Tendance : vers une communication européenne décentralisée

L’efficacité de la communication des institutions communautaires doit reposer sur le principe de subsidiarité qui doit s’appliquer à la communication plus qu’à toute autre politique européenne…

Les freins liés à la distance entre les institutions et les citoyens européens

La distance entre les institutions communautaires, essentiellement basées à Bruxelles et les 500 millions d’Européens répartis dans les 27 États membres limite l’efficacité de la mission de communication, notamment en raison de :

  • la distance culturelle liés aux différences de pratiques entre les nations européennes ;
  • la barrière linguistique entre les 23 langues officielles de l’UE ;
  • l’obstacle structurel correspondant aux canaux de communication propre à chaque espace national (réseaux d’affichage, de radios et de télévision).

Les leviers créés par des réseaux de proximité

Afin de communiquer auprès des citoyens sur les enjeux européens et les activités communautaires qui ont des implications directes et quotidiennes pour les citoyens, les institutions communautaires ont développé des réseaux de proximité ayant pour mission – outre les fonctions de représentation des institutions – d’informer la presse sur l’actualité européenne et d’apporter des informations aux citoyens :

  • des bureaux d’information du Parlement européen présents dans les Etats membres (3 sites en France : Paris, Marseille et Strasbourg) ;
  • une Représentation de la Commission européenne dans la capitale de chacun des Etats membres de l’Union (2 sites en France ; Paris et Marseille) ;
  • des relais « Europe direct » implantés dans les régions (environ 470 relais répartis dans les 27 États membres de l’Union, 45 relais Europe direct en France) ;
  • un réseau de plus de 700 conférenciers dans 25 États membres appelé « Team Europe » pouvant être être sollicités pour intervenir dans le cadre de conférences, séminaires, débats ou sessions de formation ;
  • un réseau à la portée des acteurs économiques « Enterprise Europe Network » qui fournit aux petites et moyennes entreprises des informations notamment sur l’accès aux financements européens ;
  • les centres de documentation européenne présents dans les universités, des Etats membres (48 aujourd’hui en France).

Le relais comme stratégie, vers une communication européenne décentralisée

Au-delà des réseaux financés par les institutions communautaires, des relais d’opinion sont également informés et formés pour décentraliser la mission de communication européenne. Les élus des collectivités territoriales (élus ou agents publics des mairies, conseils régionaux et conseils généraux en France), les mieux placÈs pour exprimer les aspirations des citoyens concernant l’Europe, concourent à cette stratégie, avec notamment en France :

  • Placedeurope, une plate-forme participative d’information et de débat sur l’Europe conçue pour et par les élus locaux permet l’échanger d’expériences et la diffusion d’approches et démarches innovantes ;
  • Guid’Europe, un réseau de plus de 60 responsables « Europe » des collectivités départementales dont un espace « club » sur placedeurope leur est réservé pour entrer en contact et se retrouver pour débattre, échanger leurs bonnes pratiques.

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Ainsi, la communication européenne tend à s’opérer au plus proche des citoyens, sur le terrain, afin de renouer avec les résultats.

Réflexion sur les cibles de la communication européenne

Le nombre d’acteurs et d’audiences potentiels pour les activités d’information et les campagnes de communication sur l’Union européenne est élevé. Parmi tous ces publics, chacun bénéficiant d’un ensemble spécifique de moyens, vecteurs ou canaux de communication, quels groupes faut-il cibler ?

Cible prioritaire : « les démultiplicateurs »

La mobilisation des démultiplicateurs, ceux qui évaluent, interprètent, valident et retransmettent les informations sur l’UE est indispensable :

  • les agents et experts communautaires ;
  • les professionnels de la communication dans la société civile : ONG ou think tank spécialisées en communication, organisations associations ou fédérations socio-professionnelles…
  • les leaders d’opinion, par exemple les coopérants, économistes, universitaires, fonctionnaires, chefs religieux…

Cible partenaire : « les décideurs »

L’étroite collaboration des institutions internationales ou communautaires, des Etats membres (représentations ou délégations à Bruxelles, gouvernements et ministères chargés des affaires européennes, centres d’information et de documentation nationaux et régionaux) et des agences européennes est nécessaire, notamment pour légitimer la communication européenne.

Cibles relais : « les contrôleurs »

L’implication des contrôleurs (« Gatekeepers »), notamment les médias, qui filtrent les informations est utile pour amplifier la communication européenne :

  • les journalistes (en particulier ceux qui sont accrédités à Bruxelles) ;
  • les réseaux de médias dans les États membres ;
  • les agences de presse et organisations de la profession.

Cibles spécifiques : les enfants et les jeunes

La sensibilisation des enfants et des jeunes est importante pour ancrer durablement la communication européenne.

Lancement programmé pour le premier site européen d’informations multilingues

L’appel d’offre de la Commission européenne pour un site européen d’informations multilingues

En juin 2008, la Commission européenne a lancé un appel d’offre pour la création du « premier site européen d’informations multilingues : Presseurop » :

  • financé par les fonds de la Commission européenne,
  • bénéficiant d’une totale liberté éditoriale.

