Médias sociaux : la Commission européenne, combien de divisions ?

Attention la réponse est particulièrement longue : 190 comptes Twitter, 100 pages Facebook, 36 chaînes Youtube, 25 comptes Instagram, 18 comptes perso/pages/groupes sur LinkedIn, 7 pages Google+ et 4 comptes Pinterest. Ne serait-il pas temps d’envisager une rationalisation de cette présence référencée devenue protubérante ?

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Twitter : le média social le plus « digital native » pour la Commission européenne

Entre les Commissaires qui y sont tous présents depuis longtemps (et c’est bien le seul média social dans ce cas), les services et directions de la Commission européenne qui rassemblent une bonne centaine de comptes et quasiment toutes les Représentations dans les Etats-membres, Twitter est le plus investi.

Côté chiffres, l’audience cumulée globale – qui n’a pas beaucoup de sens compte tenu d’un fort recoupement des audiences – représente 4,194 millions de « followers », dont 1,6 pour les Commissaires dominés par Juncker, près de 700 000 pour le compte corporate et 400 000 pour les comptes décentralisés.

Le principal chantier à ce stade du déploiement des directions, agences et services de la Commission européenne devrait être de réduire le nombre de comptes actifs. Suggérons d’emblée la suppression d’une bonne douzaine de comptes dont les codes ont dû être égarés dans un fond de tiroir : @cnectflashD2, @EdenEurope, @RIM_eu, @Ideas4Europe, @IUConvention, @innovationunion, @ICTinnovEU, @ict2015eu, @FuturiumEU, @Eufilmheritage, @EYD2015.

Une réflexion plus « corporate » devrait être engagée pour fixer des critères objectivant les suppressions ultérieures en fonction des audiences et des messages. La DG Digitale s’est particulièrement illustrée par une exemplarité qui frôle avec l’hyper-activité.

Facebook : le média social le plus « grand public » pour la Commission européenne

Avec pratiquement moitié moins de pages (100 vs 190), l’audience cumulée est quasiment identique avec 4,165 millions de fans, ce qui peut démontrer à la fois que la rationalisation ne fait pas au détriment de l’acquisition d’audience et/ou que cette plateforme demeure par excellence le média social du grand public.

Du côté des Commissaires, c’est le Vice-Président Timmermans qui mène avec une page chaleureuse et humaine très bien animée. Il en manque encore une dizaine qui ne semble pas convaincu d’une présence active sur Facebook.

Là encore, la rationalisation devrait être engagée et au moins une bonne demi-douzaine de pages pourraient être fermées du jour au lendemain : China IPR SME Helpdesk, CCS network, eSkills4jobs (9 likes), EU Expo 2015 et Passenger Rights.

Youtube : le média social le plus créatif pour la Commission européenne

Avec 36 chaînes, dont seulement 1 Commissaire et 5 Représentations, la présence de la Commission européenne sur Youtube est, en comparaison beaucoup plus timide en apparence.

Alors qu’avec 40,452 millions de vues cumulées – dont 5 chaînes à plus du million et la chaîne EU Tube à 26 millions de vues – la Commission européenne s’est taillée la part du lion en termes d’audience, notamment grâce aux nombreuses vidéos créatives.

Instagram : le média social le plus en croissance pour la Commission européenne

Arrivé parmi les derniers de la classe, Instagram est en voie rapide d’adoption, significativement plus d’ailleurs par les Représentations dans les Etats-membres (déjà 18) que par les directions et services (seulement 5) ou les Commissaires (seulement 4).

L’animation sur le compte corporate @europeancommission est particulièrement riche et variée avec un storytelling très construit autour de l’actualité de l’institution, même si, comme souvent, le compte @europeanparliament est davantage suivi.

LinkedIn : le média social le plus brouillon et sous exploité pour la Commission européenne

Seulement 18 liens qui marchent dans la base de données en ligne, et la confusion est totale entre les comptes personnels (parfois même utilisés par des services), les groupes et les pages – format encore beaucoup trop rare.

Étonnement, LinkedIn est le média social le plus boudé et c’est dommage qu’il soit aussi sous exploité alors qu’il est majoritairement peuplé de diplômés qui ne seraient pas effrayés par une présence européenne plus forte.

Google+ : le média social le plus problématique pour la Commission européenne

Que peut-on dire des 7 comptes existants sur Google+, un réseau social dont la mort est régulièrement annoncée tous les 6 mois ? A vrai dire, une seule chose, il faudrait sans doute quasiment tous les fermer aux vues de leurs chiffres – hormis le compte corporate qui rassemble plus de 1,689 millions d’abonnés.

