Incommunication et communication européennes : « viva la revolucion ! »

Lors du colloque organisé par les étudiants du CELSA à la Mairie du XVe à Paris le 7 novembre dernier sur le thème de l’Incommunication européenne », une convergence de vue en filagramme se dessine au travers des différentes interventions pour faire la révolution de la communication européenne…

Dominique Wolton : la communication est la condition de survie de l’Europe

En ouverture du colloque, Dominique Wolton, directeur de recherche au CNRS et directeur de la revue Hermès invite à lutter contre l’incommunication européenne, par la négociation.

L’Europe est la plus grande aventure pacifique et expérience démocratique dans le monde mais on n’est d’accord sur pratiquement rien, donc on n’ose pas débattre et la communication de l’Europe a quasiment tout raté, quoique le désir d’Europe soit plus fort que la volonté de destruction.

Plusieurs éléments constituent des conditions pour communiquer, donc négocier :

  • Le patrimoine identitaire des valeurs communes chaotiques et contradictoires doit être mis en avant ;
  • La négociation des identités doit permettre de mettre à distance le passé et la mémoire des empires et de la colonisation pour relativiser les divisions du présent ;
  • La construction européenne ne doit plus se faire avoir par la tyrannie des experts et des technos qui ont imposé un opérateur économique plutôt qu’un projet politique, qui fait que les populismes font pression car on ne retrouve pas dans l’Europe des forces d’émancipation ;
  • L’info factuelle sur l’UE existe mais ne rentre pas dans les codes de la communication faute de médias, de médiations et d’espace public européens.
  • La tyrannie de l’expression sur les réseaux sociaux peut conduire à un alignement sous la pression des minorités et au populisme lorsqu’une seule partie du peuple est écoutée lorsqu’elle parle. La démocratie participative/interactive sans filtre, ne vaut pas mieux que les intermédiaires trop nombreux et peu structurés sur les réseaux sociaux.

Quelques chantiers impératifs peuvent nous permettre d’approfondir la connaissance de ce qui nous sépare :

  1. Valoriser le dialogue interpersonnel, donc sauver toutes les langues maternelles et apprendre 3 langues étrangères d’une part et faciliter via « 50 nuances d’Erasmus » la circulation de toutes les catégories de la population d’autre part, car les souvenirs, tout comme les stéréotypes sont autant les adversaires de la communication que le seul moyen d’aborder le dialogue ;
  2. Valoriser la diversité culturelle, donc apprendre les histoires de l’Europe pour sortir du silence des mémoires et faciliter les comparaisons entre États-membres et développer les industries créatives pour contrer le monopole des États-Unis.

En somme, pour Dominique Wolton, l’Europe est une familiarité qui ne se reconnaît pas ; mais la communication peut seule nous permettre de cohabiter et de négocier un avenir commun.

1e table ronde : dépôt de bilan pour la communication européenne

Les intervenants de la 1e table ronde – Thierry Libaert, Eric Dacheux et Jean Quatremer – ont débattus de l’état des lieux de l’incommunication et de la communication européennes.

Eric Dacheux s’est montré, sur un plan théorique, le plus acide de la communication de l’Union européenne :

  • Rapprocher l’UE et les citoyens, leitmotiv de la comm’ est une idiotie car cela démontre que l’UE s’est faite, non seulement sans les citoyens mais contre eux ;
  • Réduire la communication de l’UE à une comm’ persuasive est une erreur, car cela réduit l’UE à une marque et les citoyens à des cibles, alors qu’il faut créer du commun ;
  • Renoncer à un prêt-à-penser communicationnel, permettrait de voir que les citoyens ne sont pas en manque d’informations sur l’Europe, mais souffrent d’un déficit d’instruction civique européenne ;
  • Renoncer au « tout numérique pour connecter les citoyens aux institutions européennes » permettrait de laisser à la fois le temps et la distance nécessaire à la possibilité d’une communication ;
  • Retrouver un projet fondateur, une utopie à la place de la paix, qui est une plaie de la lutte de tous contre tous, permettrait de créer un conflit intégrateur pour construire des désaccords, la fabrique du consentement reposant sur des questions qui fâchent et le pouvoir de dire non.

En somme, pour Eric Dacheux, il vaut mieux « proposer des problèmes à résoudre en commun que donner des fausses solutions solitaires ».

