Le nouveau storytelling du « retour de la France en Europe » saura-t-il convaincre les Français et nos partenaires européens ?

La lecture de l’analyse de Thierry Chopin pour la Fondation Robert Schuman sur « Le « retour de la France en Europe » : à quelles conditions ? » est fort intéressante pour comprendre le moment européen de la France avec Emmanuel Macron. Ce nouveau récit européen en France est-il susceptible de convaincre autant les Français que leurs partenaires européens ?

La rhétorique d’un nouveau discours français sur l’Europe pour une « Europe souveraine » qui protège : une argumentation convaincante surtout pour les Français

Selon Thierry Chopin, le nouveau discours d’Emmanuel Macron sur l’Europe se dégage précisément tant de la campagne présidentielle que de ses nombreux discours (Athènes, Sorbonne, Parlement européen, Aix-la-Chapelle).

Face aux grands défis contemporains, le président français plaide pour la refondation d’une Union européenne « souveraine », capable d’exister dans le monde actuel pour y défendre nos valeurs et nos intérêts. Redonner du sens au projet européen se traduit donc par de nouvelles priorités portant essentiellement sur les sujets régaliens en se dotant en particulier d’une vraie politique de défense et de sécurité commune.

« Le projet visant à développer une Europe de la souveraineté présente des avantages tant conjoncturels que structurels dans la mesure où il existe une continuité évidente entre la dimension interne de ces défis et des moyens d’y faire face et la dimension externe à l’échelle internationale. Un tel projet prend également tout son sens du point de vue de la gestion des nouveaux rapports de force géoéconomiques mondiaux, tant sur le plan climatique, numérique et commercial, l’Europe devant être capable de défendre ses intérêts stratégiques et ses préférences collectives. »

Evaluons le potentiel de ce nouveau récit d’une Europe souveraine qui protège tant auprès des Français que des Européens :

  • Pour les Français, la balance est plutôt favorable puisque ce récit correspond aux préférences collectives les ancrées : « l’adéquation entre le modèle historique, l’identité politique française et son héritage étatique d’un côté et la nature  » régalienne  » des défis à relever de l’autre peut permettre de lutter efficacement contre la défiance croissante des Français vis-à-vis de la construction européenne » ;
  • Pour les Européens, la possibilité d’un partage du récit français pour l’avenir du projet européen est plus nuancée : « la voix de la France peut être légitimement forte sur les sujets régaliens, compte tenu à la fois de sa puissance militaire et diplomatique ou de la reconnaissance de son expertise » mais disons cela ne correspond pas non plus vraiment au logiciel des Européens.

Extrapolons le potentiel de ce nouveau récit politique sur l’Europe souveraine et protectrice, dans la perspective des élections européennes. Cette rhétorique qui réinterprète, à l’heure des nouveaux défis, la raison d’être du projet européen de protéger à la fois physiquement et économiquement les Européens ne risque-t-elle pas d’apparaître, aux yeux d’une partie des Français et des Européens, comme une forme dissimulée sinon subvertie d’un nouveau « vrai » souverainisme ?

Le débat autour du scrutin européen risque de se cliver autour d’une nouvelle ligne de fracture entre les faux souverainistes qui courent après une souveraineté nationale illusoire et en lambeaux face aux vrais souverainistes conséquentialistes, qui jugent l’Europe comme l’échelle indispensable pour répondre aux nombreux nouveaux défis.

Le besoin d’un nouveau « discours de la méthode » : une rhétorique française en déficit de crédibilité et d’influence à l’épreuve des Européens

Selon Thierry Chopin, la capacité du nouveau récit européen sur le retour de la France en Europe ne peut parvenir à convaincre les Européens qu’à certaines conditions qui vont bien au-delà de la vulgate sur les indispensables résultats économiques et équilibres budgétaires pour rompre avec la préférence pour la dépense publique et le chômage de masse.

Pour le dire franchement, il s’agit de « défranciser » le discours français sur l’Europe, trop imprégné par le contexte politico-culturel « où le stato-centrisme hexagonal couplé à la très faible influence de la culture économique en France produit une défiance très forte à l’égard du marché et de la concurrence européenne comme de la mondialisation ».

