Moment historique de l’Union européenne : le tournant civilisationnel, géopolitique et démocratique européen

Aux Rencontres économiques d’Aix, lors de la table ronde « L’Europe face au monde », Guillaume Klossa, Civico Europa dessine les contours du moment européen…

Une remarquable résilience du projet européen

Depuis 2002, l’Union européenne a traversé une dizaine de crises, qui a permis de progresser, surement pas de manière linéaire, tandis que l’Union soviétique a connu une grande crise à la fin des années 1980 et s’est effondrée et que les États-Unis traversent une grande crise sociétale qui fragilisent les fondations de leur système et montrent ses limites. Malgré tous ses défauts, le système européen est extrêmement flexible et intelligent.

Sur la vision progressive du projet européen :

  • La naissance du projet européen, c’est pendant la guerre, c’est l’embryon ;
  • L’enfance pendant les années 1950 avec les traités fondateurs, comme le traité de Rome de 1951 sur les droits fondamentaux, puis la CECA et la CEE et le traité de l’OTAN en 1949 parce quand on est dans l’enfance, on a besoin de protection, en l’occurrence américaine ;
  • L’adolescence arrive avec la chute du Mur de Berlin et la chute de l’Union soviétique et le traité de Maastricht, à l’adolescence, c’est la période des crises où on se constitue et on fait société avec soi-même.
  • On rentre dans l’âge adulte, quand on a appris des règles, mais on sait aussi aller au-delà des règles et on est responsable de sa propre action. On est dans ce moment où les Européens savent qu’ils ont besoin d’un cadre de règles, mais qu’il est insuffisant, ils doivent apprendre à réagir et à agir, à anticiper et à forger, c’est à ce moment particulier de la construction européenne où on se trouve.

Le tournant civilisationnel, géopolitique et démocratique européen

Il y a un tournant civilisationnel, les Européens, ensemble, avec la crise ukrainienne, perçoivent que c’est leur identité qui est en cause. C’est le propos de Zelinsky devant le Parlement européen : « vous, Européens, êtes porteur d’une civilisation d’avenir fondée sur des principes forts et singuliers : la dignité de la personne humaine ; on remplace la force par le droit, la guerre intermittente par la paix perpétuelle ; on a des principes de vie, d’action, de respect de l’égalité homme-femme, d’égalité entre États, de coopération avec un droit commun, une vision des rapport au monde structurante des politiques en faisant l’apprentissage des limites : de la souveraineté, de l’environnement, de la science, tout çà devant être au service de l’homme.

C’est ce modèle-là qui est en cause aujourd’hui et qui est au cœur d’une grande guerre de récits chinois, américain, indien, russe. Le sujet pour nous, Européens, est de savoir si nous sommes capables d’avoir notre propre récit. Un récit accompagne une grande politique. Aujourd’hui, on a besoin d’une grande politique européenne.

Sur les marqueurs des politiques européennes, quand on fait le « Green Deal », on est à l’avent garde d’une vision écologique du monde, c’est un marqueur. Quand on fait la régulation des GAFAM avec les directives DMA et DSA, on met les technologies au service de l’homme et ça, c’est un marqueur civilisationnel. Quand on a l’accord sur l’obligation d’un service minimum dans chaque État-membre, on met le social au cœur du système, c’est un autre marqueur.

Sur le tournant géopolitique, c’est non seulement la défense, mais c’est l’énergie, c’est aussi la capacité de mettre fin au Brexit en annonçant que l’Ukraine est candidate, on dit au monde que nous ne sommes plus dans une dynamique de déclin géographique mais on se projette à nouveau dans le monde, c’est un message très important du point de vue symbolique. Quand on discute d’une communauté politique européenne, pour pouvoir faire communauté avec ceux qui nous entourent, pour pouvoir produire ensemble de la sécurité, de l’énergie, de l’intelligence collective, de la mobilité et gérer collectivement nos grands problèmes, on fait preuve d’une vision du monde qui est positive et qui se déploie.

Le dernier tournant est démocratique. La conférence sur l’avenir de l’Europe a montré en fait que 1 000 citoyens tirés au sort et travaillant pendant 1 an font l’expérience d’une vraie citoyenneté européenne mais surtout voient que l’Union doit se transformer dans une véritable démocratie européenne ce qui suppose une révision des traités pour s’adapter à une nouvelle donne économique, sociale, technologique, mondiale. Ces évolutions doivent se faire avec urgence.

C’est le moment pour l’Europe d’accélérer pour prendre les devants et ne pas subir le monde !

