informations et rumeurs erronées et à les confronter à des faits concrets, accompagnés de chiffres et de statistiques documentés.

eu_vs_desinfo

Une communication européenne renforçant la traçabilité et la transparence

Que signifie l’enjeu de la traçabilité pour la communication européenne ? Qu’il doit être possible pour le citoyen de connaître l’origine et le cheminement des annonces et des décisions de l’UE.

Ce que n’illustre pas forcément Jean-Claude Juncker, qui après avoir publié en mars, un livre blanc décrivant cinq options possibles pour l’avenir de l’UE, vient de déclarer lors de la conférence des ambassadeurs de l’UE qu’il avait un 6e scénario sous la manche qui pourrait être « la solution secrète ».

Du côté de la transparence, la récente consultation pour rendre obligatoire le registre de transparence de l’UE, dont le rapport a été publié fin juillet, illustre l’intérêt d’une démarche ouverte.

Avec 975 réponses valides de la part d’individus et 783 réponses valides des organisations, la consultation est considérée comme réussie.

Parmi les enseignements de l’executive summary, une forte divergence entre les individus, dont la plupart souhaitent élargir la portée du registre et les organisations non enregistrées, dont la plupart souhaitent exclure certains types d’organisations tandis que les organisations enregistrées se situent entre ces deux extrêmes.

Divergences que l’on retrouve sur le niveau d’informations demandées, la plupart des organisations enregistrées se contentent du statu quo, trop peu d’informations sont demandées selon les ONG, tandis les acteurs économiques et les associations professionnelles pensent que trop d’informations sont demandées ; ou sur le jugement du site, les organisations enregistrées sont généralement les plus positives alors que les personnes critiquent la conception et la fonction de recherche (c’est exact).

Une communication européenne qui vise la qualité des contenus

Dernier enjeu de cette rentrée, alors que l’actualité européenne devient littéralement indigeste avec tout ce qui concerne le Brexit, les communicants européens devraient cultiver des histoires de qualité, qui donne du goût et de la saveur à l’actualité européenne.

Quelques recettes de communication, pour faire de l’Europe un produit de grande consommation, consisteraient à échapper aux standards et aux formatages, comme ces formats de « success stories » trop éculés et à se différencier des productions de masse avec des produits frais.

Bonne rentrée à tous !

Pour une nouvelle approche pour communiquer l’Europe

Encore un appel, cette fois-ci de Reneta Shipkova, sur TheWonk.eu pour répondre au « besoin pressant d’une nouvelle vision commune de l’Europe, largement reconnu ». Une telle tâche exige avant tout une nouvelle stratégie pour la communication, car la confiance du public dans l’UE a diminué notamment en raison d’un manque de communication efficace entre l’UE et ses citoyens…

La faillite actuelle de la communication politique de l’UE

Face aux bouleversements du monde et aux chamboulements des peuples, la communication des responsables politiques européens est obsolète. Si les élites européennes veulent éviter une aliénation publique encore plus importante, elles devraient réviser et renforcer leur capacité à communiquer sur ce qui se passe au sein de l’UE.

À moins que les élites politiques de l’UE et des Etats-membres ne commencent à mieux faire connaître l’Europe, tout le projet de l’UE est aujourd’hui en danger.

Le réquisitoire est sévère, mais il n’est plus temps de croire encore possible le remède du bon père Queuille : « Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout. ».

L’UE est devenue inaudible. Bruxelles parle mais (presque) personne n’écoute. La « communication » de l’UE est perçue comme du bruit. A de rares exceptions près, ses messages sont élitistes, abstraits, médiocres, technocratiques et assez souvent à la traîne dans un monde en mouvement rapide.

De la nécessité d’une langue politique commune

L’UE possède une monnaie commune et un langage économique commun (sur la croissance et l’emploi) mais manque encore d’un langage politique commun. La communication des décideurs européens et nationaux sur l’Europe est essentiellement limitée à la dimension économique, puisque leur vision de l’Europe est largement dominée par un modèle économique de la politique. L’histoire du projet européen est présentée principalement comme une histoire d’intégration et de coopération économique et son existence est largement inspirée en tant que commodité économique.

