Quelle présence des membres de cabinet de la Commission Juncker sur Twitter ?

Twitter s’est imposé dans l’espace public numérique européen. Des preuves ? 27 membres (sur 28) du nouveau collège de la Commission Juncker sont dans la liste officielle et la 28e absente Elżbieta Bieńkowska semble disposer d’un compte privé… Mais, qu’en est-il de leurs plus proches collaborateurs, dans les différents cabinets ?

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48% des membres des cabinets des Président, Premier Vice-Président et Vices Présidents sont sur Twitter

Selon un décompte établi sur la base de la liste des membres des cabinets de la nouvelle Commission Juncker publié utilement par European Voice, ce sont donc 34 membres de cabinet des plus importants qui sont sur Twitter.

63% des membres du cabinet de Juncker sont sur Twitter

Parmi ces plus importants cabinets, celui du Président est également le plus fourni en membres actifs sur Twitter avec 7 personnes sur 11 – quoiqu’il s’agisse – par ailleurs – du cabinet le plus nombreux.

75% des directeurs des cabinets des Président, Premier Vice-Président et Vices Présidents sont sur Twitter

Avec 6 directeurs de cabinet sur 8, les plus puissants collaborateurs des principales personnalités de la Commission Juncker sont actifs sur Twitter, à l’image du plus puissant d’entre eux, le bras droit de Jean-Claude Juncker @MartinSelmayr.

S’il fallait encore une preuve de l’importance de Twitter pour l’UE – au-delà des comptes officiels qui sont le plus souvent dorénavant gérés par les équipes de communication – l’activité personnelle des principaux membres de cabinet de la Commission Juncker vient l’attester.

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Comment l’UE prévoit de mieux communiquer sur le TTIP ?

Lors de la réunion du Groupe interinstitutionnel de l’information le 17 octobre dernier, la « déclassification » récente des directives de négociation du TTIP, le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement pose la question de la communication de l’UE sur le sujet.

Une communication de l’UE sur le TTIP, encore une fois, tardivement transparente

Les défis auxquels font face les institutions européennes sont particulièrement illustratifs de la problématique générale de la communication de l’UE :

  • La crédibilité et la confiance sont faibles, compte-tenu de la posture initiale tenue jusqu’à quasiment l’absurde de ne pas ou peu communiquer sur le sujet ;
  • Les difficultés à montrer les bénéfices de l’accord et des négociations en cours… un peu comme lors de chaque renégociation des traités européens ;
  • En ligne, la faiblesse des ressources face à l’ampleur des oppositions et de leurs campagnes grass-root ;
  • Dans les espaces publics nationaux, le soutien des gouvernements et la mobilisation des parties prenantes nationales sont cruciaux.

Les questions, que se posent les institutions européennes, au sujet de la communication autour du TTIP recoupent là encore très largement celles de la communication de l’UE dans son ensemble :

  • Comment résorber le déficit d’information des citoyens, sur ce sujet à la fois très technique et très politique ?
  • Comment monitorer les développements de l’opinion publique sur le sujet ?
  • Comment capitaliser sur les bonnes pratiques locales, sur une coopération avec les Etats-membres et entre les institutions européennes ?
  • Comment engager les publics dans les médias sociaux ?

Une communication de l’UE sur le TTIP essentiellement réactive aux critiques

La stratégie de communication de la DG Trade est principalement d’expliquer les bases de la négociation et d’adresser les critiques – dans un contexte de large couverture médiatique (essentiellement négative), d’implications renforcées des Etats-membres, de perceptions erronées du public et de scepticisme général autour du TTIP.

Les actions de communication prévues s’articulent autour de :

  • Des relations avec la presse améliorées, notamment avec des séminaires réservés aux journalistes ;
  • Une coordination renforcée en matière de communication entre les différents services de la Commission européenne ;
  • Des débats nationaux pilotés par les Représentations et en partenariat avec les autorités nationales
  • Une transparence augmentée, en publiant les « positions papers » de l’UE, des « factsheets », des infographies et les échanges de vues entre les négociateurs UE et US avec les parties prenantes et lors de consultations publiques ;
  • Une présence en ligne développée avec un site dédié et une activité dans les médias sociaux.