Le Joli mois de l’Europe en France

Lancé en 2010, le joli mois de l’Europe en France est devenu un dispositif national commun et mutualisé de communication sur l’Europe dans le cadre de la Fête de l’Europe fêtée officiellement aujourd’hui, avec un dispositif tout au long du mois de mai comprenant un label attribué à des événements célébrant l’Europe : concours photo, expositions, conférence-débats, concerts…

#EYY2022 : 2022, année européenne de la jeunesse

A l’échelle de l’UE, l’Année européenne de la jeunesse vise à mettre en lumière l’importance de la jeunesse européenne pour construire un avenir meilleur : plus écologique, plus inclusif et plus numérique.

Moment idéal pour avancer avec confiance et espoir, les jeunesses peuvent saisir de nombreuses possibilités d’apprendre, de partager leurs visions, de rencontrer d’autres personnes et de participer à des activités dans toute l’Europe.

#JMEurope : en France, le joli mois de l’Europe

Afin de donner davantage de retentissement à la journée de l’Europe du 9 mai, esseulée entre d’autres temps forts calendaires, les dimensions informatives, festives et commémoratives sont au cœur de la démarche de communication commune sur l’Europe.

Avec un site dédié, et des centaines de manifestations référencées partout en France tout au long du mois, le 10e anniversaire du joli mois de l’Europe aurait pu être davantage célébré, entre la présidence semestrielle du Conseil de l’UE par la France, l’Année européenne de la jeunesse et les conclusions prochaines de la Conférence sur l’avenir de l’Europe.

De nombreuses idées créatives sont à noter, notamment des jeux-concours, mais aussi un escape game pédagogique à Bordeaux autour de l’Europe et des valeurs « inclusion – empathie – respect » ou encore d’un jeu de piste à Lyon sur les traces de l’Europe.

#CoFEU : consultation française « Parole aux Jeunes »

Avec 50 008 participants, 2 918 propositions et 338 330 votes, la consultation « Parole aux jeunes » pour la contribution de la France à la Conférence sur l’avenir de l’Europe est intéressante à rappeler autour de quelques enseignements :

  • Les consensus les plus importants concernent les politiques européennes de lutte contre le changement climatique, la relocalisation des productions en Europe, la revitalisation de la démocratie européenne, le poids de l’UE dans le monde (économie, recherche, droits humains, diplomatie) ;
  • L’idée d’une Europe plus puissante et unie fait consensus si c’est une Europe : plus forte économiquement (notamment grâce à la relocalisation) pour faire face à la Chine ou aux États-Unis, diplomatique qui pèse davantage sur la scène internationale ; leader de la lutte contre le changement climatique dans le monde, rassemblée par sa jeunesse et unie dans la recherche et l’innovation.

Au total, le dispositif du joli mois de mai de l’Europe devrait profiter d’une certaine accalmie sur le front de la pandémie pour davantage d’événements et d’une éventuelle mobilisation civique encadrée par les élections présidentielle et législatives.

Impressions de campagne : de la place de l’Europe dans le monde et de la France dans l’Europe

Face aux événements internationaux (Brexit, pandémie, guerre en Ukraine, climat…), la campagne présidentielle s’est déroulée sous un prisme nouveau qui aura fait bouger les clivages sur l’Europe au point peut-être de considérer les enjeux européens comme centraux dans les votes des électeurs face aux positions des candidats lors du scrutin présidentiel…

L’Europe dans le monde : le poids des idéologies et le choc des réalités

Somme toute, impossible d’ignorer, même avec des lunettes très idéologiques, l’ampleur des défis à l’échelle globale qui repositionne l’Europe dans le monde comme une entité avec laquelle il faut compter : défense et sécurité, climat et transition énergétique, migrations, État de droit, etc.

Pour Christian Lequesne, dans « L’Europe puissance, enjeu de la campagne présidentielle », « les Français se demandent si la puissance européenne est ou n’est pas la condition d(u) sauvetage » de la France. C’est effectivement, la question qui est posée à tous les électeurs à laquelle les candidats apportent des réponses différentes, mais qui ne peuvent faire fi de la place réelle ou fantasmée de l’Europe face aux problématiques contemporaines.

Avec enthousiasme, résignation ou cynisme, les positions des candidats à l’élection présidentielle sur les questions européennes auront été impactées et auront influencés les votes d’une manière sans doute inédite pour la reine des élections, en raison de l’importance croissante des attentes et des réponses de l’Europe dans le concert des puissances.