Thierry Libaert, fort de son expérience au cœur du Comité économique et social européen, s’est montré le plus pragmatique :

  • Depuis le reproche adressé aux Pères fondateurs d’une approche technocratique de « solidarités de fait », on cherche encore la place des citoyens ;
  • Seule la communication de terrain, au contact des citoyens réussit tandis que la communication à distance et par les tuyaux échoue ;
  • La solution à l’incommunication européenne ne passe pas seulement par la communication, qui n’est pas la solution à tous les problèmes.

En conclusion, pour Thierry Libaert, il faut prendre au sérieux la forte demande de renouveau formulée par les citoyens, notamment à l’occasion des consultations citoyennes européennes.

Jean Quatremer propose la lecture la plus politique et acerbe du bilan de la construction européenne :

  • « Le problème fondamental de l’UE, c’est le mensonge entretenu par les États-membres et l’UE » sur la place des peuples dans cette construction des États : lorsque le marché fonctionne sans les peuples, tout le monde y est indifférent parce que c’est technique, mais pas lorsque les enjeux plus liés à la souveraineté (monnaie, frontière) sont gérés par le même appareil institutionnel ;
  • « Rien n’est gravé dans le marbre des traités », c’est la responsabilité des États, donc depuis une décennie l’Europe merkelienne où la CDU domine la politique européenne et conduit des politiques publiques de l’UE partisanes ;
  • « Bruxelles, c’est le Vatican à Rome », on y chasse les hérétiques, la moindre critique est facteur d’excommunication et la complexité est une finalité politique pour ne pas lever le voile et éviter le débat politique, qui permettrait l’appropriation par les peuples.

Conclusion définitive de Jean Quatremer : « il faut stopper le délire de la Commission européenne » sinon l’europhobie va monter aussi vite que la démagogie. La dérive idéologique et technocratique doit laisser la place à un fonctionnement plus démocratique avec une responsabilité politique devant le Parlement européen et des citoyens qui veulent qu’on leur rende leur pouvoir de décision.

Que faut-il retenir du dépôt de bilan de la communication européenne ?

Une impasse en matière de principes :

  • L’affaire Selmayr à elle seule résume l’échec de nombreux principes dont collégialité des décisions, exemplarité de l’institution, responsabilité politique face à l’administration…
  • L’irrespect des valeurs fondamentales en Pologne et Hongrie est le signe d’un autre échec que la Commission avec son Premier Vice-Président Timmermans n’est pas parvenue à juguler…
  • Le droit d’initiative a été très largement subordonné aux souhaits des grands États-membres et au strict programme Juncker tandis que les tentatives de règlement en solo, sans le poids du Conseil européen (quotas de migrants par États-membres) ont été des échecs…
  • La capacité de décision exécutive se trouve de plus en plus diluée par le poids grandissant de l’autorité et des moyens des agences exécutives…

Un échec de la communication européenne :

  • Antagonisée face aux États-membres alors que seule la coopération permet d’atteindre le grand public ;
  • Filialisée à une famille politique et à un pays : la CDU allemande ;
  • Liée au seul destin de l’institution et du programme politique de son président ;
  • Neutralisée, trop silencieuse sur les grands enjeux et très bavarde sur les détails en particulier sur les réseaux sociaux…

2e table ronde : quelle communication européenne pour demain ?

Autour de la 2e table ronde, 3 intervenants – Isabelle Coustet, chef du bureau du Parlement européen en France, Juliette Charbonneaux, maître de conférence au CELSA et votre serviteur – ont dialogué des solutions pour « révolutionner » la communication de l’Europe.

Isabelle Coustet présente la campagne originale du Parlement européen pour les prochaines élections européennes, résolument pro-européenne « Cette fois, je vote » avec une plateforme web de quasi « community organising », qui invite non seulement les citoyens à voter, mais aussi à en parler autour d’eux et à rejoindre l’équipe d’organisation d’événements partout en Europe.

Juliette Charbonneaux insiste sur le journalisme européen, entre la prétention initiale à l’apolitisme du projet européen et sa récente politisation qui tend à faciliter le travail des journalistes. Elle revient également sur la tentation de faire « tabula rasa » quant aux questions médiatiques européennes et rappelle que des médias européens existaient déjà dans l’Entre Deux Guerres pour tenter de faire vivre une utopie européenne.

