Désintermédiation de l’information européenne : que faut-il en attendre ?

Phénomène important à l’heure du web social, la désintermédiation – c’est-à-dire la réduction voire la suppression des intermédiaires (journalistes, experts…) dans le circuit de distribution de l’information – touche-t-elle également les affaires européennes ? Faut-il se réjouir du lien numérique supposément renforcé entre l’UE et les citoyens ou plutôt craindre la disparition des décrypteurs, susceptibles de traduire l’information européenne pour le plus grand nombre ?

Désintermédiation de l’information européenne : une opportunité pour palier la défaillance des médiateurs naturels

Bien avant l’économie de la recommandation et le déploiement des médias sociaux, le rôle des intermédiaires a toujours été limité en matière d’information européenne. Qu’ils s’agissent des médias pour qui l’Europe ne fait pas vendre ou des élus qui savent que l’Europe ne fait pas l’élection ; les intermédiaires entre l’UE et les citoyens ont toujours été aux abonnés absents, selon le rapport Herbillon sur la fracture européenne.

Aussi, dès les premiers âges du web, la communication de l’UE s’est montrée très ouverte et accessible en ligne. Selon Philippe Aldrin, dans « Producteurs, courtiers et experts de l’information européenne », « l’UE a donc multiplié les initiatives depuis vingt ans pour inciter une meilleure couverture médiatique des activités de l’UE » au point d’assister à une « explosion subséquente de la production institutionnelle de contenus médiatiques », très largement mise en ligne.

Idéalement, cette communication sinon vraiment innovante du moins plus transparente devait correspondre à un mouvement de responsabilisation des citoyens qui auraient appris à décrypter derrière les informations des différentes institutions européennes les intentions et intérêts de leurs auteurs.

Désintermédiation de l’information européenne : une menace face aux connaissances lacunaires des citoyens

Mais, la communication de l’UE est réputée – à juste titre – plutôt inaccessible au grand public en raison de sa complexité et de sa technicité.

Personne en ligne – sinon les eurobloggeurs, qui demeurent un public tourné vers les institutions européennes plutôt que vers les autres bloggeurs nationaux – ne joue vraiment le rôle de chercher l’information à la source. Par ailleurs, dès qu’il s’agit de sujets européens, chaque citoyen dispose d’une large propension à se transformer très rapidement en éditorialiste des affaires européennes.

Selon Giuliano Bobba, dans l’Europe des Européens : « les connaissances sur l’Europe sont très lacunaires quel que soit le niveau d’instruction ou la catégorie socioprofessionnelle ». Aussi, les citoyens s’informent en mobilisant des catégories de la vie quotidienne :« bribes d’information », expérience personnelle, « bon sens » ou « sagesse populaire ». Autrement dit, au vue de la façon dont les citoyens s’informent sur l’Europe –de manière très lacunaire – des intermédiaires susceptibles de traduire l’information européenne sont plus que jamais nécessaires.

Ainsi, la désintermédiation de l’information européenne semble un phénomène faussement démocratique, puisque sous couvert de rapprocher l’UE et les citoyens, il s’agit plutôt d’une éviction du plus grand nombre au profit d’une relation désintermédiée entre élites.

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