La France dans l’Europe : la souveraineté de la France renforcée par l’UE ou malgré l’UE à contester de l’intérieur

Après les visions schématiques et bien trop simplistes entre européistes « pour l’Europe » ou europhobes « contre l’Europe » lors de la précédente élection présidentielle, le fait majeur de la campagne en 2022, c’est que nous n’avons plus de candidats europhobes qui plaident la sortie pure et simple de l’UE, ce n’est simplement plus à l’ordre du jour puisque même les plus critiques feignent de vouloir rester dans la famille européenne.

Pour Sylvain Kahn, dans « Élection présidentielle : deux conceptions de la souveraineté s’affrontent », « entre 2017 et 2022, une bifurcation a donc eu lieu. Alors que plus personne ne conteste l’existence de l’Union européenne et de l’existence de l’Europe comme société et comme société politique, en 2022 la campagne du premier tour oppose deux conceptions de la souveraineté ».

Le choix pour notre avenir repose soit sur la mutualisation de la souveraineté entre États-nations au sein de l’UE pour que l’union fasse la force, soit que la souveraineté se réduise « à proportion du rapetissement de la supranationalité et de la marginalisation des institutions qui l’agissent ». La fin de l’illusion d’une souveraineté renforcée par sa division entre Européens est sans doute un acquis, reportant les controverses autour des contestations de l’intérieur de l’UE sur l’élaboration d’une souveraineté européenne protégeant et renforçant les souverainetés nationales indispensables.

Vers une politique française plus européenne : convergences consensuelles et artificielles

Outre le consensus électoral au moins de façade d’une appartenance de principe de la France à l’UE pour les candidats, d’autres sujets européens autour de ses politiques sont apparus plus rassembleurs, ce qui est là encore assez nouveau :

Pour Yves Bertoncini, dans « Les candidats-présidents et « l’Europe » : une convergence en trompe l’œil ? », quatre champs d’interventions de l’UE sont plus ou moins largement approuvés par les candidats :

  1. Soutien massif à l’interventionnisme de l’Europe économique, financière et environnementale autour notamment de la vaccination et du plan de relance #NextGenerationEU ;
  2. Soutien majeur à un logiciel européen en matière de politiques économiques plus industriel ;
  3. Soutien majoritaire à une ouverture commerciale désormais tempérée, notamment autour du consensus pour une taxe carbone aux frontières ;
  4. Soutien moins ardent pour le « pacte vert européen » au moins dans ses principes, sinon dans ses modalités.

En somme, puisque l’UE est devenue plus française et les Français plus européens, « l’Europe de Bruxelles » divise moins les candidats en ce printemps 2022, même si les chantiers européens ne manquent pas pour le prochain élu.

Communication de la Commission européenne : le programme de travail en 2022

Avec pour mission de renforcer les liens entre les citoyens et les institutions qui les servent, de réduire l’écart entre les attentes et la réalité et de communiquer sur ce que fait l’Europe, la DG Communication se voit confier un vaste programme de travail pour l’année

Services de communication exécutive et corporate : 47 506 000 €

Deux lignes directrices animent la première mission de la DG COMM :

  • Une meilleure conceptualisation des politiques de l’UE : la communication fournit intelligences politique et économique et analyses spécifiques à chaque pays ;
  • Une meilleure image pour la Commission et l’UE : la communication assure la cohérence des messages autour des priorités politiques associée à une image de marque visuelle distinctive.

1. Le portail web Europa : le contenu politique des sites web de la Commission (par exemple, le Collège, les priorités, les actualités) et du site web interinstitutionnel de l’UE.

2. Les Eurobaromètres : les enquêtes génériques ou ad hoc portant sur des thèmes spécifiques et/ou des groupes cibles spécifiques, ainsi que des études qualitatives. Des synergies sont systématiquement recherchées par le biais d’une programmation annuelle avec d’autres directions générales et une coordination avec le Parlement européen.

3. Les studios de télévision et Europe by Satellite : des services audiovisuels, y compris la production d’actualités et de programmes audiovisuels et de clips vidéo pour les médias sociaux (YouTube, Facebook, Twitter, LinkedIn, Instagram).

4. La médiathèque et la production audiovisuelles : actualités vidéo (reportage en direct et en différé, actualité montée), principalement destinée à l’usage des médias ; production multimédia grand public ; événements d’information et soutien technique aux journalistes ; couverture vidéo et photo de l’actualité de l’UE.

