Distinction de l’Association internationale des professionnels de la communication pour la Commission européenne

C’est la première fois en 35 ans de prix que la plume d’or – souvent citée comme la distinction la plus ancienne et la plus prestigieuse en communication – a été gagnée pour un travail effectué au nom des institutions européennes…

Le « 2010 Gold Quill Award » attribué à la Direction générale des Affaires économiques et financières (DG ECFIN) pour une campagne sur l’enseignement de l’euro à l’école

Dans la catégorie communication stratégique, le prix de l’Association internationale des professionnels de la communication (AIPC) distingue une campagne – et son agence Gellis :

  • consultation de près de 1500 enseignants, étudier plus de 70 produits éducatifs et se coordonner avec 25 experts pédagogiques avant de formuler des recommandations ;
  • identification de points d’entrée appropriés dans les programmes d’éducation existants pour proposer des outils interactifs et ressources pédagogiques téléchargeables qui offrent aux enseignants la possibilité de choisir en fonction de leurs besoins en salle de classe ;
  • utilisation de réseaux éducatifs existants combinée aux médias sociaux afin de maximiser les budgets limités.
  • documentation à travers un guide étape par étape afin d’intégrer l’opinion d’experts et la rétroaction continue des expériences utilisateurs.

Ce premier prix à plus d’un titre est une excellente nouvelle pour la communication européenne.

Quelles sont les priorités de communication de l’UE en 2010 ?

C’est avec son « programme de travail pour 2010 » nommé pompeusement « Le moment d’agir » que la Commission européenne dévoile les priorités interinstitutionnelles en matière de communication…

Des priorités communes aux institutions européennes en 2010 très proches du programme de travail de la DG COMM

En application de la stratégie « Communiquer sur l’Europe en partenariat », le Groupe interinstitutionnel de l’information (GII) réunissant les communicants des institutions européennes décide que les priorités annuelles communes en matière de communication sont :

  • piloter la relance économique et mobiliser de nouvelles sources de croissance ;
  • agir dans les domaines du climat et de l’énergie ;
  • faire fonctionner le traité de Lisbonne pour les citoyens européens.

Ces priorités se révèlent très proches du programme de travail de la Direction Générale Communication de la Commission européenne pour 2010, qui définit :

  • La relance économique ;
  • L’environnement, le climat et l’énergie ;
  • Une meilleure gouvernance européenne pour les aspects de sécurité intérieure et extérieure qu’apportera le traité de Lisbonne.

La proximité entre les priorités de la DG COMM et les priorités interinstitutionnelles de communication doit-elle être interprétée comme l’absence de marge de manœuvre du GII pour pleinement délibérer en commun ?

Des objectifs de communication modestes ou ambitieux ?

Rangée dans la partie consacrée à « moderniser les instruments et les méthodes de travail de l’UE », la communication de l’UE – une fonction de support – y fait modestement l’objet d’un développement de 8 lignes dans un document d’une dizaine de page.

Assignée à des objectifs (« piloter », « agir », « faire fonctionner »…) très au-delà des catégories classiques d’objectifs de communication (cognitifs – « faire connaître », affectifs « développer l’image » ou conatifs « inciter à changer »), la communication de l’UE – pleinement stratégique – se voit confiée une lourde responsabilité politique.

Entre modestie ou ambition, la lecture du programme de travail pour 2010 de la Commission européenne ne permet pas formellement de trancher, même si la modestie semble de rigueur.

Reste dans le document la définition de la communication européenne : « une condition préalable à remplir pour que les citoyens participent à la vie démocratique de l’Union et soient pleinement conscients des opportunités offertes par les politiques de l’UE ». Vaste programme.

Quel est l’ADN de la marque UE ?

En vue de véritablement manager la marque UE, il convient de mieux connaître l’ADN de la marque UE. Petite tentative en 3 étapes à partir de la récente étude « La marque France vue par les Français : Radioscopie d’un complexe »…

Étape 1 : identifier les avantages compétitifs et recenser les codes signifiants

D’une part, il n’y a pas de grande marque sans fierté d’appartenance, qui ne peut reposer ni sur l’imitation ni sur l’occultation. Il faut donc identifier les avantages compétitifs de la marque, notamment à travers une enquête d’opinion sur les points forts et les points faibles.

Pour l’UE, les critiques n’ont jamais été aussi bien décrites que dans le rapport Herbillon « La fracture européenne – Après le référendum du 29 mai 2005 : 40 propositions concrètes pour mieux informer les français sur l’Europe » :

  • Pour les citoyens, « l’Europe, c’est compliqué et loin »
  • Pour les élus, « l’Europe ne fait l’élection »
  • Pour les médias, « l’Europe ne fait pas vendre »

Plus largement, les enjeux de la marque UE peuvent se résumer à :

  • L’Europe, une nécessité économique, voire même une fatalité ?
  • L’Europe, un bouclier culturel, voire même un contre-modèle ?
  • L’Europe, une perte d’identité, voire même une menace technocratique ?
  • L’Europe, une valeur d’usage et d’échange pour le voyageur-consommateur ?

