20 ans après : quelle est l’actualité des actions du rapport De Clercq ?

Après le diagnostic et les recommandations stratégiques des « réflexions sur la politique d’information et de communication de l’UE » du rapport de l’eurodéputé Willy De Clercq, 20 ans après, que reste-il du plan d’action recommandé ?

Des campagnes horizontales/institutionnelles et verticales/nationales

Des campagnes horizontales ‘institutionnelles’ devraient être menées dans l’UE et au-delà des frontières afin d’informer (et de former) l’opinion publique du monde entier et des Européens sur l’UE et les avantages d’une communauté forte, prospère et démocratique en Europe.

La communication horizontale dans l’ensemble de l’UE devrait être soutenue par des programmes verticaux plus en profondeur pays par pays. Ces campagnes nationales devraient être mises en œuvre par les Etats membres et cofinancées et orchestrées par l’UE.

Des programmes de communication après des médias plus efficaces

En raison de leur rôle multiplicateur essentiel pour la diffusion de l’information, la coopération avec les médias doit être renforcée :

  • en établissant des ponts systématiques avec la presse nationale et régionale ;
  • en abordant plus particulièrement la presse non spécialisée dans les affaires européennes ;
  • en organisant régulièrement des tables rondes avec les présidents des groupes de presse, rédacteurs en chef de journaux et producteurs de programmes de télévision ;
  • en offrant de meilleures conditions pour prise de vue, montage et retransmission.

Audio-visuel

Un important programme de co-productions associant les institutions, les chaînes de télévision et les sociétés de production, combinée à une stratégie de diffusion claire doit être soigneusement planifié ; spécifique à un auditoire : femmes, jeunes, hommes d’affaires, intellectuels, amateurs de sports, voyageurs etc. ; avec des idées nouvelles et originales pour les talk-shows et une volonté d’aller au-delà de la simple information en vue d’introduire la dimension européenne dans la fiction, les jeux et les spectacles.

Radio

Tant pour la fidélité que pour la relation «intime» avec les auditeurs, la radio est un média idéal pour atteindre les gens et des programmes de co-productions devraient s’adresser :

  • Aux médias d’affaires afin de rassurer les milieux d’affaires ;
  • Aux médias culturels afin de garantir aux citoyens que « l’Europe » n’est pas seulement à propos de l’économie et que « l’Europe » n’est pas une menace pour les identités nationales et régionales.
  • Aux médias sportifs afin de promouvoir la participation et le soutien du public enthousiaste aux événements sportifs européens et de favoriser la fierté des réalisations européennes.

Une communication de l’Europe culturelle

La communication de l’Europe doit être un processus continu d’éducation, de culture et de formation, en commençant à l’étape de l’enseignement secondaire. Les manuels scolaires devraient veiller à ce que la dimension européenne soit expliquée et comprise par les enfants de l’école, en particulier sur des sujets tels que la géographie, l’histoire, l’économie et l’éducation civique.

Une «maison européenne» comprenant une bibliothèque, un musée et divers services d’exploitation devrait faciliter le travail des journalistes et de tous ceux qui souhaitent avoir un accès direct aux institutions.

Des événements européens devraient être encouragés dans les domaines des loisirs (galas, concerts, expositions), du sport (plus de «jeux européens»; prix européens pour les athlètes et les équipes engagées dans des manifestations sportives internationales), de la culture (hit-parades européens, production de films), des universités (rencontres, séminaires) et alimentaire (promotion des produits agricoles traditionnels).

Une communication européenne de collaboration et de synergie

Afin de bien planifié et orchestré, la charge de la communication peut être partagée :

  • Avec les milieux d’affaires : fournir des fonds pour des programmes et des événements spécifiques ;
  • Avec certaines entreprises ou groupes industriels : parrainer des publications de préoccupation particulière à leur domaine d’activité ;
  • Avec les médias : accorder des tarifs promotionnels pour les campagnes d’intérêt public de l’UE ;
  • Avec les syndicats : parrainer et diffuser des publications sur des sujets d’intérêt particulier pour leurs membres, en particulier sur des questions incluses dans la Charte des droits sociaux.

Les synergies portent sur l’utilisation cohérente et constante de la même charte de communication, via un manuel qui permette que toutes les communications de l’UE au public aient le même « look ».

Entre les campagnes horizontales/institutionnelles qui se sont traduites par le projet-pilote de communication corporate 20 ans après ou le programme médias qui s’est mis en place avec Euranet (radio), Euronews (TV) et Presseurop (presse), la bibliothèque Européana de nombreuses idées du rapport De Clercq ont été retenues. Il serait plus que temps de réfléchir au prochain rapport De Clercq.