Plus profondément, il s’agit surtout de « défranciser » le leadership à la française sur l’Europe, où l’exercice du pouvoir est, selon la culture politique, une pratique très hexagonale, centralisée et verticale du pouvoir alors que les décisions européennes découlent de compromis négociés entre une pluralité d’acteurs.

Examinons, du coup, le potentiel d’Emmanuel Macron pour l’influence de la France sur la scène européenne. Certes, son élection a marqué un enthousiasme sincère des milieux bruxellois, à défaut de pouvoir en dire autant de toutes capitales européennes. Mais, son image est problématique : « perçu certes comme un libéral mais un libéral à la française, c’est-à-dire étatiste avec une vision statophile de l’économie ».

Surtout, « son leadership doit réussir à trouver le juste équilibre entre volontarisme et décisionnisme, d’un côté, et l’approche plus modeste, patiente et consensuelle requise par le difficile exercice de la négociation entre une diversité de pays partenaires, de l’autre ». Enfin, sa vision de l’Europe ne doit pas se réduire à un « jardin à la française » fondée sur un désir de projection des conceptions françaises au niveau européen.

Au total, la capacité du nouveau récit d’une Europe souveraine qui protège ne peut réussir à convaincre les Français et les Européens qu’à la condition d’une double conversion à la réalité dans une sorte de synthèse, complexe, entre la nécessaire transformation de la France contre sa « vieille culture politique » et la conversion des Européens à concéder à un leadership français fait d’ambitions réalistes.

En Marche l’Europe : quelle stratégie pour les conventions démocratiques européennes ?

Peut-être parce qu’ils ne savaient pas que c’était impossible, Paul Butcher, Yann-Sven Rittelmeyer et Corina Stratulat du think tank European Policy Centre publient une stratégie pour la mise en œuvre des conventions démocratiques européennes « En Marche l’Europe », en partant des citoyens et de la société civile, parce que selon eux « la mise en pratique de l’idée de conventions démocratiques doit être bien faite ou pas du tout »…

Des conventions démocratiques afin de relancer la démocratie européenne et nationale

Les auteurs proposent une stratégie pour la mise en œuvre des conventions démocratiques :

  • Fournir une plateforme pour l’interaction et l’échange entre les citoyens européens et leurs représentants politiques au moment des décisions cruciales pour l’avenir de l’UE ;
  • Offrir la possibilité d’un engagement populaire significatif dans l’élaboration des politiques, dans un esprit de transparence et d’inclusion, sur la base de propositions politiques spécifiques ;
  • Inclure de multiples « contrepoids » via une coopération et une coordination afin d’accroître la sensibilisation et l’appropriation du projet de l’UE.

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Phase 1 (1 mois) : la campagne de sensibilisation et le rôle des gouvernements nationaux

Les gouvernements lancent le processus dans leur propre contexte national en informant sur la raison d’être, la portée et la mise en œuvre des conventions, mais aussi un appel aux organisations de la société civile, aux fondations, aux entreprises privées et autres acteurs concernés. Après la création d’un Secrétariat national, le gouvernement devrait s’incliner et laisser le reste du processus se terminer sans implication politique.

Le contenu de la campagne de lancement, en termes de messages, de principes (transparence, ouverture, diversité et indépendance politique) et de lignes directrices, devrait être harmonisé dans tous les États membres afin de minimiser les divergences nationales dans la façon dont l’idée est communiquée et réalisée dans la pratique et de communiquer aussi largement que possible.

Cette 1e phase se déroule à partir de la réunion du Conseil européen des 22 et 23 mars 2018 jusqu’à la fin avril.

Phase 2 (2 mois) : les étapes vers les conventions démocratiques et le rôle du Secrétariat national

Le Secrétariat national joue un rôle clé. Composé d’acteurs pouvant inclure des organisations de la société civile, des fondations, des entreprises privées et des parties prenantes agissant en tant que consortium indépendant, politiquement non attaché et axé sur l’exécution des tâches dans le respect de la transparence des recettes et des dépenses budgétaires.

Tâche n°1 : Mettre en place un site web pour l’initiative, sur la base d’un template commun pour décrire l’initiative : objectifs), justifications, processus, calendrier, règles et principes, budget + analyse des données + activation des volontaires et participants.

