Communication européenne en 2023 : des vœux irrévérencieux

L’occasion immémoriale du changement d’année, c’est de tenter de prendre un peu de recul pour s’interroger sur ce que l’on peut vraiment nous souhaiter en tant qu’Européens aujourd’hui…

L’esprit européen déboussolé

Avec « L’irrévérence », publié il y a 30 ans, Chantal Delsol propose une réflexion sur une construction européenne qui devait non plus se faire contre un ennemi commun mais pour elle-même. Cette entreprise inédite est plus que jamais à l’ordre du jour, même si les fondamentaux semblent en souffrance, tant l’Union européenne apparaît parfois comme son principal ennemi.

Du côté du premier pilier, l’esprit rebelle, critique – qui a su se distancier des religions, se révolter des tyrannies, se libérer du progrès et de ses excès, voire s’émanciper de l’esprit de sérieux et des bonnes manières – semble bien à la peine, face aux assauts numériques des communautés plus ou moins bien intentionnées et des guerres de l’information.

Du côté du second pilier, la curiosité maladive – toutes les voies des savoirs et des expériences aventureuses ou scientifiques – semble là encore à la peine, l’envie d’avoir envie semble ronger ses freins, tourner en rond. Une telle perte attaque l’un des piliers de nos fondations.

D’autres piliers à découvrir dans la tentative de décrire l’esprit européen illustrent que les défis auxquels nous sommes confrontés apparaissent tant sur le plan conceptuel que pratique comme insurmontables, littéralement déboussolants. Les registres intellectuels, comme les autres, sont en crise ; et ce qui constituait notre boussole européenne est aussi en souffrance.

Des vœux irrévérencieux pour l’Europe

Malgré tout, pour cette nouvelle année, c’est nécessairement le moment de l’Europe. A nous de puiser dans nos ressources, sachant que les ressources matérielles sont celles dont nous disposons le moins sur notre continent, tandis que les ressources de l’histoire sont très nombreuses. A nous de nous en saisir même si elles nécessitent un effort de synthèse, un nouvel équilibre en particulier entre l’universel et le relatif.

Chantal Delsol pointe dans L’irrévérence là où nous devons porter nos efforts, nos vœux pour que cette nouvelle année soit utile et constructive : « Le problème, paradoxal, de l’Europe, tient en ce que sa gloire se nourrit directement de sa lucidité. » (page 232).

Sachons nous souhaiter ces vœux de lucidité, les plus nécessaires, pour faire la part entre le fake et le vrai et concentrer notre attention et nos moyens là où il le faut vraiment, pour de bonnes raisons et dans un arbitrage entre court et long terme.

Sachons aussi sortir de nos certitudes, de nos petites gloires, comme cette idée du « Brussels effect » qui permettrait d’imposer nos normes à l’échelle internationale, tandis que Kolakski nous rappelle dans Le village introuvable que l’Europe est justement « une culture qui a produit et a su préserver l’incertitude à l’égard de ses propres normes ».

Puisque « nous sommes condamnés, sans recours et probablement sans retour, à la liberté, à la contradiction, à l’action éprouvante », selon la phrase de conclusion de Chantal Delsol, apprenons en quelque sorte, à faire une force de cette envie de destruction de soi, congénitale au projet européen afin que l’Europe soit totalement anti-fragile, c’est-à-dire comme le professe Nassim Nicholas Taleb, résiliente aux chocs et renforcée par les crises.

Parler d’Europe, ce n’est pas excuser l’Union européenne

Intervention un peu poil à gratter au colloque « Comment parler d’Europe ? », de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe de Richard Werly, correspondant de la presse suisse en France, qui vient de passer du côté obscur de la force en passant du journal, l’institution Le Temps très respectable à la presse populaire alémanique avec le média en ligne Blick, là où le débat sur l’Europe avec le public est le plus vif…

Le débat sur l’Europe, c’est aussi dans les médias populaires, y compris les réseaux sociaux

C’est dans les médias populaires, y compris les réseaux sociaux, que sont les audiences massives, loin des élites, qui doivent reconquérir le peuple et réinvesti ces médias populaires. C’est la seule bataille qui compte, tenir bon sur cette crête populaire pour refonder la légitimité des politiques publiques européennes. Il faut parler de l’Europe au présent, pas au conditionnel.