Avec Presseurop, les internautes :

  • trouveront une sélection des meilleurs articles européens traduits dans leur langue,
  • pourront construire leur propre opinion grâce à des analyses contradictoires et pluralistes.

Ce site a pour ambition de devenir un acteur majeur de l’information sur l’actualité en Europe et de construire un espace public européen.

Le projet paneuropéen de Courrier International

Un partenariat pleinement européen réunissant Internazionale/Italie, Forum-Polityka/ Pologne, Impresa-interjornal/ Portugal…

Un site accessible en dix langues (allemand, anglais, espagnol, français, italien, néerlandais, polonais, portugais, roumain et tchèque).

www.presseurop.eu sera lancé fin mai 2009.

Bilan de la saison culturelle européenne

Dans le cadre de la Présidence française de l’Union européenne, une « saison culturelle européenne » a été organisée au cours du second semestre 2008 en France et dans les 26 autres États membres…

1. Bilan de la conception de la saison culturelle européenne : une ambition forte par rapport aux pratiques

Des objectifs ambitieux…

Selon Jean Quatremer, il s’agissait pour la France de « faire connaître la culture française dans les autres pays européens et faire prendre conscience aux Français de la richesse culturelle et patrimoniale des autres États membres ».

La saison culturelle européenne devait refléter trois images de l’Europe :

  • l’Europe créative à travers la vitalité de la création artistique européenne dans toutes les disciplines ;
  • l’Europe patrimoniale à travers un patrimoine historique en grande partie commun ;
  • l’Europe festive au travers de grandes manifestations populaires.

Cette initiative de portée politique devait permettre de faire progresser l’idée européenne au sein des opinions publiques à travers divers manifestations à caractère culturel.

… au regard des pratiques culturelles des Européens

Selon les résultats de l’Eurobaromètre 278 « Les valeurs culturelles des Européens », les comportements culturels des Européens sont contrastés en fonction de caractéristiques nationales et socio-démographiques :

  • Regarder des programmes culturels à la télévision ou les écouter à la radio est l’activité culturelle la plus courante dans l’UE.
  • Les sorties cinéma (51%) sont des pratiques majoritaires.
  • En revanche, les musées et galeries (41%), les concerts (37%), les bibliothèques publiques (35%) et le théâtre (32%) sont des pratiques plus minoritaires dans la population.
  • Aller au ballet ou à l’opéra (18%) reste une activité élitiste.

Par ailleurs, les Européens estiment que leur participation culturelle pourrait augmenter grâce à l’accès à Internet, qui permet de rechercher et de planifier des activités culturelles.

2. Bilan de l’organisation de la saison culturelle européenne : de multiples commanditaires, mécènes et partenaires sans rapport avec le budget engagé et la communication réalisée

De multiples commanditaires…

Traduisant la multiplicité des commanditaires (cf. le président de la République, le Premier ministre et les Ministères des Affaires étrangères et européennes et de la Culture et de la Communication) :

  • Renaud Donnedieu de Vabres a été nommé par le président de la République, Ambassadeur chargé de la dimension culturelle de la Présidence française de l’Union européenne donnant ainsi une tonalité politique en souhaitant défendre la « diversité culturelle européenne » en référence à « l’exception culturelle à la française » ;
  • Laurent Burin des Roziers a été le Commissaire général de la Saison culturelle européenne, traduisant ainsi le choix logique de Culturesfrance, opérateur délégué des ministères des Affaires étrangères et de la culture et de la communication pour les échanges culturels internationaux.

Ainsi, les messages diffusés furent parfois confus en raison de la multiplication des émetteurs légitimes.

… et de nombreux partenariats institutionnels…

Les grandes institutions culturelles en France : Biennale du Design à Saint-Etienne, Biennale de la Danse à Lyon, Bibliothèque nationale de France, Centre Georges-Pompidou, Cinémathèque française, Cité des sciences et de l’industrie, Palais de la découverte, Cité de la Musique, Comédie française, Festival d’Avignon, Festival d’Automne, Grand-Palais, Printemps de Septembre de Toulouse, Villa Gillet à Lyon, Rencontres de la Photographie en Arles, Transmusicales à Rennes ;

Les grandes institutions culturelles en Europe : National Theatre (Londres), Fotografisk Hus (Stockholm), Académie des Beaux-Arts (Sofia), Orchestre Philarmonique de Luxembourg, Musée Reina Sofia (Madrid), Tanzquartier (Vienne) ;

Les villes de Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Nice, Paris, Rennes, Saint-Etienne, Strasbourg, Toulouse…

La Commission européenne et le Parlement européen.

Par ailleurs, dans le cadre d’un Comité des Mécènes de la saison culturelle européenne, Orange et Total ont été grands partenaires et les Aéroports de Paris, Air France, Arianespace, la Caisse des dépôts, Dexia, Electrabel/Suez, la Fondation Lagardère, le Mécénat Gaz de France et Thalys simples partenaires.