Comment sortir de ce cycle de non-communication sur l’Europe qui nourrit des sentiments de plus en plus hostiles à l’égard de la politique de l’UE ?

Une Union des citoyens doit réussir à engager un dialogue constructif avec les multiples parties prenantes d’un monde multipolaire. Le défi, énorme, est de communiquer la démocratie collective la plus complexe sur terre en 24 langues et dans 28 pays et au monde extérieur. Ce défi a souffert d’années de négligence au cours desquelles son importance a été sous-estimée.

1. Combler l’écart de leadership

Le genre de leadership nécessaire pour l’Europe exige de :

  • Remplacer le « court-termisme » par la réflexion prospective ;
  • Substituer une activité visionnaire exercée par de vrais dirigeants à une administration par des fonctionnaires ;
  • Transiter vers une mentalité politique synergique gagnant / gagnant ;
  • Supplanter critiques, crises et catastrophes par des perspectives plus optimistes où les difficultés ne sont pas perçues comme des problèmes mais comme des occasions d’améliorer et d’inspirer l’Europe

Par conséquent, l’UE a besoin de plus de responsables politiques qui doivent :

  • S’identifier à la politique de l’UE qu’ils doivent diriger et ne pas gouverner, qui délivrent des messages moins autoritaires car la coopération et l’engagement des citoyens ne peuvent être obtenus avec des instructions ;
  • Posséder une capacité d’écoute empathique, une pensée visuelle, intuitive et créative ;
  • Répondre aux préoccupations, aux aspirations et aux valeurs des citoyens qu’ils prétendent représenter.

2. Une communication politique plus émotionnelle

L’UE ne doit pas craindre de faire appel aux émotions des citoyens pour être beaucoup plus émotionnellement en contact avec les gens, avec leurs espoirs et leurs peurs. L’interaction avec la politique et les politiques de l’UE devrait être une expérience émotionnelle, par rapport à l’approche utilitariste, pragmatique et paternaliste.

Du coup, les messages de l’UE devraient :

  • Dépasser le niveau factuel, être moins formels, sans platitude, banalités et truismes ;
  • Etre inclusif et s’adapter à la voix populaire, plus ils se répètent, plus les citoyens de l’UE s’aliènent ;
  • Eviter la propagande, l’auto-promotion, la complaisance et mettre un terme à la « monologomania ».
  • Raconter les réussites, les résultats tangibles, les livraisons concrètes sans déclarations vides sur le processus et les modalités ;
  • Utiliser la langue des citoyens ordinaires plutôt que des mots compliqués ;
  • Donner des discours remplis de passion au lieu d’ennuyer avec des histoires de consensus remplies de langue du bois et de technique.

3. Mettre un terme à l’infoxication actuelle

L’UE souffre d’une surcharge d’informations. Trop d’informations tue l’information et trop de détails abstraits tue le message, un peu comme l’arbre qui cache la forêt, pour détourner le « claim » de la stratégie de communication corporate de l’UE.

Comment ?

  • Transmettre moins de communiqués de presse de haut en bas et ne communiquer que si c’est valable ;
  • Arrêter de bombarder le public mal informé avec des faits accomplis ;
  • Mettre davantage l’accent sur la communication politique qui nécessite d’engager de multiples parties prenantes dans un dialogue, au lieu d’une information à sens unique.

4. Réduire la propagation du « blame game »

L’Europe se meurt du jeu de dupes où les hommes politiques nationaux prennent rapidement le mérite des réalisations positives de l’Europe et accablent rapidement Bruxelles ou Strasbourg pour tout ce qui ne va pas bien chez eux.

Les classes politiques nationales vont devoir apprendre non seulement que l’Europe est une partie inséparable du débat politique national mais surtout qu’ils sont des intermédiaires fondamentaux pour transmettre les messages européens.