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Nouveauté de la communication sous Juncker : les relations avec les médias

Les premiers pas de la nouvelle Commission Juncker, sont les premiers signes de sa future communication. Aux vues de premiers faits saillants, la nouveauté annoncée et revendiquée dans la communication proviendrait de nouvelles relations avec les médias. Décryptage à partir de 3 études de cas précises…

Erasmus : 1 million de bébés, un vrai-faux coup de pub

L’info aura fait le tour des médias, littéralement, de la TV aux radios et aux journaux print et web : « un million de bébés nés grâce à Erasmus depuis 1987 ». Pour une fois, l’UE passe dans les pages ou les rubriques Société/Lifestyle des médias et ça ne passe pas inaperçu. Ainsi, par exemple, pour Libération, l’info « a été adorée par les lecteurs, c’est l’un des articles les plus partagés [de la] semaine sur le site de Libé ».

Sauf que voilà, ce n’est pas forcément un chiffre vrai. Toujours selon Libération, « la romantique Commission européenne est allée un peu vite en besogne [...] le « million de bébés », c’est du pipeau ».

Pourtant, la Commission européenne, sous Barroso, est plus habituée à démonter les mythes que les médias racontent sur des projets extravagants, au point d’avoir lancé un blog « Setting the fact straight ».

S’agirait-il d’une prise d’initiative isolée pour vendre le programme Erasmus ou bien plutôt d’une nouvelle démarche que la Commission européenne souhaite mettre en œuvre pour davantage intéresser les médias à ses actualités ?

Annonce de la nouvelle Commission européenne : un teasing savamment entretenu

La conférence de presse du président désigné de la Commission européenne Jean-Claude Juncker pour annoncer la composition et la répartition des postes au sein de son collège aura fait l’objet d’un teasing consommé, là encore assez inédit à une telle échelle.

D’une part, plusieurs « leaked documents » ont été diffusés à quelques médias européens : d’une part, un projet d’organigramme a été publié par Euractiv tandis que le Financial Times semble avoir également reçu des informations.

D’autre part, après la publication de ces documents qui semblaient destinés à brouiller les pistes et laissés des marges de manœuvre à Juncker, l’utilisation du hashtag #TeamJuncker ou #withJuncker s’est accompagnée d’une volonté délibérée de déjouer les pronostics et d’annoncer des surprises.

Là encore, un tel teasing n’avait pas été aussi ouvertement entrepris sous la Commission Barroso, faut-il donc s’attendre à ce qu’il s’agisse d’un précédent établit pour les futurs annonces importantes de la Commission Juncker ?

Négociation France-Commission sur le budget 2015 : un dialogue par média interposé

Dernier exemple en date de la nouvelle approche des relations médias avec Juncker, le dossier de la présentation du budget par la France à la Commission et les suites éventuelles.

Afin d’éviter une confrontation frontale entre la France et la Commission, Jean Quatremer dans « Budget 2015: comment la Commission use des médias pour éviter la guerre avec Paris » analyse que la Commission tente de faire passer ses messages au gouvernement français par l’intermédiaire d’indiscrets dans la presse, notamment Reuters et Le Figaro.

Une fois encore, la démarche d’activation délibérée des médias pour décupler l’impact des messages semble confirmer qu’il s’agit d’une tendance affirmée de la communication de la présidence Juncker.

Dès à présent, la nouvelle approche des relations avec les médias, plus proactive dans la communication sous Juncker, dessine une innovation qui devrait être appelée à s’imposer.

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20 ans après : quelle est l’actualité des recommandations du rapport De Clercq ?

En prolongement du diagnostic des « réflexions sur la politique d’information et de communication de l’UE » du rapport de l’eurodéputé Willy De Clercq, que faut-il retenir, 20 ans après des recommandations en matière de publics, de messages et de conditions ?

1. Quels publics ?

La communication de l’UE doit s’adresser aux bons publics et de la bonne manière, avec émotion et respect. Certes, tous les citoyens doivent être informés, mais si c’est pour diffuser trop d’informations ennuyeuses, inintéressantes et froides, mieux vaut des messages qui stimulent, excitent, motivent et déplacent les gens : des stimuli qui changent leurs attitudes.

