Comment valoriser les « Matinées de l’Europe » ?

Initiative lancée par le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, les « Matinées de l’Europe » pourraient être davantage valorisées…

Organiser régulièrement des petits-déjeuners « brainstorming » au quai d’Orsay

Souhaitées par Pierre Lellouche, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, les « Matinées de l’Europe » sont des événements qui réunissent au Quai d’Orsay des personnalités telles que parlementaires nationaux ou européens, diplomates ou ambassadeurs européens, universitaires et journalistes.

Depuis juin 2009, entrée en fonction de l’actuel titulaire, 3 « Matinées de l’Europe » ont été montées en 10 mois, selon l’agenda du ministre :

  • Lundi 5 octobre 2009 : Matinée de l’Europe sur le thème « Perspectives de l’Europe après le référendum irlandais »
  • Mardi 10 novembre 2009 : « Matinée de l’Europe » sur le thème « De la réunification à l’unité franco-allemande »
  • Vendredi 16 avril 2010 : « Matinée de l’Europe » en présence de Édouard Balladur sur le thème « Quelle gouvernance pour la zone Euro ? »

Afin de communiquer sur ces « Matinées de l’Europe », il conviendrait dans un premier temps d’institutionnaliser ces événements afin de les organiser régulièrement, sur une base mensuelle par exemple.

Assurer une présence sur le web et par la vidéo via Touteleurope

Afin de toucher un public plus large que les seuls participants à ces petits-déjeuners débats, une présence dédiée sur Internet permettrait de rendre plus visible ces événements aujourd’hui limités à une présence dans l’agenda officiel et à des éventuelles retombées presse.

Une captation vidéo aisément réalisable avec les moyens dont doit disposer les services du Ministère des affaires étrangères, rendrait également plus attractifs les comptes-rendus accessibles pour ce plus large public.

De manière assez logique, cette présence dédiée sur le web par la vidéo serait hébergée sur le portail touteleurope.fr et en particulier sur sa chaîne vidéo sur dailymotion. Une promotion des « Matinées de l’Europe » dans le cadre de la newsletter et des présences sur les réseaux sociaux de touteleurope.fr pourraient également être assurées.

Ainsi, l’initiative des « Matinées de l’Europe » pourrait faire l’objet d’une valorisation raisonnable au bénéfice des citoyens de l’Union.

Quelles sont les solutions de l’UE pour améliorer l’information et la communication sur l’Europe ?

Alors que les services de communication des institutions européennes ne parviennent pas – seuls – à « impliquer les citoyens dans les questions relatives à l’UE », l’euro-député danois Morten Løkkegaard présente une proposition de résolution « sur le journalisme et les nouveaux médias – création d’une sphère publique en Europe » examinant « comment, en communiquant, on peut lancer, encourager et maintenir des débats européens et la circulation de l’information ».

Quelles sont les solutions du rapporteur Morten Løkkegaard pour améliorer la place qu’obtiennent les questions européennes dans l’agenda des États membres, dans les médias et sur Internet ?

Solution logique : utiliser des prestataires de communication pour former le personnel de l’UE à communiquer sur Internet et notamment dans les médias sociaux

Préalable à cette démarche, le rapport soutient qu’« il faut modifier les politiques de communication des institutions européennes. Les instructions pour le personnel de l’Union devraient être qu’il est plus facile de se faire pardonner d’avoir fait quelque chose, que d’obtenir une autorisation. Ce qui signifie dans un système hiérarchique qu’en cas de nécessité, les fonctionnaires de tous niveaux devraient être autorisés à répondre rapidement aux citoyens comme à la presse ».

Habiliter à communiquer, en particulier sur Internet, l’UE doit ensuite « former son personnel à communiquer » et ne doit pas hésiter à « faire appel à des sociétés spécialisées dans la communication qui s’appuie sur les nouveaux médias » afin de permettre aux équipes communication de mener une véritable démarche de community management dans les médias sociaux.

Quoique le rapporteur ne semble pas formellement trancher pour une internalisation des compétences de community management, comme le préconise Cédric Deniaud : « Réflexions autour du community management et du rôle des agences : pourquoi le community manager doit faire partie de l’entreprise », la démarche logique de recourir à des prestataires spécialisés, notamment des agences, est fermement souhaitée afin de renforcer la communication de l’UE sur Internet et notamment dans les médias sociaux.

Solution légitime : animer des partenariats avec les États membres pour assurer le traitement de l’information européenne dans les médias de service public

Préalable à cette démarche, le rapporteur « invite les États membres à réfléchir à inscrire l’Union au programme de l’enseignement secondaire et les encourage à échanger des exemples de bonnes pratiques à ce sujet au niveau de l’Union ».

