Communication européenne pavlovienne : toute prise de parole n’est-elle plus qu’un réflexe conditionné ?

Quelques faits saillants dans l’actualité européenne récente ne font que renforcer une tendance émergeante à la communication européenne pavlovienne où toute prise de parole ne semble plus que des réflexes conditionnés. De quoi s’agit-il ?

Complexification réelle de l’UE et régression cognitive sur l’Europe

A mesure que les dossiers européens se complexifient en raison des multiples acteurs impliqués dans les processus de décision, on assiste à un mouvement parallèle de régression cognitive où il semble que ce qui parvient à notre connaissance – faute d’un effort de notre part le plus souvent – n’est de plus en plus qu’une forme simplifiée (sinon erronée) de la réalité européenne.

Notre compréhension de l’actualité européenne – objectivement de plus en plus foisonnante, mais de moins en moins accessible au plus grand nombre – fait que toute acquisition d’une nouvelle information à la suite d’un événement particulier ne semble pas être construite afin d’augmenter notre capital de connaissances mais plutôt vise à solliciter nos réflexes, nos clichés, nos apprentissages antérieurs routinisés, dont on peut aisément faire usage et en tirer des conséquences ou des bénéfices.

En somme, en matière d’actualité européenne, à l’image du chien de Pavlov qui salive au son du métronome, nous sommes de plus en plus « conditionnés ». Chaque nouvelle prise de parole européenne ne fait plus que solliciter notre comportement appris de simplification, de « court-circuit », d’évitement de tout effort ou d’apprentissage.

Communication pavlovienne de la Commission sur la citoyenneté européenne : la défiance serait une déficience cognitive

A l’occasion de la parution du 2e rapport sur la citoyenneté européenne, la Commission européenne semble partager une conception « pavlovienne » de la communication où la défiance des Européens ne serait que – mécaniquement – la conséquence de leur méconnaissance de l’UE. Ainsi, selon EU-Logos :

La Commission fait le pari qu’une meilleure connaissance de la citoyenneté européenne réconciliera les Européens et leurs institutions, s’appuyant sur les derniers Eurobaromètres qui s’attachent à prouver que l’euroscepticisme est avant tout la conséquence d’un manque d’information (74% des mécontents de l’Europe sont avant tout mal informés selon eux-mêmes). Un pari audacieux mais travaillé contentieusement en douze points répondant à six problématiques.

Controverse pavlovienne entre 2 journalistes de Libération : Jean Quatremer et Daniel Schneidemann

Au sujet de la fermeture de la TV publique grecque, la même mécanique de réflexe conditionné s’applique lors d’un vif échange par articles interposés entre Daniel Schneidermann, chroniqueur médias dans « Mon dimanche avec Jean « des preuves » » et Jean Quatremer, correspondant Europe dans « Mon week-end avec Daniel « j’accuse sans preuve » Schneidermann ».

Le réflexe pavlovien – qu’illustre en l’occurrence Daniel Schneidermann – peut se définir comme un jugement mécanique : « les eurolâtres sont forcément des lapins aveuglés par les phares de l’UE ». Point n’est besoin de preuves pour juger : « Moi, je pense qu’on n’a pas besoin de preuves. » écrit-il d’ailleurs.

Polémique pavlovienne au sujet de Barroso sur la position « réactionnaire » de la France pour l’exception culturelle

Dernière illustration des comportements pavloviens en matière européenne, les propos de José Manuel Barroso dans la presse anglo-saxonne sur la position « réactionnaire » de la France pour l’exception culturelle dans la négociation de l’accord commercial UE-USA et la polémique dans la presse française et auprès des eurodéputés français.

Il ne s’agit ici ni de polémiquer quant aux opinions des uns et des autres, ni de déplorer ou de se féliciter de l’apparition tardive et limitée de controverses politiques européennes à quelques mois des élections européennes.

Il s’agit au contraire de décrypter comment chaque acteur fonctionne en fonction de comportements pavloviens qui antagonisent, tournent en dérision ou caricaturent le débat public :

  • Les propos de Barroso caricaturent la position française et antagonisent l’opinion publique française attachée à l’exception culturelle ;
  • L’éditorial du Monde : « M. Barroso, vous n’êtes ni loyal ni respectueux ! » oppose une réaction logique, quoique là encore, une certaine facilité conduit non pas à rappeler le fond des positions françaises mais à faire une attaque ad hominem : « M. Barroso (…) semble avoir des visées beaucoup plus personnelles. Depuis huit ans, le président de la Commission s’est distingué par sa ductilité. (…) Aujourd’hui, à 57 ans, ce caméléon se cherche un avenir. (…) A la tête de la Commission, M. Barroso aura été un bon reflet de l’Europe : une décennie de régression. » ;
  • Les eurodéputés sur Twitter surfent sur la polémique avec une réaction qui tourne en dérision les propos de Barroso (cf. « Exception culturelle: #jesuisreactionnaire, la réponse des eurodéputés à Barroso »).

Au total, le déficit de compréhension de la complexité européenne au sein de l’opinion publique conduit de manière répétée, dernièrement, à activer des mécanismes pavloviens de « réflexes conditionnés ». L’actualité européenne est-elle condamnée à trop facilement céder à cette facilité ?

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