Tâche n°2 : Passer un contrat avec une entreprise d’analyse de données pour produire un résumé des rapports des conventions démocratiques qui permettent à un groupe d’experts de rédiger le rapport national.

Cette 2e phase se déroule de début mai à fin juin.

Phase 3 (6 mois) : les conventions démocratiques et le rôle des volontaires

L’organisation des conventions démocratiques au niveau local devrait s’appuyer sur des volontaires chargés d’organiser des événements dans leurs propres communautés :

  • Le volontaire doit suivre le format et l’ordre du jour des conventions démocratiques normalisé et harmonisé dans l’UE ainsi que rédiger le rapport basé sur un modèle ;
  • Le volontaire doit être libre de décider de la (des) méthode (s) de sensibilisation pour sensibiliser et mobiliser les gens à participer aux conventions démocratiques.

La discussion lors de ces réunions devrait être basée sur une combinaison de questions ouvertes et fermées posées aux participants, couvrant cinq domaines politiques principaux : (1) la sécurité et la défense, (2) la migration et la politique étrangère, (3) l’économie, (4) le pilier social et (5) la réforme institutionnelle de l’UE.

La 3e phase doit durer jusqu’à la fin de 2018.

Phase 4 (2 mois) : la transnationalisation de l’initiative et le rôle de l’UE

Les Secrétariats nationaux envoient leur rapport national au Secrétariat de l’UE, qui produit un rapport au niveau de l’UE avec l’aide d’une équipe d’experts de l’UE afin de tirer des grandes conclusions et formuler des propositions politiques reflétant le sentiment populaire européen.

Afin de porter le débat au niveau européen, une « convention de Bruxelles », rassemblant des délégations nationales, est organisée en février 2019, afin de créer l’opportunité pour les dirigeants européens de discuter du rapport avec ses auteurs et bénévoles, idéalement en présence des Spitzenkandidaten aux élections européennes.

La convention de Bruxelles doit aboutir à une déclaration finale de conclusions et de recommandations pour apporter une contribution aux processus décisionnels et idéalement à la campagne pour les élections européennes de 2019.

Ce processus doit être achevé d’ici mars 2019.

En définitive, quelles sont les conditions du succès ?

D’abord, la méthode. La crédibilité de la démarche de conventions démocratiques européennes repose sur une approche commune et cohérente dans la méthodologie de consultation des citoyens et d’analyse de leurs contributions.

Ensuite, la restitution. La légitimité des conventions démocratiques européennes sera jugé à l’aune des résultats, c’est-à-dire de la capacité à réintégrer les « outputs » de la consultation comme « inputs » des programmes et initiatives européennes… ce qui implique une conjonction avec la campagne des élections européennes et en particulier des Spitzenkandidaten.

Enfin, la participation. La popularité, au sens de la participation populaire représente à n’en pas douté la condition du succès la plus importante, ce qui plaide pour l’approche recommandée de mettre en avant les bénévoles et la société civile, qui seule, si elle se saisit des consultations citoyennes, parviendra à mobiliser largement, ce qui nécessite une large marge de manœuvre locale quant à l’organisation et à la communication.

Au total, ce que les gouvernements et les peuples vont décider de faire, ou de ne pas faire, engage. En cette période cruciale pour le futur de l’UE, les Européens sauront-ils saisir l’opportunité des conventions démocratiques ? 

Quelles sont les bonnes résolutions pour la communication de l’UE ?

En guise de vœux pour cette nouvelle année, quoi de mieux que de faire le tour des bonnes résolutions que devraient prendre au plus vite la communication des institutions européennes sur l’Union européenne…

Parvenir à communiquer moins de signes, plus de signifiants

La 1e résolution, la plus importante, donc, serait de parvenir à faire moins mais mieux : faire moins de bruit, pour être davantage entendu. C’est peut-être paradoxal de primes abords mais c’est fondamental. La communication de l’UE est aujourd’hui trop bavarde, trop diffractée, trop insignifiante.

Comment y parvenir ? D’abord et avant tout, en sachant faire de la communication sur-mesure, c’est-à-dire qui soit capable de mieux comprendre en compte les mentalités afin de répondre aux attentes et besoins spécifiques à chaque segment des publics. De même, parvenir à plus de signifiants passe par un apprentissage visant à davantage capitaliser sur data et insights pour concevoir et déployer la communication européenne.

