Crise et prospective : à quoi ressemblera l’Europe ?

Les résonances avec l’actualité de nos confinements respectifs sont très fortes avec cette émission d’été « Dans 18 ans » où France Culture invitait à réfléchir au monde où ceux qui naissent cette année deviendront majeurs, un monde où les pandémies globales ne faisaient pas partie des hypothèses les plus probables. Après la crise actuelle, quels seront les scénarios prospectifs raisonnablement réalistes pour l’Union européenne ?

Un modèle d’attractivité reposant sur des solutions publiques-privées, selon Estelle Brachlianoff

La DGA du groupe Veolia estime que l’Europe en 2037 aura trouvé son modèle d’attraction grâce aux solutions trouvées pour l’environnement, via des partenariats publics-privés afin de faire vivre le collectif au sein d’une Europe où il fait bon vivre, loin des « modèles » américain ou chinois.

Le sujet de la smart city à l’européenne illustrera une ville du citoyen pour le bien-vivre ensemble évitant la ville contrôlée par les data de Google ou pire la ville du PCC. D’ores et déjà des signes permettent de décrypter une partie de ces solutions : le RGPD pour protéger les données, les villes deviennent des mines à ciel ouvert notamment pour les matières rares et les déchets sont retransformés en ressources, sans parler des impératifs des circuits courts pour l’alimentation, de la qualité de l’air et de l’eau propre dont les innovations actuelles et prochaines amélioreront le quotidien.

Force est de constater la pertinence d’une réflexion prospective autour des partenariats publics-privés, des solutions hybrides que le modèle européen est le seul à savoir vraiment faire fonctionner dans une économie sociale de marché encore plus contemporaine que jamais actuellement. Une piste de sortie de crise à n’en pas douter.

Un humanisme technologique, selon Enrico Letta

L’ancien Président du Conseil Italien et Président de l’Institut Jacques Delors dessine une nouvelle géographie composée de nouvelles structures institutionnelles avec un centre (les pays fondateurs) et une articulation très large (incluant la Nouvelle-Zélande ou le Canada) autour d’un set de règles et de valeurs communes.

Cette Europe donne du sens à l’existence grâce à ce qui rend l’Europe unique dans le monde : la prise en compte de la personne, ce qui signifie d’une part, un humanisme technologique et d’autre part, une éducation qui redonne des chances à tous pour contrer les inégalités et transmettre l’expérience européenne, via un Erasmus obligatoire, comme seul antidote au populisme. La capacité d’intégrer les migrants est également perçue comme la seule solution face à la dénatalité et au vieillissement des sociétés européennes.

Cette vision d’un humanisme technologique prend une dimension tout à fait remarquable à la lumière des modèles et contre-modèles de gestion de crise du Covid19, en particulier le danger du totalitarisme technologique venu de Chine. La réflexion de Yuval Noah Hariri sur le monde après le Coronavirus est une lecture indispensable pour comprendre les enjeux de ce sujet.

Exercices de prospective en explorant les intersections entre les tendances technologiques et sociétales et leur impact sur la société, la politique et la gouvernance

Le think-tank interne à la Commission européenne, l’European Political Strategy Centre (EPSC) s’est également exercé  en novembre 2018 à dessiner des scénarios possibles pour le futur de l’Europe :

  • Des sociétés fragmentées, des démocraties en déclin autour d’économies de l’exode, de la récession et de faible innovation ;
  • Des technologies socialement responsables, des citoyens responsabilisés et unis autour d’une économie de l’empathie : les revenus vont vers l’éducation, les soins et les divertissements ;
  • Un autoritarisme numérique en hausse où une économie de précision (hyper-surveillance, optimisation) ou des high tech dominent par les plateformes.

Les lendemains de pandémie dans les Etats-membres de l’UE d’ici quelques temps seront véritablement des révélateurs qui accélèreront le déploiement de ces scénarios théoriques, largement conditionnés par les resources qui seront encore disponibles et les décisions politiques à l’échelle européenne. Le 2e scénario d’une économie de l’empathie serait évidemment le plus désirable.

Au final, réfléchir au futur de l’Union européenne, au modèle et à la raison d’être du projet européen, même au coeur d’une crise sans précédent, est un exercice de lucidité salutaire.

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