Lancement de la Présidence suédoise de l’UE : regard sous l’angle de la communication

Alors que la Suède, pays membre de l’UE depuis 1995, prend la présidence du Conseil de l’UE – pour la seconde fois – quel regard peut-on porter sur la communication ?

Un contexte favorable : un espoir suédois après l’échec tchèque et dans la tempête mondiale

Après les six mois de présidence tchèque unanimement décriés (voir le billet de Jean Quatremer qui résume l’état d’esprit : « Délivrance: la présidence tchèque est terminée! »)

et en pleine tempête mondiale (crise économique majeure, crise géopolitique en Iran, négociations climatiques),

le contexte de lancement de la présidence suédoise est particulièrement favorable au sein :

  • des milieux bruxellois : échaudés par l’euroscepticisme du président tchèque ;
  • des capitales européennes : glacées par le libéralisme du gouvernement tchèque.

Un positionnement pragmatique : un programme de travail : « Relevons le défi » autour de quelques priorités

Face à l’ampleur des défis, la présidence suédoise – suivant la culture scandinave de rigueur et de pragmatisme – se fixe quelques priorités dans son programme de travail: « Relevons le défi » :

  1. Économie et emploi – une UE renforcée au sortir de la crise économique ;
  2. Le climat – un nouvel accord sur le climat est en place ;
  3. Justice et affaires intérieures (JAI) – un Programme de Stockholm permettant de sauvegarder la sécurité et les droits des particuliers ;
  4. La stratégie pour la Mer Baltique de l’UE, un milieu marin plus propre et une région plus Compétitive ;
  5. L’UE, son voisinage et le monde ;
  6. Un nouveau Parlement, une nouvelle Commission et le Traité de Lisbonne.

En résumé, selon les Euros du village, les défis sont de 3 ordres :

  • répondre aux crises mondiales (économique et climatique),
  • préparer les changements intérieurs (projet écologique en mer Baltique, vie institutionnelle de l’Union) ;
  • approfondir les stratégies existantes (politique de voisinage et d’élargissement, JAI).

Un budget réduit : 90 millions d’euros pour la présidence suédoise de l’UE

Le coût de préparation et de mise en œuvre de la Présidence suédoise est estimé à 971 millions de couronnes soit 90 millions d’euros :

  • la moitié pour organiser une centaine de réunions qui ont lieu en Suède ;
  • les autres dépenses concernent les efforts faits pour les médias et la culture, le développement de compétence et un renforcement du personnel dans les ministères et quelques administrations importantes à l’étranger.

A titre de comparaison, la Présidence française de l’UE disposait d’un budget de 190 millions d’euros tandis que la Présidence tchèque aurait dépensé à hauteur de 124,5 millions d’euros.

Un site Internet novateur : des fonctionnalités renforçant la culture de transparence

Le site Internet de la présidence suédoise www.se2009.eu est largement inspiré des présidences antérieures dans son arborescence, ses traductions en français et en anglais, ses contenus audio ou vidéo.

Fort de la culture de transparence de l’administration suédoise, le site propose des nouveautés :

  • live blogging des différentes formations du Conseil de l’UE ;
  • accès direct via e-mail et téléphone portable pour tous les intervenants suédois.

Des opérations originales:

  • Campagne grass-root « Me – We: Ton effort multiplié par 500 millions, quelle force! » pour mobiliser individuellement les citoyens de l’UE aux priorités de la présidence ;
  • Campagne auprès des lycéens suédois : « Les Jeunes reporters couvrent la Présidence » afin que les jeunes soient impliqués dans les événements de la présidence.

Nomination de Pierre Lellouche, Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes : quelles perspectives pour la communication européenne ?