Au total, la communication de l’UE sur le TTIP est un parfait exemple de la communication européenne à la fois dans ses contraintes, d’autant plus nombreuses que certaines sont créées par l’inaction initiale ; et dans ses conditions de succès, corrélées à l’implication des Etats-membres et des parties prenantes.

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Quelle est l’évaluation officielle de l’Année européenne des citoyens ?

Avant même la rédaction du rapport d’évaluation publié récemment sur l’Année européenne des citoyens en 2013 et 2014, les principales conclusions sur les Années européennes – cet archétype des campagnes de communication de l’UE – étaient écrites d’avance. Pourquoi ?

Les Années européennes, des campagnes sans stratégie de communication ?

Première recommandation de l’évaluation indépendante, qui n’y va pas par quatre chemin : il faut « définir clairement la stratégie de communication de l’Année européenne ».

Et les évaluateurs de poursuivre en écrivant qu’« un choix devrait être fait entre les priorités – soit une communication s’appuyant sur les médias de masse, soit une communication visant à susciter l’engagement des citoyens, des parties prenantes et de publics cibles spécifiques. Ce choix devrait être cohérent avec le thème et les messages de l’Année, et réaliste au vu des ressources financières disponibles. »

Et pour mettre les points sur les i, les évaluateurs précisent que « les ressources financières dédiées à l’Année européenne devraient être en rapport avec la portée souhaitée. Définir pour l’Année des objectifs ambitieux sans leur consacrer les ressources suffisantes entrave sa mise en œuvre et compromet l’efficacité et l’efficience de l’initiative. »

Au total, l’Année européenne des citoyens devait résoudre la quadrature du cercle : à la fois une campagne d’information à l’échelle de l’UE avec des formes participatives de communication de proximité, le tout avec un budget réduit à 3,8 millions d’euros, par comparaison avec les budgets précédents :

  • 2007 — AE de l’égalité des chances pour tous: 22,5 millions €
  • 2008 — AE du dialogue interculturel: 10 millions €
  • 2010 — AE de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale: 17,25 millions €
  • 2011 — AE du bénévolat: 10,75 millions €
  • 2012 — AE du vieillissement actif et de la solidarité intergénérationnelle: 5 millions €

Le bilan chiffré de l’Année européenne des citoyens

En matière de résultats, les données complètes sont disponibles, notamment sur les événements participatifs organisés dans les Etats-membres :

  • 51 dialogues citoyens, rassemblant environ 17 000 participants physiques et 105 000 suiveurs sur les réseaux sociaux
  • 91 événements Alliance pour l’Année européenne des citoyens, regroupant environ 24 000 participants physiques

En moyenne, les dialogues citoyens ont réuni plus de 300 personnes et ont généré 39 articles médias (émissions de télévision en direct, messages télévisuels, messages radio et articles dans la presse écrite et la presse en ligne).

Les conclusions concernant les résultats et l’évaluation globale de l’Année européenne des citoyens

Dans son rapport, « la Commission prend note des conclusions relatives à l’efficacité et l’efficience, à savoir que l’adoption tardive de la décision a rendu difficile aux  partenaires potentiels de se mobiliser à temps pour contribuer aux activités, en particulier au niveau national; et que les ressources financières mises à disposition ne répondaient pas à l’ambition d’informer tous les citoyens de leurs droits. »

La Commission européenne reconnaît que « le budget modeste a limité la portée et l’impact de la campagne de communication, mais cette limitation a été atténuée efficacement par la créativité, l’engagement, les efforts de bénévolat et la motivation de tous les acteurs européens et nationaux. » Est-ce tragique ou comique de chercher ainsi des justifications ?

Les défis pour les futures Années européennes

Il serait plus que souhaitable que les organisateurs de la prochaine Année européenne 2015 pour le développement lisent attentivement les recommandations :

Afin d’atteindre un grand public et ciblant également les 28 États membres, une campagne d’information demanderait un « ticket d’entrée » d’au minimum plusieurs millions d’euros. Elle devrait aussi véhiculer des messages affûtés et originaux, afin d’attirer l’attention des citoyens et d’avoir potentiellement un impact.

En cas de ressources limitées, la priorité devrait être de déployer une campagne de communication qui soutienne des événements. Ceux-ci devenant, dans ce cas, les principaux piliers de la diffusion d’information, tandis que la campagne deviendrait un outil servant principalement à y inviter des participants et à attirer l’attention des médias de façon à garantir une plus grande diffusion.