Pinterest : le média social le moins… pour la Commission européenne

Peu de chose à dire pour les 4 comptes Pinterest, hormis que les moins de 5000 abonnés ne permettent pas de briller, si l’on se contente de regarder l’audience. En termes de contenus, les tableaux de visuels, d’infographies et de messages clés sont intéressants, notamment pour la page UE en France.

Que faut-il conclure ? Que le mouvement qui a conduit la présence digitale (sites web) de la Commission européenne à connaître un phénomène de croissance exponentielle au point de justifier une rationalisation actuellement en cours est probablement une indication de la prochaine étape qui attend les médias sociaux. La période de chasse du « petit oiseau » (cf. Twitter) ne fait sans doute que commencer… 

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Des campagnes de communication pour une « Union du changement démocratique »

Dans son 3e rapport sur la citoyenneté de l’Union, la Commission européenne formule des propositions concrètes en matière de communication en vue de promouvoir, protéger et renforcer les droits attachés à la citoyenneté de l’Union…

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Promouvoir les droits liés à la citoyenneté de l’Union et les valeurs communes de l’UE

La Commission européenne annonce mener, en 2017 et 2018, une campagne d’information et de sensibilisation à l’échelle de l’UE sur les droits liés à la citoyenneté de l’Union, notamment sur la protection consulaire et les droits électoraux en prévision des élections européennes de 2019.

Contrairement aux dernières élections européennes de 2014, la Commission européenne semble désireuse de s’associer aux efforts du Parlement européen autour du scrutin européen, avec cette communication très en amont nécessaire pour lutter efficacement contre l’abstention électorale.

Promouvoir et renforcer la participation des citoyens à la vie démocratique de l’Union

La Commission européenne entend intensifier les dialogues citoyens et encourager les débats publics, afin d’améliorer la compréhension que les citoyens ont de l’incidence de l’Union sur leur vie quotidienne et d’encourager l’échange de vues avec eux.

Depuis l’Année européenne des citoyens en 2013, les dialogues citoyens sont au cœur de la démarche de communication de la Commission européenne auprès du grand public, même si les résultats des évaluations insistent sur les effets, hélas, trop limités de ces dispositifs.

Renforcer la sécurité et promouvoir l’égalité

La Commission européenne souhaite mener, en 2017, une campagne sur la violence envers les femmes et soutenir activement l’adhésion de l’Union à la convention d’Istanbul aux côtés des États membres, et présenter des propositions visant à remédier aux problèmes d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée rencontrés par les familles qui travaillent.

Avec ces annonces, la Commission européenne semble ainsi répondre favorablement à deux demandes relatives à des Années européennes :

  • d’une part, une résolution du Parlement européen proposant que 2016 soit l’Année européenne de lutte contre la violence à l’égard des femmes et des filles ;
  • d’autre part, une déclaration parlementaire soutenue par une mobilisation d’ONG européennes pour la désignation de 2014 comme Année européenne de la conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale.

Faut-il y voir un signe d’espoir pour les spécialistes des propositions de résolution au Parlement européen relatives aux Années européennes, comme par Ivan Jakovčić qui envisage au choix une Année européenne des journalistes ou du vin ?

Au total, l’investissement de la Commission européenne dans la communication citoyenne semble ne cesse de se renforcer au cours de ces dernières années.

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L’Union européenne embrasse-t-elle l’avenir de la communication ?

La prise de conscience est croissante que « si la communication est faible, tout le reste est sans valeur », selon une étude mondiale sur la communication publique/gouvernementale dans une ère de colère. Comment la communication européenne pourrait s’inspirer des tendances observées dans la communication des gouvernements afin de mieux communiquer avec leurs citoyens dans un monde de plus en plus polarisé aujourd’hui ?

Les principales difficultés de la communication publique/gouvernementale dans le monde

Les technologies, notamment le mobile et les médias sociaux, ont rendu les gens de plus en plus puissants. Les citoyens ont un accès presque illimité à l’information. Ils diffusent largement leurs problèmes, peu importe leur exactitude. Ils peuvent critiquer et faire campagne plus rapidement que la vitesse à laquelle les gouvernements peuvent réagir.

Dans le même temps, les citoyens sont également devenus de plus en plus en colère. Ils craignent d’autant plus le changement, se méfient de la mondialisation et méprisent les politiciens. Ils lâchent leur colère refoulée contre les élites qu’ils estiment hors de contact.