… qui se sont insuffisamment engagés en termes de budget et de communication

Sur le plan budgétaire, suivant le projet de loi de finances au Sénat pour 2008 : Action extérieure de l’État – action culturelle et scientifique extérieure : « aucun financement supplémentaire n’ait été prévu pour financer la saison culturelle européenne, ni au titre de la dotation versée à CulturesFrance, ni au titre du programme « Présidence française de l’Union européenne » ». Ainsi, l’engagement budgétaire de l’Etat n’a pas semblé être à la hauteur des ambitions.

Au total, le budget de la saison culturelle européenne s’élève à 6 millions d’euros (dont 2 millions venant du mécénat).

En termes de communication, les nombreux partenariats médias (cf. France Télévision et Radio France, les chaînes de télévision Arte, Euronews, Escales et TV5 Monde, ainsi que les magazines Beaux-arts, Diapason, les Inrockuptibles, et le Nouvel Observateur) n’ont pas semblé générer les retombées médias qui auraient pu être escomptées.

Par ailleurs, la décision de ne pas créer de site Internet dédié à la saison culturelle européenne semble avoir lourdement handicapé la communication. Les informations sur la saison culturelle, qui ne sont pas accessibles sur le site officiel de la PFUE permettait pourtant au public de retrouver toute l’actualité et le programme des événements culturels européens, via :

  • Une rubrique « Thèmes » : recherche par discipline (cinéma, expositions, spectacles vivants…) ;
  • Une rubrique « Programme » : classe les événements par type de manifestation, par ville partenaire et par artiste.
  • Une rubrique par « pays ».
  • Un agenda et une carte de l’UE permettant de retrouver les événements selon leur lieu et leur date de programmation.

3. Bilan de la réalisation : vers une pérennisation ?

Plusieurs centaines de manifestations ont été présentées en France et dans le reste de l’Europe pour rendre accessible et attractive, au plus large public, cette Europe de la création et du patrimoine.

Des manifestations exceptionnelles orientées vers le très grand public ou de dimension pan-européenne :

  • tournée de la Comédie Française dans les dix nouveaux États membres d’Europe centrale et orientale ;
  • ouverture à Bruxelles avec l’illumination de la Grand place par l’artiste français Yann Kersalé ;
  • Nuit blanche européenne ;
  • Événement de clôture : « nuit des images » au Grand Palais.

Vingt-six projets « tandem », co-productions entre la France et chacun des États membres, mobilisant artistes et institutions culturelles, présentés en France et dans chacune des capitales européennes. Par exemple, la « nuit espagnole » centrée sur le flamenco, l’avant-garde et la culture populaire ; une saison théâtrale franco-britannique, avec en particulier Juliette Binoche…

Des cycles de 27 œuvres européennes :

  • les 27 livres et les 27 films européens de la rentrée 2008 ;
  • 27 concerts en partenariat avec les stations de Radio France ;
  • 27 spectacles de compagnies de théâtre et de danse sélectionnées par un jury de professionnels ;
  • l’art européen en 27 expositions (par exemple, « les futuristes italiens à paris » au Centre Georges Pompidou, « Picasso et les maîtres » au Grand Palais)…

Ainsi, le succès populaire fut parfois au rendez-vous pour certaines manifestations mais le plus souvent, ces événements ne furent pas reçu par le public comme des expressions d’une même saison culturelle européenne visant à nourrir la réflexion citoyenne sur le projet européen et impliquant le grand public et la jeunesse.

Au final, la question de la pérennisation d’une saison culturelle européenne ayant pour vocation de valoriser l’Europe de la culture pour l’Etat membre exerçant la présidence tournante de l’UE reste ouverte.

Mobilisation des écoles de journalisme en vue des élections européennes

A quelques mois de l’échéance électorale, les écoles de journalisme se mobilisent avec des actions de communication qui renouvellent le mode de couverture de l’événement du scrutin européen…

The European Journalism Centre (EJC) se propose d’attirer de futurs étudiants en organisant un concours « Think about it! » entre 3 blogeurs. Ils publieront des billets, photos ou vidéos pour informer, analyser et débattre sur les sujets de leur choix dans le cadre de la campagne pour les élections au Parlement européen.

Le Centre Universitaire d’Enseignement du Journalisme (CUEJ) publie « europartis », un magazine online, réalisé par les étudiants et traitant des élections européennes avec :

  • un éditorial « L’année européenne 2009 sera politique. Elle sera partisane et concurrentielle. »
  • des reportages « dans le ventre de la machine » ou sur les « terres de campagne »
  • des éclairages d’experts
  • des encadrés « du neuf en 2009
  • des repères sur les partis politiques européens, la démocratisation de l’Union, les règles du scrutin, la participation électorale…

Ces initiatives pourraient contribuer à renforcer l’intérêt des jeunes citoyens pour les enjeux européens.