Mais surtout, le récit mobilisateur et fédérateur de l’Europe doit être profondément revu. Il s’agit de redéfinir les finalités et les priorités en vue du prochain scrutin européen ; ainsi que les modalités pour faire prévaloir le respect de la diversité sans antagoniser et la quête de l’unité sans indifférencier. Les 5 scénarios du Livre blanc de la Commission européenne ne sont pas d’une grande clarté pour le grand public. Un effort de pédagogie est indispensable.

La voie est particulièrement étroite.

Sortir de l’économisme, de la prééminence des échanges marchands et de la loi de marché

Au sujet de l’économisme et de la nécessité d’en sortir, qui a longtemps plombé l’Europe auprès du public, on peut dire que dans les faits, c’est fait, mais dans les têtes, on en est loin. C’est la 2nde priorité de la communication européenne qui ne doit pas s’endormir sur ses lauriers en imaginant qu’aucun « service après-vente » des nouvelles et nombreuses politiques publiques européennes n’est pas nécessaire.

D’une certaine manière, l’autre Europe – qui plaidait pour que l’UE ne soit pas qu’un projet économique et financier, longtemps fantasmée par une large partie de la classe politique française – est là, sous nos yeux, en grande partie devenue la réalité :

  • « l’Europe régalienne » : défense, migration, sécurité, lutte contre le terrorisme – tout cela fait dorénavant partie du quotidien des institutions européennes ;
  • la politique de cohésion, le 2e budget de l’UE après la PAC est de plus en plus perçue comme la « politique sociale » de l’Europe auprès des territoires en difficultés.

En somme, dans la dialectique entre préserver et bouleverser, la communication européenne doit parvenir à certaine quadrature du cercle en parvenant à préserver l’acquis communautaire, en sortant du cercle vicieux de l’UE cantonnée dans la case « TINA : There is no alternative » et en brisant l’intégration uniformisatrice à marche forcée.

Réussir le multilinguisme

La 3e résolution devrait être une évidence, mais il convient de la rappeler tant la définition d’Humberto Eco n’est plus respectée par les institutions européennes : la langue de l’Europe, c’est la traduction. Donc, souhaitons que dès cette année, il soit fait un usage systématique et immédiat de toutes les langues européennes pour toute communication importante.

Le Brexit aura-t-il le résultat paradoxal d’instaurer une victoire « posthume » à l’anglais comme langue vernaculaire de l’UE pour les débats et les réunions communautaires ?

Pourquoi et comment réussir le multilinguisme ? Parce que le multilinguisme permet de fuir toute figure d’autorité, tant « sachante » qu’institutionnelle – qui sont de plus en plus exécrées par le public. Parce que le multilinguisme permet de mettre l’accent sur une communication de proximité, à visage humain, de nature non seulement à sensibiliser, expliquer mais aussi écouter et partir de la base en délocalisant le débat au plus près des populations et en laissant parler les gens pour que chacun se sente partie prenante et coresponsable.

Accomplir vraiment une communication à la fois centrale et au cœur des territoires

La 4e résolution pour la communication européenne porte sur son articulation entre Bruxelles et le reste de l’Europe, autrement dit, toute l’Europe.

Au niveau central, il convient de rendre plus intelligible le message de l’UE et tenter de davantage se connecter avec les leaders d’opinion et les décideurs dans les espaces publics nationaux tandis qu’au cœur des territoires, l’essentiel de la communication devrait être réalisée.

A tout prix, il faut éviter la confusion entre l’Europe et les institutions européennes : on entend souvent à Bruxelles, ville des négociations entre Européens qui si vous n’avez pas accès au menu, c’est que vous êtes sur la carte – autrement dit que vous pouvez vite changer de statut.

Pour reprendre cette métaphore du repas, en matière de communication européenne, les gens sont plus intéressés par ce qu’il y a sur la table « l’Europe », que ce qu’il y a dans la cuisine « les institutions européennes ».

