Faut-il aussi un plan de relance pour la communication européenne ?

Plongée dans le chaos, la communication européenne, hoquetant au gré des décisions nationales de lutte contre la pandémie du Covid ou encore les négociations budgétaires entre les États-membres, a vu son crédit particulièrement endommagé cette année. Comment redonner un nouveau souffle ?

Contre les veilles recettes et les promesses au coin de la rue

Il ne s’agit plus de « vendre » l’idée d’Europe par une information de masse dont les publicitaires ou les médias, notamment télévisuels, maitrisaient tantôt la pratique. L’époque des mass-médias est largement morte et enterrée au profit d’un engagement permanent, avec le poids massif acquis par les médias sociaux.

La promesse jadis de placer les citoyens au cœur du débat européen est devenue en ligne une réalité quotidienne qui dépasse des institutions européennes qui doivent s’adapter en urgence.

Il ne s’agit plus de « promouvoir » les politiques européennes, chacune conduite séparément, mais bien de faciliter le débat partout en cours sur la pertinence de l’action, sur leur légitimité et sur leur utilité pour les nouvelles phases de “gouvernance” de l’Union européenne.

La promesse d’une énième conférence sur l’avenir de l’Europe, surtout sans innovation démocratique est un hochet d’un maniement sensible quand la crise gronde et que les solutions divergent.

Il ne suffit plus d’éduquer à l’Europe des citoyens mal informés, quand la circulation des informations et des fake news est exponentielle et que la croyance individuelle à détenir la vérité voir des vérités alternatives rabat violemment les cartes des connaissances sur l’Europe que des millions de citoyens s’approprient à leur manière, très différente de celle des connaisseurs de l’UE.

La promesse d’entendre les Européens dans leurs situations quotidiennes, idéalement de les écouter en les faisant participer à la préparation de l’action publique menée en leur nom est d’une actualité brulante.

Il ne suffit plus comme le font les institutions depuis quelques vingt ans, de persévérer dans des plans d’action pour une meilleure communication de l’Europe autour d’intentions bonnes de coordonner les activités de communication pour optimiser les efforts et mieux utiliser les moyens de communication.

La promesse de plans internes et d’objectifs de mutualisation ou de standardisation, voire d’auto-régulation n’est plus à la hauteur des enjeux technologiques et pédagogiques actuels.

Renoncer à ces vieilles recettes suggèrent que pour toucher le grand public, il est temps de faire une vraie relance de la communication européenne.

Une communication de l’Europe plus que jamais appelée à faire ses preuves

Aujourd’hui, le contexte mondial et les craintes sociales incitent à bouleverser les idées reçues sur la relation par laquelle les citoyens peuvent adhérer à un projet européen. Les temps de crises accentuent les doutes, les interrogations et les demandes d’explication sur les décisions. Les crises paraissent œuvrer pour une plus grande cohésion européenne, face à la gravité des situations. Mais – très vite – la disparité des intérêts déstabilisent la crédibilité des messages.

La principale problématique aujourd’hui de la communication européenne, c’est de retrouver du crédit, de devenir plus crédible auprès des ses parties prenantes en priorité du grand public plus généralement. Si le discours sur l’état de l’Union de la présidente de la Commission européenne donne une cohérence ponctuelle, l’activité quotidienne et les multiples effets d’annonces la réduisent en cendre. Il faut sans cesse renouveler l’effort de clarté, de lisibilité.

La distance entre l’UE et les citoyens est un autre serpent de mer. L’UE doit se reconnecter au réel, donc elle doit répondre davantage aux attentes de valeurs et ne peut plus être à l’écart des évolutions sociétales. Le sens doit diriger les prises de parole.

La surinformation, de la part des institutions européennes qui multiplient les communiqués paradoxalement crée chez les journalistes et ceux qui veulent de bonne foi suivre l’actualité de l’UE de l’anxiété, une sorte de débordement cognitif. Cette logique de « carpet bombing » est tout sauf une stratégie : plus on bombarde ses cibles, plus on risque par susciter le rejet, le dégoût. L’essentiel doit guider les propos.

La spécificité de la relation entre l’UE et les citoyens ou la communication européenne demeure trop de conviction, souvent curative, défensive, poussive et en fin de compte peu crédible n’est plus adaptée à l’ère numérique. Plus la communication est descendante, longue et fastidieuse, moins elle est consommée. Plus la proximité et l’intérêt humain sont présents, et plus l’attention sera captivée. En somme, les vertus cardinales de cette rentrée devraient être : sincères, authentiques, engagés et empathiques.

Face aux crises, il est urgent de repenser la communication européenne pour s’ouvrir et s’adapter à une authentique société de communication.

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