Éduquer à la chose européenne, les citoyens de l’Union seraient davantage soucieux de leur droit à être informé sur les politiques et les processus décisionnels de l’Union. Les Etats membres seraient ainsi encouragés « à émettre pour les diffuseurs de services publics régionaux et nationaux des lignes de conduites claires sur la façon de couvrir les affaires européennes, de s’assurer que celles-ci sont respectées et que l’actualité européenne est traitée en priorité ».

Légitimement, le rapporteur précise que « les États membres devraient s’assurer de l’indépendance des diffuseurs du service public » et que ces derniers « doivent avoir une approche critique ainsi qu’une totale indépendance éditoriale par rapport à leur propre couverture des thèmes européens ».

Solution limite : créer une hybridation entre information et communication avec des professionnels de l’information prenant en charge la communication de l’UE

Suivant une démarche, qui ne sera pas sans susciter des critiques auprès de journalistes, le rapporteur « se réjouit de l’initiative de la Commission relative à la diffusion paneuropéenne sur les réseaux radios et télévisions régionaux » et estime que « des investissements européens peuvent inviter les diffuseurs à écrire des articles indépendants et critiques sur l’Union européenne ».

Ainsi, « le rapporteur indique que les partenariats entre les secteurs privés et publics (financement européen des médias contre traitement journalistique de l’Europe) pourraient être la solution pour communiquer sur les questions européennes ».

Illustrant cette solution que l’on peut qualifier de « limite », le rapporteur estime que « cela impliquerait d’inviter des professionnels de l’information à prendre en charge les tâches communicatives de l’Union, comme cela était le cas auparavant » :

  • engager dans les bureaux de représentation de la Commission et d’information parlementaire établis dans les États membres, des attachés de presse des médias professionnels extérieurs aux institutions européennes ;
  • mettre sur pied une task-force basée à Bruxelles et composée de journalistes indépendants dépourvus de tout contrôle éditorial et recrutés en dehors des institutions européennes. Elle aurait pour tâche de couvrir quotidiennement les actualités ayant trait à l’Union et qui seraient publiées sur différentes plateformes et différents canaux en respectant les critères journalistiques;
  • engager un éditeur en chef indépendant pour coiffer cette Task-Force.

Quoique le rapporteur de ce texte soit lui-même un ancien journaliste, la proposition que des professionnels de l’information prennent en charge la communication de l’UE ne sera pas sans soulever – à n’en pas douter – de vives réactions au sein de la profession…

Propositions du Parlement européen en matière de communication européenne sur le journalisme et les nouveaux médias en Europe

Dans une proposition de résolution « sur le journalisme et les nouveaux médias – création d’une sphère publique en Europe » adoptée par la Commission de la culture et de l’éducation– fin mars dernier – le Parlement européen constate : alors que la « situation technologique et institutionnelle actuelle n’a jamais été aussi favorable pour impliquer les citoyens européens » (le traité de Lisbonne représente un grand pas vers la démocratisation de l’Union et les nouveaux médias offrent de nouvelles possibilités), la situation n’a pas évolué en ce qui concerne la place qu’obtiennent les questions européennes dans l’agenda des médias et des États membres…

Le rapporteur Morten Løkkegaard (ancien journaliste et actuellement euro-député danois) « présente les moyens permettant d’impliquer davantage les citoyens dans les questions relatives à l’UE » et « examine comment, en communiquant, on peut lancer, encourager et maintenir des débats européens et la circulation de l’information, soit en étendant les discussions sur des thèmes liés à l’Union dans les médias nationaux, soit à l’aide d’une plateforme publique ».

Lancer et encourager les discussions sur des thèmes liés à l’UE dans les services publics nationaux de l’audiovisuel

Les citoyens sont clairement sous-informés dans les médias nationaux sur les questions relatives à l’Union européenne.

Il est crucial que les États membres veillent au respect des chartes des services publics de l’audiovisuel dont leur responsabilité particulière est d’informer les citoyens sur le processus décisionnel politique et la gouvernance notamment de l’UE afin de garantir la couverture des questions européennes.

Les États membres devraient s’assurer de l’indépendance des diffuseurs du service public et par la même occasion, le fait que ces derniers ont la responsabilité de couvrir des sujets relatifs à l’Union européenne.

Étendre et maintenir les discussions sur des thèmes liés à l’UE dans les médias sociaux et à l’aide d’une plateforme publique européenne

Le manque d’informations en ligne disponibles sur l’Union et ses institutions n’est pas le problème, puisque toutes les institutions ont en effet lancé leurs propres plateformes d’information mais celles-ci ne parviennent cependant pas à captiver le public.

