La communication européenne doit-elle s’émanciper d’une symbolique d’institution internationale ?

La dimension symbolique de l’Union européenne représente un chantier sensible mais impératif pour la communication européenne, afin là-encore de se libérer des carcans et des vieux schémas.

Vers une politique symbolique hybride, ni d’institution internationale, ni d’Etat-nation

Selon François Foret, professeur de science politique à l’Université Libre de Bruxelles et chaire Jean Monnet, rencontré par Le Grand Continent, « l’UE oscille entre deux types de politique symbolique qui coexistent, et prennent périodiquement le pas l’une sur l’autre ».

D’une part, « les méthodes de construction de l’État-nation : histoire et mémoire mobilisées pour élaborer un “grand récit”, célébration d’une culture partagée comme ferment d’une identité commune, territorialisation du politique et des allégeances, marqueurs d’un “nous” par rapport aux “autres”, etc. La création – avec un succès variable – du drapeau aux douze étoiles, de l’hymne européen, d’une série de récompenses, du passeport européen et même dans une certaine mesure de l’euro participent de cette philosophie. »

D’autre part, « le second type de politique symbolique s’inspire davantage du répertoire des grandes entreprises ou des institutions internationales. Il s’adresse à l’individu autant comme citoyen que comme consommateur pour montrer en quoi l’Europe sert son intérêt particulier. Il souligne la rationalité et l’efficacité de l’action publique européenne, les vertus de la mobilité permise par l’effacement des frontières et se décline à la façon du slogan “l’Europe dans votre poche” ou “Europe on the move”. »

Ni la symbolique étatique, ni la symbolique d’institution internationale ne reflète la réalité autant qu’elle la fait advenir. La symbolique de l’UE doit se construire comme « le miroir des réalisations concrètes de l’Europe, d’un vivre-ensemble résilient malgré ses remises en cause successives, en même temps que de ses incertitudes résiduelles ».

François Foret souligne « deux éléments prépondérants. D’une part, aucune identité européenne n’a capacité (ni vocation) à se substituer aux allégeances et cultures nationales. D’autre part, le lien politique a considérablement évolué depuis la grande époque du “nation-building” et les États nationaux eux-mêmes ne correspondent pas au modèle d’homogénéité fantasmé par certains ».

En somme, la politique symbolique de l’Union européenne doit trouver son propre chemin pour refléter sa nature hybride au-delà d’une simple institution internationale mais en deçà d’une construction étatique traditionnelle. Penser la dimension symbolique conduit à trouver une forme sui generis de la communication européenne.

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