Michaël Malherbe invite à renverser la table, conscient que, tant que les causes non traitées risquent de produire les mêmes effets, aucune campagne de communication miracle n’est possible.

Refonder des structures inspirées des expériences nationales conduit d’une part à se poser la question de la création d’un service public de l’information audiovisuelle au niveau européen avec une indépendance totale et une capacité d’enquête et d’autre part à se doter d’une agence européenne de communication afin de mutualiser les moyens pour répondre aux enjeux de réception auprès du public.

Par ailleurs, la présence de l’Union européenne sur les réseaux sociaux est pléthorique mais illisible et incompréhensible et les institutions n’investissent pas assez en paid dans ce domaine, alors qu’il y a un potentiel énorme.

En outre, il faut faire la part des choses entre l’opposition intégrée au système autour des politiques publiques européennes et l’opposition systémique à l’UE. Le défi est à la fois de davantage parler du fond que de la forme de l’UE et l’UE assura sa survie quand elle sera parvenue à intégrer les discours critiques anti-système.

Enfin, la communication européenne doit faire preuve d’ambition et de créativité pour construire un imaginaire européen et des symboles forts, comme des séries inspirées par l’UE, à l’exemple de Madam Secretary et tant d’autres séries avec le FBI et la CIA ; ou encore afficher le drapeau européen sur les maillots de foot, aux JO, sur Mars…

Conclusion : la démocratie européenne s’use à ne pas servir

L’eurodéputée Isabelle Thomas conclut le colloque avec un plaidoyer pour un nouveau narratif européen qui ne soit pas une vision poétique mais un discours pragmatique et rationnel pour une Europe qui sache résister aux États-continents, aux multinationales/GAFAM pour imposer son modèle de société.

Elle rêve d’une vague citoyenne aux élections européennes pour donner des ailes au Parlement européen et lui permettre de faire son Serment du Jeu de Paume, le moment constituant, prélude à la Révolution démocratique de l’Europe.

Que conclure ? Que le fil rouge invisible d’un certain esprit révolutionnaire, à la fois de contestation et de refondation, semble confirmé lors des Rendez-vous de l’Europe, la consultation citoyenne réunissant les parlementaires français et les eurodéputés français le lendemain, où Jean-Louis Bourlanges a également plaidé pour que « l’UE doit réussir sa révolution copernicienne afin de contribuer à la construction d’un monde où elle sera en mesure de défendre ses valeurs, son modèle social et politique ». Vaste programme !

Le théâtre de l’Europe ou « quand l’Europe improvise », selon Luuk Van Middelaar

Après le Passage à l’Europe, Luuk Van Middelaar revient avec une nouvelle clé de lecture de l’actualité de la décennie européenne à partir de « la politique de l’événement », les décisions ne reposent plus toujours sur les traités et les règles mais sur des réponses communes aux besoins du moment qui engagent la responsabilité des chefs et captivent le public…

Mise en scène : lever de rideau sur la « nouvelle » Europe qui improvise

Le déroulé de l’histoire tient sommairement : l’Après-guerre impose la promesse de Communauté européenne avec ses tabous des intérêts, des différences et des frontières en une sorte d’« impuissance organisée » avec le marché commun pour les États grâce aux transferts de compétences et au consensus des règles ; tandis que l’Après-mur impose une nouvelle Union européenne avec ses devoirs de défendre les intérêts communs, de conjuguer les capacités d’action des membres et de définir sa place dans l’espace et le temps, bref, une sorte de « puissance en commun » où assumer des responsabilités politiques quand les règles n’ont pas le dernier mot.

Problème, « l’ancienne façon de penser empêche l’Europe de se penser soi-même », la chenille ne veut pas voir le papillon qui a pris son envol. « La croyance inflexible pour construire la « véritable » Europe contre les États-membres, plutôt qu’avec eux, nourrit précisément le scepticisme du public ».

Metteurs en scène de la « nouvelle » Europe : le Conseil européen

Pour Luuk Van Middelaar, la décennie de crises (euro, Ukraine, migrants et Brexit-Trump) tient lieu de lever de rideau sur la « nouvelle » Europe de la politique de l’événement qui improvise, grâce au Conseil européen, le cénacle des chefs d’État et de gouvernement dont il fut la plume du premier président Herman Van Rompuy.