5. Veille médiatique et analyse des médias : feedback continu sur la couverture médiatique de la Commission et de l’UE dans tous les États membres ; analyse quantitative et qualitative des médias sur l’impact médiatique des politiques prioritaires de la Commission dans les États membres, couvrant tous les types de médias (presse écrite, médias en ligne, médias audiovisuels et médias sociaux).

6. Abonnements à des sources d’information telles que agences de presse et fournisseurs d’informations.

7. Soutien à la communication, y compris conception graphique, concepts visuels, infographies, visualisations de données, contenus animés et interactifs.

8. Médias sociaux pour la gestion des comptes centraux et locaux : planification éditoriale ; animation communautaire ; surveillance et analyse des données ; alertes en direct lors de moments politiques clés ; soutien au réseau de community managers ; campagnes de communication, y compris l’achat médias.

Représentations de la Commission : 26 026 000 €

Produits et services de communication conçus pour informer et dialoguer avec les citoyens, par le biais de messages simples, clairs et compréhensibles, soit via une combinaison de canaux et de médias, soit directement avec les citoyens et en stimulant les échanges et l’engagement en face à face :

1. Communication :

  • Liens avec les autorités nationales, régionales et locales, les médias et les parties prenantes, et les citoyens en général ;
  • Appui à la préparation, à la conduite et au suivi des visites formelles ou informelles dans les États membres ;
  • Analyses et rapports approfondis, sur les principaux problèmes politiques, économiques et liés à la communication selon les sensibilités de communication nationales et locales.

2. Rayonnement local et coopération entre les représentations et les bureaux de liaison du Parlement européen, sous la marque « Maisons de l’Europe ».

3. Les activités de soutien local couvrant la formation et le soutien des centres Europe Direct, des centres européens de documentation (CED) et du réseau Team EUROPE DIRECT.

4. Information des journalistes : organisation d’événements d’information, visites des institutions et organes de l’UE, studios de la Commission et soutien technique des journalistes, information, points presse et bulletins d’informations.

Services de communication aux citoyens : 17 504 000

Informer et dialoguer avec les citoyens par le biais de messages simples, clairs et compréhensibles pour aider les citoyens à accéder à des informations actualisées et conviviales sur les politiques et les valeurs de l’UE, en les incitant à s’engager directement :

1. Réseaux – gestion et soutien : centres EUROPE DIRECT, centres européens de documentation et réseau EUROPE DIRECT.

2. Services d’information : exploitation et développement du centre de contact Europe Direct, qui fournit des services gratuits d’information générale multilingue sur les questions européennes.

3. Dialogues citoyens, axés sur les panels de citoyens de l’UE, la plate-forme et les événements autour de la conférence sur l’avenir de l’Europe.

4. Centre des visiteurs : activités liées au centre d’information Experience Europe au Rond-Point Schuman à Bruxelles et Europa Experiences dans 5 États membres où ces espaces d’exposition interactifs existent actuellement, ainsi qu’à Paris et Rome, où Europa Experiences devrait ouvrir en 2022.

5. Rapport général et publications : production, diffusion et promotion de publications et de supports de communication en ligne et hors ligne pour les citoyens qui expliquent ce qu’est l’Union européenne, ce qu’elle fait, quelles sont ses priorités actuelles et comment elles affectent positivement la vie des citoyens.

Politique d’information et communication stratégique pour l’action extérieure : 2 795 000 €

Contributions de la politique étrangère et de sécurité commune, des relations extérieures, de la coopération et des partenariats internationaux, de la politique européenne de voisinage, de l’élargissement, de la prévention des conflits et des politiques/programmes humanitaires ; l’objectif général est de montrer la valeur ajoutée du soutien de l’UE dans différents domaines de la vie des personnes.

En 2022, la campagne NextGenEU continuera d’informer sur les efforts de l’UE dans la reprise de la crise mondiale du coronavirus, tant du point de vue de la santé publique que du point de vue économique. La campagne expliquera également le rôle moteur de l’Europe dans la lutte contre l’urgence climatique planétaire autour de l’objectif zéro carbone 2050, le Green Deal et les politiques environnementales connexes qui sont d’intérêt européen et mondial, par exemple dans le domaine de la biodiversité. La campagne NextGenEU s’adressera en particulier aux jeunes, d’autant plus que 2022 sera l’Année européenne de la jeunesse.