Parler d’Europe, c’est parler de nous

D’abord, comment parler d’Europe, c’est se poser la question de pourquoi on devrait en parler. Parler d’Europe, c’est simplement parler de nous, parce que de toute façon l’Europe, c’est nous. Il faut que le public se réapproprie la notion d’Europe, parce que le succès des anti-Européens ont dissocié l’Europe de nous. Il faut reprendre les choses à la base, l’Europe, c’est nous.

Répondre aux critiques, sans esquiver

Ensuite, c’est à qui parler d’Europe, on ne pas parler à tout le monde en même temps, il faut cibler les messages et sur quoi s’appuyer. Avec la vague de la pandémie et l’Ukraine, c’est une opportunité, une chance historique de reparler d’Europe, c’est le moment d’en parler.

Ce n’est plus le sujet de parler aux élites, il y a assez de think tanks ; les journalistes, c’est au grand public qu’il faut parler. Les pro-Européens ont eu tendance à avoir peur du débat, parce qu’ils s’en sortent mal, leurs arguments sont moins simples, moins convaincants. Il faut réinvestir la scène, il faut tenir pour répondre aux critiques, sans esquiver, prendre les questions telles qu’elles sont.

Ne pas chercher à excuser l’Union européenne

Enfin, parler d’Europe, ce n’est pas excuser l’Union européenne. Le pire des travers, c’est de penser qu’il faudrait excuser l’Union européenne, si l’UE c’est le camp du bien, le débat est perdu d’avance. Il ne faut pas tomber dans ce travers.

Jean Quatremer avait publier un livre « Les salauds de l’Europe », il avait raison, la cause européenne a été captée par une minorité qui a pris à son profit la cause européenne, défendent leur intérêt plutôt que l’intérêt général européen. Le pire, c’est de toujours chercher à excuser l’Europe.

L’Europe n’est pas bêtement un projet qui doit protéger

Un autre concept, mis en avant par les politiciens, que l’Europe doit protéger. Ce n’est pas son rôle. Le projet européen vous fait passer du lac à l’océan. C’est une idée extrêmement perverse. Les gens vont chercher les indices de protection maximale. Mais, le projet européen est insécurisant, au quotidien, parce qu’il complique les choses. C’est une idée dangereuse, l’Europe nous protègera à terme, mais elle ne tranquillise pas.

D’autant que, l’Europe a davantage protégé les libertés, même si toutes les normes, pour réguler sur les médias sociaux, qui procèdent d’une bonne volonté peuvent à terme réduire la liberté d’expression. Le processus européen protège les démocraties, mais pas partout tout le temps, songeons à la Hongrie. De même pour les agriculteurs et les industriels.

Règles du journaliste européen : loin de Bruxelles, opportuniste et tenace

Trois modes d’emploi pour mieux parler d’Europe :

  1. Un correspondant à Bruxelles, c’est indispensable, à condition qu’il ne reste pas sur place, il ne faut surtout pas rester, il faut faire le tour des capitales, à l’époque des sommets européens dans les États-membres, la caravane journalistiques européenne avait du bon. C’est une déperdition d’être correspondant auprès des institutions européennes, plus vous vous en approchez, plus vous êtes irradié et risquez de devenir anti-européen, il faut sortir de la machine bruxelloise.
  2. Il faut être opportuniste, il faut savoir saisir les bons moments, il faut trouver les bonnes circonstances et les bons mots. L’Europe, il ne faut le répéter à tout moment, il faut le dire au bon moment.
  3. Comme les diplomates, il faut de la ténacité. Il faut être capable de traverser des déserts, comme le disait Jean Monnet, « ce qui est important, ce n’est pas d’être optimiste ou pessimiste, c’est d’être déterminé, il n’est de défaite que celles que l’on accepte ».

« Collection européenne » : regards croisés des Européens sur des sujets actualité, politique et société

Avec la « Collection européenne », cinq chaînes publiques européennes (ARTE, l’ARD, la ZDF, France Télévisions et la SRG SSR) s’associent afin de proposer une sélection commune de contenus (documentaires, reportages et magazines disponibles gratuitement en ligne) sur des sujets d’actualité, de politique et de société…

Donner à voir le point de vue du voisin européen sur des sujets contemporains

Comment nos voisins européens appréhendent-ils les questions urgentes auxquelles nos sociétés sont confrontées ? Quels sont les sujets qui les préoccupent ? Qu’en est-il de la place des jeunes en Europe ?