5. Communiquer localement au-delà de la « bulle de Bruxelles »

Les activités d’information et de communication devraient être beaucoup plus décentralisées, impliquant non seulement toutes les institutions et tous les organes de l’Union, les gouvernements des États membres, mais aussi les parlements nationaux et les autorités locales et régionales.

Le fossé de sensibilisation des citoyens à l’Europe ne pourra être fermé qu’en partenariat avec les autorités nationales et régionales, seules capables de démontrer que l’UE n’est pas isolée de la politique nationale et locale. La réussite européenne doit être régionalisée avec une communication plus localisée et des messages décentralisés avec des contenus différents.

6. Communiquer l’Europe via la culture, l’éducation et le sport

L’avenir du projet de l’UE repose sur la création d’un sentiment d’appartenance et de solidarité. Les Européens doivent se percevoir plus que simplement comme voisins.

Le soutien public (pour l’UE) ne peut pas être soulevé de haut en bas, mais doit être le résultat de l’expérience de vie des gens en faisant de l’Europe une partie de la réalité sociale par la culture, l’éducation et le sport.

Ni solution miracle, ni règle d’or sur la façon de mieux communiquer l’Europe, mais le succès du projet européen dépendra de l’intensité et de la qualité (et non de la quantité) de la communication politique (et non de l’information) et repenser la manière dont l’UE est communiquée devrait nous concerner tous.

Pourquoi il faut une refondation de la communication de l’UE ?

Alors que la période actuelle est consacrée à la publication d’une série de documents de réflexion en vue de refonder l’Europe, Stavros Papagianneas publie « Rebranding Europe. Fundamentals for Leadership Communication » – le regard sans concession d’un professionnel afin de refonder la communication de l’UE…

Une lucidité indispensable pour le diagnostic

Au cours des dernières années, l’UE a consacré beaucoup de temps et d’argent à communiquer avec ses citoyens, en tenant d’expliquer ses politiques et son but. Néanmoins, cette communication a été marquée par un fort jargon et un faible impact. Personne ne comprend ce qui se passe à Bruxelles.

De nombreux facteurs contribuent à cette inefficacité de la communication :

  • Le manque de leadership et le penchant technocratique ;
  • La crise de l’identité européenne et le multilinguisme ;
  • L’absence d’une vision partagée et d’une sphère publique européenne commune ;
  • La mauvaise connaissance de l’UE et on pourrait ajouter l’apprentissage déficient ;
  • Des médias hostiles et les fake news ;
  • Des pratiques contraires à l’éthique en politique ;
  • Le jeu de culpabilité sur l’Europe ;
  • Les derniers développements : austérité et populisme…

Tous ces facteurs contribuent à l’incapacité de l’UE à communiquer ses politiques et ses réalisations de manière transparente et équitable.

D’autant plus, à l’heure des réseaux sociaux où les gens ne s’y laissent pas compter, que la communication de l’UE est trop souvent basée sur des informations unidirectionnelles, et pas sur un véritable dialogue.

Le Parlement, la Commission et le Conseil expriment souvent des opinions divergentes et même contradictoires, faisant que l’Europe est plus souvent la soustraction de ses différentes parties que la construction d’un projet fédérateur.

Un professionnalisme indispensable pour les propositions

Stavros Papagianneas propose un vadémécum qui constitue une base solide pour reconstruire les fondations de la communication de l’UE, qui en a tant besoin :

1. Communiquer l’Europe en partenariat et aux niveaux européen et national

La centralisation de la communication à Bruxelles est contre-productive. La logique de partenariat, abandonnée unilatéralement par Viviane Reding, doit être reprise autour des valeurs (transparence et honnêteté) et d’une volonté politique communes.

Les acteurs clés devraient fonctionner sur un pied d’égalité. La centralisation excessive du processus de communication à Bruxelles est contre-productive. Les autorités locales et régionales devraient être davantage chargées et être considérées comme des partenaires clés pour fournir des communications visant à établir des ponts entre l’UE et ses citoyens.