Dans le grand public, les publics cibles qui seraient les plus réceptifs et les plus actifs « relais » sont :

  • Les indécis / indifférents ou ceux qui sont enclins à avoir des attitudes favorables (plus susceptibles d’être réceptif et de répondre positivement) ;
  • Les femmes : si les avantages de l’UE sont « personnalisés » pour les femmes, elles vont rapidement comprendre comment ces avantages bénéficient sur leur vie, leur famille, leurs enfants, leur travail et donc reconnaître les avantages existentielles de l’UE ;
  • Les jeunes : certainement plus ouvert aux valeurs et aux idéaux européens que les générations plus âgées et nécessaires à un futur stable de l’UE.

Dans les publics spécialisés, les « multiplicateurs » sont :

  • Les journalistes, les rédacteurs en chef et les directeurs de programme : tous ceux qui ont une influence déterminante dans leurs médias ;
  • Les milieux décisionnels, à la fois économiques et politiques dans les Etats-membres.

2. Quels messages ?

Le message européen doit concerner à la fois les Européens dans leur dimension professionnelle, en termes de nouvelles opportunités et de meilleures conditions de vie, mais aussi dans leur dimension historique et culturelle, en termes de valeurs, de perspectives et d’une identité partagée en commun.

Il faut identifier les avantages de la construction européenne : une entité vivante qui offre de multiples avantages pour tous en termes de progrès et de prospérité, de protection et paix, vers plus de solidarité et un «avenir meilleur».

Il faut éviter la confusion entre l’Europe et les institutions européennes : les gens sont plus intéressés par ce qu’il y a sur la table « l’Europe », que ce qu’il y a dans la cuisine « les institutions européennes ».

Le positionnement de l’UE doit être placé dans l’esprit des gens, comme la plus grande entité démocratique, socio-économique et politique dans le monde. Sa raison d’être est que, dans la poursuite de ses objectifs, le tout est plus grand et plus efficace que la somme de ses parties.

L’UE permet de travailler ensemble sur des questions communes. Aussi, une évaluation honnête de ce qui peut être raisonnablement atteint par l’UE doit permettre de ni jeter le blâme sur « l’Europe », ni créer de faux espoirs.

Les messages de l’UE doivent être exprimés dans un langage clair et des outils adéquats, simples et innovants – et en 1992, il n’était pas encore question d’Internet…

3. Quelles conditions ?

Les deux « mamelles » de la politique de communication de l’UE sont un leadership résolu sur la durée et un investissement financier de taille critique – sans l’une et l’autre, il n’est pas possible d’impliquer émotionnellement les citoyens dans la construction de l’Europe : la meilleure stratégie de campagne et les meilleures tactiques sont inutiles sans munitions.

En termes de leadership, cela doit se traduire au niveau des Commissaires et du président de la Commission, avec des conférences de presse, des interventions régulières dans les médias et des discours et des visites auprès d’acteurs de la société civile, le tout sur l’impact de l’Europe dans leur propre pays.

Au niveau des moyens, l’appel à un « Bureau de la Communication » sur le modèle des USA ou de la France avec le SIG permettrait de :

  • exercer la responsabilité de la stratégie de communication de l’UE ;
  • veiller à ce que l’UE parle d’une seule voix (ce qui nécessitera une collaboration étroite avec le Parlement européen, le Conseil et les autres institutions) ;
  • veiller aux lignes directrices, à la formation du personnel, à la conformité des campagnes sectorielles avec la stratégie générale, aux instruments de mesure de l’opinion pour le suivi des attitudes du public et la mesure des progrès.

Par ailleurs, la dimension culturelle ne doit pas être oubliée. Les communautés académiques et culturelles doivent être persuadées que l’UE n’est pas un rouleau compresseur du tout économique visant à aplatir et harmoniser la culture. Au contraire, l’Europe encourage et protège la mosaïque des cultures, la vie intellectuelle et le savoir-vivre.

Au total, les recommandations du rapport De Clercq en matière de publics (les indécis, les femmes, les jeunes), de messages autour des 4 P (progrès, prospérité, protection, paix) et de conditions (le leadership politique et le soutien financier) sont d’une actualité troublante.

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Quels sont les enseignements de la campagne de communication gouvernementale pour les élections européennes de 2014 en France ?