En outre, le populisme et l’extrémisme sont devenus plus courants.

Au total, les leaders de la communication publique et gouvernementale sont confrontés à des difficultés sans précédent pour répondre à cette vague de changement technologique et de mécontentement du public : les citoyens sont de plus en plus hétérogènes, interconnectés et toujours plus difficiles à atteindre.

L’état de la communication publique/gouvernementale dans le monde

Parallèlement à la législation, la réglementation et la fiscalité, la communication est l’un des principaux leviers d’action des gouvernements.

Mais pourtant, la communication publique/gouvernementale est :

  • Rarement bien comprise par les politiciens et les décideurs publics ;
  • Fréquemment considérée comme un service tactique plutôt qu’une fonction stratégique de l’exécution des politiques publiques ;
  • Sous-qualifiée dans des domaines tels que les médias sociaux, l’analyse des données, la segmentation de l’audience et l’engagement des citoyens ;
  • Souvent en inadéquation entre les missions et les structures et les compétences, qui n’ont pas évoluées ;
  • Rarement utilisée à son plein potentiel.

Les principaux défis de la communication publique/gouvernementale

La baisse des niveaux de confiance dans les gouvernements sape le lien entre ceux qui sont gouvernés et ceux qui les gouvernent. Mais surtout, ces niveaux compromettent toute dynamique susceptibles d’embrayer entre l’autorité érodée des politiques publiques d’une part, et les doutes des entreprises et des citoyens d’autre part.

La fracture des audiences brise le modèle d’une communication diffusionniste sur lequel de nombreux gouvernements s’appuient encore. La plupart des gouvernements peine à éviter des messages uniformes au lieu de les adapter aux citoyens.

Beaucoup de communicants publics/gouvernementaux luttent pour aller au-delà des conversations unidirectionnelles qui représentent la majorité de la communication aujourd’hui. L’engagement citoyen est rarement perçu comme une priorité, et l’écoute rarement déployée.

Les équipes de communication n’ont pas les compétences, l’expertise ou les ressources nécessaires pour fonctionner efficacement dans un paysage médiatique en rapide évolution. La question de la capacité des services de communication est clairement exposée.

L’influence de la communication est sous-investie. Elle est insuffisamment considérée comme un élément essentiel de l’élaboration et de la mise en œuvre des politiques publiques. Une majorité ne mesure pas l’impact de la communication, réduisant ainsi l’importance perçue de la communication comme levier du gouvernement.

Face aux difficultés et aux défis de la communication publique/gouvernementale dans le monde, la communication européenne – pour une fois – ne se distingue guère… et ce n’est pas une bonne nouvelle.

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Comment la communication européenne pourrait saisir les nouvelles opportunités de la démocratie numérique ?

Les espaces en ligne sont très bons pour rassembler et partager des signes, mais moins bons pour hiérarchiser et délibérer sur leur sens. Ce constat aussi évident que dramatique devrait représenter un boulevard pour la communication européenne qui résoudrait d’une pierre deux coups : accessibilité au plus grand nombre, et surtout lisibilité du plus grand nombre.

Comment la communication européenne pourrait essayer de canaliser les outils numériques dans les processus européens de prise de décision pour regagner la confiance des citoyens dans les institutions politiques européennes plutôt que de les rendre encore plus désenchantés par des processus politiques éloignés, sans pertinence, démodés ou dominés par des intérêts particuliers ?

Dans « E-democracy in the EU: the opportunities for digital politics to re-engage voters and the risks of disappointment », Jamie Bartlett et Heather Grabbe formulent de nombreuses propositions, dont en voici une partie…

Rendre la délibération européenne plus interactive pour réengager les citoyens dans le projet européen

Souvent accusée d’être moins directement liée aux préoccupations des électeurs, l’Union européenne – tant menacée – pourrait, si elle s’en donnait les moyens, non pas seulement mettre en ligne ses activités et rendre accessibles ses données au public (open-data) mais surtout adopter de nouvelles méthodes pour impliquer les électeurs dans ses délibérations.

Placer au cœur des processus de décision de l’UE les Européens est le seul moyen de regagner la confiance perdue et de répondre à leurs attentes aujourd’hui de ne plus recevoir des informations d’en haut mais d’être impliqués dans sa création et d’être en mesure de participer directement aux débats :

  • utiliser des plateformes en ligne pour faciliter le dialogue sur les propositions législatives et leurs implications, y compris leurs délibérations ;
  • améliorer la présentation des points de vue divers, de sorte que les citoyens puissent voir les arbitrages impliqués dans les décisions et les synergies ;
  • faciliter au public les formes de sa participation : commenter, discuter, proposer… pas seulement comme un flux top-down des députés aux citoyens, mais aussi horizontalement entre les citoyens ;
  • partager des réponses rapides et détaillées aux questions des citoyens afin de les maintenir engagés.