Au-delà des commentaires de la nomination d’un atlantiste affirmé, pro-Turquie en Europe et expert en défense sur le message délivré par la France à ses partenaires, la perspective d’un recentrement de la communication européenne autour de la dimension stratégique de l’Union européenne pourrait se dessiner…

Vers un renversement de paradigme pour la communication européenne : de l’adhésion citoyenne à la négociation internationale

Quelle est la continuité en matière de communication entre les deux précédents Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes depuis 2007 ? En un mot, l’impératif de la dimension citoyenne de la communication européenne afin de réduire le déficit démocratique :

  • Jean-Pierre Jouyet eut pour mission d’organiser la Présidence française de l’UE avec notamment un accent sur l’adhésion populaire de l’événement ;
  • Bruno Le Maire fut chargé d’organiser les échéances électorales européennes avec évidemment une mission de susciter la participation civique au scrutin.

La rupture en matière de communication du nouveau Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, peut consister à renverser la stratégie, qui ne serait plus orientée vers les citoyens mais plutôt vers les partenaires de l’UE. Voir ainsi l’article dans Le Monde daté du 25 juin : « Pierre Lellouche souhaite que l’Europe s’empare des questions stratégiques ».

Ainsi, l’Europe ne serait plus amenée à justifier son existence auprès des citoyens européens mais plutôt à renforcer sa légitimité sur la scène internationale.

Vers un nouveau programme de travail autour de nouvelles priorités : l’UE, un acteur dans le monde

Afin de positionner l’Europe comme un acteur légitime dans le monde, plusieurs dossiers prioritaires, que le nouveau Secrétaire d’Etat sera amené à traiter, semblent se dessiner :

  • la régulation financière dans le prolongement du G20 de Londres en avril ;
  • la lutte contre le changement climatique en vue de la conférence de Copenhague en décembre ;
  • la relance de l’Europe de la défense à la suite de la décision de la France de rejoindre le commandement intégré de l’Otan ;
  • la politique de voisinage de l’UE et les « stratégies macro-régionales » (partenariat Euro-méditerranéen, partenarial oriental, stratégie de la Baltique, partenariat privilégié avec la Turquie…).

Ainsi, pour surprenante qu’elle soit, la nomination de Pierre Lellouche, Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes ouvre de nouvelles perspectives à la communication européenne en offrant un ciment commun aux priorités européennes. Par ses prochaines réalisations certes lointaines mais au combien stratégiques pour l’avenir, l’UE s’offre les preuves susceptibles de refonder sa communication lors des cérémonies des 20 ans de la chute du Mur de Berlin (et de la réunification de l’Europe) ou des 60 ans de la déclaration Schuman, le 9 mai prochain.

Pourquoi l’Europe est largement absente des « conversations des Français » ?

Tous les mois, l’institut de sondages Ifop enquête pour Paris Match sur les conversations des Français. Au vu des données, analysées par Eddy Fougier : « Les Français et la télévision face à l’Europe : le grand malentendu? » les Français ne semblent pas véritablement se passionner pour les questions européennes dans leurs conversations quotidiennes…

LES CONVERSATIONS SUR L’EUROPE

L’Europe : seulement 2,5%% des conversations des Français

De novembre 2003, jusqu’à décembre 2008, 397 sujets ont fait l’objet d’une conversation d’au moins 50 % des personnes interrogées. Sur ces 397 sujets, on peut en dénombrer seulement 10 qui soient en lien avec l’Union européenne.

Des conversations sur l’Europe dominées par la Turquie et la Constitution européenne

Les deux sujets de conversation européens sont les enjeux autour de l’élargissement, notamment à la Turquie (4 sujets), et le processus d’élaboration et d’adoption de la Constitution européenne (8 sujets), dont 6 sujets pour la seule année 2005, année du référendum.

Des conversations sur l’Europe marquées par les enjeux politiques et socio-économiques

Les autres thèmes ont trait à des enjeux politiques – tensions avec le Royaume-Uni en 2005, proposition de traité simplifié par Nicolas Sarkozy, présidence français de 2008 ou à l’économie et à ses conséquences sociales – TVA de 5,5% dans le bâtiment, ouverture du marché de l’électricité à la concurrence, euro fort face au dollar, directive sur les services, délocalisations.