Rebondir face à l’écosystème des nouveaux médias

La 5e résolution vise à ce que la communication européenne parvienne à s’inscrire pleinement dans le paysage médiatique le plus contemporain, ce qui veut dire :

  • Jouer la carte des nouveaux acteurs, tester des nouveaux formats comme les stories ;
  • Entrer dans le quotidien de la vie des gens via des communautés d’intérêt…

Cette capacité à rebondir face aux nouveaux médias repose sur la maîtrise des exigences médiatiques de rapidité et de simplification qui sont deux qualités indispensables pour la communication européenne.

Franchir le cap de la créativité, de l’émotion, de la gamification

La 6e résolution porte sur un enjeu mille fois entendu. Franchir le cap de la créativité, de l’émotion et/ou de la gamification est à la fois une question de relation, c’est-à-dire que la communication doit faire face à la désorientation liée aux transformations qui déboussole tout le monde et, en même temps, d’incarnation, de mise en scène, de spectaculaire, d’émotionnel sans démagogie, sans caricature, et surtout sans travestissement des valeurs.

Ce cap ne sera pas franchi tant que la communication européenne ne saura pas prendre le risque d’aborder des sujets de fond, liés aux habitudes, aux valeurs, à l’identité de nations très diverses, donc à toucher le dur des opinions publiques européenne.

Saisir l’air du temps

Dernière résolution, la communication européenne doit apprendre à saisir l’air du temps, non pas uniquement au sens des tendances créatives comme par exemple le retour et l’attachement aux emblèmes mais au sens de savoir donner des repères et une identité, qui s’inscrire dans le paysage fragmenté, facturé des sociétés européennes tout en parvenant à poser des éléments qui résistent à la durée du temps qui passe. 

En conclusion, une communication européenne réussie, c’est la somme de toutes ces résolutions, en vue d’un véritable dialogue des citoyens européens entre eux autour de leurs visions de l’UE, de son sens et de ses solidarités.

Feuille de route pour la communication sur l’Europe des institutions de l’UE

Une étude prospective de la commission Culture et Education du Parlement européen formule des recommandations pour améliorer la stratégie de communication sur l’Europe à ses citoyens, en informant et en engageant ses citoyens ainsi qu’en promouvant le travail de l’UE.

Mettre l’accent sur l’importance d’engager un dialogue avec des citoyens responsabilisés, de développer une sphère politique et publique européenne et interconnectée, et de communiquer en partenariat

En termes d’objectifs, les institutions européennes doivent poursuivre la démarche de s’engager localement dans des dialogues avec les citoyens tout en continuant l’ambition de développer une sphère politique et publique interconnectée.

S’agissant des publics, les institutions de l’UE doivent davantage inclure une planification stratégique pour différencier les groupes cibles, en tenant compte :

  • des cultures nationales ;
  • des orientations intellectuelles entre valeur/opinion et vision économique/pragmatique ;
  • des cohortes générationnelles ;
  • des dispositions entre attitude passive et communication active dans les médias sociaux.

Repenser les canaux de communication en fonction des usages :

  • Les segments d’audience plus jeunes ne se tournent plus vers les médias traditionnels tels que la télévision ou les journaux. Les auteurs du rapport précisent que la couverture des affaires européennes par les médias traditionnels servira de plus en plus un public vieillissant.
  • Reconsidérer la manière dont l’Europe est présentée sur Internet, en utilisant les médias sociaux et en mettant l’accent sur les consultations mobiles, donc en suivant de près les nouveaux développements, comme les stories.

Évaluer le rapport coût-efficacité des services de communication et des instruments en place : portée et impact. S’ils servent tous le même public d’« élites », il convient de reconsidérer soigneusement la valeur ajoutée apportée par la communication plus traditionnelle (par exemple, le financement des chaînes de télévision et de radio, l’une des catégories de coûts les plus chères). Une plus grande utilisation d’Internet et des médias sociaux pourrait entraîner des économies dans le budget de communication.

Mieux cibler les efforts de communication et éviter une approche unique

Porter une attention particulière aux jeunes. Les jeunes sont le groupe le plus touché par les défis actuels de l’UE, les plus inquiets, les plus éduqués et les plus frustrés par la crise économique et financière. Cette génération est la plus reconnaissante de l’Europe, mais elle risque de perdre son soutien, compte tenu de toutes les pressions auxquelles elle est confrontée. La crise a réduit l’appréciation de l’Europe. Cependant, c’est exactement la raison pour laquelle les problèmes à long terme rencontrés par ces jeunes doivent être abordés au niveau politique.