A travers ses différentes figures de chef, le Conseil européen apparait :

  • Quand le danger menace, comme dompteur face à la tempête, notamment des marchés ;
  • Pour trancher, comme décideur, quoiqu’il ne soit pas forcément le plus compétent ;
  • Quand il faut une boussole, comme stratège pour impulser les grandes lignes ;
  • Pour changer les bases, comme concepteur, voire pouvoir constituant de l’UE ;
  • Quand l’Europe doit parler, comme porte-parole.

Au fils de ses figures de style, le Conseil européen concentre l’autorité qui vient du public grâce à la qualité dramatique sans équivalent du huis-clos, à l’importance des doorsteps, ces prises de parole qui démocratisent les enjeux, à la photo de famille, à la dramaturgie du sommet, aux conclusions politiquement contraignantes dont la volonté fait loi et enfin aux médias qui mettent la pression et incitent à plus d’unité et de détermination.

Entre scène et coulisses : la Commission européenne

Avec Luuk Van Middelaar, la Commission en prend pour son grade. Considérée comme un exécutif européen un peu trop galvaudé, la Commission est reconnue comme un procureur implacable du marché et une autorité politique fragile tant en raison de l’équilibrisme entre les nominations administratives des Commissaires dans les capitales et l’élection du président sur proposition du Conseil européen que de l’illusoire droit exclusif d’initiative puisque plus de 90% des propositions sont à la demande des autres – Parlement et Conseil.

Il est tiré argument, non sans conviction, du duo de l’exécutif en France entre le président de la République et le Premier ministre pour comprendre la répartition entre le Conseil européen pour agir et la Commission européenne pour règlementer. Les illusions de la troïka ou des quotas de migrants illustrent l’hubris et la suffisance bureaucratique de la machine administrative.

Pour Luuk Van Middelaar, point de doute, « lorsque la raison des intérêts, la conscience d’une souveraineté européenne adviendront, alors le moment machiavelien que l’UE traverse depuis une décennie sera terminé ».

Entrée en scène de l’opposition : la découverte de l’Europe par les publics

« Tant qu’il ne sera pas possible d’organiser une opposition au sein de l’UE, celle-là se mobilisera contre celle-ci », selon Luuk Van Middelaar qui distingue entre opposition classique aux policies et opposition de principe au polity, à la chose politique européenne en tant que telle. Autrement dit, « trouver une place à l’opposition classique est une question existentielle pour l’UE ».

Du coup, les publics doivent être capable de lire le jeu politique européen, de connaître les responsabilités des acteurs… alors que l’un des éléments de réussite repose sur une fabrique à l’écart de l’attention, avec une dépolitisation technique, constitutionnelle et procédurale de l’UE.

Pour Luuk Van Middelaar, « si l’UE veut gagner et conserver le soutien du public, il faut se libérer des dogmes » et trouver des « dissensus qui unissent », comme par exemple quelques idées très iconoclastes contre les zélateurs ou les hérétiques du dogme Europe :

  • La remise en question de l’intérieur contre l’interprétation souveraine de leur mandat aux institutions indépendantes : Commission, Banque centrale et Cour de justice…
  • La remise en cause des règles non constitutionnelles inscrites dans le traité de l’UE afin de créer un espace pour une contradiction légitime ;
  • Le passage de la gouvernance (des procédures et des règles) au gouvernement (le principe de responsabilité).

Plusieurs formes d’opposition se dessinent sous la plume de Luuk Van Middelaar :

  • L’opposition sénatoriale où une minorité des États-membres se coalisent au Conseil de l’UE ;
  • L’opposition strasbourgeoise où le Parlement européens se drapent dans une opposition fédérale ou civique contre les gouvernements nationaux réunis
  • L’opposition nationale classique contre un gouvernement national
  • L’opposition unie où plusieurs oppositions nationales s’unissent, comme fut la pâle vague rose à l’orée des années 2000 ;
  • L’opposition polémique où des dirigeants importent le combat à Bruxelles, comme Tsipras avec la crise de l’euro ou Orban et la crise des migrants.

Quelques obstacles demeurent à contourner :

  • Le Parlement européen ne contrôle qu’une partie de l’exécutif européen… en dehors des grands sujets comme les frontières ou la monnaie ;
  • Le Conseil européen prend les grandes décisions communes… mais les chefs en rendent compte individuellement ;
  • Les médias européens peinent à rendre lisibles les enjeux de la sphère politique européenne.