LES RAISONS DE LA QUASI ABSENCE DE L’EUROPE DANS LES CONVERSATIONS

Un faible intérêt pour les sujets liés aux questions institutionnelles

Que ce soit à l’échelle nationale, européenne ou internationale, les sujets de conversation liés aux questions institutionnelles semblent très peu intéresser les Français :

  • A l’échelle française, on peut observer, en effet, un nombre relativement faible de sujets de conversations liés à la politique française (activités des partis et des responsables politiques) ;
  • A l’échelle internationale, les sujets de conversation liés à l’étranger de nature politiques ou institutionnels ainsi que les questions économiques internationales sont également rares.

Un réel intérêt pour les faits divers et les menaces ou événements spectaculaires

En réalité, les sujets de conversation sur l’étranger qui dominent ont trait aux faits divers, ce qui correspond au mode de traitement de l’actualité internationale par les médias : psychologisation, personnalisation et description d’« histoires humaines » pour susciter l’identification des téléspectateurs.

Or, la spécificité de l’actualité européenne est justement qu’elle peut être difficilement transformée en  » fait-divers  » ou en information  » spectaculaire « . Donc, selon Eddy Fougier : « l’information européenne forcément complexe, pauvre en mise en scène et longue à expliquer, est une victime collatérale de cette fait-diversification de la couverture rédactionnelle ».

En quoi l’UE souffre d’un déficit de médiatisation ?

Selon Thomas Ferenczi, dans les Cahiers du CEVIPOL, la question de la médiatisation des affaires européennes est certainement l’une des clés pour assurer à l’Union à la fois plus de visibilité et plus de légitimité :

  • Visibilité : une meilleure compréhension des mécanismes institutionnels et des politiques européennes par les citoyens des États membres ;
  • Légitimité : une plus grande adhésion « en la forme d’une tolérance passive ou d’un soutien actif », cf. Jean-Louis Quermonne dans « l’Europe en quête de légitimité ».

Une inadaptation des « machines » journalistiques nationales et de la « machine » de la communication de l’UE

Pour Gerd G. Kopper dans la revue Horizons Stratégiques « Informer sur l’Europe en France », les « machines » journalistiques et de la communication de l’UE ne fonctionnent pas car entre « les médias et l’Union européenne : le prisme national perdure » :

  • La « machine » journalistique tourne autour des centres d’intérêts nationaux. Les correspondants bruxellois ont parfois des difficultés à retransmettre les informations européennes aux publics nationaux en raison des réticences de leurs rédactions nationales.
  • La « machine » de la communication de l’UE, elle ne connaît pas suffisamment les médias nationaux et ne peut donc répondre correctement à leurs attentes.

Au final, la couverture de l’actualité européenne par les médias est minimale. Seules les informations véritablement factuelles sont relayées par les médias. En fonction des choix éditoriaux, les sujets faisant partie de la « machine à actualité » sont traités.

Une inadaptation de la gouvernance politique de l’UE à la lisibilité nécessaire de l’exercice des responsabilités

En matière de gouvernance, le système institutionnel de l’UE est trop compliqué, en démultipliant les présidences (configuration issue du traité de Lisbonne) :

  • la présidence stable du Conseil européen,
  • la présidence tournante du Conseil des ministres, à l’exception du Conseil des affaires étrangères présidés par le haut représentant,
  • la présidence de l’Eurogroupe,
  • la présidence de la Commission,
  • la présidence du Parlement européen.

Pour Bruno Le Maire, Secrétaire d’État aux Affaires européennes, dans Le Figaro « le problème de l’Europe est un problème de responsabilité. Les citoyens ne savent pas qui est responsable de quoi. Pour y remédier, nous devons nous entendre sur l’équilibre institutionnel ».

