"Europe XXL" à Lille : comment la communication sur l’Europe via la culture permet d’agir sur les représentations de l’Europe ?

La stratégie de communication sur l’Europe de la métropole de Lille reposant sur l’organisation de manifestations festives et culturelles se révèle une excellente tactique pour modifier les représentations que les Européens se font de la construction européenne.

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Action n°1 sur le niveau d’information sur l’Europe

Les nombreuses manifestations organisées par Lille 3000, opérateur de la biennale « Europe XXL » : installations de rue, expositions, concerts, spectacles de danse, pièces de théâtre, films, débats et week-ends thématiques sont autant d’occasion d’informer les citoyens sur l’Europe des arts et de la culture…

Action n°2 sur l’étendue du champ des représentations de l’Europe

Puisque rien n’indique que les représentations les plus claires soient celles concernant les objets sur lesquels on dispose du maximum d’information, on peut considérer que le minimum d’information transmis par ces manifestations peut avantageusement compléter les représentations que les citoyens se font de l’Europe.

Ainsi, des représentations de l’Europe des arts et de la culture peuvent élargir le champ de représentations de l’Europe souvent limité aux institutions communautaires (« l’Europe de Bruxelles ») ou à la mobilité des étudiants (« l’Europe d’Erasmus »).

Action n°3 sur l’attitude des citoyens par rapport à l’Europe

Puisque qu’une attitude par rapport à l’Europe peut être très structurée sans que pour autant l’information dont dispose le citoyen soit fiable et sans que le champ de représentation soit cohérent, on peut considérer que la représentation d’une Europe culturelle, artistique et festive peut avantageusement favoriser une nouvelle représentation – plus « positive » – de l’Europe.

Ainsi, pour reprendre l’analyse de Philippe Verhaegen dans « La communication publique: de l’information aux attitudes »

  • Considérant que l’attitude serait première : on commencerait par attribuer une valence positive ou négative à l’objet et puis seulement on se renseignerait sur sa teneur, ses liens avec d’autres objets ;
  • Considérant que l’augmentation de la quantité et/ou de la qualité de l’information risque de rester sans effet sur l’attitude et donc le comportement du sujet ;
  • Considérant qu’informer n’est pas un gage de réussite si des attitudes – des résistances par exemple – existent. En ce cas, une augmentation de la masse ou de la qualité de l’information produirait l’effet inverse et contribuerait paradoxalement au renforcement de l’attitude décriée ;

On peut considérer que l’élaboration d’une stratégie de communication sur l’Europe via la culture se donnant pour objectif de remédier à certaines carences observées (attitudes de résistances à déconstruire, représentations erronées ou lacunaires à corriger, champ de représentations incohérent à reconstruire,…) et reposant sur la mise en place de dispositifs articulant au mieux les dimensions informatives, relationnelles et cognitives de la communication peut réussir à agir sur les représentations préalables dans un sens plus favorable.

"Europe XXL" : les atouts de Lille pour communiquer sur l’Europe via la culture

Depuis l’énorme succès populaire de « Lille, capitale européenne de la Culture 2004 », la métropole nordiste, classée dans les « dix métropoles d’avenir en Europe » par le Financial Times, poursuit une stratégie de communication sur l’Europe, via la culture.

Ainsi, Lille fête l’Europe du 14 mars au 12 juillet avec une biennale vouée aux arts contemporains de plus de 500 manifestations culturelles prévues dans 56 communes : installations de rue, expositions, concerts, spectacles de danse, pièces de théâtre, films, débats et week-ends thématiques…

Atout n°1 : l’impulsion politique locale pour communiquer sur l’Europe via la culture

D’abord, cette initiative bénéficie d’une impulsion politique forte. La maire de Lille Martine Aubry est convaincue selon La Croix de l’importance de communiquer sur « l’Europe festive et citoyenne ». Ce soutien politique est d’ailleurs partagé par toute la classe politique locale. Selon Le Monde, la communauté urbaine de Lille, majoritairement de droite, a voté à l’unanimité une double subvention de 900 000 euros sur deux ans à ces événements, « partis pour s’installer durablement dans le paysage métropolitain ».

Atout n°2 : l’animation des réseaux associatifs locaux pour réaliser la communication sur l’Europe via la culture

Ensuite, selon 20 Minutes, « la mairie de Lille a élaboré une véritable stratégie digne des plus grandes agences de marketing viral » reposant sur l’importance de l’animation des réseaux. Les associations culturelles, consultées en amont, prennent part aux quatre mois de fêtes sur l’Europe, quartier par quartier et recrutent des ambassadeurs. « C’est toujours plus intéressant d’apprendre l’existence d’une soirée par son voisin que par un pauvre flyer déposé dans la boîte aux lettres. »

Atout n°3 : la mobilisation des mécènes pour financer la communication sur l’Europe via la culture

Enfin, la mobilisation des mécènes permet de financer 60 % du budget de l’opérateur artistique (6,7 millions d’euros) – Lille 3000 – chargé de la manifestation « Europe XXL ». « Grâce au mécénat, Lille 3000 représente seulement 4 % du budget culture de Lille » soit 1,5 million d’euros aux festivités de Lille 3000-Europe XXL sur 38 millions d’euros au total pour la culture, calcule Laurent Dréano, directeur de la culture à la mairie de Lille.