Tenter de mettre en œuvre une campagne traditionnelle et une communication basée sur des événements avec un budget limité est inefficace. La stratégie de communication devrait être décidée à un stade de conception précoce.

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Porte-paroles de l’UE et journalistes : « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change » ?

Parmi les éléments visibles marquant l’entrée en fonction de la nouvelle Commission Juncker – au-delà de la nouvelle vitrine du site de la Commission européenne – se détache la (r)évolution du service de porte-parole de la Commission européenne. La célèbre expression de Tancrède dans Le Guépard « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change » semble particulièrement bien s’adapter en l’occurrence. Pourquoi ?

Beaucoup d’annonces, peu de changements : la nouveauté du « shadow press office » et la continuité du « pantouflage » d’anciens journalistes

Les effets d’annonces distillées aux journalistes quant aux évolutions futures du service des porte-paroles ont semblé donner l’impression de vouloir séduire la salle de presse de la Commission européenne.

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La lune de miel entre la nouvelle Commission et la presse semblait quasiment scellée lorsque Jean Quatremer publie samedi dernier « Une Commission Juncker moins hostile à la presse » pour parler de la « révolution culturelle » du service de presse de l’UE…

Parmi les motifs de satisfécits, un organigramme « époustouflant » réduit à une dizaine de porte-paroles, qui ne sont pas tous anglo-saxons, en vue « d’obliger les commissaires à descendre plus souvent en salle de presse afin d’expliquer leurs décisions » et la fin du « règne de la terreur théorisé et assumé » lorsque « l’appartenance à l’institution implique une défense totale des politiques adoptées, toute prise de distance (ne parlons pas de critiques) étant assimilée à une trahison ».

L’« opération séduction de la Commission Juncker vers les médias » selon le titre d’Euractiv, pourtant d’habitude très policé se montre très sévère : « nouvelle équipe, tout aussi pléthorique que la précédente » […] dispositif reste donc proche de la précédente Commission : très centralisé autour du Président ».

En effet, les porte-paroles qui peuvent s’exprimer en « on » dans les médias sont moins nombreux mais un « shadow press office », un service de presse de l’ombre fait son apparition avec des conseillers presse dans les cabinets des Commissaires qui parleront en « off » et qui seront en charge de traiter avec la presse de leur pays d’origine.

Au total, c’est une « armée mexicaine pour la parole de la Commission Juncker » : 17 porte-paroles + 30 attachés de presse + 28 conseillers presse en cabinet.

Mais surtout, près de la moitié des porte-paroles sont des journalistes. Un sacré problème de déontologie pour la profession, qui ne date pas d’hier. Gilles Bastin évoque même le « système Olivi » de la coproduction de l’information européenne qui privilégie des journalistes recrutés personnellement pour le service de presse de l’UE.

L’amour ne dure que 24 heures ?

Le coup de massue est venu réveillé les journalistes lundi matin quelques heures avant le premier Midday Briefing du nouveau service de presse de la Commission européenne.

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Par un email exigeant d’envoyer les questions par écrit avant 11h, tout le capital accumulé de « good will » s’est immédiatement dilapidé ; encore plus – malgré l’annonce qu’il s’agissait d’une maladresse – lorsque tout un chacun a pu constater le « business as usual » dans la salle de presse.

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Au total, les évolutions du service des porte-paroles de l’UE est symptomatique de la relation entre la Commission européenne et les journalistes, faite d’espoirs vites déçus et d’incompréhension réciproques et laisse entrevoir un verrouillage de la communication par la présidence.

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Quelles sont les utopies de la communication européenne ?

Dès qu’il s’agit de porter son regard sur la communication de l’Europe, chacun y va de ses solutions pour résorber le fameux déficit démocratique de l’UE. La plupart de ses idées sont plus ou moins utopiques. Quelles sont les utopies de la communication européenne ?

Les utopies idéalistes

Le « storytelling » : un nouveau narratif pour l’Europe, la puissance explicative des arts et des sciences

Dernière utopie de la Commission Barroso finissante, le projet visant à donner un nouveau narratif pour l’Europe correspond exactement à ce genre de grandes idées généreuses mais inefficaces pour réorienter la communication de l’UE.