Comment sont traitées ici et là ces questions, la Collection européenne invite à découvrir, en proposant un point de vue européen sur des sujets contemporains.

Une offre multilingue, gratuite en ligne pour tous les Européens

Le catalogue commun, disponible en Europe, propose gratuitement et en cinq langues (français, allemand, anglais, espagnol et italien) des documentaires, reportages et magazines européens à retrouver sur chacune des offres numériques des partenaires (site internet, applications, Smart-TV) : arte.tvfrance.tvardmediathek.dezdf.de et Play Suisse.

Un financement de l’Union européenne

Le soft launch en 2020 a été rendu possible grâce à un cofinancement dans le cadre du volet MEDIA du programme Europe Créative.

Depuis 2021, la Collection européenne bénéficie d’un financement européen de 2.5 millions d’€ pour poursuivre cette offre commune de vidéo à la demande de moyenne durée, de documentaires approfondis et de rapports d’enquête sur les questions européennes actuelles, mise en œuvre par les télédiffuseurs.

« Vue d’Europe » : l’intelligence artificielle au service d’une perspective européenne dans l’information en ligne des médias de service public

L’Union européenne de Radio-Télévision (UER), la plus grande alliance de médias de service public dans le monde, lance l’initiative baptisée « Une perspective européenne », qui a vocation à édifier une sphère publique propice à une information digne de confiance, dans un espace médiatique turbulent, et fondée sur des valeurs communes. De quoi s’agit-il ?

Un service de recommandation aux publics européens : une référence et un repère pour poser un regard neuf sur leurs sujets de préoccupation communs et leurs intérêts mutuels

Les médias de service public membres de l’UER de Belgique (RTBF), de Finlande (YLE), de France (France Télévisions), d’Allemagne (BR-ARD), d’Irlande (RTÉ), d’Italie (RAI), du Portugal (RTP), d’Espagne (RTVE) et de Suisse (SWI swissinfo.ch), ainsi que par ARTE, chaîne franco-allemande, mettent des contenus d’actualité produits et édités à disposition.

Les rédactions participantes sélectionnent ensuite les sujets les plus pertinents traduits dans toutes les langues pour leurs publics et les publient au moyen d’une vignette interactive présente sur leurs sites web et applications, permettant de dépasser les barrières linguistiques et de proposer des contenus fiables.

Les contenus doivent aborder des thèmes évocateurs pour l’ensemble des Européens et servir à informer et à expliquer l’impact des politiques, des décisions et des actions des institutions et des gouvernements européens, et à évaluer dans quelle mesure celles-ci, en favorisant le développement des principes européens fondamentaux, influant sur la vie.

Les médias de service public utilisant le service de recommandations doivent adhérer aux principes de la diversité et de l’inclusion, garantir que les contenus d’actualité font entendre des voix, des opinions et des témoignages personnels reflétant la totalité du paysage social européen, y compris ceux des groupes vulnérables ou marginalisés.

Les contenus doivent être soumis à des processus éditoriaux indépendants et à l’obligation de rendre compte. Ils doivent être exacts et pertinents, justes et respectueux, en particulier de la dignité humaine et de la diversité de pensée.

Des résultats concrets de ces mises à la disposition du public en ligne, en temps réel et dans leurs propres langues d’un point de vue européen sur la couverture de l’actualité réalisée par les audiovisuels publics européens

Inaugurée en juillet 2021, la première phase de cette initiative réunissant 11 médias audiovisuels publics, ont partagé des informations professionnelles et dignes de confiance, en provenance de l’Europe entière, au cours des 8 premiers mois :

  • Plus de 6 500 sujets d’actualité partagés sur les sites web, dont 5 400 ont été repris par leurs homologues de rédactions réparties à travers toute l’Europe, et publiées sur les sites web de services publics audiovisuels nationaux ;
  • Plus de 45 millions de vues des reportages proposés par « Vu d’Europe », ces sujets et reportages inédits ont engendré de surcroît près de 100 millions d’impressions.

La deuxième phase du projet, qui devrait durer 14 mois, innove avec un déploiement dans les médias sociaux avec une nouvelle stratégie permettant de renforcer la participation du public et de toucher les plus jeunes et de donner aussi le coup d’envoi du développement d’un algorithme de journalisme de service public.