Mieux adresser les non-votants et les groupes privés de leurs droits. Généralement, ces groupes ont un faible statut économique, des intérêts localisés étroits, manquent de mobilité sociale et font face à une insécurité sociale générale. De plus, ces groupes constituent un vivier pour le populisme et, en particulier, sont susceptibles de partager une pensée anti-européenne.

Etablir une distinction claire entre la communication pour informer et la communication pour engager

Comme c’est le cas pour toutes les administrations publiques, les institutions de l’UE devraient veiller à ce que les citoyens aient facilement accès à des informations neutres et objectives sur les aspects institutionnels de l’Union et ses résultats politiques. C’est une fonction de base que les institutions devraient remplir. Néanmoins, il ne faut pas s’attendre à ce que ces efforts de communication conduisent à plus d’engagement (en tenant compte des limites de la communication traditionnelle).

Il appartient aux politiques et à la société civile de promouvoir l’Europe et d’impliquer les citoyens dans les affaires européennes, avec ou sans financement des programmes de l’UE. Ces acteurs peuvent adopter un style plus ou moins implicite ou explicite de promotion de l’UE, des valeurs européennes, des produits, etc. Ces activités de financement de la mobilité et des événements et festivals politiques / culturels / sportifs devraient faire en sorte que l’Europe fasse l’objet de débats, de reportages et d’attention publique. Ici, les conflits et les conflits d’opinions sont des ingrédients importants.

Repenser le contenu et le ton de la communication afin d’établir une meilleure connexion avec les citoyens

Rendre les messages de communication moins techniques et moins formels tout en fournissant plus d’informations générales. Les modèles de communication émanant des institutions de l’UE ont tendance à expliquer et à transférer les décisions et les problèmes dans leur cadre d’origine (juridique, économique, technologique, etc.). Les effets pratiques, quotidiens et directs de la prise de décision de l’UE, sur place et là où vivent les citoyens, ne sont que rarement visualisés.

Par conséquent, ces lacunes dans la qualité de l’information doivent être traitées, notamment via des « tests d’audience » pour toutes les communications importantes. En outre, il conviendrait de mieux utiliser les preuves tangibles montrant la valeur ajoutée de la coopération européenne, telle que celle recueillie dans les études sur les coûts de la non-Europe, ou sur l’impact local du marché unique, de la réglementation et programmes de financement.

Les efforts devraient être accrus pour présenter plus de toute la structure de l’iceberg et pas seulement son extrémité.

Mieux adapter les messages au contexte national et mieux expliquer pourquoi certaines politiques fonctionneront dans un pays donné.

Diversifier l’information pour différents groupes cibles : ceux qui sont des initiés (décideurs ou techniciens), des représentants d’entreprises et des citoyens.

Investir dans une communication basée sur l’action, en engageant réellement les citoyens de l’UE, et augmenter sa portée

Augmenter les allocations budgétaires pour des programmes tels que Citoyenneté, Erasmus +, Europe créative et autres stimulant l’interaction entre les citoyens à travers les frontières, car ces programmes sont beaucoup plus efficaces pour engager les citoyens vers l’UE que les campagnes de communication verbales.

Investir dans les programmes scolaires et la formation des enseignants pour faire en sorte que les jeunes se familiarisent avec l’Europe dès leur plus jeune âge. La plupart des pays ont intégré le sujet de l’Europe dans leurs programmes nationaux, mais dans une plus grande mesure que d’autres. Les bonnes pratiques entre les pays devraient être partagées, et davantage d’enseignants devraient participer aux actions de mobilité.

Doter les institutions de l’UE d’un « visage humain » en demandant aux Commissaires et aux hauts fonctionnaires de visiter les États membres et de participer à des manifestations publiques au lieu de rester dans la « bulle bruxelloise »

Cela devrait également s’appliquer dans certains cas à tout le personnel, qui devrait être mieux formé à la manière de communiquer les politiques et les valeurs de l’UE aux différents groupes cibles (aux citoyens de l’UE mais aussi aux médias). Les fonctionnaires qui ne travaillent pas pour la communication des institutions de l’UE, sont souvent des spécialistes et ont du mal à communiquer les politiques en dehors de l’organisation.

