Se former, décrypter, peser

Ce blog prend une nouvelle dimension. C’est l’occasion d’en présenter les grandes étapes.

J’ai publié le premier billet de ce blog le 1er septembre 2007. Il paraissait sous un titre qui annonçait modestement son programme : Se former à la communication européenne.

Le verbe dit l’époque. La communication de l’Union était alors un objet neuf, peu documenté, qu’il fallait d’abord apprendre. Six cent trente-sept billets ont paru sous ce titre, jusqu’en décembre 2010.

Le blog est ensuite devenu Décrypter la communication européenne. Apprendre ne suffisait plus : il fallait lire ce que les institutions produisaient, et réfléchir à ce que cela réalisait. Mille soixante-dix-neuf billets ont paru sous ce second titre, de décembre 2010 à août 2026.

Aujourd’hui Lacomeuropéenne adopte une nouvelle signature : peser sur la fabrique du récit européen. Trois postures en dix-neuf ans, trois réalités qui évoluent. Apprendre, comprendre, agir.

Les archives mesurent un déplacement de l’Europe

Ces changements pourraient passer pour symboliques. Les archives racontent d’autres évolutions.

Mille sept cent seize articles ont été publiés ici depuis 2007, chaque semaine, sans interruption. Cet été, j’ai repris cette archive entière pour la reclasser, article par article, et mesurer la part de ceux qui traitent de guerre de l’information et de récit de puissance.

Sur la première décennie, de 2007 à 2016, cette part oscille entre sept et quinze pour cent. Elle atteint trente-quatre pour cent en 2017, cinquante-cinq en 2023, quatre-vingt-cinq en 2025. En 2026, elle est de quatre-vingt-treize pour cent.

Ce déplacement n’est pas éditorial, il est européen. Le blog n’a pas changé de sujet, c’est le sujet qui s’est déplacé sous lui. Ce qui relevait en 2007 de la pédagogie institutionnelle relève aujourd’hui de la sécurité et de l’ambition d’autonomie du continent.

Je peux même dater le moment où je l’ai senti basculer. La crise des migrants de 2016 : la première crise véritablement paneuropéenne, ressentie par les citoyens dans chaque pays, déjà travaillée par les manipulations de l’opinion, et instrumentalisée par les responsables politiques. Juncker parlait alors de « polycrise ». La mesure confirme l’intuition : la bascule est continue depuis 2017, soit sept ans avant que la question ne s’installe dans le débat public français.

L’étiquette qui désignait presque tout disparaît

La refonte a commencé par un inventaire, et l’inventaire révèle qu’une étiquette marquait mille cinquante-trois articles sur mille sept cent seize, soit six sur dix. À force de tout désigner, elle ne désignait plus rien. Elle a été supprimée.

Avec elle sont partis quelques mots que les lecteurs de la première heure reconnaîtront : EUtube, plan D, portail Europa. Ils nommaient des dispositifs que plus personne ne cherche.

À la place, six catégories structurent désormais l’archive : la fabrique du récit, l’opinion et la démocratie, la guerre informationnelle, les médias et le journalisme, l’autonomie et la puissance, l’économie de l’attention. Deux d’entre elles n’auraient eu aucun sens en 2007, la guerre informationnelle et l’économie de l’attention. Toutes s’imposent en 2026.

Dix nouvelles étiquettes complètent l’entrée par les acteurs, les instruments et les moments, sur quarante-trois au total. Certaines classent déjà des dizaines d’articles : désinformation, ingérence étrangère, intelligence artificielle, souveraineté numérique.

Ce que devient le site

L’archive est désormais parcourable. Six catégories, quarante-trois étiquettes, un moteur de recherche sur dix-neuf ans de publication hebdomadaire.

Quatre pages disent d’où vient le regard porté ici.

À propos, conseil aux experts des narratifs européens, retrace vingt ans en agence dont quinze au sein du groupe WPP : le contrat-cadre de la direction générale de la Communication, les campagnes paneuropéennes des DG SANTE, JUST, RTD et CONNECT. Et ce sur quoi ce regard peut être sollicité aujourd’hui, à titre indépendant.

Think tank, Atelier Europe, la diplomatie des idées, raconte les voyages d’étude dans les capitales qui exercent la présidence du Conseil, de Madrid à Copenhague, et ce que chacun a appris. On y trouve aussi Habeas Mentem, l’agenda pour l’autonomie cognitive de l’Europe.

Enseignement, former des entrepreneurs de cause, décrit la méthode : le dialogue compétitif, où les étudiants répondent à de vrais cahiers des charges européens en changeant de rôle d’un cas à l’autre. Et les colloques depuis 2008, de Sciences Po Lille au CELSA.

Presse, publications, citations, débats, rassemble vingt-neuf textes publiés depuis 2014 dans la revue du Club de Venise, qui réunit les directeurs de la communication des États membres, et seize ans de sollicitations de rédactions françaises, belges, espagnoles et européennes.

L’identité visuelle reprend la proposition de drapeau européen de Rem Koolhaas, présentée en 2002 et jamais adoptée : les drapeaux des États membres découpés en bandes et fondus en une seule image. Ce bandeau porte aujourd’hui vingt-sept bandes.

Une image faite pour représenter l’Europe, redessinée pour qu’elle reste vraie : c’est à peu près le sujet de ce blog.

Le contrat de lecture

Un article paraît ici chaque lundi matin depuis dix-neuf ans, sous une seule signature. Le secret de cette régularité est prosaïque : la programmation. Écrire en avance m’a appris à penser en séries : des étés entiers consacrés, épisode après épisode, à la communication du Parlement européen ou du Conseil, que je couvre moins le reste de l’année. Cela ne change pas.

Ce qui s’y ajoute est une lettre, le Billet de la semaine. Chaque lundi matin, dans votre boîte : un édito personnel, qui ne parlera pas toujours du billet du jour, et le billet de la semaine présenté en quelques lignes, avec son lien. La lecture, elle, se fait ici.

La raison est simple. Les réseaux sociaux décident de ce que vous voyez, et personne n’y possède son audience. Un blog qui étudie la fabrique du récit européen ne peut pas confier seulement la sienne à des architectures qui ne construisent pas de relation directe.

Une question pour finir, et elle m’intéresse vraiment. Qu’êtes-vous venu chercher ici : la mémoire longue, le décryptage de la semaine, ou des repères pour votre propre pratique ? Dites-le moi, en commentaire ou en répondant au Billet de la semaine. Je lis tout.