Comment mesurer et évaluer les résultats de la PFUE ?

Afin de porter un jugement équilibré sur les 6 mois de la Présidence française de l’UE, l’Institut Thomas More propose une démarche de notation des propositions avec un Baromètre de la PFUE

Sélectionner les propositions principales

Afin de déterminer le succès ou l’échec de la PFUE, il faut s’accorder sur les objectifs de la PFUE. L’Institut Thomas More a sélectionné 12 propositions principales selon leur importance pour la construction européenne et leur visibilité, soit dans le discours de Nicolas Sarkozy, soit dans l’agenda politique européen.

Parmi les enjeux :

  • les 4 priorités de la PFUE (énergie-climat, immigration-asile, PAC et défense) ;
  • la résolution de la crise institutionnelle ;
  • la sécurité énergétique de l’UE ;
  • le projet de l’Union pour la Méditerranée ;
  • la compétitivité de l’économie européenne et l’espace européen de la recherche.

Déterminer la notation

Pour chaque proposition, il convient d’évaluer précisément les performances réalisées. L’Institut Thomas More a décomposé la notation sur 10 points en 2 évaluations de 5 points chacune :

L’évaluation du résultat : analyse de l’état d’avancement des 12 propositions principales selon les critères suivants :

  • 0 > Proposition non abordée
  • 1 > Proposition bloquée
  • 2 > Proposition en débat
  • 3 > Proposition en cours de réalisation
  • 4 > Proposition altérée ou partiellement réalisée
  • 5 > Proposition réalisée

L’évaluation de la démarche : analyse de la capacité à « faire vivre le débat avec les partenaires européens et à atteindre le consensus »

  • 0 > Démarche inactive
  • 1 > Démarche franco-française
  • 2 > Démarche suiviste
  • 3 > Démarche ouverte
  • 4 > Démarche entreprenante
  • 5 > Démarche énergique

Un éclairage, tiré de la presse européenne, sur la façon dont la PFUE est perçue chez ses partenaires européens accompagne le suivi des thèmes majeurs du baromètre de la PFUE.

Discours de Nicolas Sarkozy au Parlement européen

Le président de la République s’est rendu au Parlement européen afin de présenter aux eurodéputés le programme de la présidence française de l’Union européenne.

Le discours de la méthode

Confirmant son propos tenu sur France 3 lors de l’inauguration de la PFUE, Nicolas Sarkozy souhaite placer la PFUE sous le signe de la protection des Européens : « Nous devons rassurer des citoyens inquiets … nous devons donner l’image d’une Europe qui refuse l’immobilisme … donner le sentiment d’une Europe qui travaille pour tout le monde ». Autant d’indications sur les futures communication sur la PFUE.

La dimension sociale de la PFUE

Confirmant une tribune dans le Figaro de membres du gouvernement « Pour une Europe concrète et plus sociale » et alors que l’Europe sociale ne figure pas parmi les quatre priorités de la PFUE, contrairement à la précédente présidence française de 2000, le chef de l’État français à assuré les eurodéputés que « la présidence française en fera une priorité », même si – d’après l’AFP – il n’a abordé ce thème qu’après avoir cité ses quatre principaux objectifs (énergie/climat, immigration/asile, défense et agriculture).

Les réactions

La plupart des députés ont soutenu les priorités de la présidence française mais nombre d’entre eux ont critiqué son manque d’ambition sur le plan social et son attitude à l’égard de la Chine.

Lancement officiel de la PFUE

Aujourd’hui, 1er juillet 2008, la France prend pour 6 mois la présidence du Conseil de l’UE. Quelles sont les missions d’une présidence ? Quelles sont les priorités de la présidence française ? Quelles sont les enjeux de communication ?

Les missions institutionnelles de la PFUE

Le pays exerçant la présidence de l’UE se voit confier quatre grandes missions :

  • organiser les travaux du Conseil : réunions des ministres au sein des 9 formations thématiques du Conseil de l’UE et deux Conseils européens avec les chefs d’Etat et de gouvernement. Dans les faits, la présidence de l’UE consiste essentiellement en des actes de médiation, de conciliation.
  • constituer une force d’impulsion : « lancer de nouvelles pistes d’action pour l’Europe et surtout à construire des compromis permettant d’aller de l’avant » comme l’explique Jean-Luc Sauron… dans le respect de l’agenda législatif fixé par la Commission européenne et de la troïka des présidences précédente et suivante.
  • représenter le Conseil et l’UE au sein des organisations et conférences internationales ;
  • assurer l’information du Parlement européen : présentation d’un programme au début et d’un rapport final.

Les priorités politiques de la PFUE

Entre les deux principales priorités envisageables consistant soit à résoudre la crise institutionnelle soit à obtenir des actions concrètes, les autorités françaises semblent favoriser les « décisions » :

  • développement durable et énergie : renforcer l’indépendance énergétique et sécuriser l’approvisionnement énergétique de l’UE ;
  • pacte européen sur l’immigration et l’asile : renoncer aux régularisations massives et organiser de concert une immigration choisie ;
  • relance de l’Europe de la défense ;
  • bilan de santé et avenir de la politique agricole commune : assurer l’indépendance et la sécurité alimentaire de l’Europe, contribuer aux équilibres alimentaires mondiaux et préserver les territoires ruraux et l’environnement.