D’autre part, il n’y pas de grande marque sans des codes puissants. Il faut donc recenser la diversité des signes de la marque, notamment à travers une veille.

Pour l’UE, les symboles – pourtant retirés du texte du traité de Lisbonne – sont pour la plupart connus et reconnus :

  • Le drapeau, représentant un cercle de 12 étoiles d’or sur fond bleu ;
  • La devise, « unie dans la diversité » ;
  • L’hymne, tiré de l' »Ode à la joie » de la Neuvième symphonie de Beethoven ;
  • La Journée de l’Europe, le 9 mai ;
  • L’euro, la monnaie commune…

Étape 2 : formuler et expliciter les fondamentaux de la marque = la plateforme de marque

La plateforme de marque précise :

  • Vision : comment la marque voit le monde qui l’entoure et les grands enjeux aujourd’hui et demain ?
  • Mission : quel est le rôle que la marque se donne pour incarner cette vision ?
  • Ambition : quel est le projet associé à cette mission ?
  • Valeurs : quel est ce sur quoi la marque ne transigera pas ?

Pour l’UE – à ce stade de la réflexion – nous n’en sommes qu’à des conjectures :

  • Vision « française » d’un monde multipolaire ou « anglo-saxonne » d’un marché mondialisé ?
  • Mission régulatrice faite d’harmonisation intérieure et de pacification internationale ?
  • Ambition : une Europe puissance ou une Europe marché, grande Suisse libre-échangiste et pacifiste ou une Europe concrète, intervenant dans la vie quotidienne des citoyens ?
  • Valeurs : aucune valeur en propre mais les valeurs de l’humanité : la paix, les droits de l’homme…

Étape 3 : codifier et créer un territoire de communication non préempté = le concept créatif

Inspirer la création : faire rayonner la marque avec ses symboles (charte graphique : couleurs, images, signes, typographies…) Dynamiser l’expression : raconter la marque avec ses messages clés (charte de langage, plan éditorial…)

Pour l’UE – à ce stade – les chartes de communication sont encore trop différentes entre les différents émetteurs européens, nationaux ou locaux.

Ainsi, un travail approfondi sur l’ADN de la marque UE serait particulièrement utile pour mieux communiquer sur l’UE.

Pour une communication européenne par le jeu

Parce que le jeu est considéré par certains comme l’avenir de la communication, notamment pour ses qualités ludiques et pédagogiques permettant de sensibiliser des publics par des expériences amusantes et séduisantes ; la communication européenne devrait se saisir des nouvelles façons de jouer…

Le casual game – jeu solitaire, rapide, simple et portatif – pour sensibiliser à l’existence de l’UE

Parce qu’il n’y a pas que les « jeux de société » pour toucher les « 7 à 77 ans », le casual game cherche à toucher tout type de joueurs qui ne se considèrent pas comme des « gamers » à part entière, de tout âge et de tout profil avec des mécaniques extrêmement simples de jeux souvent très courts sur ordinateur ou téléphone portable qui se jouent dans n’importe quel endroit (chez soi, dans les transports en commun, au bureau).

Un casual game, sous la forme d’une application sur smart phone, lié à l’UE permettrait d’installer l’existence de l’UE dans le cadre d’une activité de divertissement au cœur de la vie quotidienne.

Le serious game – jeu en équipe éducatif et pédagogique de simulation – pour contribuer à l’acquisition de connaissances ou de compétences relatives à l’UE

Parce qu’il n’y a pas que les « jeux vidéos » pour toucher les jeunes, le serious game cherche à toucher des joueurs en leur faisant endosser des rôles en équipe dans le cadre d’une simulation grandeur nature, qui rend attrayante la dimension sérieuse par une forme et des règles et éventuellement des objectifs et des interactions ludiques.

Un « live serious game » lié au fonctionnement de l’UE tels qu’Eurechos, la simulation d’un Conseil européen organisée par les associations Nouvelle Europe, Franchement Europe et l’Association du Master Affaires européennes de Sciences po (AMAE) correspond à cette démarche.

L’Alternate Reality Game (ARG) – aventures et fictions interactives et ludiques – pour raconter l’histoire et le projet de l’UE

Il y a une forme de jeu nouvelle qui se vit autant qu’elle se joue, l’ARG, un jeu dans lequel les créateurs dissimulent des indices un peu partout sur la toile et dans la vraie vie, souvent augmentée par des technologies issues des mobiles et des objets intelligents.