Ukraine : de l’extension du domaine européen

Entre le choc des événements autour de l’invasion de l’Ukraine par Poutine, le poids des émotions de la sidération, l’angoisse et la colère ainsi que le film des différentes décisions, sans oublier les scénarios d’avenir, nous voyons la marche de l’histoire. Grâce à la technique de l’agenda-framing qui vise en communication à comprendre les effets de cadrage, quels sont les principaux cadres anciens et nouveaux pour tenter une première lecture à chaud ?

Attractivité extra-UE où quand nous sommes dépassées par le mouvement ancien pro-européen

Appréciée de seuls ceux qui s’y intéressent, la capacité de l’Union européenne a attiré nous a semblé toujours, à nous « Européens de l’intérieur » très surprenant tant de la part des autres continentaux qui jettent un regard globalement bienveillant sur les promesses de l’Europe que surtout de la part des « Européens de l’extérieur », qui aspirent au-delà de la raison pure avec enthousiasme et passion à rejoindre la famille européenne.

Cette attractivité extra-UE de l’Europe, bien entendu de la part des Ukrainiens en particulier, est au cœur d’un premier cadre de compréhension pour dénouer le fils de la suite des événements. Sans une mobilisation populaire forte et continue depuis quelques années, les tensions ne se seraient pas manifestées avec la même intensité.

Réactivité de l’UE où quand nous avons accéléré grâce à la nouvelle fabrique de l’Europe

Décryptée de plus en plus largement par les experts européens, la capacité de l’Union européenne à prendre des décisions d’ampleur face à des défis inédits est au cœur de la dernière décennie d’apprentissage dans la douleur des crises : euro, migrants, Brexit, covid…

Ce logiciel intra-UE de la nouvelle fabrique de l’Europe, illustré avec éclat avec le plan de résilience #NextGenerationEU d’investissement post-pandémie, a permis à la machine européenne de se mettre en branle avec rapidité et efficacité pour réagir, prendre des mesures d’urgence, diverses sanctions. Sans l’enchaînement impopulaire des résolutions de crise – que Luuk van Middelaar analyse du « Passage à l’Europe » jusqu’à « Quand l’Europe improvise » et qui constitue notre 2e cadre d’interprétation – les décisions inédites et importantes n’auraient pas été prises avec la même réactivité.

Solidarité des opinions publiques européennes où quand nous partageons un sentiment d’appartenance commun

Manifesté dans la plupart des capitales européennes, le soutien aux Ukrainiens cristallise plusieurs réactions, en priorité à destination directe des Ukrainiens pour les défendre et partager leur combat mais aussi mezzo voce à destination des décideurs nationaux pour les pousser à la mobilisation et aux solutions pour résorber le conflit. Le rôle éminent du président Volodymyr Zelinski, dont la communication est exemplaire, contribue à galvaniser son peuple et à rendre sa fierté à l’Europe toute entière.

Ce moment européen, certains parlent même d’un printemps européen, comme il y avait eu un printemps arable, correspond à un phénomène de cristallisation des opinions publiques européennes qui exprime un sentiment d’appartenance peut-être pour la première fois dans sa dimension et son intensité à une même communauté et qui partage en même temps et de manière très consensuelle un nouveau cadre d’interprétation, le 3e, de la réalité.

Souveraineté européenne où quand nous détenons notre destin entre nos mains

Discutée à l’occasion du Conseil européen, réunissant les chefs d’État et de gouvernement à Versailles, sous présidence semestrielle française du Conseil de l’UE, la capacité de l’Union européenne à prendre en main son destin ne pourra se faire sans parvenir à maintenir la cohésion et l’aspiration à approfondir les modalités nécessaires d’une construction européenne confrontée à des défis vitaux.

Cette scène européenne pourrait symboliser – il s’agit là du dernier cadre d’interprétation –  les fonds baptismaux d’initiatives historiques tant dans l’élargissement de l’Europe vers l’Ukraine, la Géorgie et la Moldavie. Un premier débat indispensable, mené dans l’urgence, sur le destin des frontières de l’ensemble européen, de sa place géographique donc historique dans le monde ; même si les perspectives d’adhésion ne peuvent pas être immédiates. Un second débat s’articule évidemment autour des capacités autour d’une Europe plus souveraine, grâce à sa politique d’auto-défense, sa politique d’indépendance énergétique, sa politique climatique et technologique pour protéger les biens publics européens à transmettre aux prochaines générations.

Au total, l’agression contre les Ukrainiens est un électrochoc pour les Européens qui vont devoir s’exercer à la fabrique de l’Europe forgée par la volonté politique et le sang-froid.