Lecture : « L’impossible défi. La politique de communication de l’Union européenne » – Éric Dacheux

Au-delà d’une réflexion – peu explorée malgré la pléthore des documents techniques, juridiques ou historiques sur la construction européenne – sur la communication entre les instances européennes et les citoyens de l’UE, Eric Dacheux, chercheur au laboratoire du CNRS  » Communication et Politique  » s’interroge sur l’avenir – en danger – de la démocratie européenne, en raison notamment de l’absence d’une utopie européenne inédite…

1. La notion de la communication politique européenne

La notion ambivalente et complexe de communication politique européenne repose sur l’équilibre entre idéologie et utopie, intégration politique et critique politique, afin de garantir un équilibre démocratique.

« La communication politique est un art difficile, un exercice démocratique obligé qui mélange raisonnement et séduction, persuasion et information, dialogue et conflit. À l’échelle de l’Union, cet art difficile devient un défi quotidien : comment faire vivre un débat européen lorsque les citoyens continuent de penser dans un cadre national, lorsque le système institutionnel européen est illisible et lorsque le grand public ne sait plus, aujourd’hui, quel est pour le XXIe siècle, le projet européen ? » (p. 34).

2. Les problèmes structurels de la communication institutionnelle européenne

Toute tentative de communication pan-européenne se trouve d’entrée compromise à cause de :

  • l’ampleur et la complexité de la tâche ;
  • la diversité linguistique au sein de l’Union ;
  • l’absence d’une politique de communication cohérente de la part des institutions européennes (ce qui tend à être corrigé) ;
  • l’insuffisance des moyens humains et financiers dont disposent ces dernières ;
  • la croissance exponentielle des informations techniques ;
  • l’absence d’un média de masse généraliste pan-européen (ce que les institutions européennes tendent de corriger par des réseaux de média européen).

Un panorama quasi exhaustif des outils de communication utilisés par les instances européennes depuis les années 50 jusqu’à nos jours conduit à la conclusion que « la gamme d’outils de communication utilisée par l’Union européenne est large et comparable à celle des États-membres. Mais, la communication, et plus particulièrement la communication politique, ne se réduit pas à l’utilisation plus ou moins adroite d’instruments plus ou moins performants. » (p. 50).

3. Les erreurs stratégiques commises par les instances européennes sur le plan de la communication

La tactique de l’inéluctable consistant à présenter la construction européenne comme la seule possibilité des peuples de l’Europe, l’aboutissement inévitable d’un cheminement continu vers une Europe unie et indivisible engendre deux risques :

« D’une part, elle tend à décourager de véritables affrontements politiques de taille européenne qui pourraient structurer un espace public aux dimensions de l’Union. Pourquoi débattre s’il n’y a qu’une Europe possible ?

D’autre part, elle accentue le désintéressement des citoyens vis-à-vis de la vie politique en général et vis-à-vis de la politique européenne en particulier. Si la politique consiste à mettre en œuvre l’inéluctable, pourquoi faire de la politique ? » (p. 56).

Les conséquences néfastes de cette conception figée de l’Europe se voient amplifiées en raison d’une deuxième erreur stratégique, liée à la survalorisation du pouvoir symbolique des médias de masse, appréhendés à tort comme des moyens capables de :

  • créer un espace communicationnel pan-européen ;
  • contribuer à la connaissance et la compréhension entre les peuples ;
  • promouvoir la formation d’une conscience européenne.

4. La crise de légitimité de l’Union européenne

Cette crise est d’abord sur un plan symbolique, en raison de l’absence d’un espace public européen, espace symbolique propre à l’Union permettant de :

  • légitimer des actions publiques ;
  • donner une visibilité aux débats européens ;
  • fonder une identité collective transnationale.

Cette crise est également de nature idéologique, liée au déficit identitaire qui caractérise l’Europe aujourd’hui. Finalement, qu’est-ce que l’Union européenne et quelles sont les raisons qui stimulent et donnent sens à sa construction ? :

  • Si la construction européenne est une communauté politique européenne, alors l’Europe ne peut s’offrir le luxe de perdre le pari démocratique.
  • Si l’Union européenne est un processus inédit dans l’histoire de l’humanité, alors sa politique de communication doit être tout aussi inédite.