Selon l’article Wikipédia : l’Alternate Reality Game – illustré par le film The Game de David Fincher – est décrit comme :

  • une chasse au trésor en grandeur nature sous la forme d’un jeu de piste qui se mêle très vite dans la vie quotidienne, impliquant le déroulement interactif d’une histoire et l’utilisation du web ;
  • une fiction immersive qui entretient de manière délibérée le flou entre les expériences perçues lors du jeu et hors du jeu.

Un ARG pour l’UE serait une nouvelle manière d’intéresser et de scénariser le « gameplay » autour de l’histoire et du projet européen pour en faire une expérience interactive, ludique et amusante sur la base d’une communication à 360° qui peut très bien être utilisé pour renouveler les jeux concours, à la mode dans les institutions européennes.

Ainsi, les jeux – casual game, serious game ou alternate reality game pour ne prendre que les plus innovants – seraient autant de puissants outils de communication sur l’UE que l’essor des nouvelles technologies devraient permettre de voir se développer.

Comment communiquer sur la politique régionale de l’UE et l’intervention des fonds structurels dans les régions ?

Méconnue, la politique régionale de l’UE est pourtant considérable avec plus d’un tiers du budget communautaire, le deuxième poste de dépenses de l’Union, après la Politique agricole commune. Pour se donner une idée grâce à la carte interactive des bénéficiaires des Fonds européens, en France, au 15 mars 2010, 36 790 projets reçoivent un soutien de l’UE, pour un montant total de 16 315 916 300 euros…

Une politique régionale de l’UE pour réduire les écarts de développement entre les Régions européennes sur 2007-2013

Objectifs :

  • Compétitivité régionale et emploi : renforcer la compétitivité et l’attractivité des régions ainsi que l’emploi (72% du budget, concerne les régions métropolitaines) ;
  • Convergence : aider les régions en retard de développement (22% du budget, concerne les régions et départements d’outre-mer : Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion) ;
  • Coopération territoriale européenne : promouvoir un développement harmonieux et équilibré de l’Union (6% du budget).

Les Fonds structurels :

  • FEDER, Fond européen de développement régional : finance les infrastructures, le développement des PME, les actions pour l’éducation, la santé, la recherche, dans les régions les plus défavorisées ;
  • FSE, Fond social européen : finance la formation professionnelle, l’aide à l’emploi et l’insertion.

Une stratégie de communication interministérielle en France sur les projets financés par les fonds européens

Pour la première fois, un plan interministériel est mis en œuvre pour la communication sur les fonds européens.

Objectifs fixés sur 2007-2013 :

  • mobiliser les responsables régionaux « communication Europe » dans les régions ;
  • transmettre une information claire et accessible aux relais d’opinion (élus, partenaires sociaux, co-financeurs, journalistes…) ;
  • convaincre le grand public de l’importance de l’intervention de l’UE en matière de cohésion économique et sociale et de développement rural ;
  • évaluer.

Actions réalisées sur 2007-2009 :

  • Formation dispensée par le Centre de formation et de perfectionnement des journalistes aux responsables régionaux « communication Europe » ;
  • Réalisation d’une charte graphique « l’Europe s’engage » avec un même logo pour l’ensemble des fonds et des programmes, partout en France ;
  • Campagne audiovisuelle grand public « J’avance avec l’Europe » (avecleurope.fr) : diffusion de 13 films de 45’ en 60 diffusions sur TF1 et M6, du 27 Octobre au 30 Novembre 2008.

Quid des actions sur 2010-2013 ?

Alors que la communication sur le FEDER en France semble suspendue pendant le scrutin régional – le site www.projetsdeurope.gouv.fr (archivé) nécessitant une refonte ; la communication sur le FSE en France semble poursuivie avec un nouveau site : www.fse.gouv.fr.

Sur la base d’une évaluation spécifique à la communication du FSE réalisée en 2009, “l’enseignement général est que la conception et la mise en oeuvre du plan de communication sur 2007-2009 a privilégié une approche large qui ne hiérarchise pas suffisamment les priorités d’intervention”.

3 objectifs seraient fixés pour le nouveau plan de communication pour 2010-2013 :

  • Animer, mettre en réseau et professionnaliser le réseau de gestionnaires, afin de favoriser une approche informelle et un échange de pratiques ;
  • Outiller sur le fond et sur la forme, notamment favoriser l’échange des outils de communication au sein du réseau de communication et concevoir des supports personnalisables ;
  • Renforcer la valorisation du Fond avec une communication « par projet / témoignage » plus concrète et accessible au « grand public.

Néanmoins, comme le souligne le dernier numéro paru en février 2010 « Communiquer sur la politique régionale de l’UE » du magazine trimestriel des acteurs du développement régional (édité par la DG Regio) – Panorama inforegio – « la politique régionale de l’UE est un domaine politique clé, qui ne reçoit pas toujours la reconnaissance et la visibilité qu’il mérite ».