Les ONG, nouveau public européen pour l’UE avec la future « maison européenne de la société civile » ?

D’ores et déjà, un guichet unique virtuel existe pour faire respecter les droits des citoyens européens et soutenir l’initiative citoyenne européenne. En 2013, un budget de 250 000 euros prévoit la mise en place d’un lieu physique : « la maison européenne de la société civile ». Que fait l’UE pour faciliter l’activité européenne des ONG ?

Un centre européen de conseils et de ressources pour les organisations de la société civile

Destiné à devenir « un espace convivial pour le brainstorming, l’échange des idées et la mise en réseau des citoyens préoccupés par l’avenir de l’Europe », la maison européenne de la société civile vise à favoriser la participation civique des citoyens et des organisations de la société civile à la construction européenne.

Au sein de la bulle européenne à Bruxelles, les citoyens et la société civile n’ont pas leur propre espace. Les organisations de la société civile se sentent exclues en termes d’accès aux financements européens, de partage des meilleures pratiques et de réseautage d’autant que les intérêts économiques sont hyper représentés avec 15 000 lobbyistes auprès de l’UE.

La maison européenne de la société civile vise à combler ce fossé et à devenir le point focal de la société civile européenne qui n’est pas encore représentée à Bruxelles, afin d’engager « les non alignés » dans la machine européenne.

Missions de la maison européenne de la société civile

Aux missions existantes d’aide pour les citoyens afin de se faire entendre et d’influencer le processus décisionnel de l’UE et de participation civique à des activités de dialogue, de réseautage et d’« inter-fécondation » de projets communs, la maison européenne de la société civile consistera également selon les termes issus de la négociation budgétaire (cf. p. 7) :

  • Élargir la base d’un partenariat avec les principales organisations de la société civile au niveau européen ;
  • Mettre en œuvre des consultations larges et des activités de sensibilisation auprès des citoyens afin de « développer les partisans » et de créer un environnement propice au fonctionnement et à la définition de services pour le bénéfice des communautés et des citoyens européens ;
  • Utiliser les locaux physiques pour les organisations de la société civile à Bruxelles en vue du partage d’équipements et de savoir-faire afin d’assurer une place à l’échelle européenne aux citoyens et débattre entre eux et avec les institutions européennes.

Au total, avec la future maison européenne de la société civile, l’UE vise à inclure davantage la société civile comme public légitime au fonctionnement institutionnel européen. Reste à savoir quels seront les bénéfices concrets pour les citoyens européens.

Quand l’UE veut faire le branding d’un nouveau récit sur l’Europe

Conscient que l’UE est au milieu d’une crise grave et que le soutien des citoyens est à son plus bas record, la Commission européenne estime qu’il y a « un besoin urgent pour un nouveau récit sur l’UE ». Le projet-pilote : «The branding of a new narrative on Europe » y répond et vise – en toute modestie et pour 500 000 euros – à faire « survivre l’UE » et « regagner la confiance des citoyens dans l’UE »…

Créer la nouvelle identité de marque de l’Europe

Le projet pilote va initier un processus de « branding » de l’UE où des personnalités éminentes et des leaders d’opinion du secteur de la création seront réunis pour élaborer un nouveau récit sur l’Europe.

La tâche sera de « réinterpréter le récit existant de la paix par le commerce au-delà des frontières » et d’« identifier une nouvelle vision de l’UE qui n’est pas seulement sur l’économie et la croissance, mais aussi sur l’unité culturelle et les valeurs.

Selon la présentation du projet-pilote, « ceci est nécessaire pour que les citoyens croient dans le projet de l’UE » et pour renforcer le soutien du public pour l’UE.

Mobiliser des professionnels de la publicité pour le re-branding de l’Europe

Le processus devrait être régie par des professionnels des marques qui s’assureront que les travaux et les résultats du groupe soient effectués de manière contrôlée.

Le groupe examinera ce que la perception actuelle de l’Europe est et fera des suggestions concrètes sur la façon de créer une nouvelle identité de marque de l’Europe contenant un nouveau récit.

Ce récit doit correspondre aux valeurs de base et à l’histoire de l’UE et décrire les aspects culturels qui unissent les citoyens en Europe.

Objectifs du projet pilote :

  1. Produire un nouveau récit sur l’Europe fondé sur le récit de la paix par le commerce.
  2. Créer un récit qui placera l’Europe dans un contexte global conforme au nouvel ordre international.
  3. Raviver l’esprit européen et rapprocher l’UE de ses citoyens.
  4. Afficher la valeur de l’UE auprès de ses citoyens.
  5. Identifier les valeurs culturelles qui unissent les citoyens au-delà des frontières.

Dans le cadre de la négociation budgétaire avec le Parlement européen (cf. p. 44), il est suggérer qu’il faudra créer un comité culturel pour l’organisation d’un événement de lancement, trois événements majeurs afin de discuter et de faire connaître le manifeste final issu des travaux.

