Communication européenne de crise : comment l’Europe s’en sort ?

Au cœur de la pandémie de Coronavirus ces derniers jours, l’Europe a également été frappée dans sa communication. Revenons sur les principales séquences et ce que l’on peut en retenir…

Le seuil des 100 jours : le déficit d’incarnation

La crise sanitaire surgit en Europe au moment de l’échéance superficielle des 100 jours de la nouvelle présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et plus largement des nouveaux dirigeants tant au Parlement européen avec David Sassoli, qu’au Conseil européen avec Charles Michel, qu’à la Banque centrale européenne avec Christine Lagarde.

Que retenir sinon que ces différentes personnalités, à l’aune de la crise, n’étaient pas encore pleinement rentrées dans leur fonction, qu’elles n’incarnaient pas encore avec suffisamment d’assurance et d’ascendance leurs rôles, qu’elles n’étaient pas encore devenus « sorciers » des symboles européens difficiles à maîtriser. Ce déficit d’incarnation ne sera pas sans conséquence pour la suite.

L’effet de sidération : le souffle coupé

L’enchaînement des décisions sanitaires et économiques de la part des différents États-membres de l’UE a laissé peu de temps et d’opportunité aux autorités européennes pour sinon anticiper tout du moins réagir. Cette impression de trainer toujours avec un train de retard dans les annonces ne concernent pas seulement les autorités nationales, mais à fortiori les institutions européennes.

Lors de cette séquence cruciale, les dirigeants de l’Union européenne ne sont pas parvenus à mobiliser des messages de solidarité européenne. Aucun acte symbolique d’union n’est parvenu à s’imposer dans l’urgence. Aucun discours ou messages de mobilisation n’est parvenu à imprimer dans les médias. Est-ce forcément une fatalité ?

Les premiers mots : la carence d’émotion

Les premiers mots ont plutôt frappé par leur amateurisme et absence d’empathie : d’un côté, la présidente de la BCE déclare que son action ne vise pas à corriger les spreads, ces écarts entre les taux d’emprunt des États-membres sur les marchés financiers alors que l’Italie est en danger ; tandis que la présidente de la Commission européenne vante les mérites du marché commun alors que les chiffres des victimes commencent à s’accumuler. Les réflexes n’ayant pas été testés, répétés hors crise, ne sont pas les plus appropriés à une situation tellement inédite.

La phase d’indétermination : des récupérations précipitées

Face à des séquences d’annonces aussi denses, l’indétermination est logique, rationnelle : l’Union européenne sera-t-elle une partie de la solution ? Les dirigeants européens sauront-il tirer les enseignements sur les systèmes de santé et le reste… Bref, la multiplication des informations ne doit pas nous empêcher de se dire qu’il y aura une suite, qu’il s’agit d’y réfléchir, de se forger des idées nouvelles au contact de cette nouvelle réalité.

Le travers des débats européens a pris là encore trop vite le dessus. Les forces anti ou pro européennes n’ont pas attendues très longtemps pour accuser l’Europe de tous les maux ou d’en attendre de résoudre toutes les carences. Ce petit jeu malsain de récupération, chacun tirant la couverture n’aura pas contribué à faire évoluer les opinions sur l’Europe. Il faudra donc y revenir pour travailler les opinions, mais ce sera plus difficiles de convaincre.

Les décisions : l’ampleur des totems et tabous

En une semaine, l’Union européenne est finalement parvenue à des décisions qui étaient discutées, disputées depuis des années, et qui apparaissaient, selon les visions des uns et des autres tant comme des totems ou des tabous. Que l’on songe à la suspension du Pacte de stabilité (et la règle des 3% de déficit), à la fermeture des frontières extérieures et intérieures de l’espace Schengen ou du trillion d’euros que la banque centrale européenne annonce qu’elle dépensera, sans compter les fonds d’urgence et toutes autres mesures de circonstances.

Quelles seront les conséquences à plus long terme de la crise actuelle sur l’Union européenne ?

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