La puissance explicative de la construction européenne apportée par les arts et les sciences ne peut pas palier l’absence de vision politique.

Le « storytelling » ne peut pas fonctionner éternellement à vide et l’incapacité à formuler un projet commun avec des priorités d’action ne peut pas être remplacé par un catalogue de valeurs et de bonnes intentions.

Le « soft power » : une diplomatie publique de l’UE, la force douce de la culture et du sport

Autre utopie – développée notamment par Jean-Christophe Gallien à EuropCom – la conviction que le message de l’Europe au monde doit se porter sur une diplomatie publique destinée à toucher les peuples sur des sujets « concernant », à savoir qui intéressent les individus, comme peuvent le faire le sport ou la culture.

La force douce apportée par les arts et les sciences, quoique très vraisemblablement susceptible de « reconnecter » avec les gens ne peut sérieusement se substituer en intégralité à une construction politique européenne.

Le « soft power », quoique prometteur pour permettre à l’UE de s’adresser différemment aux autres continents non-Européens, ne peut pas fonctionner auprès des peuples européens qui entendent davantage dans leur quotidien la crise de leur Etat-providence.

Le dialogue citoyen : une interaction entre l’UE et les citoyens, le discours de la Commission européenne sous Reding

Dernière utopie « idéaliste » – au sens d’intellectuellement séduisante mais pratiquement irréalisable – le discours véhiculé à satiété par la Commission européenne sous Viviane Reding portant sur le dialogue citoyen.

À défaut de trouver des solutions qui remettent en question l’UE afin de réduire la distance entre l’UE et les citoyens, la démarche adoptée par la Commission européenne a consisté à « mieux expliquer » l’UE, comme si les Européens, ces grands enfants, ne comprenaient pas biens ou ne savaient pas poser les bonnes questions.

Les utopies pragmatistes

La publicité de l’Europe : une campagne TV, l’impact des émotions sur les opinions

La publicité de l’Europe est l’utopie la plus récemment formulée par Jacques Séguéla, le prestataire choisi par la Commission européenne pour réaliser la première campagne de publicité à grande échelle dans quelques Etats-membres.

L’impact des émotions d’un message publicitaire créatif sur les opinions personnelles, dans une logique de conversion quasi magique est la croyance sur laquelle repose la démarche d’une mécanique publicitaire.

L’investissement à coût de millions d’euros pour exister auprès d’une masse d’Européens est-il une promesse suffisante pour se laisser convaincre par cette démarche ?

L’espace public européen : le terreau d’un embryon de scènes et d’acteurs européens

L’espace public européen, cette utopie littérale, ce lieu qui n’existe pas, en tout cas pas totalement, pas de manière chimiquement pure est néanmoins annoncé, attendu par de nombreux spécialistes, notamment universitaires.

Fruit d’une européanisation d’espaces existants ou d’une création sui generis, l’espace public européen possède souvent le défaut d’échapper à ses auteurs.

Les espaces publics européens qui pourraient éventuellement existés aujourd’hui se réfugient soit dans des médias anglo-saxons qui sont quasiment les seuls à offrir des supports et une langue commune avec le défaut en retour d’influencer lourdement la construction européenne ; soit dans des communautés en ligne qui forment des bulles, dont la « brussels bubble » dans les médias sociaux n’en est que l’écume la plus visible.

La politisation de l’UE : l’espoir d’un programme politique mobilisant des financements

Cette utopie correspond au choix délibéré de la nouvelle Commission Juncker d’offrir – selon l’analyse de Luuk van Middelaar – une approche clientéliste à la romaine s’appuyant sur des rétributions et des services ; constatant que les utopies identitaire à l’allemande capitalisant sur la culture et les valeurs européennes ou civique à la grecque de gestion commune des affaires publiques n’ont pas su portées leurs fruits.

Évidence à rappeler, la politisation de la Commission européenne, et de son discours, ne peut réussir que si les résultats sont au rendez-vous, surtout auprès des Européens. C’est tout l’enjeu de la « Commission de la dernière chance », un quitte ou double dangereux mais qui était sans doute devenu indispensable.

Au total, les utopies de la communication européenne ne manquent pas, mais y en aura-t-il au moins une à se concrètiser ?

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