Au total, il s’agit d’un projet-pilote un peu démiurgique qui intrigue plus qu’il ne convainc. Affaire à suivre.

Chiffres clés des audiences du portail europa.eu

Le portail europa.eu – l’un des sites publics les plus anciens et les plus important dans le monde – est le nom de domaine officiel de toutes les institutions de l’Union européenne. Que faut-il en retenir ?

Les données communiquées par l’UE : 30 millions de visites mensuelles

Dans un appel d’offre en 2011 sur le portail, quelques chiffres ont été communiqués par la Commission européenne, notamment :

  • plus de 7 millions de pages
  • 4 millions de fichiers PDF.

L’audience décrite par la Commission européenne correspond à : « des fonctionnaires, nationaux, des avocats, des universitaires, des journalistes, des étudiants, des chercheurs, des ONG, le monde des affaires, les organisations professionnelles, et autres citoyens intéressés ». Curieusement, les fonctionnaires européens ne semblent pas faire parti de la liste.

Les données publiées par Alexa : 930e site mondial

Alexa, une entreprise spécialisée dans les données en ligne, fournit des chiffres sur le portail europa.eu. Quoique le chiffre de l’audience global ne soit pas connu, la place du portail dans le web mondial indique qu’il fait partir des 1000 premiers sites mondiaux.

Au-delà de la prépondérance logique de la Belgique qui classe europa.eu au 60e rang mondial (pour 7% de l’ensemble de la fréquentation), les autres États-membres se distribuent plus ou moins logiquement selon leur démographie, sans oublier le reste du monde :

  • Espagne : 7,4% du trafic et 299e rang mondial ;
  • Allemagne : 6,1% du trafic et 604e rang mondial ;
  • Italie : 6,1% du trafic et 365e rang mondial ;
  • France : 5,7% du trafic et 638e rang mondial ;
  • Royaume-Uni : 4,9% du trafic et 619e rang mondial ;
  • Pologne : 4,5% du trafic et 426e rang mondial…

Le classement des sites de destination des audiences révèle une hiérarchie des sites de l’UE où la Commission européenne capte 55% du trafic contre seulement 5% pour le Parlement européen :

  • 55.24% du trafic : ec.europa.eu, le domaine de la Commission européenne ;
  • 18.31% : europa.eu, les pages inter-institutionnelles avec notamment la newsroom pour les actualités et le recrutement ;
  • 9.48% : eur-lex.europa.eu, le droit de l’UE ;
  • 5.60% : europarl.europa.eu, le domaine du Parlement européen ;
  • 1.88% : ted.europa.eu, les appels d’offre de l’UE ;
  • 1.81% : consilium.europa.eu, le Conseil de l’UE ;
  • 0,35% : european-council.europa.eu, le Conseil européen ;
  • 0,30% : europarltv.europa.eu, la webTV du Parlement ;
  • 0,11% : ombudsman.europa.eu, le médiateur européen ;
  • 0,07% : open-data.europa.eu…

Les mots clés utilisés par les internautes dans les moteurs de recherche pour accéder aux pages du portail europa révèlent les « marques » de l’UE (principaux programmes, institutions ou législations) : eurasmus, europass, eures, eurostat, euro, eba, digital agenda, reach, life, 2020…

audience_demographics

La description des audiences par Alexa complète la liste de la Commission européenne : comparativement aux moyennes Internet, les utilisateurs ont un niveau d’éducation postuniversitaire et tendance à se composer de personnes de race blanche, plutôt des hommes accédant à europa.eu depuis leur travail.

Au total, les chiffres clés sur les audiences du portail europa.eu décrivent les publics captifs, essentiellement pour des raisons professionnelles, de l’UE en ligne.

Fantasmes et réalités des médias sociaux pour communiquer sur l’Europe auprès des citoyens

Deux enquêtes Eurobaromètre publiée concomitamment apportent un éclairage complémentaire : loin des fantasmes sur la  soi-disant puissance des médias sociaux, la réalité de leur impact auprès des citoyens apparaît… Quelles sont les pratiques des citoyens européens sur les affaires de l’UE dans les médias sociaux ?

Les médias sociaux : une solution très partielle pour informer les citoyens français sur l’UE

Dans un focus français sur les résultats de l’Eurobaromètre Standard 78 / Automne 2012 faussement titré « L’accès à l’information sur les questions européennes : les réseaux sociaux, une solution ? », le détail se révèle beaucoup plus circonspect.

Parmi les sources d’information sur les affaires européennes, Internet est le dernier canal évoqué par les citoyens (10%), face à l’hégémonie traditionnelle de la télévision (54%) loin devant la radio et la presse.

« Si Internet s’avère donc être une source potentiellement utile d’information, les réseaux sociaux ne sont cités que par 8% des Français », selon le rapport. Et ce n’est pas tout, puisque les médias sociaux sont perçus « davantage comme un moyen d’expression que comme une source d’information à proprement parler ».