Un partenariat public-privé novateur et durable devrait impliquer les institutions de l’UE, les États membres, la société civile, les médias, les partis politiques et le secteur privé. Tous, s’engageraient à adapter le message à l’échelle de chaque pays pour présenter l’UE comme un projet qui cherche à collaborer avec les citoyens et à faire une différence significative dans leur vie quotidienne.

S’engager au niveau de la base peut aider les gens dans différents pays à comprendre qu’ils ne sont pas aussi différents de leurs voisins qu’ils pensent. Le succès peut commencer par une cause que les gens peuvent soutenir, comme un objectif spécifique que la coopération économique, sociale, politique et culturelle européenne faciliterait.

2. Faire de la communication de l’UE une priorité stratégique

La planification d’une communication stratégique est une activité à insuffler plus clairement pour identifier les problèmes, définir les priorités et déterminer les benchmarks de performance. Malheureusement, seule la première Commission Barroso, de 2004 à 2009, a donné la priorité à la communication avec un Commissaire dédié.

La marque et la réputation doivent être considérées dès le début du processus décisionnel et doivent être gérés comme des capitaux à faire fructifier.

3. Envoyer un message d’unité et de refondation

L’UE devrait montrer qu’elle sort de la crise et qu’elle se concentre sur ce qui compte pour l’avenir des gens : emploi, éducation, sécurité, etc. Les institutions de l’UE ont été trop lentes à réagir et pas assez créatives dans leurs efforts pour montrer aux populations locales pourquoi une Europe unie est pertinente et bénéfique.

4. Arrêter de stigmatiser les États membres économiquement les plus faibles

La crise de la zone euro, et tout particulièrement le traitement de la Grèce, symbolise un échec, que les populistes ont largement su exploiter pour faire campagne parfois à raison, contre l’UE. Ce type d’actions contre les États membres économiquement les plus faibles a un effet boomerang délétère pour l’ensemble de l’Union.

5. Reconnaître l’importance de la communication

Pour réussir, le message européen doit être intéressant pour les médias et compréhensible pour les citoyens. Il reste encore beaucoup à faire pour transférer les compétences et l’expertise du secteur privé vers le secteur public. L’UE devrait investir dans la fonction de communication et élargir le mandat des agents de communication.

L’UE doit renforcer le professionnalisme de la communication, encore trop souvent considérée comme une tâche administrative secondaire, ce qui implique une faible reconnaissance et un faible investissement dans la communication.

6. Soutenir le journalisme de qualité et l’indépendance de la presse contre les mythes et le populisme

Les médias de qualité et l’indépendance de la presse jouent un rôle important dans la communication de l’Europe. L’UE devrait apporter un meilleur soutien aux médias, car les informations distribuées à la presse sont très techniques et pas toujours faciles à comprendre. L’adaptation des communiqués de presse aux contextes spécifiques des États membres ou des groupes de citoyens et la création d’un service d’assistance pour les journalistes en recherche d’antécédents pourraient être des solutions.

En outre, l’UE devrait organiser et financer une formation spécialisée pour les journalistes dans tous les pays de l’UE, car il existe un besoin urgent de formation qui permette à la presse locale de communiquer la pertinence de l’UE de manière compréhensible et de l’expliquer de manière claire la langue. Les fonds des programme de recherche et d’innovation pourraient être utilisés à cette fin.

7. Créer la transparence autour des choses importantes et pertinentes pour les parties prenantes

Une bonne communication aide à créer un dialogue et constitue la base d’une prise de décision bénéfique. Il est nécessaire de rendre les messages cohérents, clairs, concrets et sans jargon, et de les relier à des besoins et des attentes humaines spécifiques aux niveaux européen, local et régional. Parler d’une seule voix à tous les niveaux est fondamental.

Au total, il n’y a pas de temps à perdre. Du Brexit à Trump, les alarmes doivent être entendues pour façonner une approche plus sérieuse de la communication visant à stimuler l’engagement des citoyens et à rétablir l’approbation du public. Si la communication de l’UE n’évolue pas, c’est tout le projet européen qui menace d’imploser.