Avec talent, Luuk Van Middelaar illustre qu’une communauté politique est une communauté de récits, qui donne toute sa place à tous les acteurs sur scène, dans les tribunes et les coulisses.

Quel avenir constitutionnel pour l’Europe ?

Alors que l’actualité est semée d’embûches pour le projet européen, le philosophe kantien Jean-Marc Ferry plaide au Collège de France qu’aujourd’hui pour gagner du pouvoir, il faut le partager, comme a pu le démontrer la construction européenne. Encore faut-il savoir quelle devrait être la forme politique, la constitution politique profonde de l’Europe ?

La légitimation de relève de l’Europe : l’intégration politique face à la mondialisation

Partant du constat que l’échelle d’interdépendance est aujourd’hui planétaire, il faut donc constituer des « unités de survie à l’échelle continentale », selon l’expression de Norbert Elias. Mais, l’on assiste à un effet de retardement entre les mentalités qui ne suivent pas les réalisations. Autrement dit, la conscience d’appartenance à l’Union européenne a pris du retard sur l’intégration européenne, ce sentiment doit déboucher sur une conscience politique d’appartenir à une communauté de projet et de destin.

Mais surtout, la légitimation de l’Europe est aujourd’hui plus problématique. Le motif fondateur de l’Europe, la fin de la guerre civile entre Européens est acquis mais la légitimité de relève que constitue le défi de la mondialisation ne fait pas consensus.

Plusieurs possibilités sont débattues par les Européens selon la fonction que l’on donne à l’Europe et l’évaluation que l’on porte de la mondialisation :

Fonction de l’Europe

Évaluation de la mondialisation

Adaptation économique Rattrapage politique
Négative Repli national : le souverainisme Europe-forteresse : le supranationalisme
Positive Grand marché : le néo-libéralisme Europe transnationale : le cosmopolitisme

Pour Jean-Marc Ferry, seul le cosmopolitisme offre à la fois un projet d’intégration politique et une réponse au défi de la mondialisation. Cette intégration ne saurait être ni décalquée des constructions nationales (les obligations fiscale, militaire et scolaire demeurent au niveau national tandis que l’Europe s’occupe d’harmonisation, de concertation, de coordination) ni de nature étatique (la souveraineté partagée ne règle pas la question de la compétence de la compétence).

La mission substantielle de l’Europe : la médiation horizontale

Sans une médiation substantielle de l’Europe, toute avancée fonctionnelle ou systémique constitue un risque de décrochage entre les pouvoirs européens et la démocratie européenne.

Autrement dit, les avancées fonctionnelles ou systémiques doivent aller de pair avec des avancées démocratiques :

  • Avancée démocratique parlementaire : le Parlement européen doit se relier fortement avec les parlements nationaux et régionaux pour assurer une intégration autant horizontale que verticale ;
  • Avancée démocratique médiatique : les espaces publics nationaux doivent s’ouvrir aux autres sur des questions d’intérêt général pour créer un sens commun européen, grâce à un journalisme civique et une charte pour l’audiovisuel.

La légitimité de l’Europe reviendra lorsque le système interconnecté des parlements et le décloisonnement des espaces publics nationaux, adossé à un référent constitutionnel doté d’une force symbolique (une déclaration des droits et des principes politiques) ainsi qu’un retour de la méthode communautaire face à l’intergouvernementalisme sera en capacité d’assurer la protection face à la mondialisation sans confiscation des pouvoirs des États nationaux.

Vaste programme !

Analyse sémantique des discours d’Emmanuel Macron, l’Européen

Alors que les discours sur l’Europe du président de la République entre Athènes, La Sorbonne, Strasbourg et Aix-la-Chapelle s’enchaînent, que peut-on en dire à partir d’une analyse sémantique…

Le discours à la Pnyx, Athènes le jeudi 7 septembre 2017 : la souveraineté européenne

Présenté par France Culture comme le « discours lyrique à la résonance démocratique », l’analyse sémantique montre que le thème de la « souveraineté » est abondamment abordé, tandis que « démocratie », « peuple-s » et « culture » sont également très présents. Parmi les verbes les plus cités, « retrouver », « construire », « défendre », « refonder » ou « retrouver » tracent un enracinement dans le passé, marqué également par l’usage de « patrimoine » et « histoire ». Enfin, les valeurs comme « ambition », « confiance », « liberté », « force », « responsabilité », soutenues par « choix », « promesse » et « miracle » peuvent nourrir la vision lyrique du 1er grand discours présidentiel sur l’Europe.