Il est probable que cette diversification des présidences et le problème de responsabilité pose des difficultés en termes de perception médiatique et ne facilite pas une lecture lisible des institutions européennes.

Une inadaptation de l’Europe aux contraintes de la télévision

L’Europe à la télévision est confrontée à un nombre croissant de problèmes, plus compliqués que ceux des autres médias :

  • L’Europe n’offre aucune image intéressante : les hauts responsables ne peuvent pas toujours être interrogés et les porte-parole ont peu d’intérêt en termes politiques.
  • Par ailleurs, l’Europe ne se résume pas aisément : les problèmes politiques sont abstraits et complexes.
  • Enfin, l’Europe fonctionne sur un mode consensuel : toutes les solutions politiques sont des compromis. Par conséquent, lorsque les télévisions parlent d’Europe, pour que l’information soit visible, elles doivent nécessairement faire le lien avec l’aspect national de la question abordée.

Ainsi, la question d’une meilleure visibilité de l’UE dans les médias européens ne peut passer que par une meilleure légitimité, soit par la responsabilité et l’efficacité des institutions communautaires.

Quelle stratégie de communication pour la Commission européenne en 2009 ?

A partir du Rapport général sur l’activité de l’Union européenne en 2008 articulé autour des 4 objectifs stratégiques définis en début de mandat: prospérité, solidarité, sécurité et rôle de l’Union en tant que partenaire mondial, que la Commission européenne a publié le 4 mars, une stratégie de communication se dessine…

L’affirmation de la « politique de communication » par la Commission européenne

« Consciente de la nécessité d’intégrer davantage le citoyen à la vie politique européenne et d’améliorer la manière dont elle présente ses activités à l’extérieur, la Commission européenne a adopté une approche en matière de communication consistant à mieux écouter, mieux expliquer et agir localement » et déclinant les missions suivantes :

  • Cofinancer des consultations de citoyens sur l’avenir de l’Europe, gérées par des organisations de la société civile ;
  • Renforcer la capacité des représentations de la Commission et des relais d’information locaux pour leur permettre d’organiser des débats sur des questions communautaires ;
  • Accroître les synergies entre les différents programmes de la Commission destinés à promouvoir la citoyenneté active ;
  • Renforcer la coopération interinstitutionnelle au sein des États membres et au niveau communautaire dans un effort conjoint d’entrée en contact avec les citoyens.

L’interprétation de la « stratégie de communication européenne » pour la Commission européenne

Les différentes actions entreprises par la Commission européenne en matière de communication laisse découvrir une approche très partenariale avec les différentes parties prenantes :

Partenariat sur les priorités avec les autres institutions européennes

En application de la déclaration commune aux institutions communautaires sur la communication européenne, des priorités de communication toujours plus concentrées sont définit : 17 priorités en 2007, 8 priorités en 2008 et 4 priorités en 2009 :

  • les élections au Parlement européen ;
  • l’énergie et le changement climatique ;
  • la commémoration du 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin ;
  • le soutien à la croissance, l’emploi et la solidarité.

Partenariat de contenus avec des médias européens

En application de contrats de services quinquennaux de type «mission de service public» conclus avec des réseaux d’opérateurs audiovisuels (radio, télévision et internet), des programmes relatifs aux affaires européennes sont produits en toute indépendance éditoriale et diffusés dans les diverses langues de l’UE.

Partenariat de gestion avec les États membres et les relais

En application du principe de subsidiarité, l’information sur l’Europe sera replacée au maximum dans un contexte local :

  • des partenariats de gestion conclus avec les États membres ;
  • des espaces publics européens créés par les représentations de la Commission européenne ;
  • des activités de diplomatie publique concentrées par les délégations communautaires dans les États tiers sur l’Année européenne de l’innovation et de la créativité ainsi que sur les questions d’énergie et de changement climatique.

Ainsi, une « stratégie de communication européenne » de nature partenariale prend forme pour la Commission européenne.