Améliorer la coopération entre les institutions de l’UE et entre les sous-unités au sein des institutions dans le domaine de la communication sur l’Europe, tout en respectant la diversité et le rôle spécifique des institutions

Améliorer la coordination entre les institutions de l’UE (mais aussi entre les DG et les programmes de financement de l’UE). Développer une refonte de la stratégie de communication pour toutes les institutions en même temps, et mettre en place un groupe de travail pour le faire dans les années à venir. Assurer un meilleur partage des bonnes pratiques en matière de sensibilisation à l’Europe. Coopérer à la mise en œuvre des recommandations.

Au total, avec un tel programme, les institutions européennes ont leur feuille de route écrite pour les prochaines années afin d’améliorer vraiment la communication sur l’Europe, en particulier auprès des citoyens.

Défis et opportunités de la communication de l’Union européenne

Lors de la 8e conférence Europcom, le rendez-vous annuel des communicants européens, l’Ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne de 2014 à 2017 Anthony Luzzatto Gardner est intervenu dans un discours d’ouverture plein d’inspiration…

Quel discours sur l’Europe ?

Non sans humour, l’ex-ambassadeur américain revient sur l’un des discours du président Obama qui a su porter un message sur les avantages de l’intégration européenne que la plupart des responsables politiques européens et nationaux échouent à communiquer :

Une Europe forte et unie est une nécessité pour le monde entier. L’Europe reste vitale pour notre ordre international. L’Europe aide à maintenir les normes et les règles qui peuvent maintenir la paix et promouvoir la prospérité dans le monde.

Votre accomplissement – plus de 500 millions de personnes parlant 24 langues dans 28 pays, 19 avec une monnaie commune et l’Union européenne – reste l’une des plus grandes réussites politiques et économiques des temps modernes.

Allocution du président Obama devant les peuples d’Europe à Hanovre le 25 avril 2016

« C’était un discours formidable, mais il y avait un seul problème : il aurait dû être prononcé par un politicien européen, pas par le président des États-Unis. Aucun politicien européen ne donne des discours comme ça. Malheureusement, nous n’avons plus de président aux États-Unis qui prononce des discours comme celui-là non plus. »

A contrario, les discours des responsables nationaux et européens sont pleins de mots défensifs qui mettent l’accent sur la protection contre les menaces et le changement. L’Europe ne peut pas inspirer un sentiment de solidarité avec un récit défensif.

Les histoires personnelles et les images sont des outils puissants. Par exemple, la comparaison de l’UE à une fenêtre est éclairante : invisible dans la plupart des cas mais visible quand elle est obstruée ou cassée.

Les faits ne suffisent pas. Quand la passion rencontre les faits, la passion l’emporte presque toujours. Nous avons besoin de passion pour soutenir nos arguments. Contrairement à l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt qui dit « quiconque a des visions devrait aller chez le médecin », nous avons besoin de vision pour inspirer et justifier le sacrifice pour le bien de tous.

Quels messages de l’Union européenne ?

C’est facile. Tous les domaines dans lesquels les Etats-Unis reculent et où la fierté européenne devrait être à la hauteur de la place de l’UE comme l’un des acteurs les plus importants du monde dans ces domaines : aide au développement, aide humanitaire, changement climatique, bonne gouvernance et la protection de l’ordre multilatéral fondé sur des règles.

Dans de nombreux domaines, l’UE agit comme un « multiplicateur de force » des États membres :

  • Dans le commerce mondial, où l’UE possède l’expertise et le pouvoir de négociation nécessaires pour parvenir à des accords de libre-échange équilibrés ;
  • Dans l’industrie contre les distorsions du commerce international ;
  • Dans l’aide au développement et l’aide humanitaire, où l’UE peut assurer la cohérence et l’efficacité des programmes à long terme ;
  • En matière de sécurité énergétique, où l’UE a favorisé l’intégration des marchés de l’électricité et du gaz ;
  • Dans la protection des frontières extérieures…

Les messages positifs ne se vendent pas tout seuls. Ils doivent être promus. Il est inutile de faire du bon travail si peu de gens le savent. La pédagogie doit être portée par les bons messagers, des tiers qui inspirent confiance : ce qui est important n’est pas ce que vous dites, mais ce que les gens entendent.