discours_Macron_Pnyx_Grece

 

Le discours à la Sorbonne, Paris le mardi 26 septembre 2017 : l’ambition d’une politique européenne

Présenté par France Culture comme le « discours aux promesses substantielles », l’analyse sémantique place les termes de « politique », d’« ambition », de « France » et de « pays » parmi les plus utilisés. Parmi les verbes les plus cités, « devons », « faire », « souhaite », « construire », « faut », « veut », « propose » ou « avancer » place le propos dans une dimension plus immédiate dans le présent. Les sujets sont plus concrets avec « marché », « projet », « numérique », « solidarité », « sécurité » ou « frontières », voire « budget » et « taxe ». Enfin, le terme « aujourd’hui » ou « moment » revient ainsi que « commun », « ensemble » et sans oublier l’apparition d’« élections ».

discours_Macron_Sorbonne

 

Le discours au Parlement européen, à Strasbourg, le mardi 17 avril 2018 : la synthèse entre souveraineté et démocratie européennes

Présenté par France Culture comme le « discours aux propositions visionnaires », l’analyse sémantique place à quasi égalité les thématiques de « souveraineté » et de « démocratie » dans une sorte de synthèse. Les verbes principaux oscillent entre « nous devons » et « je veux » ainsi que « venir » et « vivre ». Plusieurs nouveautés apparaissent autour de la notion de « débat », avec « peuples » et « concitoyens » d’une part, ainsi que « contexte » et « compromis » d’autre part illustrent la dimension plus dialectique entre grands principes et réalités.

discours_Macron_Strasbourg

 

Le discours à Aix-la-Chapelle, le jeudi 10 mai 2018 : le choix du franco-allemand

Présenté par France Culture comme le « discours de la concrétisation » puisque prononcé à l’occasion de la remise du Prix Charlemagne, l’analyse sémantique distingue clairement ce discours par la présence significative des termes « Allemagne » et « France » ainsi que « politique » et « choix » devant « souveraineté », « règles » ou « réformes ». Les verbes les plus cités sont « crois », « décider », « battre », « porter » qui indiquent une certaine résolution. Enfin, les termes s’équilibrent davantage, s’ancrent encore davantage dans le réel entre d’une part, « peur », « risque », « crise » et « doute » et d’autre part, « force », « paix », « volonté », « capacité », « rêve », « sécurité » et « unité » ; sans oublier l’apparition de l’enjeu du « climat ».

discours_Macron_Aix_Chapelle

Au total, l’enchaînement des discours présidentiels sur l’Europe, sous l’angle de l’analyse sémantique, montre un cheminement intellectuel d’une vision très conceptuelle autour de la souveraineté européenne d’une Europe idéelle sinon idéale à un discours plus équilibré entre le souhaitable et le possible, rationnel, raisonné, sinon raisonnable sur l’Europe. Une image pour illustrer ce cheminement : l’entrée progressive d’une fusée dans l’atmosphère.

Transparence sur les budgets des agences au service de la communication de l’Union européenne

Sur la base d’une approximation des principaux acteurs du marché en 2016 (année la plus récent disponible sur le « système de transparence financière de l’UE » ), le marché de la communication de l’Union européenne franchit la barre symbolique des 100 millions d’euros dans une relative stabilité des agences-prestataires et du volume de contrats…

transparence_budgets_agences_communication_commission_européenne_2016

Gopa-Cartermill, l’agence se hisse en pole position des budgets : 26 655 418 € et 42 contrats

Présente sur le marché bruxellois depuis plusieurs années, la part de marché de Gopa-Cartermill n’a cessé de progresser pour atteindre la 1e place, notamment grâce à ses multiples collaborations avec, entre autres, des DG comme NEAR (élargissement et voisinage), DEVCO (coopération et développement) ou MARE (affaires maritimes et pêches) et des agences comme EACEA (l’agence exécutive Éducation, Audiovisuel et Culture) et EASME (l’agence exécutive pour les PME).