Rendre les données européennes plus compréhensibles pour améliorer responsabilité et transparence de l’UE et des citoyens

Souvent incompréhensible pour le commun des mortels ou inaccessible faute d’interface de consultation adaptée, la donnée européenne, tant issue des Européens que des institutions européennes pourrait être beaucoup mieux exploitée.

Comment ?

Pourquoi ne pas utiliser le numérique, le big data et la veille en ligne pour identifier les questions importantes pour les citoyens, via des mots clés porteurs, mais négligées dans les processus politiques.

Pourquoi ne pas utiliser le numérique pour permettre aux gens ordinaires de faire pression sur un pied d’égalité avec les lobbyistes influents, parce que les plus vocaux ou les mieux rémunérés. La technologie blockchain permettrait de simplement vérifier les signatures numériques uniques des Européens souhaitant signer des pétitions ou des initiatives citoyennes.

Pourquoi ne pas développer une interface attrayante et accessible pour afficher les informations annuelles sur le budget de l’UE afin de permettre aux citoyens un examen approfondi des dépenses et de l’exécution des politiques européennes.

Au total, sans sombre dans le mythe de la reconnexion des Européens au projet européen par un branchement avec les nouvelles technologies, celles-ci créent néanmoins de nouvelles possibilités de rendre la politique et la gouvernance de l’UE plus démocratiques, transparentes, responsables, inclusives et accessibles.

Certes, les technologies ne sont pas des solutions simples et prêtes à l’emploi pour l’Europe et l’UE n’est encore moins une entreprise de technologie, mais sans réforme significative, les institutions et les processus européens continueront à dériver de la vie et des attentes des gens, les privant encore plus de la participation du public et les rendant encore moins démocratiques.

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Quel budget de la Commission européenne pour la communication en 2017 ?

Le programme de travail de la DG Communication de la Commission européenne pour 2017 fixe les actions prévues pour l’année, un programme très largement de continuité…

Hausse de 3% du budget consacré à la communication de l’UE

Avec une enveloppe globale fixée à 81 millions d’euro, le budget pour la communication en 2017 est, si l’on peut dire, dans les « critères de Maastricht » avec une hausse limitée à 3%, soit 2,5 millions d’euros supplémentaires.

La ligne directrice est clairement donnée, dans le dernier discours sur l’Etat de l’Union de Jean-Claude Juncker : « 2017 sera l’année d’une Europe qui protège, défend et préserve le mode de vie européen et qui fait autorité ».

Un élément à noter dans le rappel des priorités, des publics et des messages, la DG COMM met sur un même niveau la communication à destination des citoyens européens et des parlements nationaux, qui n’ont pas toujours l’objet d’une telle attention.

Communication digitale et décentralisée : les priorités de la communication de l’UE

Dans le détail, avec 23 millions d’euros consacrés aux outils d’information et de communication en ligne, le digital demeure encore cette année le premier poste d’investissement, en poursuivant la rationalisation de la présence web et sa conversion au mobile ainsi que les activités dorénavant traditionnelles sur les médias sociaux à l’échelle centrale et locale.

Second poste d’investissement, les actions de communication des Représentations de la Commission européenne dans les Etats-membres, qui se voient attribuer la plus grande part de cette hausse en passant de 13,2M€ à 14,8M€ ; afin de mettre en œuvre un large éventail d’activités et d’outils de communication : médias sociaux, débats et conférences pour les leaders d’opinion et multiplicateurs et dialogues citoyens pour le grand public.

Autres projets structurels de la communication de l’UE

Premier contact, sans conteste avec les Européens, « Europe Direct », que ce soit les quelques 500 centres d’information sur l’Europe ou le centre d’appels et de réponses aux questions des Européens demeurent inchangés.

De même, les actions de fond comme l’information aux médias, les studios de radio-TV et équipement audiovisuels, les études Eurobaromètres, les visites du public à la Commission et les publications écrites seront poursuivies.

Au total, le budget de la communication de l’UE pour 2017 n’offre quasiment aucune nouveauté et ne traduit pas la prise de conscience de l’importance de la fracture entre l’Union européenne et les citoyens.

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