Les partenariats entre les secteurs privés et publics pourraient être la solution pour communiquer sur les questions européennes. Cela impliquerait d’inviter des professionnels de l’information à prendre en charge les tâches communicatives de l’Union :

D’une part, le rapport « encourage la Commission et le Parlement à renforcer davantage leurs activités sur les médias de socialisation, qui possèdent le potentiel d’atteindre les jeunes, en faisant appel à des sociétés spécialisées dans la communication qui s’appuie sur les nouveaux médias ».

D’autre part, le rapporteur « suggère de mettre sur pied une task-force basée à Bruxelles et composée de journalistes indépendants dépourvus de tout contrôle éditorial et recrutés en dehors des institutions européennes. Elle aurait pour tâche de couvrir quotidiennement les actualités ayant trait à l’Union et qui seraient publiées sur différentes plateformes et différents canaux en respectant les critères journalistiques; suggère d’engager un éditeur en chef indépendant pour coiffer cette Task-Force ».

Ainsi, le Parlement européen relance les propositions pour communiquer sur les questions européennes avec notamment ce rappel au respect des chartes des services publics de l’audiovisuel et cette suggestion de partenariats publics/privés pour que l’UE investisse les nouveaux médias de socialisation…

Distinction de l’Association internationale des professionnels de la communication pour la Commission européenne

C’est la première fois en 35 ans de prix que la plume d’or – souvent citée comme la distinction la plus ancienne et la plus prestigieuse en communication – a été gagnée pour un travail effectué au nom des institutions européennes…

Le « 2010 Gold Quill Award » attribué à la Direction générale des Affaires économiques et financières (DG ECFIN) pour une campagne sur l’enseignement de l’euro à l’école

Dans la catégorie communication stratégique, le prix de l’Association internationale des professionnels de la communication (AIPC) distingue une campagne – et son agence Gellis :

  • consultation de près de 1500 enseignants, étudier plus de 70 produits éducatifs et se coordonner avec 25 experts pédagogiques avant de formuler des recommandations ;
  • identification de points d’entrée appropriés dans les programmes d’éducation existants pour proposer des outils interactifs et ressources pédagogiques téléchargeables qui offrent aux enseignants la possibilité de choisir en fonction de leurs besoins en salle de classe ;
  • utilisation de réseaux éducatifs existants combinée aux médias sociaux afin de maximiser les budgets limités.
  • documentation à travers un guide étape par étape afin d’intégrer l’opinion d’experts et la rétroaction continue des expériences utilisateurs.

Ce premier prix à plus d’un titre est une excellente nouvelle pour la communication européenne.

Quelles sont les priorités de communication de l’UE en 2010 ?

C’est avec son « programme de travail pour 2010 » nommé pompeusement « Le moment d’agir » que la Commission européenne dévoile les priorités interinstitutionnelles en matière de communication…

Des priorités communes aux institutions européennes en 2010 très proches du programme de travail de la DG COMM

En application de la stratégie « Communiquer sur l’Europe en partenariat », le Groupe interinstitutionnel de l’information (GII) réunissant les communicants des institutions européennes décide que les priorités annuelles communes en matière de communication sont :

  • piloter la relance économique et mobiliser de nouvelles sources de croissance ;
  • agir dans les domaines du climat et de l’énergie ;
  • faire fonctionner le traité de Lisbonne pour les citoyens européens.

Ces priorités se révèlent très proches du programme de travail de la Direction Générale Communication de la Commission européenne pour 2010, qui définit :

  • La relance économique ;
  • L’environnement, le climat et l’énergie ;
  • Une meilleure gouvernance européenne pour les aspects de sécurité intérieure et extérieure qu’apportera le traité de Lisbonne.

La proximité entre les priorités de la DG COMM et les priorités interinstitutionnelles de communication doit-elle être interprétée comme l’absence de marge de manœuvre du GII pour pleinement délibérer en commun ?

Des objectifs de communication modestes ou ambitieux ?

Rangée dans la partie consacrée à « moderniser les instruments et les méthodes de travail de l’UE », la communication de l’UE – une fonction de support – y fait modestement l’objet d’un développement de 8 lignes dans un document d’une dizaine de page.

Assignée à des objectifs (« piloter », « agir », « faire fonctionner »…) très au-delà des catégories classiques d’objectifs de communication (cognitifs – « faire connaître », affectifs « développer l’image » ou conatifs « inciter à changer »), la communication de l’UE – pleinement stratégique – se voit confiée une lourde responsabilité politique.

Entre modestie ou ambition, la lecture du programme de travail pour 2010 de la Commission européenne ne permet pas formellement de trancher, même si la modestie semble de rigueur.

Reste dans le document la définition de la communication européenne : « une condition préalable à remplir pour que les citoyens participent à la vie démocratique de l’Union et soient pleinement conscients des opportunités offertes par les politiques de l’UE ». Vaste programme.