Parmi les contrats exclusivement en communication, citons par exemple :

  • Une campagne de sensibilisation à la modernisation de l’industrie européenne : 2,1M€
  • Une action de communication sur l’inclusion sociale et les inégalités dans la coopération et le développement international de l’UE : 890k€
  • Le soutien à Cordis de l’office des publications de l’UE : 800k€

Ogilvy (groupe WPP), la médaille d’argent en termes de budgets : 23 512 917 € et 26 contrats

Partenaire reconnu des campagnes de communication du Parlement européen à l’occasion des élections européennes antérieures, Ogilvy se positionne en 2e place en particulier grâce à son contrat avec la DG COMM pour la campagne sur le plan d’investissement pour l’Europe, représentant un montant total de 16,4 millions d’euros.

Deux autres contrats significatifs :

  • L’un pour des activités de communication pour la DG TRADE sur les sujets commerciaux : 1,5M€
  • L’autre pour des activités de communication sur les violences contre les femmes pour DG JUST (justice et consommateurs) : 600k€

Mostra, la médaille de bronze pour les budgets, mais toujours 1e pour les contrats : 23 150 875 € et 139 contrats

Agence leader sur le marché de la communication européenne à Bruxelles, Mostra dispose du portefeuille le plus vaste en termes de clients au sein de la Commission européenne, avec une spécialisation autour de tout type d’événement.

Parmi les contrats principaux, une sélection illustre la diversité des prestations :

  • La campagne de communication corporate : « L’UE est ouverte au business » de la DG Marché intérieur, industrie, entreprenariat et PME : 1,9M€
  • La campagne de communication autour des 30 ans d’Erasmus de la DG Éducation et culture : 1,6M€
  • Le magazine « Horizon » de la DG Recherche et innovation : 1M€
  • Les activités de communication sur les questions d’élargissement auprès des parties prenantes dans les États-membres : 914k€

En matière d’organisation d’événements, il est possible de citer :

  • Organisation de la semaine européenne des régions et des villes pour la DG REGIO
  • Organisation d’événements au service des Centres d’information Europe Direct pour la DG COMM
  • Soutien à la semaine verte de l’UE, à la conférence Euraxess pour la DG RTD
  • Soutien à la participation aux salons IGW à Berlin et SIA à Paris pour la DG AGRI
  • Organisation de prix, comme RegioStars pour la DG REGIO ou Enterprise Europe Network Awards…

Tipik, 4e agence : 12 375 941 € et 72 contrats

Autre agence parmi les « usual suspects » du marché, Tipik stabilise sa perte de vitesse avec un volume de budgets et de contrats significatifs pour la placer en 4e place du classement, avec notamment des collaborations avec la DG Informatique ou la DG Justice et Consommateurs.

Parmi les principaux contrats :

  • La partie éditoriale de Cordis de l’Office des publications de l’UE : 1,7M€
  • Les synthèses – fort utiles – de la législation européenne pour ce même office : 850k€
  • Des actions de communication sur « la résolution alternative des différends et la résolution des différends en ligne » : 930k€
  • Un service de conférenciers externes pour les présentations d’informations aux groupes visitant le centre des visiteurs de la Commission européenne à Bruxelles : 400k€…

Media-Consulta : 5e « grande » agence au service de la communication de l’UE : 12 063 204 € et 29 contrats

Dernière grande dans le top 5 des agences ayant des budgets supérieurs à 10 millions d’euros avec la Commission européenne, Media-Consulta, acteur installé sur le marché travaillent pour plusieurs directions générales et services à l’échelle européenne et internationale.

Quelques exemples de contrats indicatifs :

  • Organisation des Journées européennes du développement : 3,1 millions d’euroos pour la DEVCO
  • Action de sensibilisation à l’UE en Chine : 2,5M€
  • Couverture vidéo des affaires européennes (contrat international) : 1,7M€ pour la DG COMM
  • Réseau d’information sur l’UE en Albanie : 590k€
  • Communication pour l’instrument européen pour la démocratie et les droits humains pour la DEVCO…

Autres agences : moins de 10 millions d’euros, moins de 60 contrats

Hormis ESN – European Social Network – qui culmine à 6 millions d’euros et 56 contrats, le reste du marché se répartit en quelques contrats confiés ponctuellement à des réseaux comme Publicis ou Havas (l’agence qui avait percée avec la campagne de communication corporate sans succès) ou à quelques agences historiquement implantées mais en recul, comme Emakina.

Au total, le panorama des agences de communication prestataire de la Commission européenne montre une relative concentration des contrats et des budgets entre une demi-douzaine de concurrents, qui se trouvent en voie de spécialisation relative.