Quels sont les enseignements de la campagne de communication gouvernementale pour les élections européennes de 2014 en France ?

Responsable de coordonner les campagnes de communication des ministères au Service d’Information du Gouvernement (SIG), Nicole Civatte a présenté au Club de Venise les résultats de l’ex-post, le sondage réalisé après la campagne de communication gouvernementale pour les élections européennes de 2014 en France. Que faut-il retenir ?

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La campagne d’incitation au vote : « Oui, je vote »

Pour interpeller et faire prendre conscience de l’impact du vote en faisant écho aux perceptions des Français sur l’Europe, le gouvernement français a mené une campagne d’incitation au vote au printemps 2014, s’appuyant sur :

  • Une campagne radio et web : « on a tous notre mot à dire sur l’Europe. Parce que c’est notre Europe. Choisir son député c’est choisir son Europe. »
  • Renvoyant vers un espace digital d’information ouijevote.eu

Une abstention en 2014 moins élevée que prévu

Les résultats au soir du scrutin du 25 mai 2014 sont connus, en France l’abstention a été de 57,9%, soit équivalente à 2004 et surtout inférieure à 2009, date du dernier scrutin européen.

Néanmoins, ce résultat global masque des disparités très fortes dans la société, notamment l’abstention plus forte chez les jeunes (près de 75%) et les catégories populaires : 70% chez les foyers aux revenus modestes, 65% chez les ouvriers, 60% chez les non diplômés.

L’abstention aux élections européennes a été motivée par :

  • Un désintérêt pour le scrutin (31% à 36% des citations)
  • Le mécontentement vis-à-vis des hommes politiques (26% à 38%)
  • L’absence d’impact des élections sur la situation des électeurs (23% à 32%)
  • Il n’y a pas de rejet de l’Union européenne (17% à 27% des citations) chez les abstentionnistes

Les principales motivations du vote aux élections européennes de 2014

Trois thèmes dominent les motivations du vote : l’immigration, la situation économique et la volonté de sanctionner le pouvoir exécutif.

1. L’immigration : un enjeu désormais prioritaire

  • Un thème important pour 31% à 40% des électeurs, contre 14% en 2009
  • Le premier motif de vote pour 64% à 88% des électeurs FN, devant l’insécurité et loin devant le chômage (24% à 48%) ou le pouvoir d’achat (32% à 44%)
  • Un des sujets désormais le plus important chez les électeurs UMP (42% à 57% contre 14% en 2009) mais marginal chez les électeurs de gauche, plus préoccupés par les sujets économiques et sociaux

2. La situation économique : un thème logique compte tenu de la crise

  • Une préoccupation plus forte chez les électeurs de gauche, et notamment le chômage pour 40% à 50% d’entre eux

3. La volonté de sanctionner l’exécutif : un motif non majoritaire mais en progression par rapport à mars 2014 et 2009

  • Près de 50% des électeurs disent qu’ils n’ont pas été influencés par leur opinion vis-à-vis du Président et du Gouvernement
  • 33% à 38% déclarent cependant avoir voulu sanctionner l’exécutif, contre 23% à 30% en 2009

Quels enseignements pour la communication publique ?

La valeur de la campagne d’incitation au vote est relative suivant le regard que l’on porte sur les contraintes, les résultats ou la place de la communication publique.

1. Une contrainte forte pour la communication publicitaire gouvernementale :

  • Le seul message possible : inciter à voter
  • Elle ne peut favoriser aucun parti politique, ni intervenir dans les thèmes du débat, et ne peut pas se substituer à la campagne politique

2. Un résultat inégal :

  • Un dispositif de communication important pour les municipales et une progression de l’abstention
  • Un dispositif plus réduit pour les européennes et un recul de l’abstention

3. Une confirmation des limites de la communication qui peut :

  • Rappeler la date, le fait qu’il n’y a qu’un seul tour
  • Informer sur les nouveautés, les modalités du vote par procuration
  • Faire prendre conscience de l’enjeu du vote
  • Faire se déplacer des potentiels abstentionnistes ?

4. La nécessite d’utiliser d’autres leviers, comme pour les autres sujets de l’action et de la communication publiques.

Au total, la campagne de communication gouvernementale d’incitation au vote lors des élections européennes de 2014 – faute ou à défaut d’un impact suffisant – semble indécisive.

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