Quelle Europe devrait-être communiquée ?

Au fur et à mesure que les crises européennes de basse et de haute intensité s’enchaînent (Brexit, migrants, illibéralismes, budgets de l’UE et de la zone euro…), l’impression indistincte s’installe que si l’on parle de plus en plus d’Europe, on en parle également de plus en plus mal. Alors, que devrait faire la communication européenne ?

La pédagogie de l’Europe par la preuve

En cette période de tensions, il n’est pas inutile de se rappeler que toutes les enquêtes d’opinion mesurent qu’une majorité des citoyens européens dans tous les États-membres se prononcent pour rester dans l’Union européenne et dans une moindre mesure pour approuver et/ou faire confiance aux institutions européennes. Ces sondages indiquent également que des majorités se dessinent pour regretter de ne pas être suffisamment bien informés et souhaiter être davantage et mieux informés.

La main tendue des Européens, si elle n’est pas saisie, risque de se retirer.

Il est à craindre, dans un avenir plus ou moins proche, que cette corrélation se dégrade. Autrement dit, le risque est fort que la frustration liée à une mésinformation sur l’Europe conduise à une défiance renforcée ou que la perte de confiance se développe à mesure que la méconnaissance et le désintérêt progressent. L’heure n’est plus à réenchanter la flamme européenne mais à s’assurer qu’elle ne s’éteigne pas.

A quoi devrait donc servir la communication européenne ?

Contribuer à faire la démonstration de l’utilité et de la nécessité du projet européen non plus seulement de manière argumentative pour convaincre sur un plan politique ou électoral mais surtout pratique, quotidienne, par des résultats concrets sur le terrain, seuls susceptibles de faire changer durablement les opinions publiques qui ne se laisseront pas séduire par des beaux discours ou de belles campagnes avec des arguments creux.

D’une certaine manière l’ambition de la communication européenne doit être d’autant plus grande afin de renouer avec tous les Européens, en sortant des seuls cercles d’initiés et d’affidés qu’elle vise du coup à reprendre à la base tous les fondamentaux en partant des évidences matérielles et culturelles de la réalité européenne, en fuyant les controverses stériles et artificielles. Quand la construction se lézarde et se fragilise, il ne s’agit pas de replâtrer les murs mais de conforter les fondations, le seul chantier vraiment prioritaire.

Le dialogue sur l’Europe avec les citoyens

Alors que les opportunités de contacts avec le public se sont très largement multipliées avec le développement des nouvelles technologies, des nouveaux médias, des nouveaux influenceurs digitaux, etc. ; la communication européenne doit là encore faire le ménage entre l’essentiel et l’accessoire.

La priorité de la communication européenne réside dans toutes les occasions d’aller à la rencontre des Européens, sur tous les territoires et auprès de tous les publics pour appréhender ce qu’est l’Europe pour eux dans leur vie quotidienne afin de donner du sens.

Qu’est-ce que l’Europe devrait dire aux Européens ?

Sur la forme, nulle besoin de suivre les conseils des gourous ou des spin doctors, revenons à l’art poétique de Boileau, ou malheureusement les propos sur l’Europe sont d’autant plus obscures et inaudibles qu’ils masquent une vérité que l’on ne veut pas dire ou que l’on n’est plus capable de formuler :

Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement / Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Par voie de conséquence, la communication européenne devrait être plus modeste : apprendre à parler autrement de l’Europe, de manière plus authentique, plus naturelle, plus simple mais aussi savoir partager les bonnes pratiques, sortir des cadres contraignants de l’agenda médiatique, du catalogue institutionnel ou du programme législatif et donner la parole aux bons médiateurs, en particulier les élus locaux dont les responsabilités en matière européennes sont essentielles et concrètes autour de projets d’investissement d’avenir à échelle humaine.

Au total, seule une communication européenne en même temps plus ambitieuse, pour sa mission et ses publics et plus modeste, dans ses messages et ses outils devrait parvenir à toucher sensiblement le grand public.

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