Quels défis pour la communication ?

D’abord, la communication européenne devrait être moins timide. L’UE devrait cesser de soutenir des acteurs de la société civile qui sapent le message de l’UE.

Trop longtemps, l’UE a poursuit une politique de non-réfutation : ne pas répondre aux inexactitudes dans les médias, alors que quand il n’y a pas de réfutation, les faussetés deviennent acceptées comme des faits.

Ensuite, les États membres compliquent les efforts visant à communiquer efficacement sur l’Europe et les institutions de l’UE. Les États membres ne se considèrent pas comme des actionnaires dans un projet commun et considèrent l’UE ou parlent de l’UE comme s’il s’agissait d’une force étrangère qui fait des choses (généralement négatives) aux États membres.

Trop longtemps, le « blame game » contre Bruxelles pour tout ce qui est difficile ou mauvais, tout en s’appropriant tout le crédit pour les choses qui vont bien a été un des discours les plus insidieux.

L’accusation d’un programme économique « ultra-libéral » selon lequel, les peuples d’Europe ont souffert des vents froids de la mondialisation et du libre-échange par le choix de bureaucrates non élus, plutôt que par des nécessités économiques est l’un des principaux défis de l’UE pour expliquer que la mondialisation est une réalité et que l’UE fournit aux États membres et à ses citoyens les outils nécessaires pour mieux gérer la mondialisation. Le projet européen et les institutions européennes ont contribué de manière significative à la création d’une zone de démocratie, de stabilité et de prospérité qui fait l’envie du monde entier.

Enfin, l’Europe cherche généralement à communiquer son but avec les invocations rituelles des 70 ans de paix après la Seconde Guerre mondiale. Mais peut-être l’Europe devrait prendre au sérieux l’idéal européen d’une partie de la jeunesse, notamment des pays voisins. L’Europe peut et doit présenter des arguments plus solides à la jeunesse européenne, qui peut considérer la paix comme acquise.

Quelles opportunités pour les actions et outils de communication ?

Les outils de communication doivent clairement changer. Les institutions européennes connaissent-elles vraiment l’impact des euros qu’elles consacrent à la communication – par thème et par canal ?

Un tel audit permettrait d’investir en fonction de l’impact réel, de prendre en compte l’évolution de la consommation des médias : moins de TV, beaucoup moins de presse et beaucoup plus de vidéos en ligne et de médias sociaux. Les institutions européennes devraient investir dans les médias sociaux, y compris via de courts clips vidéo dans les tweets.

Les relations avec les médias doivent également évoluée afin que les affaires européennes fassent partie du débat national. Davantage de ressources devraient être consacrées à la formation des journalistes nationaux aux affaires de l’UE afin d’assurer que davantage de nouvelles nationales incluent les affaires européennes. Les articles de l’UE ne devraient pas seulement être écrits par des journalistes postés à Bruxelles pour se concentrer sur les affaires européennes. Ce devrait être un sujet pour tous les journalistes.

Les messages doivent changer pour se concentrer sur deux thèmes essentiels, qui doivent être répétés dans tout ce que fait l’UE : la sécurité (physique et économique) et le choix à moindre coût et immédiat.

Pourquoi ne pas reprendre les obligations de communication imposées aux bénéficiaires des fonds européens dans d’autres domaines comme l’interdiction des frais d’itinérance pour les téléphones portables, la portabilité des données pour les sites de contenu en ligne (tels qu’Apple iTunes, Amazon, Netflix), la garantie de dépôt de 100 000 euros, les garanties de confidentialité avec le droit à l’oubli et les limites d’utilisation, les mesures de sauvegarde et les droits antidumping…

En résumé, il n’y a jamais eu de moment plus urgent pour les institutions de l’UE pour renforcer les messages positifs sur les contributions de l’UE à la paix, la stabilité, la démocratie, la sécurité, la prospérité et le choix.