Responsable de coordonner les campagnes de communication des ministères au Service d’Information du Gouvernement (SIG), Nicole Civatte a présenté au Club de Venise les résultats de l’ex-post, le sondage réalisé après la campagne de communication gouvernementale pour les élections européennes de 2014 en France. Que faut-il retenir ?

ouijevote.eu

La campagne d’incitation au vote : « Oui, je vote »

Pour interpeller et faire prendre conscience de l’impact du vote en faisant écho aux perceptions des Français sur l’Europe, le gouvernement français a mené une campagne d’incitation au vote au printemps 2014, s’appuyant sur :

  • Une campagne radio et web : « on a tous notre mot à dire sur l’Europe. Parce que c’est notre Europe. Choisir son député c’est choisir son Europe. »
  • Renvoyant vers un espace digital d’information ouijevote.eu

Une abstention en 2014 moins élevée que prévu

Les résultats au soir du scrutin du 25 mai 2014 sont connus, en France l’abstention a été de 57,9%, soit équivalente à 2004 et surtout inférieure à 2009, date du dernier scrutin européen.

Néanmoins, ce résultat global masque des disparités très fortes dans la société, notamment l’abstention plus forte chez les jeunes (près de 75%) et les catégories populaires : 70% chez les foyers aux revenus modestes, 65% chez les ouvriers, 60% chez les non diplômés.

L’abstention aux élections européennes a été motivée par :

  • Un désintérêt pour le scrutin (31% à 36% des citations)
  • Le mécontentement vis-à-vis des hommes politiques (26% à 38%)
  • L’absence d’impact des élections sur la situation des électeurs (23% à 32%)
  • Il n’y a pas de rejet de l’Union européenne (17% à 27% des citations) chez les abstentionnistes

Les principales motivations du vote aux élections européennes de 2014

Trois thèmes dominent les motivations du vote : l’immigration, la situation économique et la volonté de sanctionner le pouvoir exécutif.

1. L’immigration : un enjeu désormais prioritaire

  • Un thème important pour 31% à 40% des électeurs, contre 14% en 2009
  • Le premier motif de vote pour 64% à 88% des électeurs FN, devant l’insécurité et loin devant le chômage (24% à 48%) ou le pouvoir d’achat (32% à 44%)
  • Un des sujets désormais le plus important chez les électeurs UMP (42% à 57% contre 14% en 2009) mais marginal chez les électeurs de gauche, plus préoccupés par les sujets économiques et sociaux

2. La situation économique : un thème logique compte tenu de la crise

  • Une préoccupation plus forte chez les électeurs de gauche, et notamment le chômage pour 40% à 50% d’entre eux

3. La volonté de sanctionner l’exécutif : un motif non majoritaire mais en progression par rapport à mars 2014 et 2009

  • Près de 50% des électeurs disent qu’ils n’ont pas été influencés par leur opinion vis-à-vis du Président et du Gouvernement
  • 33% à 38% déclarent cependant avoir voulu sanctionner l’exécutif, contre 23% à 30% en 2009

Quels enseignements pour la communication publique ?

La valeur de la campagne d’incitation au vote est relative suivant le regard que l’on porte sur les contraintes, les résultats ou la place de la communication publique.

1. Une contrainte forte pour la communication publicitaire gouvernementale :

  • Le seul message possible : inciter à voter
  • Elle ne peut favoriser aucun parti politique, ni intervenir dans les thèmes du débat, et ne peut pas se substituer à la campagne politique

2. Un résultat inégal :

  • Un dispositif de communication important pour les municipales et une progression de l’abstention
  • Un dispositif plus réduit pour les européennes et un recul de l’abstention

3. Une confirmation des limites de la communication qui peut :

  • Rappeler la date, le fait qu’il n’y a qu’un seul tour
  • Informer sur les nouveautés, les modalités du vote par procuration
  • Faire prendre conscience de l’enjeu du vote
  • Faire se déplacer des potentiels abstentionnistes ?

4. La nécessite d’utiliser d’autres leviers, comme pour les autres sujets de l’action et de la communication publiques.

Au total, la campagne de communication gouvernementale d’incitation au vote lors des élections européennes de 2014 – faute ou à défaut d’un impact suffisant – semble indécisive.

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20 ans après : quel est l’actualité du diagnostic du rapport De Clercq ?

Afin de poursuivre le travail de refondation de la communication européenne sous la nouvelle Commission Juncker – après la période des origines – place aux « réflexions sur la politique d’information et de communication de l’UE » du rapport de l’eurodéputé Willy De Clercq. Que faut-il retenir du diagnostic, 20 ans après ?

1. Quelle est la situation ?

Encore plus aujourd’hui qu’il y a 20 ans, sur le diagnostic du rapport relatif à l’état de perplexité des citoyens européens, on ne peut hélas que constater une dégradation sur les différents secteurs.

Déjà en 1992, la construction de l’Europe est perçue comme dans un état de crise, une situation critique en termes de confiance, de crédibilité et d’approbation du public, « un sentiment d’anti-climax » – on ne saurait mieux dire.