Les enjeux stratégiques de la communication de la PFUE

Face à la défiance des citoyens européens à l’égard d’une construction européenne jugée comme éloignée de leurs préoccupations quotidiennes, la communication autour de la PFUE revêt une importance capitale :

  • Informer les citoyens sur les décisions de la PFUE : la communication européenne doit en premier lieu s’attacher à remplir une mission d’information sur l’actualité de la PFUE à travers de l’information en direct, non commentée, en particulier via le satellite ou le web et des éléments de langage précis et complets transmis par des relations presse paneuropéennes.
  • Valoriser les avancées et les succès de la PFUE dans la vie quotidienne des Européens : la communication européenne doit multiplier les points de contacts entre l’UE et les Européens par l’intermédiaire de multiples acteurs (publics ou privés, nationaux ou communautaires) et de multiples manifestations (événements officiels, dialogues réels ou virtuels).
  • Politiser l’espace européen : la communication européenne doit s’inscrire dans les controverses partisanes classiques (débat parlementaire entre majorité et opposition) afin de mobiliser les acteurs politiques et de renforcer la médiatisation.

Les registres de la fracture européenne sous l’angle de la communication

Décryptée pour la 1ère fois dans le rapport Herbillon en 2005, la fracture européenne peut être analysée de plusieurs manières…

La fracture européenne, comme déficit d’information et de communication

Partant d’un constat d’échec des politiques de communication sur l’Europe (peu impactantes, trop dispersées…) et d’une défaillance des médiateurs naturels, le rapport de Michel Herbillon analyse la fracture européenne comme un double déficit d’information des citoyens et de communication des gouvernements conduisant à un déficit d’intégration de la France dans l’Union européenne.

Afin de réduire ce déficit d’information et de communication, des investissements massifs doivent être réalisés afin de faire entrer l’Europe dans les écoles, via des programmes pédagogiques ; dans l’administration, via des formations ; dans les médias, via des émissions TV/radio et des publications web…

La fracture européenne, comme « double contrainte »

En termes de communication, la fracture européenne peut être analysée comme une situation de « double contrainte », c’est-à-dire une expression de deux contraintes qui s’opposent.

En effet, les responsables politiques critiquent « l’Europe de Bruxelles », dès que les propositions de la Commission, représentant de l’intérêt communautaire, s’opposent aux intérêts nationaux. Ce premier mouvement invite explicitement les citoyens à rejeter l’Union européenne. Pourtant, les responsables politiques critiquent également le rejet de la construction européenne par les citoyens, lorsqu’ils sont consultés par la voie référendaire. Ainsi, face à ces injonction paradoxales d’ordre et de contre ordre les citoyens ne savent donc plus comment agir…

La fracture européenne, comme déficit de politisation et de citoyenneté active

Sur le plan de la communication politique, la fracture européenne peut être analysée classiquement comme un enjeu électoral et symbolique.

Lors des consultations à caractère européen (référendum de ratification ou élections européennes), la classe politique se divise en cinq familles, selon les travaux d’Olivier Rozenberg, cités dans Le Monde :

  • les pro-européens d’une part,
  • quatre idéologies critiques d’autre part : l’europhobie d’extrême droite, fondée sur la défense d’un « nationalisme fermé », le souverainisme républicain, fondé sur la défense de la nation comme lieu exclusif de la démocratie, le « localisme ruraliste » et l' »antilibéralisme altermondialiste ».

Sur le plan symbolique, la construction européenne est un enjeu de représentation de la puissance (du point de vue des politiques) et de la protection (du point de vue des citoyens) et de l’identité (pour tous) : s’agit-il sur d’une construction communautaire entre États souverains, d’une intégration politique au sein d’une fédération ou d’une union entre des peuples… une nécessité économique, voire même une fatalité ? un bouclier culturel, voire même un contre-modèle ? une perte d’identité, voire même une menace technocratique ? une valeur d’usage pour le voyageur-consommateur ?

La fracture européenne, comme fin de l’idée d’Europe

Sur le plan intellectuel, la fracture européenne peut être analysée en France comme une rupture entre l’idée d’Europe – héritée des pères fondateurs Robert Schuman et Jean Monnet – et l’Europe réelle et concrète. Illustré par Jean-Michel Apathie sur son blog « L’idée d’Europe est morte », cet argument consiste à considérer que la construction européenne d’aujourd’hui, plutôt libérale et faiblement intégrée aurait échappé à l’esprit français souhaitant réaliser « une union sans cesse plus étroite »…

Slogans de campagnes et études d’opinion sur le référendum en Irlande

Dans la cadre de la ratification du traité de Lisbonne, l’Irlande est le seul Etat membre dont la Constitution impose d’organiser un référendum. L’issue du scrutin – prévu demain, le 12 juin – reste incertaine…

Une évolution sensible de l’opinion

Alors que la majorité des enquêtes d’opinion jusqu’à récemment donne le « oui » gagnant, un sondage réalisé le 6 juin dans the Irish Times crédite le « non » de 35%, contre 30% au « oui », 28% restant indécis et 7% disant ne pas vouloir voter. Il s’agit du 1er résultat où le « non » apparaît majoritaire…

La plupart des observateurs – qui se rappellent l’échec de la ratification du traité de Nice – considèrent que aux de participation sera l’élément crucial du scrutin. En juin 2001, alors que les sondages indiquaient une écrasante victoire du oui, le fort taux d’abstention (65,2 %) entraina l’échec de la ratification (53,9 % contre le traité de Nice).

Une campagne de ratification très politique

Comme lors de du référendum en France en 2005 sur le projet de Constitution européenne, la campagne est fortement politisée en confrontant les opposants au traité de Lisbonne, défenseurs de l’indépendance et de la neutralité autour du slogan : « Des Irlandais sont morts pour votre liberté, ne la bradez pas ! Votez non ! »et les partis gouvernementaux, rassemblés autour d’un slogan « Bon pour l’Irlande, bon pour l’Europe ! Votez oui ! » jugé par Marion Van Renterghem du Monde comme une « incitation au oui qui paraît défensive, explicative, nuancée, ennuyeuse »…