Source : questions de communication, 2005, n°7

Moins de 10% des citoyens européens estime que le niveau européen a le plus d’influence sur leurs conditions de vie

Les premiers résultats de l’Eurobaromètre spécial 307 publiés en mars 2009 sont alarmants pour l’influence et la confiance des citoyens européens à l’échelle de l’UE…

L’influence dans l’UE : une ultra minorité pro-européenne

Selon le communiqué de presse de la Commission européenne, « la plupart des personnes interrogées ne pensaient pas que l’Europe exerçait un impact important sur leur mode de vie: seules 9 % d’entre elles ont déclaré le contraire ».

Contraste saisissant: 38 % des sondés sont d’avis que les collectivités locales et régionales ont un rôle essentiel à jouer, alors que 43 % sont convaincus que leur gouvernement national exerce l’influence la plus grande.

La confiance dans l’UE : une petite majorité pro-européenne

Guère mieux lotie en matière de confiance, seule une petite majorité des Européens (47%) fait plutôt confiance à l’UE, sentiment d’ailleurs en baisse de 3 points par rapport à la vague Eurobaromètre précédente au printemps 2008.

Commentant ces résultats, Margot Wallström s’est inquiétée que l’importance de l’UE pour la vie quotidienne soit si mal comprise. « De toute évidence, il est urgent de communiquer à tous les niveaux. Expliquer l’Europe n’est pas seulement le travail de Bruxelles. Tous les élus doivent se considérer comme « des hommes et des femmes politiques européens. »

Corrélation entre connaissance du fonctionnement de l’Union européenne et soutien à l’intégration européenne ?

Réalisé par la Direction Générale Communication de la Commission européenne à la suite de sa création en mai 2006, l’Eurobaromètre : « Les citoyens européens et l’avenir de l’Europe. Étude qualitative dans les 25 Etats membres » soulève la question de savoir dans quelle mesure une meilleure connaissance du fonctionnement de l’UE (objectifs, institutions et politiques) favorise un meilleure soutien des citoyens à l’égard de l’intégration communautaire ?

Méconnaissance caractérisée du fonctionnement de l’UE

Les institutions communautaires sont mal ou très mal identifiées par les Européens :

  • le Parlement européen : la meilleure notoriété, « même quand on n’en connaît que le nom, celui-ci suggère simplement un organe de même nature que celle d’un Parlement national » ;
  • la Commission européenne : souvent connue de nom, mais son rôle est généralement flou – parfois un organe de « supervision » ou de « contrôle », ce qu’elle n’est pas ; rarement un rôle d’initiative ou de « proposition », ce qu’elle est ;
  • le Conseil : pratiquement inconnu en tant qu’institution et confusion évidente entre Conseil européen et Conseil de l’Union européenne.

Par ailleurs, les attributions respectives des différentes institutions et les modes de prise de décisions sont toujours perçus comme complexes et pratiquement ignorés.

Les analystes concluent que « dans tous les cas, les perceptions sont extrêmement confuses, et hypothétiques, quand elles ne sont pas purement et simplement inexistantes ».

Ainsi, les Européens seraient « incapables d’émettre une opinion fondée au-delà de leurs impressions plutôt négatives, avec l’idée de complexité, d’opacité, de lenteur des processus ou de faible efficacité ».

Réactions contrastées à une présentation résumée du fonctionnement de l’UE

Le fonctionnement institutionnel de l’UE est ainsi résumé :

  • l’UE fonctionne selon le principe de partage de souveraineté ;
  • les États-membres se mettent d’accord pour prendre des décisions communes prises à l’unanimité ou à la majorité qualifiée au sein du Conseil et adopter une législation commune dans certains domaines – ces décisions doivent également être votées par le Parlement européen ;
  • dans d’autres domaines, les décisions restent de la responsabilité de chaque pays, sans aucune intervention de l’Union européenne.

Les réactions des Européens indiquent que cette présentation :

  • clarifie des notions jusque là très largement incomprises ;
  • accrédite l’idée que l’UE n’est pas, ou est moins une « hydre tentaculaire » cherchant à intervenir dans tous les domaines puisqu’il en reste qui sont de la compétence nationale exclusive ;
  • montre que les décisions ne sont pas prises par des responsables totalement anonymes dans une « tour d’ivoire ».

Néanmoins, cette présentation « ne suffit pas à informer pleinement et à entraîner l’adhésion », des critiques et des questions étant émises sur :

  • les domaines respectifs de compétences communautaire et nationale : des exemples concrets seraient nécessaires ;
  • les domaines respectifs de décisions à la majorité ou à l’unanimité – même demande de précisions sur les champs d’application ;
  • la réalité de l’application de ces principes dans la pratique, en particulier la souveraineté partagée et la majorité qualifiée.

Ainsi, les Européens ne seraient pas fondamentalement influencés dans leur opinion sur la construction européenne par une meilleure compréhension du fonctionnement de l’UE.