La conclusion du rapport – diamétralement opposée avec le titre de celui-ci – convient logiquement que « le problème de fiabilité et de confiance (majoritaire dans l’opinion et surtout chez les utilisateurs quotidiens d’Internet) dans l’information venant des réseaux sociaux souligne que ces outils, s’ils peuvent constituer un élément de la réponse à apporter au manque d’information ressenti par une grande majorité des citoyens, ne sauraient en aucun cas, à l’heure actuelle, constituer le seul média de référence pour les questions européennes ».

Les médias sociaux : une activité très limitée pour participer aux affaires européennes

Dans un Eurobaromètre consacré à « l’engagement des citoyens européens dans la démocratie participative », les résultats concernant les médias sociaux corroborent la conclusion timorée quant à leur potentiel auprès des citoyens.

Interrogés sur leur pratique en matière de démocratie participative, les citoyens européens indiquent que les pétitions (papier ou en ligne) sont la principale voie par laquelle ils cherchent à directement influencer le processus décisionnel politique. Et pourtant, seulement un tiers (34%) des citoyens européens disent qu’ils ont signé une pétition dans les deux dernières années. Toutefois, la proportion de personnes qui ont fait cela varie considérablement, passant de 53% au Royaume-Uni à 7% à Chypre.

Sinon, l’engagement des citoyens européens dans les médias sociaux se traduit par l’expression d’opinion en ligne pour 28% d’entre eux.

Certes, il ne faut pas en conclure que les médias sociaux sont inutiles et dérisoires pour communiquer sur l’Europe auprès des citoyens. Mais, il est clair qu’une juste place – à affiner en fonction des sociétés en Europe – doit leur être accordée pour sensibiliser le grand public aux affaires européennes.

Années européennes, l’archétype des campagnes de communication de l’UE ?

Tant par leurs qualités que par leurs défauts, les Années européennes sont à ce jour les campagnes de communication de l’UE les plus avancées. Quelles en sont les principales caractéristiques ?

Qualités des campagnes « Année européenne »

Selon les évaluations réalisées par la Commission européenne (voir notamment le rapport de Deloitte pour l’Année européenne 2011), plusieurs enseignements relativement positifs peuvent être tirés :

Mise à l’agenda européen : Les Années européennes se sont révélés être des instruments efficaces pour mettre chaque année une question politique européenne au sommet de l’agenda politique européen. Le niveau élevé de participation pendant une période limitée permet de mobiliser un soutien politique et d’ouvrir la voie à de plus grands engagements politiques de l’UE.

Mobilisation de réseaux européens et nationaux ad hoc : Les Années européennes réussissent à créer une mobilisation sur un domaine d’intervention de l’UE entre les institutions européennes, les États membres, des acteurs de la société civile, des think tanks et au niveau régional / local.

Sensibilisation sélective de parties prenantes : Les Années européennes conçues en vue de faire connaître, débattre et échanger des points de vue sur un thème spécifique parviennent à sensibiliser des parties prenantes ciblées dans la société civile.

Autrement dit, les qualités reconnues des Années européennes résident dans leur capacité à attirer l’attention d’acteurs publics européens et nationaux ainsi que quelques parties prenantes sectorielles sur un sujet mis à l’agenda pendant la durée de la campagne.

Défauts des campagnes « Année européenne »

A demi mot, derrière les évaluations se dessinent également des défauts récurrents que les Années européennes ne parviennent pas à résoudre :

Synergies sous optimales avec les Etats-membres : Les Années européennes portées par une campagne de communication conçue en central par l’UE achoppent à créer de véritables synergies efficaces entre les programmes nationaux et européens, et entre les projets phares financés par l’UE et les autres actions laissées à la discrétion des Etats-membres.

Retours d’expérience et valeur ajoutée de long terme limités : Les Années européennes ont certes tendance à avoir plus de valeur ajoutée par rapport aux interventions individuelles des États membres mais n’arrivent pas pour autant à jouer un rôle important dans la création d’une dynamique politique européenne contribuant à des changements dans les politiques publiques européennes.

Démultiplication médiatique et impact réduits : Les Années européennes, surtout faute de moyens, ne réussissent pas intéresser les médias et à déployer une activité suffisante pour être relayée auprès du grand public, grand absent de ces campagnes.

Autrement dit, les défauts des Années européennes portent dans leur incapacité à attirer le soutien plein et entier des administrations nationales et l’attention des médias sur un sujet qui passe relativement inaperçu du grand public.

Au travers des évaluations des Années européennes se trouvent poser l’archétype des campagnes de communication de l’UE avec des qualités de mobilisation et de mise à l’agenda au niveau européen et des défauts de démultiplication, notamment médiatique, limitée à l’échelle nationale et locale.