Le recours à l’intelligence artificielle vise à renforcer la pertinence et la diversité de l’information en fonction du public cible, à l’aide de la traduction automatique, de la transcription textuelle et des outils de recommandation :

  • L’intelligence artificielle au service de la traduction : il sera clairement indiqué qu’un sujet d’actualité a été traduit, en tout ou en partie, au moyen d’algorithmes, par le biais d’une mention telle que « traduit par IA » ;
  • L’IA au service de la sélection des sujets : en cas de sélection automatique des sujets, en tout ou en partie, au moyen d’algorithmes, une note en fera également mention : « sélection effectuée par IA ».

Le projet « Vu d’Europe » bénéficie d’une subvention du programme Actions multimédias de la Commission européenne ; les médias audiovisuels participants assument les coûts de production du contenu et conservent un contrôle éditorial total sur leurs sujets.

Cette perspective européenne constitue une initiative pionnière en utilisant des outils de traduction et de recommandation automatiques et des infos des médias audiovisuels publics permettant d’ouvrir de nouvelles fenêtres paneuropéennes à suivre.

2023, année européenne des compétences : stimuler compétitivité, participation et talents

Lors de son 3e discours sur l’état de l’Union le 14 septembre dernier, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen s’est exprimée pour que 2023 soit l’Année européenne des talents afin d’investir beaucoup plus massivement dans la formation continue et l’apprentissage tout au long de la vie…

La position de la Commission européenne : mains-d’œuvre compétentes = croissance + innovation + compétitivité

Un citoyen qui dispose des compétences nécessaires est un citoyen armé pour s’adapter à l’évolution du marché du travail et participer pleinement à la société et à la démocratie.

L’enjeu est d’assurer une transition verte et numérique socialement équitables et justes qui ne laisse personne de côté et de favoriser une main-d’œuvre dotée des compétences recherchées contribuant à une croissance durable, favorisant l’innovation et améliorant la compétitivité des entreprises.

L’état de l’opinion des Européens : prise de conscience inégale des défis

Selon l’Eurobaromètre Spécial 503 : « Attitudes à l’égard de l’impact de la numérisation sur la vie quotidienne », sept Européens sur dix se considèrent suffisamment formés à l’usage des technologies numériques dans leur vie quotidienne, même si les détails socio-démographiques précisent des différences importantes dans la population européenne :

  • 74% hommes vs 65% femmes
  • 86% white-collar vs 57% blue-collar
  • 77% urbains vs 65% ruraux

Du côté des institutions européennes et d’Eurostat, la situation semble plus préoccupante pour répondre aux défis de la digitalisation des économies européennes :

  • Plus des trois quarts des entreprises de l’UE signalent des difficultés à trouver des travailleurs qualifiés
  • 4 travailleurs sur 10 manquent de compétences
  • 1 spécialiste en informatique sur 6 et 1 diplômé en STIM sur 3 sont des femmes

Le besoin d’une démarche proactive de communication autour des compétences, en particulier numériques, apparaît clairement comme indispensable pour accompagner les évolutions individuelles.

La communication à l’occasion de l’Année européenne des compétences

Vers un nouvel élan à l’apprentissage tout au long de la vie, la communication européenne encourage les possibilités de perfectionnement et de reconversion professionnels avec des évènements et des campagnes de sensibilisation organisés dans toute l’UE afin de soutenir l’échange de bonnes pratiques :

  • Promouvoir des investissements accrus, plus efficaces et plus inclusifs, dans la formation et le renforcement des compétences afin d’exploiter pleinement le potentiel de la main-d’œuvre en Europe et d’aider les personnes à passer d’un emploi à l’autre ;
  • Veiller à ce que les compétences soient adaptées aux besoins du marché du travail, en coopération également avec les partenaires sociaux et les entreprises ;
  • Mettre en adéquation les aspirations et les compétences des citoyens avec les possibilités offertes sur le marché du travail, en particulier en ce qui concerne la transition écologique et numérique et la reprise économique ;
  • Attirer des personnes de pays tiers possédant les compétences dont l’UE a besoin.

L’opportunité de l’Année européenne 2023 des compétences doit être vraiment exploitée pour faire évoluer les talents des Européens indispensables au succès des transitions numérique et climatique.