Plus largement, 20 ans en arrière, déjà, la diversité des opinions publiques à l’égard de l’Europe est analysée entre enthousiasme et aversion, mais surtout ignorance et indifférence. L’attitude contradictoire et ambivalente des Européens à l’égard de l’UE s’observe toujours : l’identité européenne n’a pas encore été ancrée dans l’esprit des gens mais il existe cependant un certain nombre de valeurs communément partagées par les Européens.

Surtout, le constat que la communication européenne a été « inadéquate » demeure vrai :

  • la construction de l’Europe n’est pas communiquée de façon pertinente et convaincante auprès des citoyens de l’Europe ;
  • les politiciens et les fonctionnaires se plaignent qu’ils sont mal compris; mais ils limitent les efforts à une information froide et rationnelle, estimant apparemment que quelqu’un d’autre se chargera d’animer leur communication et de faire passer leurs messages auprès du grand public.
  • les journalistes (intermédiaires essentiels) ne peuvent pas transformer des informations ennuyeuses en excellentes nouvelles.

2. Quelles sont les causes ?

Le mauvais produit

Pour les experts rassemblés autour de De Clercq, notamment Jacques Pilhan, la principale raison de cette situation critique est que la Commission et certains États membres tentent de « vendre » le « mauvais produit ». Il ne s’agit pas de vendre des traités – et pourtant après Maastricht, il y en aura bien d’autre (Amsterdam, Nice, Lisbonne…) – mais de communiquer sur la communauté européenne.

Pas de direction stratégique

En plus, il n’y a pas – toujours pas d’ailleurs – de direction stratégique interinstitutionnelle pour orchestrer les différents émetteurs et veiller à ce que les campagnes de communication institutionnelles et sectorielles soient conformes à la stratégie générale.

Des messages abstraits

Du coup, l’Europe ne parle pas d’une seule voix – il y a une multiplicité de locuteurs et une inconsistance du message, trop jargon incompréhensible, pas assez lié à la vie quotidienne.

Mauvaise organisation

En outre, à Bruxelles, en 1992, il n’y a ni la structure et l’organisation, ni la puissance et les ressources financières, pour faire les changements nécessaires rapidement et efficacement. Et vingt ans plus tard ?

3. Quels sont les objectifs ?

Puisque l’Europe n’est pas seulement pour les élites intellectuelles mais concerne tous les citoyens européens – les politiciens devant assumer leur responsabilité – il convient donc de construire la sensibilisation et l’approbation du public à l’Union européenne. La communication, c’est comme la politique économique, plus les objectifs sont simples, plus il est vraisemblable de les atteindre.

Les messages de l’UE doivent donc être à la fois clairs, consistants, cohérents et convaincants.

Le changement de la communication européenne doit être perçu partout et par tous, une règle qui pourrait d’ailleurs de nouveau s’appliquer à la période actuelle de refondation de la communication de l’UE :

  • changement de ton pour attirer l’attention et être compris ;
  • changement dans la gestion de la communication et de l’information ;
  • changement de la place de la communication (influence et importance) dans le processus de prise de décision au jour le jour ;
  • changement dans la façon dont le professionnalisme est intégré dans toutes les activités ;
  • changement dans la manière dont les institutions européennes travaillent avec les médias (surtout les médias audio-visuels), et en particulier les médias nationaux et régionaux dans les États membres ;
  • changement dans le comportement indiscipliné des « émetteurs » afin d’éviter que Bruxelles soit blâmé pour les échec quand les États membres tirent le crédit pour les succès ;
  • changement dans le montant des ressources consacrées à la communication.

Par ailleurs, il est impératif que l’UE regagne crédibilité et confiance des citoyens :

  • besoin de faire preuve de compréhension et d’affinité avec les préoccupations de la vie quotidienne des gens ;
  • besoin de démontrer autodiscipline et fiabilité mais aussi courage et enthousiasme.

De même, l’UE doit démontrer son sens et son utilité réelle, expliquée franchement et honnêtement, sans se limiter aux couloirs du pouvoir à distance. Mais également, l’UE doit rendre transparents les risques derrières les décisions. Et surtout, l’UE doit faire des propositions pertinentes pour les citoyens, c’est-à-dire en rapport avec son/sa manière de vie, son/sa culture, ses espoirs, aspirations, craintes, préoccupations, besoins et désirs – la clé d’une communication réussie, c’est la pertinence.

20 ans après, le diagnostic des « réflexions sur l’information et la communication de l’UE » du rapport De Clercq demeurent particulièrement actuelles.

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